[0001] La présente invention concerne un procédé de traitement thermique des alliages Fe-Co-Cr
destinés à la fabrication d'aimants permanents ainsi que les aimants réalisés par
ce procédé. Ces alliages ont pour composition (en poids) :
Co : 10 à 40 %
Cr : 10 à 40 %
éventuellement un ou plusieurs des éléments Al, Nb, Ta, W, Mo, V, Ti, Si, Cu en quantité
totale inférieure à 10 %, le reste étant du fer.
[0002] Le brevet français n°2.149.076 décrit certains alliages de ce type ainsi que leurs
traitements thermiques. On moule une première forme que l'on soumet à un traitement
d'homogénéisation à haute température entre 1200 et 1400°C pendant plus de 10 minutes,
suivi d'une trempe rapide jusqu'à la température ambiante. A ce stade, le corps moulé
peut subir, sans difficulté particulière, diverses opérations de mise en forme telles
que laminage, perçage, usinage, etc... pour l'amener à une forme proche de la forme
définitive.
[0003] Ensuite, le corps est soumis à un traitement isotherme de recuit dans un champ magnétique,
à une température comprise entre 580 et 650°C (de préférence 600 à 640°C) pendant
une période de 10 minutes à 2 heures, mais préférentiellement de l'ordre de 30 minutes.Aprês
retour à la température ambiante, la pièce est soumise à un ou plusieurs revenus à
des températures comprises entre 530 et 650°C pendant 1 à 9 h, ces revenus pouvant
se faire à des températures étagées décroissantes.
[0004] θn constate alors que ces différents revenus ont tendance à diminuer la rectangularité
du cycle d'hystérésis mesurée par le rapport η entre l'énergie spécifique (BH) max
et le produit Br Hc de l'induction rémanente par le champ coercitif.
[0005] D'autre part, si l'on veut obtenir une énergie spécifique (BH) max supérieure à 5
10
6 Gauss-Oersteds, il faut procéder, comme le montre l'exemple 12 du brevet français
précité, à une opération de corroyage supplémentaire (laminage ou forgeage) entraînant
une réduction de la section transversale de la pièce. L'expérience montre que dans
de nombreux cas, cette opération conduit à une fissuration ou une rupture de la pièce
due au fait qu'à ce stade, l'alliage est biphasé et fragile.
[0006] Le but de la présente invention est d'éviter ces inconvénients et de permettre la
fabrication d'aimants permanents anisotropes du type Fe-Cr-Co présentant un coefficient
n de rectangularité de la courbe d'hystérésis constant au cours des revenus et dont
l'énergie spécifique peut dépasser 5 10
6 Gauss-Oersteds sans opération de corroyage supplémentaire et, donc, sans risque de
rupture.
[0007] Elle peut permettre également la fabrication d'aimants permanents isotropes dont
la courbe d'hystérésis présente une rectangularité plus grande que celle obtenue avec
les traitements connus.
[0008] L'invention consiste à réaliser le traitement de recuit qui suit la trempe après
homogénéisation en deux étapes :
- une première étape à une température comprise entre 630 et 670°C pendant une durée
comprise entre 5 et 30 minutes ;
- une seconde étape immédiatement après, sans retour à basse température, à une température
inférieure de 40 à 70°C à la précédente pendant au moins 10 minutes.
[0009] La durée de la première étape est suffisamment courte pour éviter la précipitation
de la phase σ fragile dans l'alliage. La température de maintien pendant cette première
étape est comprise de préférence entre 6-0 et 660°C.
[0010] Le traitement de revenu se fait préférentiellement en trois étapes de durée croissante
à des températures étagées décroissantes d'environ 30°C. Ces étapes peuvent être enchaînées
ou séparées par des retours à la température ambiante.
[0011] Pour réaliser des aimants permanents anisotropes, on applique, pendant la première
étape du recuit, un champ magnétique dont la courbure des lignes de champ est appropriée
à l'application envisagée de l'aimant. La seconde étape du recuit peut se faire avec
ou sans action d'un champ magnétique.
[0012] Bien entendu, pour obtenir des aimants isotropes, le traitement de recuit ne comporte
aucune action d'un champ magnétique.
[0013] Les alliages mis en oeuvre dans le procédé selon l'invention peuvent être obtenus
de manières diverses, par exemple par fusion des éléments constitutifs à l'état pur
ou à l'état préallié, ou par frittage de mélanges pulvérulents des éléments constitutifs
ou d'alliages de ces éléments. On peut également appliquer le procédé à des alliages
auxquels on a conféré une structure cristalline priviligiée par des moyens connus
(gradient thermique, fusion de zone, etc...).
[0014] L'invention sera illustrée par les exemples de réalisation suivants et par la figure
unique qui représente un schéma du traitement thermique d'un alliage selon l'invention,
pour obtenir un aimant anisotrope, la partie hachurée de la courbe représentant la
zone de temps et de température où il est nécessaire d'appliquer un champ magnétique.
Exemple 1 :
[0015] On a coulé un alliage Fe-Co-Cr de composition suivante (en poids) :
Co : 20 %
Cr : 29 %
W : 0,5 %
Fe : solde
et on lui a fait subir le traitement thermique suivant, schématisé sur la figure :
1) homogénéisation à 1300°C suivie d'une trempe à l'eau jusqu'à la température ambiante,
2) chauffage jusqu'à 655°C et maintien pendant 15 minutes en présence d'un champ magnétique
de 2000 Oersteds,
3) refroidissement en 5 minutes, en présence du champ magnétique, jusqu'à 600°C,
4) maintien à 600°C pendant 15 minutes sans champ magnétique,
5) trempe à l'eau ou refroidissement à l'air jusqu'à la température ambiante,
6) revenus étagés 1h30 à 580°C puis 5 h à 550°C, puis 15 h à 520°C.
[0016] A titre de comparaison, on a réalisé le traitement de l'art antérieur dans lequel,
après les 15 minutes à 655°C, on est descendu en 15 minutes à 400°C. On a mesuré dans
chaque cas les caractéristiques magnétiques de l'aimant obtenu, et établi le rapport
:

[0017] Les résultats ont été rassemblés dans le tableau I dans lequel on a désigné par :
- A et B deux résultats d'essais dans une même coulée pour laquelle le recuit a été
fait,selon l'invention en deux étapes,
- C et D deux résultats issus de la même coulée que ci-dessus ayant subi le traitement
de comparaison,
- 1, 2 et 3 les mesures faites respectivement après le recuit, après le deuxième revenu
et après le troisième revenu.
[0018] Ces résultats montrent clairement qu'avec le procédé selon l'invention on obtient
des aimants anisotropes ayant une énergie spécifique supérieure à 5 10
6 Gauss-Oersteds et un coefficient η supérieur à 0,60 ce qui n'était pas possible avec
le procédé de l'art antérieur sans opération supplémentaire de corroyage. De plus,
les durées de traitement sont raisonnables et n'élèvent pas le prix de revient.
Exemple 2 :
[0019] De même, on a appliqué un traitement identique selon l'invention, mais cette fois
en l'absence de champ magnétique pour réaliser des aimants isotropes et un traitement
de comparaison selon l'art antérieur identique au cas précédent, mais sans champ magnétique.
[0020] Les résultats sont indiqués au tableau II dans lequel on a désigné par A' l'essai
pour lequel le recuit a été-fait selon l'invention, et par C' l'essai pour lequel
le traitement de recuit de l'art antérieur a été appliqué, les indices 1, 2 et 3 ayant
la même signification que précédemment.

On constate que le traitement A selon l'invention améliore notablement les propriétés
magnétiques d'un aimant isotrope, en particulier en ce qui concerne la rectangularité
de la courbe d'hystérésis.
Exemple 3 :
[0021] On a traité une composition constituée (en poids) de 17 % Co, 26 % Cr, 0,5 % W, le
reste étant essentiellement du fer, de la façon suivante :
- homogénéisation à 1320°C pendant 1h et trempe à l'eau,
- chauffage jusqu'à 655°C maintenu 15 minutes en présence d'un champ magnétique de
2000 Oersteds,
- refroidissement en 5 minutes à 590°C en présence du champ magnétique,
- maintien à 590°C (sans champ) pendant 30 minutes et trempe à l'eau,
- trois revenus étagés 1h30 à 580°C, puis 5h à 550°C, puis 15h à 520°C. Les résultats
de 2 essais effectués sur cette composition après recuit (1) après le 2ème revenu
(2) et après le 3ème revenu (3), sont les suivants :

Exemple 4 :
[0022] On a traite une composition comprenant (en poids) 15% de Co, 24% de Cr, 1% W, le
solde étant essentiellement du fer, de la manière suivante :
- homogénéisation à 1250°C pendant 1h, suivie d'une trempe à l'eau,
- chauffage à 670°C et maintien pendant 15 minutes en présence d'un champ magnétique
de 20000ersteds,
- refroidissement en 5 minutes à 590°C (sous champ) et maintien pendant 30 minutes
(hors champ) suivi d'une trempe à l'eau (ou d'un refroidissement à l'air) jusqu'à
la température ambiante,
- triple revenu étagé de 1h30 à 580°C, puis 5 h à 550°C, puis 15 h à 520°C.
[0023] Les résultats obtenus sur 2 échantillons sont reportés dans le tableau IV suivant
(avec les mêmes notations).

[0024] On peut constater que les compositions faiblement alliées (en Co et Cr) exemples
3 et.4, présentent des valeurs de BHmax et de η largement supérieures à celles obtenues
avec les alliages chargés (exemple 1) représentatifs de l'état de la technique, et
que le plus faiblement allié (exemple 4) offre lui-même des caractéristiques magnétiques
supérieures ou équivalentes à celles de l'alliage de composition intermédiaire (exemple
3).
1. Procédé de traitement thermique d'un alliage Fe-Co-Cr pour aimant permanent constitué
de 10 à 40 Z de Co, 10 à 40 X de Cr, de 0 à 10% d'un ou plusieurs des éléments du
groupe Al, Nb, Ta, W, Mo, V, Ti, Si et Cu, le reste étant du fer, comportant une homogénéisation
entre 1200 et 1400°C pendant au moins 10 minutes, suivie d'une trempe rapide, un recuit
et un ou plusieurs revenus à des températures comprises entre 500 et 600°C, caractérisé
en ce que le recuit est réalisé en deux étapes :
- une première étape à une température comprise entre 630 et 670°C pendant une durée
comprise entre 5 et 30 minutes,
- une seconde étape suivant immédiatement après la.première sans retour à basse tempërature,
à une température inférieure de 40 à 70°C à la précédente pendant au moins 10 minutes.
2. Procédé selon la revendication 1, destiné à la fabrication d'un aimant permanent
anisotrope, caractérisé en ce qu'on applique un champ magnétique au moins dans la
première étape du recuit.
3. Procédé selon l'une des revendications 1 et 2, caractérisé en ce que la température
de la première étape du recuit est comprise entre 640 et 660°C.
4. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que
le traitement de revenu est effectué en trois étapes de durées croissantes à des températures
étagées décroissantes d'environ 30°C l'une par rapport à l'autre.
5. Aimant permanent anisotrope réalisé par le procédé selon l'une quelconque des revendications
2 à 4, présentant une énergie spécifique BH max supérieure à 5 106 Gauss-Oersteds (40 kJ/m3); caractérisé en ce que son coefficient n de rectangularité du cycle d'hystérésis
est supérieur ou égal à 0,60.