[0001] L'invention concerne un procédé d'opacification d'un milieu gazeux dans les bandes
optiques et infrarouges (I.R.) du spectre des ondes électromagnétiques ; elle concerne
également l'application de ce procédé à un dispositif de contre-mesures électro-optiques.
[0002] Certains systèmes d'armes modernes sont particulièrement efficaces contre des objectifs
relativement sensibles, tels que des chars, des aéronefs, des navires, des abris,
etc... Ces systèmes d'armes utilisent des projectiles ou missiles équipés de moyens
électro-optiques de guidage ou d'autoguidage qui exploitent l'énergie du rayonnement
thermique ou optique en provenance de l'objectif visé, encore appelé cible dans ce
qui suit. Ces rayonnements de nature électromagnétique sont : soit émis directement
par la cible elle-même, et plus précisément par son système de propulsion, soit qu'ils
résultent indirectement de la diffusion par la cible d'un éclairement naturel ou encore
d'une illumination intentionnelle.
[0003] D'autres systèmes d'armes utilisent des dispositifs de visée électro-optiques permettant
de détecter et de localiser une cible par son rayonnement naturel situé dans la bande
I.R. (8-13 wm), par exemple, cette localisation de la cible permet de déclancher le
tir d'armes du type balistique ou guidé.
[0004] Pour parer la menace que constituent les systèmes d'armes électro-optiques, différents
procédés ou moyens capables de décevoir les dispositifs de visée, de mesure et de
guidage de ces systèmes d'armes sont déjà connus et sont classés selon deux techniques
de contre-mesure, l'une dite « active » et l'autre « passive ». Selon la technique
des contre-mesures actives, on émet intentionnellement un rayonnement électromagnétique
situé dans la bande de fonctionnement du système d'armes, dans le but notamment d'aveugler,
de brouiller ou de leurrer le système. Selon la technique des contre-mesures passives,
on vise à créer un milieu réfléchissant et/ou absorbant, en vue de réaliser, généralement,
sous la forme d'un nuage, un écran protecteur derrière lequel la cible à protéger
peut demeurer ou évoluer; selon la technique passive, il faut aussi citer la mise
en oeuvre, à bord de la cible, de moyens spécifiques permettant de réduire le niveau
de rayonnement émis, notamment, par le groupe de propulsion ou toute autre source
chaude.
[0005] Dans la technique antérieure, se rapportant aux contre-mesures passives, on a déjà
proposé des procédés permettant de créer des « nuages » formés de particules extrêmement
fines. Par exemple, on a utilisé le procédé d'expansion, par diffusion gazeuse pour
créer des nuages formés de microparticules métalliques, de formes et de dimensions
déterminées, possédant la propriété de réfléchir ou de diffuser un rayonnement électromagnétique
incident. Dans une autre voie, on a cherché à créer des nuages formés de particules
non métalliques, de formes et de dimensions déterminées, celles-ci présentant la propriété
d'absorber le rayonnement électromagnétique incident.
[0006] On connaît aussi, par DE-A-2.509.539, un dispositif d'éjection d'un liquide pour
produire, à une certaine distance et aussi rapidement que possible, un rideau de brouillard
opaque.
[0007] Pour atteindre cet objectif, ce documents préconise, essentiellement, d'utiliser
comme liquide de l'acide chlorosulphonique ou bien du tétrachlorure de titane et,
pour amplifier l'effet de brouillard, il est recommandé d'utiliser avec les liquides
précités une deuxième matière constituée par une amine telle que la triéthylamine,
dans une proportion adéquates.
[0008] On connaît également, par le document FR-A-2.309.828, un leurre émissif, contenant
un aérosol liquide (tétrachlorure de titane) dont la dispersion dans l'air est provoquée
pyrotechniquement.
[0009] On sait encore, par le document US-A-3.992.628, interposer sur le trajet d'un faisceau
laser de désignation d'objectif, un aérosol destiné à absorber et atténuer le faisceau
laser.
[0010] L'invention propose aussi des moyens permettant de disperser conjointement, dans
l'atmosphère, du trichlorure de bore et de l'eau emmagasinés, séparément, dans un
ou plusieurs récipients.
[0011] D'autres caractéristiques et avantages procurés par l'invention apparaîtront dans
la description qui va suivre qui donne en outre des applications de l'invention aux
contre-mesures électro-optiques.
[0012] La Demanderesse a entrepris des recherches pour trouver de nouveaux corps qui pourraient
produire des écrans opaques aux rayonnements optiques et thermiques. Au cours de ces
recherches, la Demanderesse a décourvert que, lorsque l'on disperse dans l'atmosphère
un aérosol liquide ou gazeux comme le trichlorure de bore (BCf
3), il se produisait un "nuage" qui possède la propriété d'atténuer fortement les rayonnements
optiques et I.R. Au cours d'essais effectués par la Demanderesse, le pouvoir d'absorption
du nouveau produit ainsi créé a été mesuré et divers moyens permettant de diffuser
du SCf
a dans l'atmosphère ont été expérimentés et mis au point. On rappelle que le trichlorure
de bore est un produit obtenu industriellement et disponible commercialement ; à la
pression atmosphérique, il se présente à l'état liquide, entre -107°C et 12,5°C, sa
densité se situant sensiblement à la valeur 1,4. On a réalisé différents moyens de
diffusion du BCℓ
3, notamment, des moyens permettant de diffuser, de façon continue, le SCf
a dans l'atmosphère, dans le but d'entretenir le nuage absorbant ainsi formé et des
moyens permettant de créer quasi-instantanément un nuage absorbant dont la durée de
vie est plus limitée. Au cours d'essais, on a constaté qu'un accroissement du taux
d'humidité de l'atmosphère avait tendance à augmenter la valeur du facteur d'atténuation
du nuage. On suppose que le trichlorure de bore diffusé dans l'atmosphère est hydrolisé
par la vapeur d'eau en suspension, selon la formule. :

[0013] On décrira d'abord les conditions de mise en oeuvre d'essais effectués sur le terrain
et au niveau du sol, dans le but de vérifier en grandeur réelle les propriétés et
les caractéristiques du nuage absorbant formé par la dispersion d'une certain quantité
de BC1
3 dans l'atmosphère ambiante.
[0014] En un point A du terrain, on a placé une source optique, constituée par un illuminateur
laser, opérant en régime d'impulsions sur une longueur d'onde λ = 1,06 µm, cet illuminateur
laser étant pointé sur une cible située en un point B éloigné du point A. A proximité
du point A, on a placé un équipement de mesure permettant de détecter, de traiter
et de visualiser les signaux échos rétrodiffusés par le milieu de propagation (atmosphère)
et la cible. Lors de la phase initiale de ces essais, les principaux paramètres tels
que la puissance rayonnée par l'illuminateur laser, la sensibilité de l'équipement
de mesure, ont été réglés de façon à obtenir un écho de cible dont le rapport signal/bruit
soit élevé. Par la suite, on a placé entre les points Aet B du terrain un récipient
contenant du BC1
3. Dès l'ouverture de l'orifice de ce récipient, on a constitué une extinction complète
du signal écho correpondant à la cible et, par contre, on a noté la présence d'une
pluralité de signaux échos rétro-diffusés par le milieu formé par le nuage absorbant
résultant de la diffusion du BC1
3. Les résultats de ces essais indiquent que le nuage absorbant n'est pas homogène
et est aussi le siège de concentrations qui évoluent au cours du temps.
[0015] D'autres séries de mesures ont été effectuées en vue d'évaluer, de façon quantitative,
le facteur d'atténuation de tels nuages formés par la diffusion de BC1
3 dans l'atmosphère ambiante. Pour ce faire, on a utilisé des sources de rayonnement
capables d'émettre, dans différentes bandes du spectre électromagnétique, et un radiomètre
sélectif ; les sources et le radiomètre étant situés de part et d'autre du nuage.
Des mesures quantitatives précises s'avèrent délicates étant donné le caractère fluctuant
de l'atmosphère. Toutefois, on peut distinguer que, pour un débit de BCl
3, de l'ordre de 4 g/s, dans le domaine du spectre électromagnétique s'étendant de
0,4 à 15 µm, l'atténuation mesurée était toujours supérieure à 90 %.
[0016] La mise en oeuvre du procédé consistant à disperser l'aérosol dans le milieu de propagation
dépend des conditions opérationnelles rencontrées. Dans le cas le plus simple, correspondant
à une situation dans laquelle l'objectif à protéger est fixe ou immobile, on dépose
un container dans lequel l'aérosol est stocké sous forme liquide, ou gazeuse, ce container
comprenant une buse de diffusion équipée d'un moyen d'ouverture qui peut être manoeuvré
manuellement ou à distance automatiquement, par exemple, sous l'action d'un signal
fourni par un récepteur d'alerte.
[0017] Dans un autre cas, le récipient contenant l'aérosol est lancé par la cible elle-même
ou par un moyen banalisé ; le récipient constitue alors un projectile dont la charge
active est l'aérosol; ce projectile est équipé, par exemple, d'une fusée tempable,
de proximité ou d'impact permettant de déclancher un dispositif approprié pyrotechnique
ou mécanique qui provoque la libération de l'aérosol au point choisi de l'atmosphère
et sa diffusion ultérieure.
[0018] Selon une autre variant de mise en oeuvre, l'aérosol est contenu dans une bombe équipée
d'un parachute de freinage et d'un moyen d'ouverture.
[0019] En vue d'accroître le facteur d'atténuation du nuage créé par la dispersion du BC1
3 dans l'atmosphère, on peut, éventuellement, mettre en oeuvre des moyens permettant
de disperser conjointement l'aérosol et de l'eau.
[0020] Un dispositif permettant de diffuser simultanément l'aérosol et de l'eau comporte
essentiellement les éléments suivants : un premier réservoir contenant l'aérosol sous
une forme liquide ou gazeuse et un second réservoir contenant de l'eau, chaque réservoir
est muni d'un conduit équipé d'une vanne d'ouverture, les sorties de ces conduits
sont reliées à un diffuseur commun. Afin d'assurer l'éjection de l'eau contenue dans
le second réservoir, celui-ci est maintenu sous pression par l'intermédiaire d'un
réservoir auxiliaire contenant un gaz sous pression ou mis en pression pyrotechniquement.
Eventuellement, lorsque les conditions de température sont telles que la température
de l'aérosol se trouve être inférieure à sa température de vaporisation, la pression
fournie par le réservoir de gaz auxiliaire peut être appliquée au premier réservoir
renfermant l'aérosol.
[0021] Selon un autre mode de mise en oeuvre du procédé de dispersion de l'aérosol et d'eau,
ces deux produits sont enfermés dans deux compartiments d'un récipient unique et des
moyens, par exemple, des moyens pyrotechniques, assurent la rupture des compartiments
et la libération conjointe des deux produits et leur dispersion sous l'effet du flux
de chaleur résultant du fonctionnement de la charge pyrotechnique.
[0022] On décrira maintenant une application du procédé au camouflage de la tuyère d'échappement
d'un système de propulsion pour aéronef ou missile. Il est connu que la tuyère d'un
propulseur et le jet de gaz que s'en échappent sont une source de rayonnement dont
l'énergie est exploitée par les moyens d'auto-guidage électro-optique des missiles
tactiques. Si l'on dispose, à la périphérie de la tuyère du propulseur, un ou une
pluralité de diffuseurs alimentés par une source de trichlorure de bore, il se produit,
à la sortie de cette tuyère, un milieu susceptible d'atténuer très notablement le
rayonnement thermique du propulseur. Le débit de la source de trichlorure de bore
peut être commandé par un détecteur d'alerte qui décèle l'approche d'un missile tactique
offensif, par un programme ou manuellement par le pilote.
[0023] Bien entendu, la présente invention n'est pas limitées aux modes de mise en oeuvre
décrits à titre illustratif ; par exemple, on peut interchanger la position relative
des deux produits, l'aérosol et l'eau.
[0024] Le procédé peut être utilisé conjointement avec des moyens actifs tels que des leurres
émissifs. D'autre part, il est possible de disposer une pluralité de dispositifs de
dispersion du BC1
3 dans le but de soustraire à la « vue » de l'adversaire une unité d'infanterie, de
blindés, etc... souhaitant opérer un déplacement sur le terrain.
[0025] Les avantages que procure l'invention apparaissent maintenant plus clairement : la
mise en oeuvre du procédé ne soulève pas de difficultés particulières, le trichlorure
de bore est un produit stockable, sa pression de vapeur n'atteint pas des valeurs
importantes dans le domaine des températures usuellement rencontrées. On peut encore
rappeler une caractéristique spécifique du nuage SCia; comme il a été indiqué dans
le cours de la description, les inhomogénéités du milieu absorbant donnent naissance
à des signaux de rétro-diffusion qui sont susceptibles de leurrer les moyens de guidage
électro-optiques du type actif ou semi-actif. Le procédé présente aussi l'avantage
de permettre d'obtenir une large plage de la durée de vie du nuage, en agissant sur
les moyens de dispersion du ou des produits.
[0026] L'invention trouve son application dans un dispositif de contre-mesures électro-optiques
comportant des moyens de diffusion du trichlorure de bore seul ou simultanément avec
de l'eau ; ces corps peuvent être contenus dans des récipients séparés ou dans des
compartiments étanches d'un récipient unique tel que l'intérieur d'un projectile.
La libération du trichlorure de bore et, éventuellement, de l'eau si nécessaire, peut
être assurée par des moyens pyrotechniques disposés à l'extérieur des récipients.
Dans un dispositif réalisé en vue de réduire la puissance du rayonnement thermique
émis par un propulseur, les moyens de diffusion peuvent être constitués par des diffuseurs
disposés au voisinage de la tuyère de ce propulseur.
[0027] Un dispostif de contre-mesures électro-optiques mettant en oeuvre le procédé d'opacification,
selon l'invention, permet d'assurer : la protection ponctuelle d'une cible, le camouflage
d'un groupe d'objectifs étendu, la réduction du niveau de rayonnement d'une source
de chaleur, notamment le niveau de rayonnement du système de propulsion d'un véhicule.
1. Procédé de camouflage d'une cible, repérable par des systèmes d'armes, le procédé
permettant de produire un nuage dans l'atmosphère dans laquelle la cible est placée,
le nuage étant obtenu par dispersion dans l'atmosphère d'un aérosol, le procédé étant
caractérisé en ce que le liquide utilisé pour l'aérosol est à base de trichlorure
de bore, le nuage ainsi obtenu étant opaque aux rayonnements infrarouges, assurant
par conséquent le camouflage de la cible.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que l'aérosol à base de trichlorure
de bore est stocké sous forme liquide, dans un récipient comportant des moyens de
diffusion de ce trichlorure de bore.
3. Procédé selon la revendication 1 caractérisé en ce que l'aérosol à base de trichlorure
de bore est stocké, sous forme gazeuse, dans un récipient comportant des moyens de
diffusion de ce trichlorure de bore.
4. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que l'aérosol est de l'eau
sont stockés séparément dans des récipients et sont dispersés conjointement.
1. Verfahren zur Tarnung eines durch Waffensysteme anpeilbaren Zielobjekts, wobei
das Verfahren die Erzeugung einer Wolke in der Atmosphäre gestattet, in der sich das
Zielobjekt befindet, wobei die Wolke durch Dispersion eines Aerosols in der Atmosphäre
erhalten wird, dadurch gekennzeichnet, daß die für das Aerosol verwendete Flüssigkeit
auf Basis von Bortrichlorid aufgebaut ist, wobei die so erhaltene Wolke für Infrarotstrahlung
undurchlässig ist und dadurch die Tarnung des Zielobjekts sicherstellt.
2. Verfahren nach Anspruch 1, dadurch gekennzeichnet, daß das Aerosol auf Basis von
Bortrichlorid in flüssiger Form in einem Behälter aufbewahrt wird, der Mittel zum
feinen Verteilen des Bortrichlorids aufweist.
3. Verfahren nach Anspruch 1, dadurch gekennzeichnet, daß das Aerosol auf Basis von
Bortrichlorid in gasförmiger Form in einem Behälter aufbewahrt wird, der Mittel zum
feinen Verteilen des Bortrichlorids aufweist.
4. Verfahren nach Anspruch 1, dadurch gekennzeichnet, daß das Aerosol und Wasser getrennt
voneinander in Behältern aufbewahrt werden und zusammen dispergiert werden.