[0001] Laprésente invention a pour objet un procédé de traitement des effluents provenant
de la décontamination de composants de réacteurs nucléaires, tels que ceux qui résultent
de la décontamination de pièces métalliques en acier inoxydable ayant séjourné pendant
un certain temps au contact du fluide réfrigérant d'un réacteur nucléaire, ce fluide
pouvant être constitué par de l'eau ou par du sodium liquide.
[0002] On sait que dans un réacteur nucléaire de ce dernier type, les mouvements de convection
qui se produisent au sein de la masse de sodium conduisent au transfert de certains
atomes radioactifs qui sont véhiculés ainsi par le réfrigérant métallique liquide
et viennent contaminer certains composants du réacteur. Un des radionucléides le plus
fréquemment rencontré parmi les responsables de cette contamination, est le manganèse
54 qui prend naissance dans le coeur du réacteur par réaction
54Fe (
n, p)+
54Mn.
[0003] Pour réaliser la décontamination de ces pièces en acier inoxydable, on fait appel
de façon connue à des agents chimiques en solution qui permettent de dissoudre les
produits actifs ainsi déposés sur les pièces. Les agents chimiques utilisés sont de
nature variable, mais contiennent en général des acides et/ou des bases en solution
aqueuse et sont souvent complétés par le permanganate de potassium qui agit comme
agent oxydant.
[0004] De façon classique, la composition d'un tel effluent de décontamination est la suivante:

[0005] La radioactivité, due principalement aux produits d'activation :
54Mn -
60Co -
51Cr est de l'ordre de 10-2 à 10
-1 Ci/m
3.
[0006] Le traitement chimique d'un tel effluent doit avoir pour but d'une part la décontamination,
qui consiste à faire passer l'essentiel de la radioactivité dans des précipités de
boues que l'on stocke ultérieurement à part de façon à pouvoir rejeter la phase liquide
dans la nature, et, d'autre part l'obtention d'une bonne concentration desdites boues
formées au cours du traitement de l'effluent, c'est à dire d'un faible volume de ces
boues par rapport au volume initial de l'effluent liquide à traiter. C'est ici le
lieu de rappeler que l'on mesure de façon classique la qualité de la décontamination
à laquelle on parvient en utilisant le facteur de décontamination (en abrégé FD) qui
s'exprime, pour chaque radionucléide présent, par le rapport entre les activités de
ce radionucléide dans la solution avant et après le traitement de l'effluent. Par
ailleurs, pour chacun des radionucléides envisagés, des normes de sécurité définissent
en activité, c'est à dire en nombre de désintégrations par unité de volume et par
unité de temps, la concentration maximale admissible pour la population (en abrégé
C. M. A. P.) dans l'eau de boisson. Enfin, des questions de pH peuvent se présenter,
en ce sens que les eaux de rejets ne doivent pas perturber trop gravement par leur
acidité ou leur alcalinité les qualités du milieu biologique environnant.
[0007] La présente invention a précisément pour objet un procédé de traitement de tels effluents
de décontamination qui permet d'obtenir a la fois des facteurs de décontamination
satisfaisants, une bonne concentration des boues à stocker et le rejet dans la nature
d'une phase liquide acceptable au regard des normes légales définies.
[0008] Ce procédé de traitement qui s'applique aux effluents du type de ceux qui comportent
en solution des ions permanganate, phosphate et sulfate, et des ions radioactifs de
manganèse, de chrome et de cobalt, se caractérise essentiellement en ce qu'il comprend
les étapes successives de réduction des ions permanganate par addition d'eau oxygénée,
d'alcalinisation à un pH égal ou supérieur à 12, de séparation du précipité formé
et d'acidification finale de la phase liquide restante pour porter son pH à une valeur
compatible avec son rejet dans la nature.
[0009] Selon une caractéristique importante de la présente invention, on améliore les facteurs
de décontamination en ajoutant dans l'effluent un sel de nickel ou un sel ferreux
après l'addition d'eau oxygénée et avant alcalini- sation. A titre d'exemple préféré,
le sel de nickel peut être soit le sulfate S0
4Ni, soit le nitrate Ni(C0
3)
2, 6H
20; le sel ferreux utilisé est le plus souvent le sulfate SO
4Fe,7H
2O.
[0010] Selon une autre caractéristique importante de la présente invention, la réduction
des ions permanganate est effectuée par de l'eau oxygénée, en général à 100 volumes,
laquelle est ajoutée à la phase liquide jusqu'à l'obtention d'un ajustement du potentiel
d'oxydoréduction à une valeur voisine de 550 mV par rapport à une électrode au calomel.
[0011] Dans la majorité des cas, il est avantageux d'effectuer la séparation du précipité
de boues au sein de la phase liquide par centrifugation.
[0012] La présente invention a également pour objet un dispositif pour la mise en oeuvre
de ce procédé.
[0013] Le dispositif pour la mise en oeuvre du procédé se caractérise en ce qu'il comprend
une première cuve communiquant avec une deuxième cuve, les deux cuves étant munies
de moyens d'agitation, des moyens pour introduire dans ladite première cuve l'effluent
liquide à traiter et l'eau oxygénée, des moyens pour ajuster à la valeur voulue le
potentiel d'oxydo-réduction de l'effluent présent dans ladite cuve, des moyens pour
introduire dans ladite deuxième cuve un sel de nickel et une solution alcaline, des
moyens pour ajuster à la valeur voulue le pH de l'effluent présent dans ladite cuve,
des moyens pour séparer de l'effluent le précipité formé et pour l'amener dans une
troisième cuve munie de moyens d'agitation, des moyens pour introduire dans ladite
troisième cuve une solution acide et des moyens pour ajuster le pH de l'effluent à
la valeur désirée.
[0014] Ce dispositif est caractérisé en ce que les moyens pour séparer le précipité formé
sont constitués par une centrifugeuse et par un filtre.
[0015] De toute façon, l'invention sera mieux comprise en se référant à la description qui
suit de trois exemples de mise en oeuvre du procédé, exemples qui seront décrits en
se référant également aux figures 1 à 3 ci-jointes sur lesquelles :
- la figure 1 représente les variations du facteur de décontamination en fonction
du pH de la solution;
- la figure 2 représente le volume apparent des boues en pourcentage par rapport au
volume initial d'effluents en fonction du champ appliqué par la centrifugeuse, exprimé
en accélérations de la pesanteur g;
- la figure 3 représente un dispositif de mise en oeuvre du procédé de traitement
des effluents objet de l'invention.
EXEMPLE 1
[0016]
- Cet exemple donne les résultats d'un traitement, par le procédé selon l'invention,
d'un effluent ayant la composition suivante:

[0017] L'eau oxygénée ajoutée est de l'eau oxygénée à 100 volumes et la quantité utilisée
a été de 1,1 ml/1 de solution. L'alcalinisation à un pH supérieur à 12 a été obtenue
à l'aide de soude en quantité égale à 85 g/l de solution.
[0018] On a effectué deux traitements, l'un avec nickel et l'autre sans nickel. Le nickel
est introduit sous forme d'une solution de sulfate de nickel S0
4Ni à 0,3 g/1. On donne dans le tableau suivant, pour chacun des trois radio- nucléïdes
54Mn,
60Co et
51Cr, les activités en micro-curies/ m
3 avant et après le traitement. On constate que l'on obtient déjà de bons facteurs
de décontamination par le traitement eau oxygénée plus soude, mais que ces facteurs
sont encore nettement améliorés si l'on ajoute le sel de nickel. On obtient alors
un facteur de décontamination supérieur à 430 pour le manganèse, supérieur à 15 pour
le chrome et égal à 10 pour le cobalt.

EXEMPLE 2
[0019] Le deuxième exemple de mise en oeuvre du procédé de traitement selon l'invention
concerne une solution d'effluents dont l'activité initiale (indiquée plus bas) est
nettement plus importante que les activités de l'effluent de l'exemple précédent.
On verra dans le tableau qui suit que les résultats obtenus en ce qui concerne le
facteur de décontamination sont de ce fait beaucoup plus spectaculaires. Cet effluent
présente les caractéristiques chimiques suivantes :

[0020] Dans cet exemple, on a traité la solution d'effluents par une addition d'eau oxygénée
à 100 volumes à la dose de 1,5 ml/1 de solution pour réduire les ions permanganate;
on a ensuite ajouté 0,3 g/1 de solution d'ions nickel sous forme de sulfate puis on
a alcalinisé le milieu par addition de 80 à 95 g/1 de soude pour obtenir un pH égal
ou supérieur à 12.
[0021] On a obtenu les facteurs de décontamination mentionnés dans le tableau ci-dessous,
dans lequel les activités sont exprimées en micro-curies/m
3.

EXEMPLE 3 :
[0022] Cet exemple concerne des expériences comparatives effectuées avec le nickel et d'autres
cations matalli- ques tels que le fer, le cuivre, le calcium ou le cobalt, afin de
comparer les facteurs de décontamination obtenus. Le tableau suivant fait apparaître
de toute évidence la supériorité très nette du nickel sur les autres cations. Dans
toutes ces expériences, on a introduit 1,5 ml d'eau oxygénée à 100 volumes par litre
d'effluent et après addition du sel métallique, on a ajouté de la soude jusqu'à obtenir
un pH de 12. Dans le tableau qui suit, on a ajouté au facteur de décontamination spécifique
de chacun des trois radionucléides précédents une colonne dénommée "gamma total" et
correspondant à la décontamination globale de tous les émetteurs gamma considérés
dans leur ensemble.

[0023] En ce qui concerne l'influence du pH auquel on porte la solution après l'étape de
réduction des ions permanganate et l'addition d'un sel métallique, on se reportera
avantageusement à la figure 1, qui montre, dans les conditions de l'expérience correspondant
a l'avant-dernière ligne du tableau ci-dessus (300mg/1 d'ions nickel) l'influence
du pH de la solution, porté en abscisses sur le facteur de décontamination obtenu
pour chacun des trois radionucléides contenus dans l'effluent de départ, à savoir
le
51Cr, le 60Co, et le
54Mn. Il est évident, lorsqu'on consulte cette courbe, que l'effet maximum du pH sur
la décontamination se situe pour une valeur de ce dernier égale ou supérieure à 12.
[0024] Les boues formées par précipitation au cours du traitement chimique sont en général
très divisées et, compte tenu de la salinité élevée de l'effluent traité, elles ne
décantent pas. Dans ces conditions, pour obtenir une véritable séparation des phases
liquides et solides, on doit avoir recours à une opération de filtration ou de préférence
de centrifugation car cette dernière technique est beaucoup plus efficace en raison
de la faible cohésion des boues. Une filtration complémentaire permet d'éliminer les
fines particules qui seraient éventuellement restées en suspension après la centrifugation.
[0025] Le pH de fin de traitement (012) est abaissé entre pH = 5,5 et pH = 8,5 pour pouvoir
rejeter l'effluent dans le milieu récepteur; cette correction du pH entraîne une addition
d'acide nitrique voisine de 75 kg/m
3 (HN0
3 - 13N) ou de 35 kg/m
3 d'acide sulfurique (H
2S0
4- 36 N)
[0026] Sur la figure 2, on a représenté la courbe montrant l'évolution du volume apparent
des boues en pourcentage par rapport au volume initial d'effluent, en fonction du
champ centrifuge appliqué, ledit champ étant exprimé en unités g d'accélération de
la pesanteur terrestre. Dans le tableau suivant, on a regroupé les résultats de la
figure 2 en donnant le volume apparent des boues tassées et leur humidité résiduelle
en fonction du champ centrifuge appliqué et de la durée en minutes de l'application
de ce champ. On voit ainsi que dans les meilleures conditions de traitement, les boues
déshydratées présentent un volume de 30 ml/1 de solution avec une humidité de 86 %.

[0027] En se référant maintenant à la figure 3, on va décrire le schéma d'une installation
de traitement des effluents de décontamination, conforme à la présente invention.
[0028] Sur ce schéma, les effluents sont amenés par une conduite 1 dans une première cuve
2 munie d'un agitateur 3. Par la canalisation 4, on injecte dans le récipient 2, l'eau
oxygénée contenue dans un réservoir de stockage 5 en contrôlant à l'aide d'un dispositif
en soi connu 6 le potentiel d'oxydoréduction de cette solution de façon à l'amener
à la valeur voulue, généralement voisine de 550mV par rapport à une électrode à calomel.
Les effluents séjournent généralement pendant une durée de l'ordre de 30 minutes dans
la cuve 2.
[0029] Une canalisation 7 conduit alors les effluents dans un deuxième récipient 8 également
muni d'un agitateur 9 et dans lequel on introduit par la conduite 10 le sulfate de
nickel stocké dans le récipient 11, et, par la conduite 12 la soude stockéedans le
récipient 13 pour amener le pH à une valeur égale ou supérieure à 12 que l'on contrôle
à l'aide de la sonde 14. L'effluent transite ensuite au travers de la canalisation
15 dans une capacité tampon 16 avant de parvenir dans la centrifugeuse 17 où a lieu
la séparation des boues par essorage. Pour faciliter cette séparation, il peut être
avantageux d'ajouter à la solution un agent floculant que l'on introduit par la conduite
18 en provenance d'un réservoir de stockage 19. Les boues sortent en 20 de la centrifugeuse
17 et la phase liquide, séparée des boues, transite ensuite par la conduite 21 au
travers d'une deuxième capacité tampon 22. A ce stade, l'effluent liquide doit être
encore filtré au travers du filtre 23 pour éliminer les fines particules qui n'auraient
pas été totalement séparées par centrifugation; la conduite 24 mène ensuite la phase
liquide ainsi traitée dans une nouvelle cuve 25 munie d'un agitateur et dans laquelle
on introduit par une canalisation 26 la quantité d'acide (nitrique ou sulfurique)
nécessaire en provenance du récipient de stockage 27 pour ajuster le pH avant rejet
à une valeur compatible avec les réglementations en vigueur et généralement aux alentours
de 7. Le contrôle de la valeur du pH est effectué par une sonde 28 en dérivation sur
la cuve 25. Le rejet final peut alors avoir lieu par gravité a la base 29 du récipient
25.
[0030] Bien entendu, un certain nombre de pompes sont nécessaires pour mettre en mouvement
les liquides véhiculés aux différents stades de l'installation et celles-ci sont représentées
schématiquement par les références 30.
1. Procédé de traitement des effluents de décontamination, notamment de composants
de réacteurs nucléaires, du genre de ceux qui comportent en solution des ions permanganate,
phosphate et sulfate et des ions actifs de manganèse, de chrome et de cobalt, caractérisé
en ce qu'il comprend les étapes successives de réduction des ions permanganate par
addition d'eau oxygénée, d'alcalinisation à un pH égal ou supérieur à 12, de séparation
du précipité formé et d'acidification finale de la phase liquide restante pour porter
son pH à une valeur compatible avec son rejet dans la nature.
2. Procédé de traitement des effluents selon la revendication 1, caractérisé en ce
que, après ladite étape de réduction par l'eau oxygénée, on ajoute dans l'effluent
un sel de nickel, choisi de préférence parmi le groupe comprenant le sulfate S04Ni et le nitrate Ni(N03)2 , 6H20).
3. Procédé de traitement des effluents selon la revendication 1, caractérisé en ce
que, après ladite étape de réduction par l'eau oxygénée, on ajoute dans l'effluent
un sel ferreux, de préférence le sulfate S04Fe,7H20.
4. Procédé de traitement des effluents selon la revendication 1, caractérisé en ce
que l'eau oxygénée est ajoutée jusqu'à ajustement du potentiel d'oxydoréduction à
une valeur voisine de 550 mV par rapport à une électrode à calomel.
5. Procédé de traitement des effluents selon la revendication 1, caractérisé en ce
que la séparation du précipité de la phase liquide se fait par centrifugation.
6. Dispositif pour la mise en oeuvre du procédé selon l'une quelconque des revendications
1 à 5, caractérisé en ce qu'il comprend une première cuve communiquant avec une deuxième
cuve, les deux cuves étant munies de moyens d'agitation, des moyens pour introduire
dans ladite première cuve l'effluent liquide à traiter et l'eau oxygénée, des moyens
pour ajuster à la valeur voulue le potentiel d'oxydo-réduction de l'effluent présent
dans ladite cuve, des moyens pour introduire dans ladite deuxième cuve un sel de nickel
et une solution alcaline, des moyens pour ajuster à la valeur voulue le pH de l'effluent
présent dans ladite cuve, des moyens pour séparer de l'effluent le précipité formé
et pour l'amener dans une troisième cuve munie de moyens d'agitation, des moyens pour
introduire dans ladite troisième cuve une solution acide et des moyens pour ajuster
le pH de l'effluent à la valeur désirée.
7. Dispositif selon la revendication 6, caractérisé en ce que les moyens pour séparer
le précipité formé sont constitués par une centrifugeuse et par un filtre.