[0001] La présente invention concerne un creuset composite pour la fusion par voie inductive
d'échantillons d'analyse.
[0002] On connaît des appareils, plus ou moins automatisés, pour la préparation, selon un
processus de fusion-dilution dans un fondant, d'échantillons à analyser, par exemple
des échantillons non-métalliques sous forme de perles, destinées à l'analyse par fluorescence
de rayons X (FR X).
[0003] Certains de ces appareils utilisent l'énergie électrique et comportent à cet effet
un dispositif de fusion constitué par une bobine à induction verticale, excitée par
un courant haute fréquence et au sein de laquelle est placé le creuset contenant l'échantillon.
[0004] On connaît, à cet égard, l'appareil automatique décrit dans le brevet français n°
2 381 303 au nom du demandeur qui comprend un système d'agitation du creuset par mise
en mouvement de la bobine pour homogénéiser l'échantillon au cours de la fusion. Celle-ci
est suivie d'une opération de coulée dans une nacelle de solidification, elle-même
préchauffée en prenant place, soit de façon temporaire sur le dessus de la bobine,
soit directement sur le plancher de coulée sur une seconde bobine à induction, de
structure plane spiralée.
[0005] Le creuset de fusion, comme la nacelle de coulée, sont en matériau devant présenter
les propriétés essentielles suivantes : une résistance mécanique à chaud suffisante,
compatible avec le poids de l'échantillon, une bonne conductibilité à la fois de l'électricité
et de la chaleur, enfin être le plus possible inoxydable et inerte chimiquement, même
aux hautes températures nécessitées par la fusion de l'échantillon.
[0006] Compte tenu de ces spécificités, on utilise généralement des creusets et nacelles
en métal noble, tel que du platine ou un alliage de platine. Ces accessoires sont
fort chers et, si la nacelle a une durée de vie très importante, les creusets, en
fait, ne sont pas parfaitement inaltérables, mais doivent être remplacés après un
nombre de fusions variable en fonction des conditions d'utilisation. En l'occurence,
on sait que certains échantillons contenant des phases métalliques, comme le zinc,
peuvent conduire à une dégradation assez rapide des creusets.
[0007] On comprend donc tout l'intérêt de pouvoir disposer, et c'est là le but de la présente
invention, d'un creuset polyvalent, c'est-à-dire répondant mieux aux spécificités
indiquées précédemment, de façon à pouvoir s'accornmoderd'échantillons de toutes natures
et compositions avec une égale aptitude et ainsi prolonger au maximum sa durabilité.
[0008] A cet effet, l'invention a pour objet un creuset composite pour la fusion d'échantillons
d'analyse et destiné à être placé dans une bobine à induction, caractérisé en ce qu'il
est constitué de deux récipients distincts, emboîtés l'un dans l'autre, de préférence
avec un simple jeu fonctionnel entre eux : un récipient externe de type habituel,
en métal noble, tel que du platine ou un alliage de platine et un récipient interne
amovible, en matériau réfractaire courant et bon conducteur de la chaleur, tel que
du graphite, ou de préférence du carbone vitreux, et destiné à contenir l'échantillon
à fondre.
[0009] Par la suite, pour une plus grande clarté du texte, on emploiera les expressions
"récipient en platine" ou "récipient en graphite" pour désigner respectivement le
récipient extérieur et le récipient intérieur, sans que l'on puisse pour autant préjuger
de la nature chimique exacte des récipients concernés.
[0010] L'invention résulte de la considération essentielle suivante :
En principe, pour allonger la durée de vie du creuset en platine et par conséquent,
réduire le coût unitaire des fusions, il faudrait utiliser un creuset en platine,
dans le cas général, et n'utiliser un creuset en graphite que pour des échantillons
qui attaquent le platine et qui n'ont pas impérativement besoin d'être fondus dans
un creuset de cette nature, mais peuvent se satisfaire d'un creuset en graphite.
[0011] Toutefois, les appareils de préparation automatique, équipés d'un dispositif de fusion
électrique par induction, s'accomodent fort mal d'une alternance éventuelle creuset
en platine, creuset en graphite.
[0012] Dans ce type d'appareils, en effet, on peut difficilement remplacer un creuset en
platine par un creuset en graphite et inversement, car le générateur de courant haute
fréquence qui alimente la bobine à induction, n'est accordé, par construction, qu'à
un induit de nature déterminée qui, en règle générale d'ailleurs, est en platine.
Dans ces conditions, le générateur de courant n'est pas accordé pour un induit en
graphite et, dans la majorité des cas, il ne peut l'être, car il alimente également
la bobine de préchauffage de la nacelle de coulée laquelle, en pratique, doit impérativement
être en platine.
[0013] L'intérêt de pouvoir utiliser ces appareils avec des creusets de platine et des creusets
de graphite sans modification du matériel, a amené l'inventeur à réfléchir au problème
et à trouver la solution, objet de la présente invention, qui consiste, comme on l'aura
déjà compris, à placer un récipient en graphite supplémentaire dans le creuset permanent
en platine.
[0014] Le creuset composite ainsi réalisé est clairement représenté sur les trois figures
jointes auxquelles on se réfère maintenant.
[0015] Les figures 1 et 3 représentent, en coupe, deux modes de réalisation du creuset conforme
à l'invention, et la figure 2 une vue en perspective du creuset considéré.
[0016] Sur ces figures, le creuset est montré en place sur son support au sein d'une bobine
à induction 1 avec interposition d'une chemise isolante en silice 2 qui repose sur
un socle 3.
[0017] Ainsi, lorsque la bobine de chauffage 1 est excitée par un courant haute fréquence
(de l'ordre de plusieurs Méga hertz), l'accrochage du courant induit se fait au niveau
du récipient extérieur en platine 4, lequel équilibre rapidement sa température avec
celle du récipient intérieur en graphite 5 par échange de chaleur qui s'opère essentiellement
par rayonnement. Ce chauffage électrique indirect du récipient interne assure une
fusion satisfaisante de l'échantillon qui y est contenu, sensiblement aussi rapide
que dans la pratique habituelle (de l'ordre de la minute), mais sans risque de dégradation
du platine puisque celui-ci.n'est plus en contact avec une matière en fusion susceptible
de le détériorer (phases métalliques ou réduites).
[0018] Bien entendu, le récipient interne en graphite 5 se justifie moins lorsque l'échantillon
à préparer n'est pas de nature chimique pouvant réagir avec le platine et doit donc
pouvoir être retiré à volonté. Par ailleurs, il s'use fatalement plus rapidement que
le récipient extérieur en platine et doit donc pouvoir être remplacé plus fréquemment.
[0019] Dans cette double éventualité, il est prévu de le rendre amovible. De préférence,
on prendra soin de ne ménager qu'un jeu fonctionnel 6 minimum entre la paroi intérieure
du récipient en platine et la paroi extérieure du récipient en graphite. Ainsi, la
bonne correspondance entre les cotes des deux récipients fait que, malgré la haute
température d'utilisation (environ 1 200°C), le creuset en graphite ne se consume
pratiquement pas sur sa paroi extérieure.
[0020] Bien entendu, comme le montre la variante de la figure 3, il demeure possible de
ménager entre les récipients un jeu plus important qu'un simple jeu fonctionnel. Dans
ce cas toutefois, on aura avantage à éviter une dégradation prématurée du récipient
en graphite 5 par oxydation de sa paroi extérieure. Ce résultat peut être atteint
par tout moyen approprié, par exemple en confinant l'atmosphère contenue dans l'espace
annulaire défini entre les récipients à l'aide notamment d'une collerette 7 prévue
à l'extrémité supérieure du récipient en graphite et venant prendre appui sur le bord
du récipient en platine 4 (ce qui permet en outre d'éviter, sur ce dernier, des bavures
de matière en fusion au moment de la coulée), ou en remplaçant cette atmosphère naturellement
oxydante par une atmosphère inerte réalisée par balayage dudit espace avec un gaz
neutre ou plus généralement non-oxydant, ou encore par ces deux moyens mis en oeuvre
conjointement.
[0021] On observera par ailleurs que le récipient extérieur en platine 4 est pourvu d'une
collerette 8 qui lui permet de prendre appui sur l'extrémité supérieure de la chemise
2 en ménageant ainsi entre le socle 3 et le fond du récipient un espace d'isolation
thermique. Pour plus de détails sur ces aspects, qui se trouvent en dehors de l'objet
propre de l'invention, on se reportera à un texte du brevet français n° 2 381 303
déjà mentionné.
[0022] Conformément à une réalisation préférée de l'invention, le récipient interne est
en carbone vitreux.
[0023] On améliore ainsi la résistance mécanique du récipient par rapport au graphite classique,
ce qui permet notamment l'utilisation à moindre risque de récipients à paroi mince
(de l'ordre du millimètre en épaisseur) et par conséquent, de conserver pratiquement
la vitesse de chauffe très rapide obtenue avec le récipient en platine seul.
[0024] Par ailleurs, contrairement au graphite classique, le carbone vitreux n'est pratiquement
pas friable, ce qui évite d'entraîner, au moment de la coulée de l'échantillon, des
particules de carbone arrachées à la paroi et qui risqueraient de perturber l'analyse
ultérieure. Il doit être signalé en outre que le carbone vitreux s'use au cours des
fusions successives mais cette usure est bien plus lente que celle du graphite classique,
et elle a pour origine, non pas une érosion mécanique de la paroi, mais une réactivité
chimique avec l'oxygène (dégagement de CO ou de C0
2) qui, en tout état de cause, ne pollue pas l'échantillon. Enfin, le carbone vitreux,
ayant par définition la consistance du verre, présente des propriétés non-mouillantes
pour l'échantillon, ce qui permet de récupérer toute la matière au moment de la coulée,
sans avoir besoin de procéder à un nettoyage ultérieur du récipient.
[0025] Il doit être souligné que l'intérêt majeur de l'invention, dans sa conception la
plus générale, c'est-à-dire indépendamment de la nature chimique du matériau constituant
le récipient interne, s'exprime en termes de rentabilité ou, si l'on préfère, d'économie
au niveau du coût unitaire de fusion des échantillons.
[0026] Dans la pratique antérieure à creuset de platine unique, la reprise des creusets
usagés par le façonneur de platine se fait à environ 75 % de leur valeur en métal.
L'utilisateur perd donc systématiquement le quart du prix du creuset, auquel se rajoute
le coût de l'usinage pour le nombre de fusions réalisées avec celui-ci. De cette façon,
l'incidence du platine dans le prix de revient d'une fusion peut être estimée à plus
de 10 francs français, au cours actuel des métaux précieux.
[0027] Les expériences réalisées avec un creuset composite conforme à l'invention montrent
que, pour un creuset intérieur de 1 mm d'épaisseur environ, on peut procéder à une
dizaine de fusions environ par creuset de graphite, et à plus d'une vingtaine dans
le cas du carbone vitreux, avant de devoir le remplacer. Si l'on prend en compte d'un
côté la durabilité améliorée du récipient en platine et, de l'autre, le coût relativement
faible des récipients en graphite comparativement à celui du platine, on calcule une
réduction d'environ 70 % de l'incidence du creuset dans le prix de revient unitaire
de la fusion.
[0028] Il va de soi que l'invention peut présenter de nombreuses variantes de réalisation,
tant dans la forme, la nature ou la structure du creuset composite.
[0029] Ainsi, le creuset peut avoir n'importe qu'elle forme géométrique dans la mesure bien
entendu où les deux récipients qui le composent peuvent être emboîtés l'un dans l'autre
de manière à être aisément séparés, puis assemblés à nouveau. On comprend qu'à cet
égard, la forme la plus avantageuse est celle du cylindre, de révolution de préférence.
De même, comme le montrent les figures 1 et 2, le récipient intérieur 5 peut légèrement
dépasser de la limite supérieure du récipient extérieur 4 (quelques mm), de manière
à constituer une prise possible et faciliter ainsi son introduction dans le récipient
extérieur ou son retrait. On comprend qu'une telle disposition permet en outre, comme
dans le cas de la collerette 7 précédemment évoquée en référence à la figure 3, d'éviter
des bavures de matière en fusion sur le creuset en platine au cours de la coulée de
l'échantillon. Bien entendu, cette disposition peut être réalisée de différentes manières,
par exemple comme c'est le cas des figures en utilisant un récipient intérieur de
hauteur légèrement supérieure à celle du récipient extérieur, ou en plaçant sur le
fond de celui-ci une cale en matériau réfractaire, par exemple un coussin de feutre
de carbone, ou équivalent, sur laquelle vient reposer le récipient intérieur, ce qui
permet d'obtenir le surcroît de hauteur recherché.
[0030] Enfin, il doit être noté que les récipients en graphite ou en carbone vitreux entrant
dans le cadre de la présente invention ne présentent aucune difficulté particulière
d'approvisionnement car ils sont disponibles ou facilement accessibles dans le commerce.
1°) Creuset composite pour la fusion d'échantillons d'analyse non métalliques par
voie inductive et destiné à être placé dans une bobine de chauffage par induction
alimentée en courant électrique à haute fréquence, caractérisé en ce qu'il est constitué
de deux récipients distincts et séparables, emboîtés l'un dans l'autre : un récipient
extérieur en métal noble et un récipient intérieur amovible en matériau réfractaire
bon conducteur de la chaleur et destiné à recevoir l'échantillon à fondre.
2°) Creuset selon la revendication 1, caractérisé en ce que le récipient extérieur
est en platine, ou alliage de platine ou un matériau ayant les mêmes propriétés.
3°) Creuset selon les revendications 1 ou 2, caractérisé en ce que le récipient intérieur
est en graphite.
4°) Creuset selon les revendications 1 ou 2, caractérisé en ce que le récipient intérieur
est en carbone vitreux.
5°) Creuset selon la revendication 1, caractérisé en ce que les deux récipients emboîtés
présentent entre eux un simple jeu fonctionnel.
6°) Creuset selon la revendication 1, caractérisé en ce que les deux récipients emboîtés
définissent entre eux un espace annulaire de séparation et en ce que le creuset intérieur
présente à son extrémité supérieure une collerette venant prendre appui sur le bord
du récipient extérieur.
7°) Creuset selon la revendication 1, caractérisé en ce que le récipient intérieur
dépasse légèrement de la limite supérieure du récipient extérieur.
8°) Creuset selon la revendication 7, caractérisé en ce que le récipient intérieur
présente une hauteur légèrement supérieure à celle du creuset extérieur.
9°) Creuset selon la revendication 7, caractérisé en ce que le creuset extérieur comporte
sur le fond une cale en matériau réfractaire sur laquelle repose le creuset intérieur.