[0001] La présente invention concerne la sécurité des munitions.
[0002] Pour lancer différentes charges utiles, par exemple des charges éclairantes, on utilise
très souvent une cartouche comprenant un tube dont le fond de douille loge une charge
pyrotechnique d'éjection. Et le projectile placé devant la charge d'éjection est muni
à son tour d'une chaîne pyrotechnique à retard ; initiée par la charge d'éjection,
celle-ci va finalement allumer après sortie du tube la charge de mise en oeuvre du
projectile.
[0003] Dans le brevet français N° 74 41 205, la demanderesse a déjà décrit l'interposition
d'un tiroir à coulissement transversal, lequel ne vient en position de transmission
de feu qu'après la sortie de tube du projectile. De la sorte, la mise en oeuvre de
la charge utile ne peut intervenir avant que le projectile ne soit sorti du tube de
la cartouche. Ce moyen, qui a reçu une large utilisation, permet d'ores et déjà une
sécurité non négligeable. Cela étant, la tendance actuelle est à augmenter considérablement
la sécurité. Il en résulte cor- rélativement une complication des dispositifs utilisés.
[0004] La présente invention vient au contraire proposer une solution particulièrement satisfaisante,
qui se trouve fondée sur des moyens simples, et donne entière satisfaction, en envisaaeant
en plus du tiroir de rupture de chaîne précité, une double sécurité réalisée par des
pièces entièrement séparées, et fonctionnant suivant des principes radicalement différents.
[0005] Selon la première sécurité proposée, le tiroir précité est immobilisé en position
de rupture de chaîne par une butée, retenue axialement jusqu'à un effort d'intensité
prédéterminée, et solidaire d'une masselotte, qui l'éclipse sous l'effet de l'accélération
due au départ du coup.
[0006] Pour réaliser la seconde sécurité, qu'il est très avantageux d'utiliser selon l'invention,
la chaîne pyrotechnique comporte en outre une autre rupture de chaîne, assurée par
interposition d'un bloc obturateur, celui-ci étant également tenu axialement sous
un effort prédéterminé, et susceptible d'être chassé par la pression des gaz de combustion.
De préférence, cette autre rupture de chaîne est placée entre la charge d'éjection
et le début de la chaîne pyrotechnique à retard.
[0007] De manière particulière, elle peut être réalisée par le fait que le bloc, qui coulisse-dans
un alésage, comporte un épaulement logeant un joint torique plus grand que l'alésage,
et venant buter sur celui-ci, dans la position où le bloc assure la rupture de chaîne,
alors que la pression des gaz force le passage du bloc avec son joint dans l'alésage.
[0008] De son côté, également dans un mode de réalisation particulier, la butée est avantageusement
maintenue en position d'immobilisation du tiroir par une rondelle à dents ou un voile
susceptible de céder sous un effort prédéterminé.
[0009] Selon une autre caractéristique de l'invention, la pression des gaz sur le bloc obturateur
déplace celui-ci axialement, en sens inverse du mouvement axial de la masselotte à
raison de l'accélération au départ du coup.
[0010] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention apparaîtront à la lecture de
la description détaillée qui va suivre, faite en référence aux dessins annexés, donnés
pour illustrer à titre d'exemple non limitatif un mode de réalisation préférentiel
de la présente invention, et sur lesquels :
- la figure 1 est une vue en coupe du mode de réalisation préférentiel des cartouches
selon la présente invention ;
- la figure 2 est une autre vue en coupe, dans un plan perpendiculaire à celui de
la figure 1 ;
- la figure 3 est une vue de détail d'une fraction de la figure 1, destinée à illustrer
mieux les éléments désignés généralement par 30 ;
- la figure 4 est une section - droite formant la coupe B-B de la figure 1 ;
- la figure 5 est une vue en coupe d'une autre section de la figure 2, destinée à
illustrer les détails désignés globalement par 60 ; et
- la figure 5A illustre plus précisément l'élément 62 de la figure 5.
[0011] La cartouche illustrée sur les figures 1 et 2 comporte un tube 1, solidaire d'un
fond de douille 2, qui loge une charge pyrotechnique d'éjection 4, susceptible d'être
excitée par une amorce électrique 3. En passant par les trous d'un paillet 5, les
gaz dégagés par la charge d'éjection 4 vont propulser un projectile désigné généralement
par la référence 10, ce projectile sortant lorsque va lâcher le bouchon 6 placé à
l'autre extrémité, et retenu par sertissage ménagé au bout du tube 1.
[0012] Le projectile 10 comporte en partie supérieure une enveloppe définie par un disque
12 et un cylindre 11, cette enveloppe étant fixée par une vis 14 sur l'arbre central
13, qui vienten partie basse à son tour recevoir une vis 15 le fixant sur la pièce
16, perforée notamment en 17. Entre les parois d'extrémités 12 et 17 peut être ménagée
une charge quelconque, par exemple un pain éclairant, qui sera allumé par des gaz
dégagés par une charge de mise en oeuvre 72, et traversant les orifices 17. La plaque
16 est à son tour fixée sur le culot du projectile, qui est désigné par la référence
générale 20, et peut être constitué en une ou plusieurs pièces solidaires.
[0013] Comme le montrent les figures 2 et 4, ce culot comporte en partie médiane un tiroir
coulissant, désigné par 50. Ce tiroir est muni d'alésagesdans lesquels sont sollicités
vers l'extérieur des tétons 53 et 54, venant prendre appui sur la paroi externe de
la pièce 20. De l'autre côté, le tiroir 50 comporte une tige 56, faisant saillie vers
l'extérieur, jusqu'à traverser un orifice 57 ménagé dans la pièce 20, pour finalement
venir s'appuyer sur le tube 1. On voit immédiatement que lorsque le projectile est
sorti du tube, le tiroir 50 va se déplacer vers la gauche de la figure 4 pour venir
en butée sur la paroi 20. Il en résulte alors que l'orifice 52 vient en position d'alignement,
et permet ainsi une transmission de feu entre la charge-relais 51 de la figure 5 et
la charge de mise en oeuvre 72 déjà mentionnée, à travers un mince voile 71.
[0014] On va maintenant décrire les éléments de sécurité selon l'invention.
[0015] Si l'on prend la chaîne pyrotechnique dans l'ordre, le premier de ces éléments de
sécurité est constitué par ce que l'on a appelé précédemment "l'autre rupture de chaîne".
Sur la figure 3, on voit la partie supérieure du volume 25 ménagé pour le développement,
à travers les orifices de la pièce 5, des gaz dégagés par la charge d'éjection 4.
Sous l'effet du dégagement gazeux, la pression monte dans cette chambre 25, et avant
qu'elle n'atteigne une valeur suffisante pour déplacer le projectile, elle va avoir
agi sur l'ensemble 30, constitué d'un bloc-obturateur-31, muni d'un épaulement en
creux 32 logeant un joint torique 33, qui vient s'appuyer sur le bord inférieur d'un
alésage 35. Lorsque la pression dans la chambre 25 assure une force suffisante sur
la face inférieure de l'obturateur 31, le joint 33 va entrer dans l'alésage. Le bloc
31 se trouve alors chassé vers le haut, où il pourra être reçu dans un alvéole 36,
ménagé à cet effet. Lorsqu'il aura passé le bord supérieur de l'alésage 35, le joint
33 empêchera à nouveau la rèdescente du bloc-obturateur 31.
[0016] Les gaz dégagés par la charge d'éjection vont alors non seulement pouvoir assurer
l'éjection du projectile, mais également allumer une charge pyrotechnique 40 formant
relais à retard. Cette charge 40 est placée dans un alésage radial, aboutissant sur
le côté de l'alésage 35 logeant le bloc-obturateur 31. Et cet alésage radial vient
jusqu'à un orifice axial, permettant l'accès à une autre charge formant relais de
transmission de feu 51.
[0017] Pour des raisons technologiques, l'alésage radial qui loge la pièce 40 se prolonge
jusqu'à l'extrémité opposée du bloc 20, par un autre alésage 41. Celui-ci a essentiellement
pour but de permettre la mise en place de la composition à retard 41, ainsi que son
tassement. Après construction, l'alésage 41 est refermé par un piston 42 solidaire
d'une tête 43 avec interposition d'un joint d'étanchéité.
[0018] La charge relais 5i se trouve immédiatement en dessous du tiroir coulissant 50, et
elle pourra donc assurer la poursuite de la transmission de feu, sous réserve que
le tiroir 50 ait pu entre temps se déplacer, le projectile étant sorti du tube, afin
d'amener l'orifice 52 en position axiale. On notera qu'en réalité l'allumage de la
composition relais 51 peut se faire au môment désiré, puisqu'elle est placée après
la charge à retard 40.
[0019] Si l'on revient maintenant à l'instant de départ du coup, les gaz dégagés par la
charge d'éjection vont très rapidement communiquer une vive accélération au projectile.
Cette accélération va s'exercer sur la masselotte 63 de la figure 5, qui est libre
de coulisser dans une enceinte 64, tout effet de piston étant éliminé par un orifice
65 traversant la masselotte 63. Bien entendu, si au contraire on désirait ralentir
le mouvement de la masselotte afin d'être sensible à une accélération pendant un certain
temps, on pourrait donner à l'orifice 65 la section calibrée adéquate. Cette masselotte
63 va donc être sujette à une force dirigée vers le bas, et qui est proportionnelle
à l'accélération communiquée au projectile, ainsi qu'à sa masse. Vissée sur la masselotte
63 se place une butée 61 faisant saillie dans le logement du tiroir 50 afin d'immobiliser
celui-ci en position de rupture de chaîne. La masselotte 61 est retenue en position
bloquant le tiroir par une rondelle 62, qui est une rondelle à' dents comme on le
voit mieux sur la figure 5A. Cette rondelle à dents va s'ouvrir lorsque l'effort qui
lui est appliqué par la butée 61 atteint un seuil prédéterminé, et par conséquent
lorsque l'accélération communiquée à l'ensemble des pièces 61 et 63 atteint une valeur
prédéterminée. Une fois que la butée est rentrée dans le logement défini par l'enceinte
64, elle ne péut plus en ressortir, et le tiroir 50 est par conséquent libre de venir
en position/transmission de feu.
[0020] On peut maintenant décrire le fonctionnement général de la cartouche selon l'invention.
Après initiation de l'amorce 3, la charge d'éjection 4 commence à brûler, et produit
un fort dégagement gazeux dans la chambre 25. Lors de la montée en pression, le bloc-obturateur
31 de la figure 3 va se trouver déplacé vers le haut, afin de permettre l'allumage
de la charge à retard 40, qui va brûler pendant un temps préétabli, par exemple égal
à 5/100 de secondes. En même temps ou peu après, le projectile 10 commence à se mouvoir.
Son accélération atteint très rapidement une valeur très grande, suffisante pour déplacer
la butée à l'encontre de la rondelle à dents 62, et libérer par conséquent le tiroir.
Dès la sortie de bouche, le tiroir va donc pouvoir se mettre en position axiale, et
autoriser la communication du feu entre la charge relais 51 et la charge de mise en
oeuvre 72.
[0021] Peu après le mouvement du tiroir, le retard pyrotechnique 40 va arriver en fin de
combustion et allumer la charge relais 51, laquelle communiquera maintenant le feu
à la charge de mise en oeuvre 72. A son tour, celle-ci pourra assurer non seulement
le dépotement de la charge utile de la cartouche, mais également la mise à feu du
pain éclairant ou de la charge analogue qu'elle peut contenir.
[0022] L'homme de l'art comprendra que la charge selon l'invention présente une très grande
sécurité. Cette sécurité intervient également au niveau de chocs violents subis par
la cartouche, car le déplacement du bloc-obturateur 31 se produit axialement,-mais
en sens inverse du mouvement axial requis pour la masselotte 63 afin d'assurer la
transmission de feu. Il en résulte qu'un violent choc vertical ne peut tout au plus
que déplacer l'un des deux éléments, mais non les deux. D'autre part, ces organes
sont placés au voisinage de plans axiaux de la cartouche qui sont perpendiculaires
l'un à l'autre.
[0023] Dans un mode de réalisation particulier, le joint torique 33 de la figure 3 est un
joint au silicone pour basse température, qui présente l'avantage d'assurer un bon
blocage du bloc-obturateur lorsque celui-ci ne se déplace pas. Il en résulte une quasi
irréversibilité du déplacement du bloc-obturateur 31, sauf bien entendu sous l'effet
des fortes accélérations qui peuvent intervenir lors du départ du coup.
[0024] La cartouche selon la présente invention s'applique avantageusement comme leurre
infrarouge pour aéronef, car elle permet une excellente sécurité, même si le retard
40 est très bref, de façon à assurer un déploiement du leurre infrarouge très tôt
après que le projectile a quitté l'aéronef, condition que l'homme de l'art reconnaîtra
comme fort utile.
[0025] Bien entendu, la présente invention n'est pas limitée au mode de réalisation décrit
et s'étend à toute variante conforme à son esprit.
1 - Cartouche à actionnement pyrotechnique de charge utile, du type comprenant un
tube (1) solidaire d'un fond de douille (2) qui loge une charge pyrotechnique d'éjection
(4), et devant celle-ci, un projectile (10) muni d'une chaîne pyrotechnique à retard
initiée par la charge d'éjection`(4) afin d'allumer après sortie de tube la charge (72) de mise en oeuvre du projectile,
et dans laquelle cette chaîne pyrotechnique est interrompue au niveau d'un tiroir
(50) à coulissement transversal, lequel ne vient en position de transmission de feu
qu'après sortie de tube du projectile, caractérisée par le fait que le tiroir (50)
est immobilisé en position de rupture de chaîne par une butée (61) maintenue axialement
jusqu'à un effort d'intensité prédéterminée, et solidaire d'une masselotte (63) qui
l'éclipse sons l'effet de l'accélération due au départ du coup.
2 - Cartouche selon la revendication 1, caractérisée par le fait que la chaîne pyrotechnique
comporte une autre rupture de chaîne (30) assurée par interposition d'un bloc obturateur
(31), également tenu axialement sous ion effort prédéterminé, et susceptible d'être
chassé par la pression des gaz de combustion.
3 - Cartouche selon la revendication 2, caractérisée par le fait que ladite autre
rupture de chaîne (30) est placée entre la charge d'éjection (4) et le début de la
chaîne pyrotechnique à retard (40).
4 - Cartouche selon l'une des revendications 2 et 3, caractérisée par le fait que
le bloc (31), qui coulisse dans un alésage (35) comporte un épaulement (32) logeant
un joint torique (33) plus grand que l'alésage (35) et venant buter sur celui-ci,
dans la position où le bloc assure la rupture de chaîne, alors que la pression des
gaz force le passage du bloc (31) avec son joint (33) dans l'alésage (35).
5 - Cartouche selon l'une des revendications 1 à 4, caractérisée par le fait que la
butée (61) est maintenue en position d'immobilisation du tiroir (50) par une rondelle
à dents (62) susceptible de céder sans un effort prédéterminé.
6 - Cartouche selon l'une des revendications 1 à 5, caractérisée par le fait que la
pression des gaz sur le bloc obturateur (31) déplace celui-ci axialement, en sens
inverse du mouvement axial de la masselotte (63) à raison de l'accélération au départ
du coup.
7 - Cartouche selon l'une des revendications 1 à 6, caractérisée par le fait que la
masselotte (63) et le bloc obturateur (32) sont disposés au voisinage de plans axiaux
respectifs, perpendiculaires l'un à l'autre.