[0001] La présente invention concerne un dispositif hyperfréquence non réciproque à ondes
électromagnétiques, tel que par exemple un circulateur à jonction Y à trois portes,
destiné à fonctionner simul- ta nément sur une très large bande de fréquence et à
un haut niveau de puissance, et ceci dans une grande gamme de température.
[0002] On appelle dispositif non réciproque un dispositif dont les caractéristiques de transmission
changent suivant le sens de propagation des ondes à travers ledit dispositif.
[0003] D'une manière générale, pour des dispositifs hyperfréquences non réciproques comportant
au moins une pièce en matériau ferrimagnétique ou gyromagnétique, tels que par exemple
les circulateurs à jonction, il est connu d'appliquer un champ magnétique continu
de polarisation, dit champ statique, saturant le matériau, et inférieur au champ de
résonance gyromagnétique de façon à obtenir de très faibles pertes magnétiques.
[0004] D'autre part, on connaît déjà diverses structures de circulateur à jonction utilisant
un matériau ferrimagnétique polarisé en dessous de la résonance gyromagnétique et
à l'état saturé. L'une d'entre elles, de type triplaque, est décrite dans le certificat
d'addition français n° 2 344 141 accordé à la Demanderesse, concernant : "Circulateur
à jonction pour transmission à haut niveau de puissance en hyperfréquence". Selon
ce certificat d'addition, le circulateur à jonction comporte principalement un conducteur
à trois branches inséré entre deux disques en matériau ferrimagnétique polycristallin,
et deux plans de masse disposés respectivement de part et d'autre des deux disques.
[0005] Cependant, un tel circulateur à jonction fonctionne sur une très faible bande de
fréquence, le rapport des fréquences extrêmes étant de l'ordre de 1,08.
[0006] Cette faible bande passante est liée notamment à la détermination de la fréquence
minimale de fonctionnement qui dépend de la valeur maximale de l'aimantation à saturation.
Ainsi, pour un matériau ferrimagnétique polycristallin, on sait que la largeur de
raie de résonance est relativement grande en raison du phénomène connu de résonance
gyromagnétique dite naturelle, de sorte que ladite fréquence minimale de fonctionnement
doit être nettement supérieure à la fréquence de ladite résonance, ce qui a pour effet
de réduire la largeur de bande du circulateur. De plus, dans un matériau polycristallin,
il existe des causes connues d'élargissement de la raie de résonance, conduisant à
une "perte" de la bande de fonctionnement recherchée, observée dans le bas de la bande
de fréquence lorsque le matériau est à l'état juste saturé. Ces causes sont essentiellement
dues :
- à l'existence de l'anisotropie magnétocristalline se traduisant par un champ d'anisotropie
dont l'influence dépend de l'orientation de chaque cristallite par rapport au champ
appliqué de polarisation ;
- à l'existence de champs démagnétisants locaux dus en particulier à l'effet de porosité
dans le matériau et à la forme et dimensions de chaque cristallite.
[0007] On connaît également un circulateur à jonction du type triplaque tel que décrit dans
le certificat d'addition français cité précédemment, c'est-à-dire utilisant deux disques
en matériau ferrimagnétique polycristallin, qui opère sur une large bande de fréquence,
le rapport des fréquences extrêmes étant de l'ordre de 2,25, dans une grande gamme
de température, comprise entre -40°C et +IOO°C, mais ceci uniquement à bas niveau
de puissances crête et moyenne, la puissance de crête étant de l'ordre de 100 W.
[0008] L'obtention d'un bas niveau de puissance en hyperfréquence pour un tel circulateur
à ferrites polycristallins s'explique de la manière suivante.
[0009] Comme cela est connu, la puissance de crête, proportionnelle au carré du champ hyperfréquence,
ne doit pas atteindre un niveau critique au-delà duquel la transmission est affectée
d'effets non linéaires se traduisant par des pertes magnétiques supplémentaires, détruisant
dès lors les performances du circulateur. Ces effets non linéaires sont dus au fait
que les spins électroniques ne restent pas parallèles entre eux dans leurs mouvements
et que se produisent des ondes de spin du premier et/ou du deuxième ordre, l'excitation
simultanée des ondes de spin du premier et du deuxième ordres se produisant dans une
zone entourant la résonance gyromagnétique.
[0010] On définit ainsi un champ critique hyperfréquence minimal à partir duquel apparaissent
de tels effets, ce champ critique étant fonction du champ statique appliqué.
[0011] Etant donné que ce circulateur fonctionne sur une large bande de fréquence, et que
l'amortissement sur les bords de la résonance pour un matériau ferrimagnétique polycristallin
ne disparaît que lentement en raison des causes d'élargissement de la raie de résonance
citées ci-dessus, il se produit pour certains cristallites une excitation simultanée
des ondes de spin du premier et du deuxième ordres. Dans ces conditions, le champ
critique hyperfréquence minimal prend une valeur très faible, de sorte que le circulateur
ne peut que supporter un bas niveau de puissance de crête dans une partie importante
de sa bande de fonctionnement.
[0012] La présente invention a pour but de proposer un dispositif hyperfréquence non réciproque,
tel qu'un circulateur à jonction, fonctionnant à la fois sur une très large bande
de fréquence, le rapport des fréquences extrêmes étant supérieur à 2,75, à un haut
niveau de puissance de crête, supérieur à 2 kW, et dans une grande gamme de température,
comprise entre -40°C et +100°C.
[0013] A cet effet, l'invention a pour objet un dispositif hyperfréquence non réciproque
à large bande de fréquence et à haut niveau de puissance, comportant au moins une
pièce en matériau ferrimagnétique et des moyens pour appliquer un champ magnétique
de polarisation saturant le matériau, caractérisé en ce que le matériau est un monocristal,
et en ce que le monocristal est orienté suivant un axe cristallographique déterminé
de telle sorte que la variation du champ d'anisotropie en fonction de la température
compense les variations de l'aimantation à saturation et du champ magnétique appliqué
en fonction de la température, permettant ainsi de maintenir de façon stable en fonction
de la température la largeur de raie de résonance du monocristal et la fréquence minimale
de ladite bande.
[0014] L'invention vise également une utilisation du dispositif hyperfréquence selon l'invention,
cette utilisation étant caractérisée par le fait que le dispositif constitue un circulateur
à jonction Y du type triplaque.
[0015] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention apparaîtront mieux dans la
description détaillée qui suit et se réfère aux dessins annexés, donnés uniquement
à titre d'exemple et dans lesquels :
- la figure 1 représente des courbes explicatives de phénomènes physiques liés à un
ferrite monocristallin ;
- la figure 2 représente des courbes des pertes magnétiques respectivement pour un
ferrite monocristallin et un ferrite polycristallin ;
- la figure 3 est une vue en coupe d'un circulateur à jonction Y du type triplaque
réalisé selon l'invention ; et
- la figure 4 est une vue en coupe selon la ligne IV-IV de la figure 3.
[0016] On rappellera tout d'abord qu'un matériau ferrimagnétique ou gyromagnétique, constitué
par un ferrite appartenant à la classe des ferrites pour hyperfréquences, auquel on
applique un champ magnétique hyperfréquence h de pulsation ω= 2 π f, est le siège
d'un champ d'aimantation M lié au champ h par la relation matricielle :

où µ
o est la perméabilité du vide
[
X] est définie comme la susceptibilité magnétique tensorielle du ferrite, appelée tenseur
de Polder.
[0017] De plus, on sait qu'en raison des pertes magnétiques présentées par le champ d'aimantation
M, la susceptibilité magnétique
X est une quantité complexe s'écrivant :

[0018] En outre, il est connu de caractériser les ferrites pour hyperfréquences par ce qu'on
appelle la perméabilité magnétique du ferrite µ définie par la relation matricielle
:

où µ
o est la perméabilité du vide
B est l'induction magnétique
h est le champ magnétique hyperfréquence.
[0019] Comme on sait que l'induction magnétique B présente également des pertes magnétiques,
la perméabilité magnétique u est aussi une quantité complexe s'écrivant :

où µ "représente les pertes magnétiques dans le ferrite.
[0020] On notera que la perméabilité magnétique µ est liée à la susceptibilité magnétique
X par la relation :

[0021] D'autre part, on sait que pour un ferrite, par exemple en forme de disque d'axe de
symétrie Oz, auquel est appliqué un champ magnétique continu de polarisation H , dit
champ statique, et susceptible de saturer le ferrite, il se crée un champ à l'intérieur
du ferrite, H uniforme et dirigé suivant Oz. Comme cela est connu, le champ intérieur
H
o est égal à :

où µ
o est la perméabilité du vide
[0022] M est l'aimantation à saturation, en unités S.I.
[0023] N
z est le facteur démagnétisant suivant la direction Oz.
[0024] A ce champ intérieur H
o est associée une pulsation ω
o définie pour un ferrite à l'état juste saturé par la relation :

soit

où Y est le rapport gyromagnétique, Y étant négatif.
[0025] La figure 1 représente, en fonction de la pulsation w , d'une part en traits pleins
la variation de µ' (partie réelle de la perméabilité magnétique u), et d'autre part
en pointillés la variation des pertes µ" (partie imaginaire de la perméabilité µ),
pour un matériau ferrimagnétique monocristallin à l'état saturé, polarisé en dessous
de la résonance gyromagnétique, et destiné à la réalisation d'un dispositif hyperfréquence
non réciproque, tel que par exemple un circulateur à jonction Y soit du type triplaque,
soit du type à guides d'ondes, conforme à l'invention.
[0026] Comme il apparaît sur cette figure, la forme de la courbe µ" caractérise le phénomène
connu de résonance gyromagnétique dans la région I dite zone des pertes à la résonance,
la pulsation de résonance w
eff correspondant à µ"
max. On définit la largeur de raie de résonance ΔH comme la largeur à mi-hauteur de la
courbe µ".
[0027] Pour obtenir un circulateur à jonction Y à faibles pertes magnétiques µ", il s'avère
nécessaire de déterminer une fréquence minimale de fonctionnement F
min' et donc une pulsation mini- male ω
min, située en dehors de la résonance gyromagnétique, soit :

[0028] Comme cela est connu, on définit la pulsation de résonance ω
eff pour un ferrite monocristallin en forme de disque d'axe de symétrie Oz, par la relation
:

où les notations sont les mêmes que celles utilisées précédemment, avec 2N
t + N
z = 1.
[0029] Dès lors, la relation (2) devient :

[0030] A l'aimantation à saturation M exprimée en unités S.I., on associe une pulsation
ω
M telle que :

[0031] Y étant le rapport gyromagnétique ( γ négatif).
[0032] On sait également que l'efficacité d'un ferrite est directement conditionnée par
l'aimantation qui doit être choisie la plus grande possible. Néanmoins, d'après les
relations (1) et (3), il existe une limitation de la valeur maximale de l'aimantation
à saturation pour la fréquence minimale de fonctionnement F
min' telle que l'on ait :

[0033] On notera que la fréquence maximale de fonctionnement F
max dépend également de l'aimantation à saturation M
5; en général, la pulsation maximale w est sensiblement égale à 2 ω
M.
[0034] Pour un circulateur à jonction Y comportant deux ferrites, et destiné à fonctionner
sur une large bande de fréquence, on applique à chaque ferrite un champ de polarisation
dit champ faible, défini comme étant le champ inférieur à celui nécessaire pour créer
la résonance gyromagnétique dans la bande utile de fonctionnement ; ainsi la région
II représentée sur la figure 1, et dans laquelle fonctionne le circulateur, est dite
zone de fonctionnement à champ faible.
[0035] La figure 2 représente, en fonction de la pulsation w , d'une part en traits pleins
la variation des pertes µ"pour un ferrite polycristallin, et d'autre part en pointillés
la variation de ces mêmes pertes µ" pour un ferrite monocristallin.
[0036] Comme il apparaît sur cette figure, et comme cela est connu, la largeur de raie de
résonance AH d'un ferrite polycristallin est nettement plus grande que celle d'un
ferrite monocristallin de même composition. Ceci est dû au fait que chaque cristallite
d'un polycristal résonne à une fréquence différente, définissant ainsi chacun une
largeur de raie de résonance propre, de sorte que la largeur de raie de résonance
globale du polycristal est égale à la somme des largeurs de raie de résonance des
cristallites.
[0037] Dans ces conditions, l'emploi de deux ferrites monocristallins identiques dans un
circulateur à jonction Y selon l'invention permet de déterminer une fréquence minimale
de fonctionnement F
min nettement inférieure à celle d'un circulateur à deux ferrites polycristallins identiques
selon l'art antérieur, et partant permet d'élargir la bande utile de fonctionnement
du circulateur, les fréquences maximales dans les deux cas étant sensiblement égales.
En pratique, la fréquence minimale F
min d'un circulateur à ferrites monocristallins sera déterminée de telle sorte que l'on
ait :

[0038] Pour transmettre des ondes électromagnétiques à un haut niveau de puissance hyperfréquence,
on sait d'une part que la puissance moyenne est limitée par les pertes magnétiques
du matériau saturé, ces pertes produisant un échauffement du matériau, et d'autre
part que la puissance de crête admissible ne doit pas atteindre un niveau critique
au-delà duquel la transmission est affectée d'effets non linéaires.
[0039] Plus précisément, la puissance de crête est directement liée au champ critique hyperfréquence
h à partir duquel les effets non linéaires (ondes de spin du premier et/ou du deuxième
ordre) apparaissent. Ce champ critique hyperfréquence h prend une valeur minimale
pour un champ statique dit subsidiaire, et tend vers une valeur très grande pour un
champ statique limite au-delà duquel il n'y a plus d'ondes de spin du premier ordre.
On sait que l'existence des ondes de spin est liée à l'amortissement du mouvement
des spins, ces ondes se produisant d'autant plus facilement que ce mouvement est moins
amorti. Pour caractériser cet amortissement, on introduit, comme cela est connu, une
largeur de raie d'ondes de spin A H
k. Ainsi, par exemple pour un circulateur utilisant des disques plats de ferrite, on
définit le champ critique minimum (h
c)
min en fonction de la largeur de raie d'ondes de spin ΔH
k par l'expression :

où ω
M = - γ M
s 
avec γ négatif et M exprimé en unités S.I.
[0040] D'une manière générale, les ondes de spin du premier et du deuxième ordres sont excitées
simultanément dans une zone entourant la résonance gyromagnétique, dépendant des dimensions
du ferrite, et pour laquelle le champ critique minimum (h
c)
min est très faible, de telle sorte qu'un circulateur à jonction Y à large bande de fréquence
ne peut y supporter qu'un bas niveau de puissance de crête. En conséquence, il s'avère
indispensable de faire fonctionner un tel circulateur en dehors de cette zone de façon
à éviter l'excitation simultanée des ondes de spin du premier et du deuxième ordres.
[0041] A titre d'exemple, dans le cas d'un disque de ferrite d'axe de symétrie Oz, la zone
dans laquelle se produit la coïncidence entre les ondes de spin du premier et du deuxième
ordres, s'étend de ω
eff à ω
eff+N
t ω
M' avec 2N
t+N
z=1, N
z étant le facteur dé
ma- gnétisant suivant la direction Oz.
[0042] Comme un ferrite monocristallin a une largeur de raie de résonance plus petite que
celle d'un ferrite polycristallin de même composition, le passage d'un ferrite polycristallin
à un ferrite monocristallin permet de déplacer vers le bas la limite supérieure de
la zone dans laquelle se produit la coïncidence entre les ondes de spin du premier
et du deuxième ordres, de sorte que le circulateur à ferrites monocristallins, conforme
à l'invention, et fonctionnant en dehors de ladite zone, possède une bande utile plus
large que celle d'un circulateur à ferrites polycristallins, et peut simultanément
supporter une puissance de crête relativement élevée.
[0043] Pour obtenir une très forte puissance de crête, on dope chaque ferrite monocristallin
par des ions relaxants, c'est-à-dire des ions augmentant la largeur de raie d'ondes
de spin ΔH
k, permettant ainsi d'accroître la valeur minimale du champ critique hyper- fréquenc
(h
c)
min pour un champ statique appliqué H égal à N
zM
s 
sellon la relation (1).
[0044] Pour un ferrite monocristallin tel que par exemple le ferrite de Nickel, pur ou substitué
par exemple à l'Aluminium ou au Zinc, on choisira comme ions relaxants les ions de
Cobalt. Pour d'autres ferrites monocristallins, on utilisera par exemple les ions
de terres- rares, tels que par exemple les ions de Dysprosium ou de Holmium, permettant
d'accroître la largeur de raie d'ondes de spin ΔH
k.
[0045] D'autre part, on sait qu'un monocristal de ferrite est anisotrope, c'est-à-dire que
ses propriétés dépendent de la direction envisagée. Cette anisotropie se traduit par
le fait que l'aimantation spontanée a une tendance naturelle à s'orienter suivant
certaines directions cristallines privilégiées. Ainsi, pour faire prendre à l'aimantation
spontanée une direction différente de ces directions privilégiées, il faut fournir
un certain travail, appelé énergie magnétocristalline.
[0046] Cet effet d'anisotropie peut être décrit en termes d'un champ magnétique équivalent,
appelé champ d'anisotropie H . , colinéaire au champ statique appliqué H , et dont
l'influence dépend de l'orientation de chaque cristallite par rapport audit champ
statique appliqué. Pour une explication détaillée de ce champ d'anisotropie, on se
reportera par exemple à l'ouvrage "Handbook of microwave ferrite materials" édité
en 1965 par Wilhelm H. von Aulock, pages 32 à 38. L'étude de ce champ d'anisotropie
montre qu'en première approximation il ne dépend que d'une constante d'anisotropie
K et d'un angle θ tel que θ = (H
a, [100]) où [100 ]est l'une des directions cristallographiques principales du réseau
cristallin cubique d'un ferrite. Le champ d'anisotropie H
anis s'écrit :

où M
s est l'aimantation à saturation exprimée en unités S.I. et avec K variant avec la
température, de sorte que le champ d'anisotropie H
anis varie en fonction de la température.
[0047] A titre d'exemple, le champ d'anisotropie pour un ferrite de Nickel est négatif,
tandis qu'il est positif pour un ferrite de Cobalt. Dans ces conditions, pour un ferrite
de Nickel dopé par des ions de Cobalt, à partir d'un certain taux de dopage et à une
température dépendant de ce dopage, le champ d'anisotropie à l'origine négatif devient
positif.
[0048] En raison de ce champ d'anisotropie H
anis, le champ magnétique H
o à l'intérieur d'un ferrite en forme de disque d'axe Oz est égal à :
où Ha est le champ statique appliqué
Nz est le facteur démagnétisant suivant la direction Oz
M est l'aimantation à saturation en unités S.I. s
µ est la perméabilité du vide.
[0049] Comme le champ statique appliqué H
a et l'aimantation à saturation M
s varient en fonction de la température, il en résulte que la largeur de raie de résonance
A H d'un ferrite monocristallin et la fréquence minimale de fonctionnement F
min ne sont pas stables en fonction de la température. Cette instabilité de la largeur
de raie de résonance et de la fréquence minimale de fonctionnement est gênante pour
un circulateur à jonction Y à très large bande de fréquences et à haut niveau de puissance,
car il risque de se produire une excitation simultanée des ondes de spin du premier
et du deuxième ordres qui est à éviter pour un tel circulateur. Dans ces conditions,
il s'avère indispensable de maintenir sensiblement constantes les positions de ladite
largeur de raie de résonance et de ladite fréquence minimale de fonctionnement.
[0050] A cet effet, selon l'invention, on compense les variations du champ appliqué H et
de l'aimantation à saturation M
s en fonction de la température par les variations du champ d'anisotropie H
anis en fonction de la température, le champ d'anisotropie jouant ainsi le rôle d'élément
de réglage de la stabilité de la largeur de raie de résonance, et partant de la fréquence
minimale de fonctionnement, en fonction de la température. Dès lors, le champ critique
hyperfréquence minimum (h
c)
min à la fréquence minimale de fonctionnement F
min est maintenu constant, assurant le maintien du haut niveau de la puissance de crête
admissible.
[0051] Cette compensation des différentes variations en fonction de la température par le
champ d'anisotropie H
anis est obtenue par une orientation particulière du ferrite monocristallin par rapport
au champ statique appliqué H . Cette orientation du monocristal est effectuée suivant
un axe cristallographique déterminé de telle sorte qu'il corresponde à la valeur la
plus stable en fonction de la température du champ magnétique H à l'intérieur du ferrite,
défini par :

[0052] L'axe cristallographique d'orientation du monocristal à retenir est obtenu expérimentalement
ou par calculs, et est différent selon le type de ferrite monocristallin utilisé.
Ainsi, par exemple pour le ferrite de Nickel pur, dopé avec moins de 1 % d'ions Cobalt
à la température ambiante, l'orientation préférentielle du monocristal est l'axe [l
00] dans le réseau cubique.
[0053] Le monocristal est ensuite taillé par exemple sous forme d'un ou de plusieurs disques
dont l'axe de symétrie est orienté par rapport aux axes cristallographiques du milieu.
L'état de surface des disques peut être obtenu soit par un rodage fin, soit par un
polissage optique.
[0054] Les figures 3 et 4 représentent des vues en coupe d'un circulateur à jonction Y du
type triplaque.
[0055] Ce circulateur comporte deux plans de masse 10 et 11 disposés respectivement de part
et d'autre de deux disques (13, 14) en ferrite monocristallin, tel que par exemple
en ferrite de Nickel, dopé par des ions de Cobalt, et orienté par exemple suivant
l'axe cristallographique [ 100 ]. On notera que les deux disques ont la même orientation
cristallographique, de sorte que leurs largeurs de raie de résonance respectives se
superposent, permettant ainsi d'obtenir la fréquence minimale de fonctionnement la
plus basse possible.
[0056] Dans un souci de clarté, on n'a pas hachuré les coupes des plans de masse 10 et 11
représentés sur la figure 3.
[0057] Entre les deux disques de ferrite 13 et 14 est inséré un conducteur central 15 à
trois branches formant entre elles un angle de 120°.
[0058] Comme il apparaît sur la figure 4, chaque branche du conducteur 15 se termine par
une languette 17 destinée à être fixée, par exemple par soudage, à un connecteur 19
dont un seul a été représenté sur cette figure.
[0059] Le champ magnétique de polarisation appliqué aux deux disques de ferrite 13 et 14
est établi par un aimant permanent constitué par des disques 21 logés dans des évidements
22 et 23 pratiqués respectivement dans les plans de masse 10 et 11.
[0060] On a représenté en 25 des couronnes en matériau diélectrique intercalées chacune
entre un plan de masse et le conducteur central, ces couronnes entourant les disques
de ferrite.
1. Dispositif hyperfréquence non réciproque à large bande de fréquence et à haut niveau
de puissance, comportant au moins une pièce en matériau ferrimagnétique et des moyens
pour appliquer un champ magnétique de polarisation saturant le matériau, caractérisé
en ce que le matériau est un monocristal, et en ce que le monocristal est orienté
suivant un axe cristallographique déterminé de telle sorte que la variation du champ
d'anisotropie en fonction de la température compense les variations de l'aimantation
à saturation et du champ magnétique appliqué en fonction de la température, permettant
ainsi de maintenir de façon stable en fonction de la température la largeur de raie
de résonance du monocristal et la fréquence minimale de ladite bande.
2. Dispositif selon la revendication 1, caractérisé en ce que le monocristal est dopé
par des ions augmentant sa largeur de raie d'ondes de spin, permettant ainsi d'accroître
la puissance de crête du dispositif.
3. Dispositif selon l'une des revendications 1 et 2, caractérisé en ce que le monocristal
est constitué par un ferrite.
4. Dispositif selon la revendication 3, caractérisé en ce que le ferrite est un ferrite
de Nickel dopé par des ions de Cobalt.
5. Dispositif selon la revendication 4, caractérisé en ce que l'axe cristallographique
d'orientation du ferrite est l'axe [100].
6. Dispositif selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que le
monocristal est réalisé sous forme d'un disque dont l'axe de symétrie est orienté
par rapport aux axes cristallographiques.
7. Utilisation d'un dispositif hyperfréquence selon l'une quelconque des revendications
précédentes, caractérisée en ce que le dispositif constitue un circulateur à jonction
comprenant deux pièces en matériau ferrimagnétique.
8. Utilisation selon la revendication 7, caractérisée en ce que le circulateur est
du type triplaque à jonction Y à trois portes.
9. Utilisation selon la revendication 8, caractérisée en ce que le circulateur comporte
un conducteur central (15) à trois branches formant entre elles un angle sensiblement
égal à 120°, le conducteur étant inséré entre deux disques (13, 14) en matériau ferrimagnétique,
deux plans de masse (10, 11) disposés de part et d'autre des deux disques, respectivement,
le champ magnétique de polarisation étant établi par des aimants permanents (21) logés
dans des évidements pratiqués dans les plans de masse.
10. Utilisation selon la revendication 9, caractérisée en ce que les deux disques
(13, 14) en matériau ferrimagnétique ont la même orientation cristallographique.