[0001] La présente invention concerne le brassage électromagnétique des métaux, notamment
des aciers, coulés en continu. Elle s'applique particulièrement aux métaux, ou aciers,
présentant un large intervalle de solidification.
[0002] On sait que l'opération de coulée continue consiste schématiquement à déverser en
continu le métal en fusion dans une lingotière sans fond, énergiquement refroidie,
généralement en cuivre ou alliage de cuivre, de laquelle on extrait, également en
continu, une barre présentant une croûte extérieure solidifiée et dont le coeur encore
liquide achève de se solidifier progressivement au cours de son extraction, en aval
de la lingotière, dans la zone dite "du refroidissement secondaire" de la machine
de coulée. La distance sur laquelle le produit coulé passe d'un état totalement liquide
(surface du métal liquide en lingotière, ou "ménisque") à un état complètement solidifié
(fond du puits de solidification) est habituellement dénommée "hauteur métallurgique"
et ceci quelque soit la trajectoire de la barre coulée, verticale ou courbe.
[0003] On sait également que l'on améliore la qualité métallurgique des produits obtenus,
tant sur le plan de la propreté inclusionnaire que sur celui de la structure de solidification,
grâce à un brassage contrôlé du métal en fusion en cours de coulée. Par exemple, pour
les produits longs en particulier (billettes, blooms ..), il est connu que ce brassage
s'effectue avantageusement par mise en rotation du métal liquide au moyen d'un champ
magnétique mobile, tournant autour de l'axe de coulée et agissant dans la zone du
refroidissement secondaire (brevet français n° 2.236.584 de l'IRSID), ou au niveau
de la lingotière (brevets français n° 2.279.500 d'USINOR, n° 2.315.344 de l'IRSID,
n° 2.340.789 de l'IRSID), cette dernière disposition présentant l'avantage de pouvoir
interrompre rapidement, dès la sortie de la lingotière, la solidification à croissance
dendritique (solidification de type "basaltique") commencée en lingotière, au profit
d'une solidification "équiaxe", par germination cristalline au sein de la phase liquide.
[0004] D'un autre côté, certaines nuances d'acier à haute teneur en carbone et faiblement
alliées sont très peu coulables en continu à l'heure actuelle, essentiellement en
raison des ségré4ations axiales qui sont particulièrement importantes pour les produits
longs. Les techniques connues en coulée continue pour atténuer ces défauts (surchauffe
faible du métal avant coulée, brassage électromagnétique en lingotière ou dans la
zone de refroidissement secondaire, tel qu'évoqué précédement, etc...) semblent, en
effet, trouver leur limitation pour ce type d'acier. Ces techniques, valables pour
les aciers au carbone (jusqu'à 0,5% de C environ) faiblement alliés ou inoxydables,
ne donnent pas des résultats pleinement satisfaisants pour les aciers où la teneur
en carbone va au delà de 0,5 Â environ (aciers hyper- péritectiques). L'acier de nuance
100C6, par exemple, destiné à la fabrication de pièces sollicitées en fatigue de contact,
concrétise bien les difficultés rencontrées à la coulée continue pour les aciers de
ce type.
[0005] Le but de la présente invention est précisément de permettre, par coulée continue
d'acier, ou autres alliages métalliques à large intervalle de solidification, l'obtention
de demi-produits présentant une faible ségrégation axiale, ou tout au moins, une ségrégation
axiale sensiblement moindre que celle qui serait obtenue par les techniques connues
de coulée continue.
[0006] A cet effet, l'invention a pour objet un procédé de brassage électromagnétique, au
cours de la coulée continue des métaux, notamment des aciers présentant un large intervalle
de solidification, selon lequel on met le métal liquide coulé en rotation autour de
l'axe de coulée à l'aide d'un champ magnétique tournant autour dudit axe et qui agit
en aval de la lingotière dans la zone de refroidissement secondaire de la machine
de coulée, procédé caractérisé en ce que l'on applique le champ magnétique tournant
sur une portion de la hauteur métallurgique comprise, au moins, entre le niveau où
le coeur encore liquide du produit coulé atteint la température de liquidus du métal
coulé et le niveau où ledit coeur présente une proportion de solide de la phase liquide
de l'ordre de 40 % en poids environ et en ce que l'on règle l'action du champ magnétique
de façon que le métal soit soumis, au cours de la coulée, à un champ magnétique tournant
de sens de rotation accelérée.
[0007] Selon une variante, on met en oeuvre un champ magnétique constitué par une pluralité
de champs magnétiques élémentaires tournants, successifs, disposés de façon étagée
sur ladite portion de la hauteur métallurgique et dont les sens de rotation sont opposés
deux à deux.
[0008] De préférence, on fait déjà agir le champ magnétique tournant légèrement en amont
de ladite portion de la hauteur métallurgique, afin de pallier le retard à la rotation
qu'oppose le métal liquide en raison de son inertie.
[0009] En variante encore, on inverse périodiquement dans le temps le sens de rotation du
champ magnétique.
[0010] L'invention a également pour objet une installation de coulée continue pour la mise
en oeuvre du procédé, qui se caractérise en ce qu'elle comporte, dans la zone de refroidissement
secondaire, une batterie d'inducteurs à champ magnétique mobile pour le brassage du
métal liquide, disposés de façon étagée, successivement les uns à la suite des autres
le long de la hauteur métallurgique, sur une portion de cette dernière s'étendant,
au moins, depuis le niveau auquel le coeur liquide du produit coulé atteint la température
de liquidus du métal coulé, jusqu'au niveau auquel la proportion de solide dans la
phase encore liquide est d'environ 40 Â en poids.
[0011] Comme on le comprend, l'invention consiste dans ses caractéristiques essentielles,
à brasser le métal lorsque l'état d'avancement de la solidification de ce dernier
lui confère une consistance qui n'est pas encore complètement solide, ni plus tout
à fait liquide et que l'on qualifiera, pour fixer les idée, de "pâteuse".
[0012] Selon une définition plus précise, on entend caractériser par consistance, zone ou
solidification "pâteuse", l'état de solidification d'un métal coulé en continu dont
l'enthalpie se situe entre l'enthalpie du métal totalement solide et l'enthalpie du
métal complètement liquide. On détermine la position et l'étendue de la zone "pâteuse"
à partir de la détermination de la température du métal sur l'axe de coulée et on
considère que la zone" pâteuse" est la portion de la hauteur métallurgique comprise
entre les niveaux de température supérieure et inférieure correspondant respectivement
à la température de liquidus et à la température de solidus du métal coulé.
[0013] Pour bien comprendre ce qui précède, il faut garder à l'esprit que la solidification
d'un acier coulé en continu progresse de la périphérie vers l'axe du produit, non
pas selon un front bien plan séparant la phase liquide de la phase solide, mais selon
une surface très accidenté à petite échelle, formée de pics (dendrites) et de creux.
Ces pics et creux définissent deux fronts successifs progressant ensemble : respectivement
un front dit "solidification commençante" et représentant l'enveloppe passant par
les sommets des pics et un front dit "de solidification finissante" représentant l'enveloppe
passant par la base des creux. Les intersections de ces deux fronts avec l'axe de
coulée (lequel se confond d'ailleurs avec l'axe du produit) déterminent entre elles,
en grandeur et en position, la portion de la hauteur métallurgique où s'opère la solidification
de type "pâteuse", et dans laquelle conformément à l'invention, on fait agir le ou
les champs magnétiques de brassage à rotation alternée.
[0014] Il doit être souligné que cette zone de solidification pâteuse se caractérise par
la naissance d'une phase solide au sein même de la phase liquide et par la progression
de la proportion de cette phase solide au fur et à mesure du refroidissement du produit
coulé, jusqu'à la solidification totale correspondant à la fermeture du puits de solidification
(intersection de l'axe de coulée avec le front de solidification finissante).
[0015] A mesure que progresse la proportion de solide dans la phase liquide, il se forme
dans le puits de solidification un agrégat de cristaux de plus en plus dense jusqu'à
réaliser une sorte de squelette quasi-rigide, conférant à la masse hétérogène liquide-solide
une pseudo-viscosité très élevée, voisine de celle d'un solide. Il est aisé de comprendre
que ce "squelette" finit par atteindre un degré de rigidité tel qu'il devient alors
inutile, voire irréalisable, avec les moyens électromagnétiques disponibles actuellement,
de brasser le métal.
[0016] Les inventeurs ont trouvé que l'on pouvait considérer qu'une telle immobilité est
atteinte lorsque la proportion de la fraction solide dans la matrice liquide atteint
environ 40 % en poids et qu'il était par conséquent suffisant de limiter le brassage
à cette valeur et généralement superflu de prolonger au delà de 60 %.
[0017] L'invention sera mieux comprise, et d'autres aspects et avantages apparaîtront plus
clairement au vu de la description qui suit, donnée en référence aux planches de dessins
annexées sur lesquelles :
- la figure 1 représente très schématiquement, en demi-coupe longitudinale, la progression
de la solidification d'un acier coulé en continu,
- la figure 2 représente une vue schématique en coupe axiale d'une installation de
coulée continue équipée des moyens de l'invention,
- les figures 3a, 3b et 3c sont des reproductions de clichés d'analyse métallographique
(empreintes Baumann) d'un acier coulé en continu vu en coupe longitudinale partielle,
et correspondant respectivement à un produit de référence non brassé (figure 3a),
un produit brassé à l'aide d'un champ magnétique tournant permanent (figure 3b), et
un produit brassé à l'aide d'un champ magnétique tournant avec inversion alternative
du sens de rotation (figure 3c).
[0018] La figure 1 illustre bien ce qui a été dit précédemment à propos de la progression
de la solidification à la coulée continue. Sur cette coupe longitudinale axiale de
la barre coulée, la flèche verticale orientée vers le bas indique le sens d'extraction
du produit. On voit en 1 la surface latérale du produit -qui est énergiquement refroidie-,
en 2 l'axe du produit (confondu avec l'axe de coulée), en 3 la surface libre du métal
en lingotière, en 4 la phase métallique complètement liquide, en 5 le métal complètement
solidifié et, en 6 et 7, respectivement les fronts de solidification commençante et
finissante délimitant entre-eux une zone 8 mi-solide, mi-liquide (dont la phase liquide
est d'ailleurs fortement ségrégée en éléments d'alliage). C'est précisément cette
zone 8, dont la consistance rappelle à certains égards celle d'une éponge, que l'on
qualifie de "pâteuse". En outre, le front de solidification commençante 6 définit,
avec une très bonne approximation, la surface isotherme de liquidus T
L du métal coulé. Il en est de même du front de solidification finissante 7 pour ce
qui concerne la température de solidus T
5. Comme on l'a déjà dit, les intersections de l'axe de coulée 2 respectivement avec
le front de solidification commençante 6 et le front de solidification finissante
7, intersections repérées sur la figure par les deux points T
L et T
S, définissent entre-elles la portion, notée ¿h de la hauteur métallurgique (notée
ΔH) et qui, conformément à l'invention, constitue le domaine dans lequel on fait agir
le ou les champs magnétiques de brassage.
[0019] Le graphe de la figure 1, outre son rôle purement illustratif des phénomènes explicités
ci-avant, reflète également les résultats quantitatifs obtenus lors de coulées d'essais
d'aciers de nuance 100 C6 dont les données physico-chimiques et les conditions opératoires
sont consignées respectivement dans les tableaux de valeurs 1 et 2 ci-après.

[0020] Dans ces conditions, la hauteur métallurgique ΔH est de 15,5 m environ et le niveau
de T
L a été déterminé à la cote 4,5 m. On calcule donc une zone Δh, correspondant à la
zone pâteuse, de longueur : 15,5 - 4,5 = 11 m, s'initiant à 4,5 m sous le ménisque
3.
[0021] En outre, à l'aide d'un modèle thermique de solidification résolvant l'équation de
diffusion de la chaleur en régime transitoire, on peut calculer le champ des températures
à tout niveau de la hauteur métallurgique. A partir, par exemple, d'un simple diagramme
"enthalpie - température" de la nuance coulée, il est alors aisé de construire la
courbe, référencée 9 sur la figure 1, intermédiaire entre les fronts de solidification
finissante et commençante, et représentant le lieu des points dans la phase liquide
où la proportion de phase liquide est de 40% en poids. Plus simplement, on peut se
contenter de déterminer le point d'intersection T. de cette courbe avec l'axe de coulée
2, ce point T
i définissant alors, avec le point T
L placé en amont, la portion notée 6h, de la zone pâteuse Δh, le long de laquelle,
conformément à l'invention, le métal est brassé.
[0022] Comme on le voit sur la figure, dans le cas d'un acier de nuance 100C6 coulé dans
les conditions précisées auparavant, le point T
i, définit le point de température à 1430°C sur l'axe de coulée, et se situe à 9 m
sous le ménisque. Il délimite ainsi avec le point T
L, une portion 6h à brasser de longueur 9-4,5 = 4,5 m environ, depuis la cote à 4,5
m sous le ménisque 3.
[0023] Bien entendu, les informations précédentes sur le mode de détermination du point
T
i sur l'axe de coulée ne sont données qu'à titre purement indicatif et illustratif.
D'autres méthodes existent, qui sont connues de l'homme de métier métallurgiste et
qui entrent tout-à-fait dans son domaine de compétence. Ainsi par exemple, si l'on
souhaite une détermination plus précise de la cote de T
i, on peut, au lieu d'utiliser la courbe enthalpique, faire appel au diagramme de phases
de la nuance coulée, associé à la relation de SCHEIL-GULLIVER reliant, pour chaque
valeur de la température, la fraction solide à sa 5concentration au sein de la phase
liquide. Cette méthode pourra d'ailleurs être avantageusement utilisée dans le cas
de nuances à très larges intervalles de solidification pour lesquelles, on le sait,
le diagramme enthalpique, construit par interpolation linéaire entre T
L et T
s, ne fournit pas toujours la précision souhaitée.
[0024] Ceci étant, on va maintenant apporter quelques commentaires supplémentaires sur les
considérations à l'origine de l'invention.
[0025] Le liquide séqrégé en éléments d'alliage qui se forme au front de solidification
(on considère ici un front moyen unique) a tendance, par densité, à descendre vers
le fond du puits de solidification. Il 5 s'établit par ce phénomène une convection
naturelle du liquide dans la zone pâteuse et dont l'ampleur dépend notamment de L
3, où L est le nombre de GRASTHOF pour le métal liquide coulé. Or, on sait que L est
d'autant plus grand que l'intervalle de solidification du métal est 9 large. On est
donc en droit d'admettre que, dans le cas de nuances à large intervalle de solidification,
des mouvements de convection importants de la phase liquide s'établissent au sein
du puits de solidification. Comme ce puits s'enrichit en cristaux équiaxes au fur-et-à-mesure
qu'on s'approche du fond, les liquides ségrégés, qui percolent entre ces cristaux
en circulant à fort débit, ont tendance à fondre les cristaux à leur contact. Il se
forme ainsi des zones de passages priviligiés, que l'on dénomme généralement "canaux".
Etant donné que les liquides ségrégés circulent du haut vers le bas et de la périphérie
vers le centre du produit coulé en s'enrichissant en éléments agrégés, ces canaux
apparaissent en forme de "V" successifs avec un collecteur central dans l'axe du produit
et sont directement à l'origine des problèmes de qualité interne évoqués au début.
[0026] Le résultat premier recherché par l'invention est précisément, comme on l'aura déjà
compris, de supprimer les velléités des liquides fortement ségrégés à circuler dans
les canaux qu'ils forment dans le puits de solidification. Pour y parvenir, la solution
proposée consiste à brasser électromagnétiquement le métal liquide dans la zone pâteuse
dh, plus simplement le long de la portion Sh (fig 1) de cette zone, afin de contrecarrer
la tendance du métal à former ces canaux ségrégés. De préférence, on initie le brassage
légèrement en amont de la portion
6h afin, comme on l'a déjà souligné, de compenser le retard qu'oppose l'inertie du
métal liquide au mouvement de brassage, notamment lorsque le brassage consiste à faire
tourner le métal liquide autour de l'axe de coulée.Par ailleurs, les inventeurs ont
pu montrer qu'on a avantage à rechercher un effet de cisaillement du métal liquide
contre le front de solidification, cet effet pouvant être obtenu, conformément à l'invention,
au moyen d'inversions répétitives du sens de déplacement du champ magnétique de brassage.
[0027] Selon deux variantes de mise en oeuvre de l'invention, ces inversions peuvent être
réalisées, soit dans le temps, soit dans l'espace:
dans le temps, notamment à l'aide d'un inducteur de brassage à champ magnétique alterné,
cet inducteur pouvant être du type monobloc couvrant toute la portion 6h voulue, ou
constitué d'une succession d'inducteurs autonomes synchronisés,
dans l'espace (i.e. le long de l'axe de coulée) à l'aide d'une batterie d'inducteurs
successifs, couvrant la portion 6h et délivrant des champs magnétiques mobiles dans
des
[0028] La figure z montre, en correspondance d'écnelle et de cotes avec le diagramme de
la figure 1, l'implantation des inducteurs de brassage pour la mise en oeuvre de l'invention
selon une variante à champs nagnétiques tournants successifs et alternés le long de
l'axe de :oulée. Sur cette figure 2, on a schématiquement représenté une installation
de coulée continue dite "verticale" (i.e. trajectoire entièrement droite de la barre
coulée) comprenant, depuis le sommet de l'installation, un répartiteur 10 alimentant
en métal en fusion et en continu, par un jet de coulée 11, une lingotière sans fond
12. De cette dernière est extraite, également en continu, une barre 13 présentant
une croûte extérieure solidifiée 5 et dont le coeur 4 encore liquide achève de se
solidifier progressivement au cours de son extraction (dans le sens indiqué par la
flèche) sur la distance totale ΔH appellée "hauteur métallurgique". En aval du point
marquant la fin de solidification (fermeture du puits de solidification) - point T
s sur la figure 1 - une cisaille symbolisée en 14 tronçonne la barre en l'accompagnant
dans sa descente. Le tronçon une fois découpé est basculé puis évacué immédiatement
pour permettre la continuité du processus de coulée.
[0029] La lingotière 12 est une lingotière caissonnée de type connu, comprenant essentiellement
un élément tubulaire interne 14, en cuivre, jéfinissant un passage pour le produit
coulé et énergiquement refroidi sur sa face extérieure par une enveloppe d'eau 15
en circulation ascendante depuis une chambre d'alimentation 16 vers une chambre d'évacuation
supérieure 17.
[0030] Comme on le voit, la chambre d'évacuation supérieure 17 a été suffisamment dimensionnée
pour pouvoir y immerger un inducteur électromagnétique de brassage 18. Le rôle de
cet inducteur, dont la présence est souhaitable mais nullement indispensable pour
la mise en oeuvre de l'invention, sera précisé ultérieurement. La même remarque vaut
également pour l'inducteur 19 placé en aval de la lingotière et agissant, comme on
le voit, déjà en amont la zone de solidification pâteuse Δh.
[0031] Conformément à une caractéristique essentielle de l'invention une batterie d'inducteurs
étagés (ici au nombre de trois) 20, 20', 20" entoure la barre coulée sur la portion
6h de la hauteur métallurgique ΔH. Ces inducteurs à champ magnétique tournant, de
forme annulaire et de type statique polyphasé, sont des dispositifs de brassage électromagnétique
connus et utilisés dans le domaine de la coulée continue. On pourra, au besoin, en
trouver une description détaillée en se reportant, par exemple, au brevet français
n° 2.211.305 (CEM).
[0032] Selon l'invention, chaque inducteur délivre un champ magnétique tournant dont le
sens de rotation est opposé à celui du, ou des inducteurs qui lui sont immédiatement
voisins. Cette disposition, comme on l'a déjà expliqué, permet d'améliorer les résultats
obtenus par rapport à un champ tournant uniforme sur toute la portion de brassage
6h.
[0033] Dans une autre variante, les inducteurs 20, 20', 20" délivrent des champs magnétiques
tournant dans le même sens au même moment, auquel cas on a avantage, pour les raisons
déjà évoquées, d'inverser périodiquement le sens de rotation du champ. A cet égard,
la règle à respecter est que tout volume élémentaire de métal liquide qui, au cours
de l'extraction du produit coulé, pénètre dans la portion 6h soit, avant d'en sortir,
soumis à un champ magnétique dont le sens de rotation s'inverse au moins une fois.
[0034] L'application de cette règle depend bien entendu des conditions locales d'exploitation
et, notamment, de la vitesse d'extraction du produit coulé, en liaison avec la longueur
de la portion brassée 6h. Ainsi dans l'exemple considéré où la vitesse d'extraction
est de 0,7 n/mn et .6h de 4,5 m, le temps de séjour minimal de tout volume élémentaire
de métal dans la portion brassée 6h est donc d'environ 6 minutes et demie. Dans ces
conditions, la règle précitée est respectée si l'on brasse dans chaque sens par exemple
durant 3 mn environ, un temps de pose de quelques dizaines de sec. entre les deux
séquences de brassage étant alors prévu pour l'atténuation naturelle du mouvement
avant de rebrousser de sens de circulation. Rien entendu, on peut diminuer la durée
de chaque séquence, ce qui a pour effet de multiplier le nombre d'inversions du champ
pendant le temps de séjour du métal dans la portion 6h et, par conséquent, d'augmenter
l'effet de cisaillement recherché. On comprend, cependant, qu'il n'est pas souhaitable
de réduire la durée des séquences de brassage en-dessous d'un certain seuil, (généralement
de l'ordre de 20 à 40 sec. selon les conditions d'exploitation), à partir duquel l'action
du champ n'est plus suffisamment entretenue pour vaincre l'inertie de la masse liquide
à brasser.
[0035] A ce titre, il est tout-à-fait avantageux, ainsi que le montre la figure 2, de prévoir,
juste en amont de la portion δh, l'inducteur ie brassage supplémentaire 19, dont le
champ magnétique produit tourne en synchronisme avec celui délivré par l'inducteur
20 afin précisément de pallier la résistance au mouvement qu'oppose le métal liquide
et assurer de cette manière une mise en rotation de celui-ci déjà à l'entrée de la
zone à brasser 6h.
[0036] On souligne que, sur la figure 2, la taille de l'inducteur 19 a été volontairement
réduite comparativement à celle des inducteurs 20, 20',20", dans le seul but de bien
le différencier pour ne pas nuire à la compréhension de l'invention. Il est clair
que sa taille, de même d'ailleurs que sa réalisation, peuvent être tout-à-fait semblables
à celles des inducteurs 20.
[0037] Il va de soi que ce qui vient d'être dit au sujet des inversions périodiques du champ
magnétique peut être réalisé, non seulement avec la batterie d'inducteurs structurellement
indépendants, 20, 20', 20", mais également avec un inducteur unique suffisamment dimensionné
pour que sa longueur utile d'entrefer (hauteur d'action du champ) puisse couvrir la
portion δh. On comprend cependant qu'une batterie d'inducteurs indépendants sera souvent
préférée, pour de simples raisons de commodité, lorsque la portion 6h à brasser présente
une trajectoire courbe.
[0038] Conformément à une mise en oeuvre préférée de l'invention, on soumet en outre le
métal liquide. à un brassage déjà au sein même de la lingotière 12. Comme le montre
la figure 2, ceci peut se faire à l'aide de l'inducteur électromagnétique 18 logé
dans la chambre d'eau supérieure 17. L'inducteur 18, retenu dans cet exemple, est
du type statique polyphasé entourant le produit coulé et délivrant un champ magnétique
tournant. On rappelle que la réalisation d'inducteurs de ce genre, de même que leur
utilisation au sein d'une lingotière de coulée continue en tant que dispositif de
brassage du métal, ainsi que les résultats favorables d'un tel brassage sur la qualité
métallurgique des produits obtenus, font déjà partie de l'état connu de la technique
(brevets précités). L'originalité de la variante de l'invention exposée ici réside
dans la combinaison du brassage en lingotière et du brassage en zone pâteuse Ah, conduisant
à une conjugaison bénéfique de leurs effets, lesquels se manifestent notamment par
l'obtention d'un puits de solidification moins profond et à fond aplati, de sorte
que la portion δh à brasser se trouve, d'une part, raccourcie en hauteur et, d'autre
part, élargie en section, ce qui va dans le sens d'un brassage à la fois plus économique
et plus efficace.
[0039] Par ailleurs, on est en droit d'admettre également une efficacité accrue du brassage
dans la zone
6h, à l'encontre de la formation des canaux ségrégés, par le fait que le métal liquide
mis en circulation est chargé en particules solides qui, grâce à l'action de brassage
en lingotière, ont pris naissance en amont de la zone
6h par élagage des têtes de dendrites, ou par germination cristallique au sein de la
phase liquide 4.
[0040] La modification du profil du puits de solidification occasionnée par la mise en service
de l'inducteur 18 au sein de la lingotière n'a pas été représentée sur la figure 2
pour ne pas la surcharger inutilement.
[0041] Les figures 3 sont des reproductions photographiques d'empreintes "Raumann" effectuées
en coupe axiale longitudinale du produit coulé (acier de nuance 100C6). Elles illustrent,
par mise en relief de la ségrégation du soufre, les résultats métallurgiques comparatifs
obtenus entre un produit non brassé (figure 3a) et un produit brassé, d'une part,
à l'aide d'un champ magnétique tournant permanent(figure 3b), d'autre part, à l'aide
d'un champ magnétique tournant alterné (figure 3c).
[0042] On se rend bien compte que les canaux ségrégés 21 (en noir) en forme de "V" ainsi
que le collecteur central 22, très accusés sur la figure 3a, sont nettement atténués
lorsque le métal est brassé dans la zone 6h conformément à l'invention (figure 3b)
et pratiquement absents - ou tout au moins sans conséquences sensibles sur la qualité
du produit - lorsque le sens de rotation du champ magnétique est alterné (figure 3c).
[0043] On notera sur les figures 3b et 3c la présence de bandes latérales claires 23, donc
très appauvries en éléments ségrégés, et qui, comme on le sait, sont très caractéristiques
des produits brassés coulés en continu. On sait aussi que la localisation de ces bandes
23, habituellement dénommée "zones blanches", ainsi que leur épaisseur, peuvent être
reliées d'une certaine manière à la localisation et à l'étendue de l'action de brassage
sur la hauteur métallurgique.
[0044] Il va de soi que l'invention ne saurait se limiter aux exemples décrits, mais s'étend
à de multiples variantes ou équivalents des la mesure où sont respectées les caractéristiques
énoncées dans les revendications jointes.
[0045] Ainsi, il faut entendre par le vocable "au moins" utilisé ci-avant dans l'expression
"...il importe que le métal liquide soit brassé... au moins dans la portion 6h...",
la possibilité, non seulement d'initier le brassage en amont de cette portion pour
compenser l'inertie du métal, mais également de poursuivre l'action de brassage en
aval du niveau Ti sur la hauteur métallurgique où la proportion pondérale de solide
dans la phase liquide atteint 40%. On aura compris cependant, qu'il n'y a guère d'intérêt,
dans le cadre des résultats visés par l'invention, de continuer à brasser jusqu'au
proche voisinage du fond Ts du puits de solidification.
[0046] En fait, les essais ont montré qu'on ne décèle plus d'amélioration significative
de la qualité interne du produit lorsqu'on prolonge le brassage au-delà du niveau
où la proportion solide/liquide est d'environ 60% en poids et que l'essentiel de cette
amélioration est obtenue, comme le montre notamment la figure 3c, lorsqu'on atteint
une proportion de 40% environ.
1°) Procédé de brassage électromagnétique des métaux, notamment jes aciers, coulés
en continu, procédé selon lequel on met le métal liquide coulé en rotation autour
de l'axe de coulée à l'aide d'un champ nagnétique tournant autour dudit axe et qui
agit en aval de la lingotière, dans la zone du refroidissement secondaire de la machine
de coulée, et caractérisé en ce que l'on applique le champ magnétique tournant au
moins sur une portion (6h) de la hauteur métallurgique (ΔH), comprise entre le niveau
(TL) où le coeur (4) encore liquide du produit coulé atteint sur l'axe de coulée (2)
la température de liquidus du métal coulé et le niveau (Ti) où ledit coeur présente
une proportion de solide dans la phase liquide de l'ordre de 40% en poids environ,
et en ce que l'on règle l'action du champ magnétique de façon que le métal soit soumis,
au cours de la coulée, à un champ magnétique tournant de sens de rotation alternée.
2°) Procédé, selon la revendication 1 caractérisé en ce que, dans le but de compenser
le retard au mouvement qu'oppose le métal liquide en raison de son inertie, l'on initie
l'action du champ magnétique mobile déjà en amont du niveau (TL) auquel le coeur liquide (4) atteint sur l'axe (2) la température de liquidus du
métal coulé.
3°) Procédé selon la revendication 1 caractérisé en ce qu'on inverse périodiquement
le sens de déplacement du champ magnétique.
4°) Procédé selon les revendications 1 ou 3 caractérisé en ce que l'on met en oeuvre
un champ magnétique mobile, constitué par une pluralité de champs magnétiques élémentaires
s'étageant sur la hauteur métallurgique et dont les sens de déplacement sont opposés
deux à deux.
5°) Procédé selon l'une quelconque des revendications précédentes caractérisé en ce
que l'on brasse le métal liquide coulé déjà au sein même de la lingotière.
6°) Procédé selon la revendication 5 caractérisé en ce que l'on réalise ledit brassage
en faisant agir un champ magnétique mobile au niveau de la lingotière.
7°) Installation de coulée continue des métaux pour la mise en oeuvre du procédé selon
les revendications 1 et 4 caractérisée en ce qu'elle comprend, dans la zone du refroidissement
secondaire, une batterie d'inducteurs à champs magnétiques tournants (20, 20', 20"),
qui entourent le produit coulé et qui sont disposés de façon étagée le )long de la
hauteur métallurgique (eH) sur une portion (6h) de celle-ci s'étendant, au moins,
depuis le niveau auquel le coeur liquide (4) du produit coulé (13) atteint sur l'axe
de coulée (2) la température de liquidus (T1) du métal coulé, jusqu'au niveau (Ti) auquel la proportion de solide dans la phase
encore liquide est d'environ 40% en poids.
8°) Installation de coulée continue selon la revendication 7 caractérisée en ce qu'elle
est équipée d'un inducteur de brassage (19) disposé dans le prolongement supérieur
de la batterie d'inducteurs (20, 20', 20").
9°) Installation de coulée continue selon les revendications 7 ou 8 caractérisée en
ce qu'elle est équipée d'un inducteur de brassage (18) disposé au niveau de la lingotière
(12).
10°) Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 6 caractérisé en ce qu'on
l'applique à la coulée continue des métaux, notamment des aciers, présentant un large
intervalle de solidification.