[0001] La présente invention a pour objet un puits de chaleur à régulation de température.
Elle trouve une application dans la réalisation de matériels mettant en oeuvre des
processus thermiques ayant pour but d'élaborer des matériaux divers. En particulier,
l'invention trouve une application dans l'élaboration de matériaux à bord de satellites
artificiels.
[0002] Les matériels embarqués à bord de satellites artificiels doivent répondre à des conditions
particulières qui tiennent aux conditions exceptionnelles de leur utilisation : leur
poids doit être faible, leur fiabilité grande, leur besoin en énergie limité, etc...
Ces contraintes s'appliquent en particulier aux moyens d'étude des phénomènes de solidification
dans l'espace,en apesanteur,aussi bien qu'au sol, dans le champ de gravité, qui font
l'objet aujourd'hui d'un certain nombre de travaux.
[0003] Pour mieux comprendre ces difficultés et par là même mieux saisir l'intérêt de l'invention,
un appareil d'expérimentation sur la solidification, destiné à être embarqué à bord
d'un satellite va d'abord être décrit dans ses grandes lignes, et cela à l'aide de
la figure 1.
[0004] L'appareil représenté sur la figure 1 comprend une structure support 10, un banc
12 reposant sur cette structure, un ou plusieurs tubes d'expérimentation 14 (par exemple
trois tubes à 120°) maintenus fixés par rapport au banc, un premier four fixe 20 associé
à un premier puits de chaleur 22 également fixe, un second four 24 mobile associé
à un second puits de chaleur mobile 26, une table de translation 30 supportant le
four et le puits mobiles, et enfin un système 32 de commande du déplacement de la
table. Sur le diagramme situé en haut de la figure est représentée la répartition
de température le long du tube 14. Il apparaît deux gradients de température G
1 et G
2, le premier fixe et le second mobile. Deux interfaces solide-liquide SL1 et SL2 marquent
les zones où le matériau contenu dans les tubes 14 passe de la phase solide (extrémités
droite et gauche) à la phase liquide (zone centrale). Lorsque l'équipement mobile
constitué par les ensembles 24 et 26 se déplace de la droite vers la gauche, il apparaît
à l'extrémité droite du tube d'expérimentation une zone cristalline 35.
[0005] La présente invention porte sur un puits de chaleur pouvant être utilisé dans une
installation de ce genre, comme moyen 22 ou 26. Un puits de chaleur est un dispositif
apte à évacuer une certaine quantité de chaleur. En l'occurrence cette chaleur est
celle qui provient de la zone centrale de l'appareil située dans les fours et qui
se propage vers les extrémités (par conduction, convection, rayonnement, etc...).
Pour assurer aux extrémités des tubes d'expérimentation une température constante
et maintenir ainsi un gradient de température correct, il convient d'évacuer cette
chaleur et d'assurer une régulation de température.
[0006] A cette fin, un puits de chaleur comprend un bloc conducteur de la chaleur (par exemple
en métal) associé à un moyen d'évacuation des calories et de régulation de la température
du bloc.
[0007] L'un des problèmes majeurs posés par les puits de chaleur est celui du transfert
thermique entre le tube d'expérimentation et le bloc conducteur.
[0008] La présente invention a justement pour but de résoudre ce problème dans le contexte
très particulier de l'espace.
[0009] De façon précise, l'invention a pour objet un puits de chaleur à régulation de température
comprenant un bloc conducteur de la chaleur, en contact thermique avec un serpentin
parcouru par un liquide de refroidissement, caractérisé en ce que le bloc est percé
d'un canal apte à recevoir au moins un tube d'expérimentation, une couche de métal
allié ayant une température de fusion inférieure à la température de fonctionnement
du puits étant interposée entre le tube d'expérimentation et le puits de chaleur.
[0010] L'invention se propose également de résoudre un problème connexe qui est la régulation
de la température, à l'aide d'une combinaison de moyens qui remplissent les conditions
que l'on exige dans le domaine spatial, et qui ont été évoquées plus haut. De telles
conditions permettent de repousser a priori certaines solutions qui pourraient être
envisagées pour réaliser une telle régulation. On pourrait penser par exemple utiliser
un caloduc dont le puits constituerait la source chaude, ce caloduc étant associé
à un élément chauffant apte à assurer une régulation de température. L'inconvénient
d'un tel système serait de nécessiter une source d'énergie auxiliaire pour alimenter
l'élément chauffant. Pour un puits de chaleur capable d'évacuer 200 W, un tel élément
chauffant consommerait de 50 à 80 W, ce qui serait prohibitif dans un satellite.
[0011] On pourrait aussi imaginer un dispositif capable de mesurer la température du puits,
de comparer cette température à une valeur de consigne, d'engendrer un signal d'erreur
fonction de l'écart entre la température mesurée et la valeur de consigne et de commander
le débit d'un fluide de refroidissement à l'aide du signal d'erreur pour ramener la
température à la valeur de consigne. Cette solution présenterait l'inconvénient de
nécessiter des organes électroniques qui augmenteraient la complexité de l'appareil,
diminueraient sa fiabilité et entraîneraient encore un excès de consommation d'énergie.
[0012] La présente invention a justement pour autre but de remédier à ces inconvénients.
A cette fin elle propose un puits de chaleur qui ne requiert ni source d'énergie auxiliaire,
ni circuit électronique de régulation. En outre, l'invention procure des avantages
liés à un faible encombrement des moyens utilisés, à leur grande fiabilité et à leur
coût modique.
[0013] De manière précise, le puits de chaleur défini plus haut est en outre caractérisé
en ce qu'il comprend un réservoir de fluide dilatable intégré au bloc et comportant
un soufflet ayant une extrémité mobile, une chambre reliée en série avec le serpentin
et traversée par le liquide de refroidissement, le soufflet étant situé dans cette
chambre et baignant dans le liquide de refroidissement, cette chambre ayant une sortie
susceptible d'être en tout ou partie obturée par un pointeau mobile relié par une
tige à l'extrémité mobile du soufflet, de sorte que le pointeau dégage la sortie de
la chambre et facilite l'écoulement du liquide de refroidissement à travers le serpentin
lorsque la température du puits excède une valeur de consigne et inversement obture
la sortie et ralentisse l'écoulement du liquide à travers le serpentin lorsque la
température est en-dessous de cette valeur de consigne.
[0014] On voit que de tels moyens remplissent bien les fonctions visées : l'évacuation des
calories s'effectue par le liquide de refroidissement et la régulation s'effectue
de manière automatique par action sur le débit de ce liquide, sans nécessiter d'organe
électronique de mesure ou de correction. Par ailleurs le nombre de pièces en mouvement
étant très faible la fiabilité est grande et la robustesse remarquable. Enfin tous
les organes de régulation étant intégrés dans le bloc conducteur, l'encombrement du
puits est à son minimum.
[0015] Les caractéristiques de l'invention apparaîtront mieux après la description qui suit
d'exemples de réalisation donnés à titre explicatif et nullement limitatif. Cette
description se réfère à des dessins annexés, qui font suite à la figure 1 déjà décrite
et sur lesquels :
- la figure 2 représente un premier mode de réalisation de l'invention,
- la figure 3 représente un second mode de réalisation.
[0016] La figure 2 représente en coupe longitudinale un puits de chaleur conforme à l'invention.
Selon .un premier mode de réalisation tel que représenté, ce puits comprend un bloc
métallique 40 percé de canaux cylindriques 42 destinés à recevoir des tubes d'expérimentation
44 (un seul tube est visible sur la figure), un serpentin 46 en contact thermique
étroit avec le bloc 40, (par exemple au moyen d'un liquide 47 constitué par un métal
liquide indium-gallium, ou par de la paraffine, de l'eau, de l'alcool etc...), un
connecteur hydraulique d'entrée 48 et une tubulure de sortie 50. Le liquide de refroidissement
peut être quelconque mais, pour l'application spatiale envisagée, l'eau semble avantageuse
ou le liquide désigné par FC75.
[0017] Le dispositif illustré comprend encore, dans un logement 52 percé dans le bloc 40
un ensemble de moyens constitué par les éléments suivants : un réservoir 54 rempli
d'un fluide 55 présentant un fort coefficient de dilatation avec la température (un
gaz par exemple ou un liquide comme l'alcool), ce réservoir étant en appui sur une
butée 59 et se prolongeant par un soufflet 56 ayant une extrémité mobile 57. Ce soufflet
est situé dans une chambre 58 dans laquelle pénètre la tubulure de sortie 50. Le soufflet
baigne donc extérieurement dans le liquide de refroidissement et intérieurement dans
le liquide de détection de température.
[0018] La chambre 58 possède une ouverture 60 pouvant être plus ou moins obturée par un
pointeau 62, qui peut prendre appui sur un siège 63. Le pointeau 62 est relié par
une tige 64 à l'extrémité mobile 57 du soufflet. La tige 64 possède une butée 66 sur
laquelle vient prendre appui un ressort 68 qui s'appuie par ailleurs sur le fond de
la chambre 58. L'ouverture 60 communique avec une tubulure de sortie 72 munie d'un
connecteur hydraulique de sortie 74.
[0019] Le dispositif représenté comprend encore et accessoirement un second soufflet 76
et une base 78 sur laquelle s'appuie un ressort 80 tenu par ailleurs par un bouchon
82 à filetage, dont l'enfoncement peut être réglé de l'extérieur par rotation. Sur
ce bouchon est fixée une butée élastique 83.
[0020] Le fonctionnement de ce dispositif est le suivant. Le liquide de refroidissement
qui parcourt le serpentin 46 a un débit qui est fixé par la position du pointeau 62
par rapport à l'ouverture 60. Or, ce pointeau se déplace avec la tige 64 elle-même
actionnée par le soufflet 56. Celui-ci s'allonge lorsque le fluide qu'il contient
se dilate sous l'effet d'une élévation de température et se rétracte sous l'effet
inverse. Le débit du liquide de refroidisssement se trouve donc modifié lors des variations
de température du fluide contenu dans le réservoir, donc finalement lors des variations
de température du puits. On observera qu'une augmentation de température a pour effet
d'ouvrir le dispositif et d'augmenter le débit du liquide. En revanche, dans les vannes
thermostatées classiques utilisées dans certains appareils de chauffage, la fonction
est inversée : lorsque la température s'élève la vanne se ferme. De telles vannes
ne peuvent donc être utilisées comme moyen de régulation comme c'est le cas dans l'invention.
[0021] On observera encore que le système de régulation décrit est insensible à la pression
du liquide de refroidissement, puisque l'élément de commande (en l'occurrence le soufflet
56) plonge dans ce liquide et est donc toujours à la pression de celui-ci.
[0022] Lorsque la température du puits est inférieure à une température de consigne le pointeau
62 est sur son siège et le liquide de refroidissement ne circule pas. Lorsque la température
s'élève la dilatation des soufflets 56 et 76 a pour effet de faire reculer la base
78, le pointeau restant toujours sur son siège. Lorsque la base 78 vient en contact
avec la butée élastique 83, le pointeau se dégage de son siège et le liquide de refroidissement
commence à circuler.
[0023] Le réglage de la température de consigne peut s'effectuer en enfonçant plus ou moins
le bouchon 82, ce qui a pour effet de régler la position de la butée élastique 83
et, par suite,.la température d'ouverture du pointeau 62. Des capteurs de température
100 sont implantés en différents endroits de l'appareil afin de faciliter le réglage
et la surveillance de la température de fonctionnement.
[0024] Par ailleurs, la butée élastique 83 est un organe de sécurité qui cède sous la poussée
de la base 78 lorsque cette poussée est trop élevée (par exemple dans le cas de surchauffage
due à un arrêt ou à un ralentissement extérieur de la circulation du liquide de refroidissement.
[0025] Dans le mode de réalisation illustré sur la figure 3, le fluide 55 dont la dilatation
commande l'ouverture de la vanne est situé à l'extérieur du soufflet 56, le liquide
de refroidissement étant alors à l'intérieur. La tige 64 qui relie l'extrémité mobile
57 du soufflet au pointeau 62 traverse alors le soufflet. Mise à part cette différence
de disposition le principe de cette variante est le même que précédemment : lors d'une
élévation de température, le soufflet se contracte (au lieu de se dilater puisque
le fluide 55 est à l'extérieur du soufflet) et sous l'effet de cette déformation,
le pointeau 62 s'écarte de son siège 63 ce qui a pour effet de mettre en circulation
le liquide de refroidissement.
[0026] Dans cette variante, comme dans la précédente, on obtient une compensation de pression
puisque le soufflet baigne toujours dans le liquide de refroidissement.
[0027] Le mode de réalisation de la figure 3 se distingue encore de celui de la figure précédente
par le fait que les moyens de réglage de la température agissent cette fois sur la
position du siège. A cette fin le siège 63 est solidaire d'une pièce mobile 90 dont
la position peut être modifiée par action sur un bouton moleté 92.
[0028] Naturellement, d'autres dispositions pourraient être imaginées à partir de celles
qui viennent d'être décrites sans sortir du cadre de l'invention.
[0029] En ce qui concerne le transfert thermique avec le bloc conducteur, l'invention prévoit
un joint métallique liquide 84 intercalé entre le canal cylindrique 42 percé dans
le bloc 40 et le tube d'expérimentation 44. Un tel joint favorise le transfert thermique
entre le tube et le puits et améliore donc l'efficacité de celui-ci. Le métal employé
doit être liquide à la température de fonctionnement du puits, et il est de préférence,
solide à la température ambiante (par exemple à 20°C). Un métal qui convient bien
à cette utilisation est l'alliage indium-gallium dont le point de fusion est situé
vers 50°C. La conductibilité thermique des métaux liquides étant de l'ordre de 15W/m°C,
avec une épaisseur de 1 mm, on obtient une conductance thermique d'environ 47W/°C,
ce qui est bien meilleur qu'avec une couche d'hélium, où avec une couche d'épaisseur
0,2 mm la conductance thermique ne serait que de 2
16W/
OC ou avec de l'air, où cette conductance serait de 0,5W/°C.
[0030] La solution du joint métallique liquide offre un autre avantage. Si le joint est
solide à la température ambiante, il participe au maintien du tube d'expérimentation
dans le puits, ce qui est particulièrement utile pendant la phase de lancement et
de mise en orbite du satellite où les vibrations risquent d'endommager le tube.
[0031] Pour finir et à titre seulement explicatif, il peut être indiqué que le dispositif
décrit est capable d'évacuer 200W à une température réglable entre 50°C et 100°C avec
une régulation de température de + 1°C avec un liquide de refroidissement qui est
de l'eau à une pression comprise entre 4,2 et 6 bars, cette eau ayant une température
d'entrée nominale de 21°C (minimum 4°C maximum 49°C) et une température de sortie
de 93°C maximum avec un débit maximal de l'ordre de 0,02 kg/s. Le réservoir de fluide
de détection de température peut présenter un volume de 5 à 10 cm
3 et le serpentin avoir une longueur de 4 à 6 mètres avec 4 mm de diamètre intérieur,
ce serpentin peut être enroulé sur un diamètre moyen de 50 mm et comprendre 37 spires.
[0032] La définition d'un puits capable d'évacuer plus de 200 W est immédiate à partir de
ces données par simple extrapolation.
[0033] Naturellement, si l'appareil qui vient d'être décrit est qualifié pour être utilisé
à bord de satellites artificiels, il l'est a fortiori pour des matériels de laboratoire
au sol.
1. Puits de chaleur à régulation de température comprenant un bloc conducteur de la
chaleur (40), en contact thermique avec un serpentin (46) parcouru par un liquide
de refroidissement, caractérisé en ce que le bloc est percé d'un canal (42) apte à
recevoir au moins un tube d'expérimentation, une couche de métal allié (84) ayant
une température de fusion inférieure à la température de fonctionnement du puits étant
interposée entre le tube d'expérimentation (46) et le puits de chaleur.
2. Puits de chaleur selon la revendication 1, caractérisé en ce que le métal allié
est un alliage indium-gallium.
3. Puits de chaleur selon la revendication 1, caractérisé en ce qu'il comprend un
réservoir (54) de fluide dilatable (55) intégré au bloc (40) et comportant un soufflet
(56) ayant une extrémité mobile (57), une chambre (58) reliée en série avec le serpentin
(46) et traversée par le liquide de refroidissement, cette chambre (58) ayant une
sortie (60) susceptible d'être en tout ou partie obturée par un pointeau mobile (62)
relié par une tige (64) à l'extrémité mobile (57) du soufflet (56), de sorte que le
pointeau dégage la sortie de la chambre et facilite l'écoulement du liquide de refroidissement
à travers le serpentin lorsque la température du puits excède une valeur de consigne
et obture la sortie et ralentit l'écoulement du liquide à travers le serpentin lorsque
la température est en-dessous de cette valeur de consigne.
4. Puits de chaleur selon la revendication 3, caractérisé en ce que le fluide dilatable
(55) est situé à l'intérieur du soufflet (56) et le liquide de refroidissement à l'extérieur
du soufflet, et en ce que la tige (64) est située à l'extérieur du soufflet.
5. Puits de chaleur selon la revendication 4, caractérisé en ce que l'extrémité du
soufflet autre que l'extrémité (57) reliée à la tige (64) est reliée à une base (78)
susceptible, lors de l'allongement du soufflet, de venir en appui sur une butée élastique
(83) reliée à des moyens de réglage de sa position.
6. Puits de chaleur selon la revendication 3, caractérisé en ce que le fluide dilatable
(55) est situé à l'extérieur du soufflet et en ce que la chambre (58) communique avec
l'intérieur du soufflet qui contient le liquide de refroidissement.