[0001] La présente invention concerne un procédé de traitement d'un pétrole brut préalablement
à sa distillation à pression atmosphérique.
[0002] Dans la présente description, on entendra par "pétrole brut" aussi bien un pétrole
venant directement d'un gisement qu'un pétrole brut lourd dilué, ou un pétrole brut
synthétique, c'est-à-dire reconstitué à partir de fractions d'hydrocarbures, obtenues
à partir de produits hydrocarbonés ayant éventuellement subi des traitements (pétrole
brut, huiles lourdes, schistes bitumineux, charbon).
[0003] Plus précisément, l'invention concerne en particulier un procédé de traitement d'un
pétrole brut dont la masse volumique à 15,6°C, exprimée en degrés API, est comprise
entre 20 et 40, ce qui correspond à une masse volumique à 15°C comprise environ entre
0,934 g/ml et 0,825 g/ml. La limite supérieure de cette gamme, 40° API, correspond
à un pétrole brut léger, dans lequel les asphaltènes sont généralement peu abondants,
tandis que la limite inférieure de 20° API correspond à la masse volumique des pétroles
bruts les plus lourds généralement traités dans les dessaleurs conventionnels de raffinerie.
[0004] L'invention concerne également un procédé de traitement d'un pétrole brut dont la
masse volumique à 15,6°C est inférieure à 20° API. Dans ce cas, le traitement conforme
à l'invention est appliqué audit pétrole brut après addition d'un diluant tel qu'une
essence légère, également appelée "fluxant", dont la proportion peut être comprise
entre 0 et 50% du volume du pétrole brut suivant les cas. On sait que le pétrole brut,
reçu par les raffineries, contient de nombreuses impuretés constituées par de l'eau,
des sels en solution dans l'eau, ainsi que des particules solides, qu'il est nécessaire
d'éliminer, pour éviter autant que possible la corrosion du matériel et des dépôts
de salissures (solides ou boues) dans les bacs de stockage et les unités de traitement
des raffineries.
[0005] Préalablement au traitement du pétrole brut par distillation, on commence, de façon
classique, par effectuer une opération de dessalage, qui consiste à ajouter de l'eau
au pétrole brut, puis à provoquer la formation d'une émulsion, de façon à créer un
contact intime entre l'eau et le pétrole.
[0006] Les sels contenus dans le pétrole brut passent ainsi en solution dans l'eau. L'émulsion
est ensuite conduite dans un dessaleur, où l'eau et le pétrole brut se séparent. De
façon à améliorer cette séparation, on peut créer dans le dessaleur un champ électrostatique
à haute tension, pour accélérer la coalescence des gouttelettes d'eau.
[0007] On peut ajouter au brut, avant son entrée dans le dessaleur, un agent désémulsifiant.
[0008] Cette opération de dessalage conduit à l'obtention d'une "phase eau", c'est-à-dire
d'une couche aqueuse, contenant notamment des sels en solution, qui se sépare à la
partie inférieure du dessaleur, et d'une "phase brut", c'est-à-dire d'une couche de
pétrole brut qui se forme à la partie supérieure du dessaleur.
[0009] Il peut se former aussi, dans certaines conditions, à l'interface de la phase eau
et de la phase brut, une émulsion stable. Cette émulsion stable constitue une phase
séparée de la phase eau et de la phase brut ; elle ne peut être résolue dans les conditions
de température régnant dans un dessaleur en l'absence de dispositions particulières.
[0010] Cette émulsion stable peut contenir environ de 49 à 19% en poids de pétrole brut,
de 50 à 80% en poids d'eau, et 1% en poids de produits insolubles.
[0011] Ces produits insolubles sont constitués par environ 50 à 70% en poids de composés
minéraux, et notamment de composés du fer (oxydes, sulfures), et 50 à 30% de composés
organiques (asphaltènes, carbènes). Les asphaltènes et les carbènes sont des composés
bitumineux solubles dans le sulfure de carbone, les carbènes étant insolubles dans
le benzène à chaud, alors que les asphaltènes y sont solubles. Les asphaltènes sont,
selon la température, partiellement solubles dans le pétrole brut, tandis que les
carbènes y sont insolubles.
[0012] L' "émulsion stable" est du type "eau dans huile", les gouttelettes d'eau étant dispersées
dans le pétrole brut. Les produits insolubles sont concentrés à la périphérie et à
l'intérieur des gouttelettes d'eau et il est important que ces gouttelettes ne soient
pas entraînées par le pétrole brut dessalé, car, sinon, les produits insolubles se
déposeraient dans les échangeurs de préchauffage du pétrole brut dessalé précédant
le four où passe le pétrole brut dessalé avant sa distillation. Il en résulterait
un encrassement rapide des échangeurs, avec pour conséquence la nécessité d'opérations
fréquentes d'entretien et une augmentation de la consommation du combustible nécessaire
pour chauffer Le pétrole brut dans le four.
[0013] Pour résoudre de telles émulsions stables, la Demanderesse a déjà proposé, dans la
demande de brevet français n° 77-11906, dont elle est co-titulaire, d'injecter dans
le dessaleur, en cas de nécessité, outre le premier agent désémulsifiant généralement
ajouté au pétrole brut avant son entrée dans le dessaleur, un second agent désémulsifiant
tel que le di-2 éthylhexyl sulfosuccinate de sodium.
[0014] Il est ainsi possible de résoudre les émulsions stables et de réduire considérablement
l'encrassement des installations de préchauffe où le pétrole brut dessalé est conduit.
[0015] Le pétrole brut venant du dessalage est en effet généralement soumis, ensuite, à
une distillation à pression atmosphérique, qui conduit à l'obtention d'une phase gazeuse,
de différents distillats et d'un résidu atmosphérique.
[0016] Toutefois, la distillation atmosphérique du pétrole brut ne peut être effectuée industriellement
dans de bonnes conditions que si des précautions sont prises pour limiter la corrosion
des installations.
[0017] En effet, après le dessalage et, éventuellement, une neutralisation complémentaire
par de la soude, par exemple, le pétrole brut contient encore du chlorure de sodium,
du chlorure de calcium et du chlorure de magnésium. A la différence du chlorure de
sodium qui est stable, le chlorure de calcium et le chlorure de magnésium sont hydrolysés
par la vapeur d'eau à une température supérieure à 120°C environ et donnent ainsi
naissance à de l'acide chlorhydrique, qui se concentre dans les vapeurs de tête, puis
dans l'eau de condensation.
[0018] Le pétrole brut, après stabilisation, ne contient pratiquement pas d'hydrogène sulfuré
à l'état dissous; par contre, le craquage de dérivés soufrés, qui intervient lors
de la distillation, donne naissance à de l'hydrogène sulfuré, qui se concentre également
dans les vapeurs de tête de la colonne.
[0019] Afin de neutraliser les acides présents dans les vapeurs de tête de la distillation,
on injecte donc habituellement un agent neutralisant tel que l'ammoniac en phase gazeuse
ou en solution aqueuse dans la ligne de condensation de l'eau qui joint la tête de
la colonne au condenseur, ou dans un reflux circulant en tête de la colonne de distillation.
Cette injection est destinée à maintenir le pH de l'eau de condensation à une valeur
déterminée ou, plus exactement, à maintenir les variations de pH dans une plage déterminée.
[0020] Le résidu de la distillation atmosphérique est ensuite soumis lui-même à une distillation
sous pression réduite, appelée distillation sous vide, qui permet de séparer un gazole
lourd, diverses coupes de distillats, pouvant servir de matières premières, par exemple,
pour les huiles lubrifiantes et les procédés de craquage, et un résidu sous vide.
[0021] Ce résidu sous vide, que l'on peut utiliser pour préparer des lubrifiants, contient
de l'asphalte en concentration variable. On peut donc le soumettre à une opération
de désasphaltage par addition d'un solvant approprié, tel que le propane, qui précipite
l'asphalte ou brai, tandis que l'on récupère de l'huile désasphaltée, le solvant étant
enfin séparé aussi bien de l'huile désasphaltée que du brai récupéré.
[0022] Au cours de cette phase de désasphaltage sont également éliminés avec le brai la
plupart des métaux (nickel, vanadium, etc.) qui étaient encore présents dans le résidu
sous vide.
[0023] De nombreux types de solvants ont été proposés pour cette phase de désasphaltage
et les conditions opératoires ont été minutieusement étudiées. Elle intervient cependant
toujours après les opérations de distillation.
[0024] En étudiant les mécanismes d'encrassement des équipements, par exemple des échangeurs
de chaleur, dans lesquels passent les charges des différentes unités d'une raffinerie,
la Demanderesse a cependant mis en évidence le rôle important joué par les asphaltènes,
l'un des constituants de l'asphalte, dans cet encrassement.
[0025] Il est bien connu, en effet, qu'à l'intérieur des. échangeurs de chaleur, notamment,
se forment des dépôts attribués à la présence dans les charges de matières organiques
ou inorganiques.
[0026] Le mécanisme de cet encrassement est complexe.et varié; il peut être provoqué par
des accumulations de produits d'oxydation, de dépôts d'asphaltènes, de sels, ou par
des phénomènes d'entartrage. Par exemple, dans le cas des échangeurs les plus chauds
d'une chaîne de préchauffe du pétrole brut précédant une distillation sous pression
atmosphérique, les dépôts sont constitués pour 50 à 70% en poids de composés minéraux,
notamment de composés du fer (oxydes, sulfures) et pour 50 à 30% de composés organiques
(asphaltènes, carbènes). Il peut s'agit également de composés organiques qui se polymérisent
sous l'action de la chaleur, d'oxydes ou d'oxygène dissous dans le pétrole brut.
[0027] Ainsi, l'encrassement de ces échangeurs, outre des opérations de nettoyage plus fréquentes,
entraîne une augmentation de la consommation de l'énergie nécessaire pour chauffer
la charge, due à la perte d'efficacité des échangeurs.
[0028] L'emploi d'agents anti-salissures permet de remédier partiellement à cet inconvénient.
L'agent anti-salissures est un produit chimique qui est ajouté à la charge à des concentrations
très faibles, de l'ordre de quelques parties par million en volume. De nombreux types
d'agents anti-salissures ont déjà été proposés, comme, par exemple, des agents à base
d'esters phosphorés ou encore à base de sulfosuccinates (voir, par exemple, le brevet
français n° 2 421 958 dont la Demanderesse est co-titulaire).
[0029] Il est en outre connu d'effectuer directement sur les pétroles bruts, et en particulier
sur les pétroles lourds, une opération de désasphaltage. Les charges ainsi débarrassées
des asphaltènes peuvent alors être soumises à des opérations de conversion telles
qu'un hydrotraitement. Le brevet français n° 2 159 311 montre ainsi que le désasphaltage
des résidus de distillation ou de charges lourdes peut être effectué à l'aide de vapeur
surchauffée. Cette opération nécessite cependant un niveau thermique élevé, les charges
étant soumises à des températures supérieures à 400°C et, de préférence, à près de
450°C, pendant plus d'une heure, ce qui diminue par conséquent l'intérêt économique
de ce procédé. Cette opération de désasphaltage à l'aide de vapeur surchauffée occasionne
en outre la formation d'une émulsion stable et difficile à résoudre, et conduit généralement
à la présence d'importantes quantités d'eau dans la charge effluente, qui peuvent
être néfastes lors des traitements ultérieurs. Enfin, cette opération doit. souvent
être complétée par un traitement complémentaire de désasphaltage au solvant, qui est
également coûteux.
[0030] La présente invention vise à pallier ces inconvénients à l'aide d'un procédé de traitement
d'un pétrole brut, caractérisé en ce que, préalablement à sa distillation atmosphérique,
l'on soumet successivement ledit pétrole brut à au moins une opération de dessalage
en phase liquide, puis à au moins une opération de désasphaltage, par traitement du
pétrole brut dessalé à l'aide d'un solvant de désasphaltage approprié.
[0031] La Demanderesse a en effet établi que l'opération de dessalage en phase liquide,
préalablement à celle du désasphaltage, peut être réalisée de façon économique à des
températures inférieures à 160°C, et permet d'enlever non seulement les sels présents
dans la charge à traiter, mais aussi les quantités d'eau contenues dans le brut à
traiter, évitant ainsi la formation d'une troisième phase liquide au cours de l'opération
de désasphaltage ultérieure et d'améliorer en outre la récupération des brais de désasphaltage,
dans la mesure où la plupart des sels minéraux ont été retirés de la charge à traiter
au cours de l'opération de dessalage.
[0032] La présente invention vise, en outre, à limiter l'encrassement des équipements des
raffineries de pétrole et, en particulier, des échangeurs de chaleur et à accroître
ainsi dans des proportions considérables leur rendement.
[0033] L'invention vise également à réduire la corrosion des échangeurs de préchauffe et
des dispositifs et zones de condensation en tête des colonnes de distillation atmosphérique,
en limitant le risque de voir des composés acides se former au cours du traitement
de la charge.
[0034] L'invention vise enfin à obtenir des résidus de distillation atmosphérique de meilleure
qualité, par élimination, avant la distillation, de la majeure partie des métaux présents
dans la charge.
[0035] L'opération de dessalage pourra être conduite d'une façon connue en soi, par exemple
comme décrit dans le brevet français n° 2 388 037 précité, en ajoutant d'abord au
pétrole brut un premier désémulsifiant, par exemple à base de copolymère d'oxyde d'éthylène
et de propylène, puis en y ajoutant une quantité d'eau représentant de 2 à 10% de
volume du pétrole brut. Ce mélange est ensuite introduit dans un dessaleur électrostatique
où la température est maintenue au-dessous d'environ 160°C et de préférence 135°C,
afin d'éviter une trop grande conductibilité électrique due aux produits oxygénés
et azotés présent dans la charge.
[0036] Néanmoins, l'opération de dessalage peut être portée à une température légèrement
supérieure, sans toutefois dépasser 160°C, lorsque la viscosité API du brut décroît.
La pression dans le dessaleur peut être comprise entre 1 et 20 bars.
[0037] Comme décrit dans le brevet précité, lorsqu'une émulsion stable se forme dans le
dessaleur, un second agent désémulsifiant, tel que le di-2 éthylhexyl sulfosuccinate
de sodium, est injecté dans le dessaleur.
[0038] On évacue de ce dessaleur une phase eau, contenant la plus grande partie du chlorure
de sodium, ainsi que d'autres sels tels que des sels de calcium et de magnésium, et
l'on récupère une phase de pétrole brut dessalé, contenant une petite quantité d'eau
et de sels, essentiellement du chlorure de sodium, ainsi que des asphaltènes, dont
une fraction est en suspension.
[0039] On introduit ensuite dans le pétrole brut un solvant de désasphaltage constitué,
par exemple, d'une coupe d'hydrocarbures à 3 et 4 atomes de carbone ou un condensat
de gaz de champ de production de pétrole brut ou de gaz (c'est-à-dire une coupe obtenue
directement par condensation sur le champ de production et pouvant contenir en quantités
variables des hydrocarbures possédant entre 3 et 7 atomes de carbone ou plus), en
une quantité représentant de 100 à 500% en volume et, de préférence, de 100 à 250%,
par rapport au pétrole brut.
[0040] Selon une caractéristique importante de l'invention, le solvant de désasphaltage
sera dépourvu d'eau. En effet, dans ces conditions, l'eau qui est en suspension dans
le pétrole brut après dessalage se dissoudra en grande partie dans le solvant, ce
qui se traduira par une augmentaticn de la concentration en sels de l'eau non dissoute.
La masse spécifique des gouttelettes d'eau présentes dans le pétrole brut augmentera
donc, ce qui, comme on l'expliquera plus en détail dans la suite de la présente description,
favorisera l'élimination avec le brai du sel restant dans la charge, à l'issue du
désasphaltage, avec pour conséquence un meilleur dessalage du pétrole brut.
[0041] Après mélange du solvant de désasphaltage et du pétrole brut, on introduira ce mélange
dans une installation de désasphaltage, dans laquelle le brai précipite et se sépare
du brut. On récupère ainsi, par des techniques usuelles, un mélange de brai et de
solvant, qui sont ensuite séparés de façon conventionnelle, et un mélange de pétrole
brut désasphalté et de solvant, séparé aussi par des techniques connues.
[0042] Non seulement le brut ainsi traité conformément à l'invention encrasse beaucoup moins
les échangeurs de préchauffe de la colonne de distillation atmosphérique, mais il
provoque une corrosion beaucoup plus faible de la tête de colonne, où l'acide chlorhydrique
est pratiquement absent par suite de l'élimination complète de l'eau de la charge.
[0043] Il ne sera plus utile, généralement, d'ajouter à la charge, comme il est d'usage,
avant de la faire passer par les échangeurs de préchauffe de la distillation sous
pression atmosphérique, un agent anti-salissures tel que le di-2 éthylhexylsulfoccinate
de sodium, comme décrit dans le brevet français n° 2 421 958. En effet, alors qu'avec
un tel agent anti-salissures, la vitesse d'encrassement des échangeurs est réduite
habituellement d'environ 50%, le traitement conforme à l'invention permet de réduire
encore cette vitesse d'encrassement du fait de l'élimination des asphaltènes et des
sels préalablement à la distillation atmosphérique.
[0044] Par ailleurs, le résidu de distillation atmosphérique a des teneurs en carbone Conradson
(le carbone Conradson est mesuré selon la norme AFNOR NFT 60-116) et en métaux lourds
(vanadium, nickel, etc.) réduites et ne contient pratiquement plus de métaux alcalins
et alcalino-terreux.
[0045] Ce résidu de distillation atmosphérique pourra donc être soumis directement à un
craquage catalytique, en raison d'une teneur acceptable en contaminants.
[0046] Ainsi qu'il a été indiqué ci-dessus, le traitement conforme à l'invention peut être
appliqué à un pétrole brut de masse volumique, exprimée en degrés API', comprise entre
20 et 40. Il est en outre possible de l'appliquer également à des pétroles plus lourds
par addition d'un diluant tel qu'une essence légère encore dite "fluxant", représentant
de 0 à 50% du volume du brut, avant l'opération de dessalage et, plus précisément,
avant l'incorporation du premier agent désémulsifiant.
[0047] Les dessins annexés illustrent de façon non limitative la mise en oeuvre de l'invention.
Sur ces dessins:
- la figure 1 est un diagramme schématique illustrant les diverses opérations du procédé
selon l'invention;
- la figure 2 est une vue de détail de la partie A de la figure 1, illustrant la phase
de désasphaltage.
[0048] Le pétrole brut à traiter est soumis d'abord à une phase de dessalage dans un dessaleur
électrostatique 1, qu'alimente une ligne 2 équipée d'une pompe 3.
[0049] De l'eau, destinée à dissoudre les sels présents dans le pétrole brut, est introduite
par la ligne 5 dans la ligne 2, en une quantité représentant de 2 à 10% en volume
du pétrole brut. Préalablement est injecté dans la ligne 2, par la ligne 4, un premier
désémulsifiant, par exemple à base de copolymère d'oxydes d'éthylène et de propylène,
destiné à favoriser la résolution de l'émulsion instable de pétrole et d'eau qui est
introduite dans le dessaleur.
[0050] La pompe 3 introduit en continu dans le dessaleur 1, le mélange de pétrole brut,
d'eau et de premier désémulsifiant. Ce mélange séjourne dans le dessaleur entre 20
minutes et une heure, à une température inférieure à 160°C et de préférence à 135°C.
L'émulsion instable y est résolue en une "phase eau" 6 et une "phase brut" 7 qui sont
soutirées en continu, respectivement par les lignes 8 et 9.
[0051] Une phase intermédiaire, constituée par une émulsion stable d'eau dans le pétrole
brut, peut toutefois se former à l'interface des phases 6 et 7 et, pour résoudre cette
émulsion stable, on injecte dans le dessaleur, par la ligne 2', au-dessus du niveau
de l'interface des phases 6 et 7, un deuxième agent désémulsifiant tel que le di-2
éthylhexylsulfosuccinate de sodium.
[0052] Le pétrole brut dessalé qui est évacué du dessaleur par la ligne 9 contient, au total,
0,4 à 0,7% en volume d'eau, dont 0,3 à 0,6% en suspension. Il contient également de
3 à 50 p.p.m. de sels divers, dont la plus grande partie est constituée par du chlorure
de sodium. Enfin, des asphaltènes qui ont déjà précipité y sont présents en suspension
à une teneur d'environ 100 à 500 p.p.m.
[0053] Dans la ligne 9 est alors injecté en 10 un solvant de désasphaltage, en une quantité
représentant de 100 à 500% en volume du pétrole brut et, de préférence, de 100 à 250%,
et le mélange résultant est introduit dans un mélangeur statique 11.
[0054] Le solvant de désasphaltage peut être constitué d'une coupe d'hydrocarbures à 4 atomes
de carbone, d'une coupe d'hydrocarbures à 3 et 4 atomes de carbone ou encore des condensats
obtenus lors de la production de gaz sur des champs de production de pétrole brut
ou de gaz, ces condensats contenant généralement de 20 à 30% en volume d'hydrocarbures
à 3 atomes de carbone, 20 à 30% d'hydrocarbures à 4 atomes de carbone, le reste étant
constitué principalement d'hydrocarbures à 5 atomes de carbone. Comme indiqué précédemment,
le solvant de désasphaltage doit être de préférence sec, afin de favoriser un dessalage
complémentaire du pétrole brut lors de l'opération de désasphaltage.
[0055] Le mélange de pétrole brut et de solvant de désasphaltage sortant du mélangeur 11
est évacué par une ligne 12 vers une installation de désasphaltage 13, où il séjourne
pendant 15 à 30 minutes, à une température comprise entre 80 et 135°C et à une pression
comprise entre 30 et 50 bars, lorsque l'on opère avec des coupes d'hydrocarbures à
3 atomes de carbone, ou d'hydrocarbures à 3 et 4 atomes de carbone. De plus, lorsque
l'on opère avec des condensats de gaz de champs, cette température peut être de 100
à 250°C et la pression comprise entre 30 et 50 bars dans la mesure où le condensat
contient des proportions notables d'hydrocarbures à 5 atomes de carbone ou plus. Dans-l'installation
13, le brai précipite et l'on sépare une phase 14, constituée de brai et de solvant,
qui est évacuée par la ligne 15 et séparée en 16 en solvant et en brai, évacués respectivement
par les lignes 17 et 18. De l'installation 13, on récupère également par la ligne
19 un mélange 20 de pétrole brut désasphalté et de solvant, que l'on peut séparer
en 21 en solvant, évacué par .la ligne 22, et en pétrole brut désashalté, évacué par
la ligne 23. Lorsque l'on opère avec un condensat de gaz de champs ou lorsque la récupération
de ce solvant n'est pas nécessaire, on peut envoyer le mélange directement dans la
ligne 23.
[0056] Celui-ci, de façon usuelle, alimente, après passage dans deux échangeurs de préchauffe,
24 et 25, et un four 26, une colonne de distillation atmosphérique 27. Dans cette
colonne sont séparés, en tête, des gaz (ligne 28), divers distillats (lignes 29a,
29b et 29c) et, au fond, un résidu de distillation atmosphérique (ligne 30).
[0057] La figure 2 illustre de façon plus détaillée l'opération de désasphaltage, dans le
cas où le solvant est constitué d'une coupe d'hydrocarbures à 4 atomes de carbone
(partie A du schéma de la figure 1).
[0058] Le mélange de pétrole brut dessalé et de solvant arrivant par la ligne 112 est séparé
dans l'installation de désasphaltage 113 en une phase 114, constituée de brai imbibé
de solvant, qui est évacuée par la ligne 115, et en une phase 116, constituée de pétrole
brut désasphalté et de solvant, qui est évacuée par la ligne 117. Le mélange de brai
et de solvant est chauffé dans un four 118 et une distillation "flash" permet ensuite,
en 119, de séparer le brai, que l'on récupère par la ligne 120, et le solvant, qui
emprunte la ligne 121.
[0059] Le mélange de pétrole brut désasphalté et de solvant est séparé en 122 et l'on récupère,
par la ligne 123, du pétrole brut désasphalté et, par la ligne 124, à laquelle est
raccordée la ligne 21 provenant de la distillation "flash" 119, du solvant. Celui-ci
est soumis, en 125, à une nouvelle distillation, et l'on récupère, par la ligne 126,
une coupe d'hydrocarbures à 4 atomes de carbone, sèche, recyclée à la ligne 10 (cf.
figure 1), et par la ligne 127, des hydrocarbures à 3 et moins de 3 atomes de carbone,
qui peuvent être conduits à la ligne 28 de la colonne 27, après condensation.
[0060] Par le procédé conforme à l'invention, il est possible de règler à volonté le taux
de désasphaltage du pétrole brut, pratiquement de 0 à 100%, en ajustant les conditions
opératoires et la quantité de solvant de désasphaltage, et il est donc possible de
limiter considérablement l'encrassement des échangeurs de préchauffe.
[0061] La quantité de carbone Conradson éliminée avec le brai peut atteindre 90% du poids
total du carbone Conradson présent dans le pétrole avant désasphaltage. De même, la
plus grande partie des métaux présents, dont la présence est particulièrement néfaste
aux catalyseurs de conversion, tels que les catalyseurs de craquage catalytique, est
éliminée avec le brai.
[0062] En outre, ainsi qu'il a été indiqué ci-dessus, l'opération de désasphaltage a pour
conséquence un dessalage plus complet du pétrole brut. En effet, la solubilité de
l'eau dans les hydrocarbures à 4 atomes de carbone, à 130°C, étant de 0,7% en poids,
une partie de l'eau va passer dans le solvant de désasphaltage sec. La concentration
des sels dans l'eau restante va donc s'accroître, avec pour conséquence une masse
spécifique plus élevée de cette eau, et les gouttelettes de cette eau plus lourde
seront éliminées avec le brai lors du désasphaltage. Ces gouttes d'eau seront d'autant
plus facilement éliminées qu'il est bien connu qu'elles ont tendance à s'entourer
d'un film d'asphaltènes.
[0063] Il est ainsi possible d'obtenir une élimination des sels restant dans le pétrole
brut (exprimés en NaCl) de 95 à 100%, avec pour conséquence une corrosion en tête
de la colonne de distillation atmosphérique pratiquement nulle.
[0064] Le résidu de la distillation atmosphérique (ligne 30 de la figure 1) du pétrole brut
dessalé et désasphalté obtenu par le procédé selon l'invention convient particulièrement
comme charge d'une unité de craquage catalytique, en raison de la faible quantité
de contaminants qu'il contient. Dans ce cas, le flux de la ligne 30 peut être mélangé
par tout ou partie du flux des lignes 29c et 29b.
[0065] Ainsi qu'il a déjà été indiqué, le procédé qui vient d'être décrit peut être appliqué
à un pétrole brut de 20 à 40° API. Il peut en outre être appliqué éventuellement à
un pétrole plus lourd, c'est-à-dire de degré API inférieur à 20, en lui incorporant
par la ligne 31 (figure 1), préalablement à tout autre traitement, c'est-à-dire en
amont de l'injection du premier désémulsifiant, une essence légère de dilution, qui
peut représenter jusqu'à 50% en volume du pétrole brut.
[0066] Les exemples suivants illustrent la mise en oeuvre de l'invention et mettent en évidence
ses avantages.
EXEMPLE 1
[0067] On traite, conformément à l'invention, une charge de pétrole brut, présentant les
caractéristiques suivantes avant dessalage:
- masse volumique à 15°C : 0,9215, (22° API) (mesurée selon la norme AFNOR NFT 60-101)
- viscosité: (mesurée selon la norme AFNOR NFT 60-100)
* à 40°C : 80 centistokes,
* à 20°C : 200 centistokes,
- teneur en :
* carbone Conradson: 13,2% en poids, (mesuré selon la norme AFNOR NFT 60-116)
* asphaltènes: 10,2% en poids, (mesurés selon la norme AFNOR NFT 60-115)
* soufre: 3,6% en poids, (mesuré par dosage chimique)
* eau: 0,3% en volume, (mesurée par dosage chimique)
* sels alcalins et alcalinoterreux: 350 mg/1, (exprimés en NaCl et mesurés par dosage
chimique)

[0068] On injecte en continu dans la chaîge 10 p.p.m. d'un premier désémulsifiant, à base
de copolymère d'oxydes d'éthylène et de propylène, et 8% en volume d'eau rapporté
au pétrole brut.
[0069] La température du dessaleur est de 130°C et le temps de séjour du pétrole brut de
20 mn.
[0070] On injecte en continu dans le dessaleur 10 p.p.m. d'un second désémulsifiant, à base
de 2-di éthylhexylsulfosuccinate de sodium.
[0071] Le pétrole brut dessalé ne contient plus que 40 mg/1 de sels (exprimé en chlorure
de sodium), mais contient 0,6% en volume d'eau.
[0072] Le désasphaltage est conduit à 130°C, sous une pression de 40 bars, avec un taux
de solvant de 160% en volume. Le solvant utilisé est une coupe d'hydrocarbures, de
composition (% en volume):

[0073] Le rendement en pétrole brut désasphalté est de 90% en poids. Ce pétrole brut présente
les caractéristiques suivantes:
- sels alcalins et alcalinoterreux (exprimés en NaCl) : 1,2 mg/1.
[0074] Le taux de dessalage, après désasphaltage, est donc de 97% et le taux d'élimination
de métaux lourds (vanadium, nickel) est supérieur à 97%.
[0075] Cependant, le rendement en brai récupéré est de 10%. Son point de ramollissement
est de 130°C.
[0076] Cet exemple montre qu'il est possible d'abaisser dans des proportions considérables
la teneur en contaminants du pétrole traité.
EXEMPLE 2
[0077] La charge traitée a les caractéristiques suivantes:
- masse volumique à 15°C : 0,8925 (27° API),
- viscosité à 40°C : 20 centistokes,
- teneur en :
* carbone Conradson : 8,6% en poids,
* asphaltènes: 4,7% en poids,
* soufre: 2,9% en poids,
* eau: 0,2% en volume,
* sels alcalins et alcalinoterreux (exprimés en NaCl): 180 mg/1,
* nickel: 16 p.p.m.,
* vanadium: 55 p.p.m.
[0078] Le dessalage est effectué dans les conditions suivantes: On injecte en continu dans
la charge 7 p.p.m. d'un premier désémulsifiant, à base de copolymère d'oxydes d'éthylène
et de propylène, et 7% en volume d'eau rapporté au pétrole brut.
[0079] La température du dessaleur est de 130°C et le temps de séjour du pétrole brut est
de 20 mn.
[0080] On injecte dans le dessaleur 10 p.p.m. d'un second désémulsifiant, à base de 2-di
éthylhexylsulfosuccinate de sodium. Le pétrole brut dessalé ne contient plus que 15
mg/1 (exprimés en chlorure de sodium) de sels alcalins et alcalinoterreux. Il contient
0,5% en volume d'eau.
[0081] Le désasphaltage est effectué à 130°C, sous une pression de 40 bars, avec un taux
de solvant de 200% en volume. On utilise comme solvant une coupe d'hydrocarbures,
ayant la composition suivante (% en volume):

[0082] Le rendement en pétrole brut désasphalté est de 90% en poids. Ce pétrole présente
le caractéristiques suivantes:
- carbone Conradson : 3% en poids,
- asphaltènes: moins de 0,05% en poids,
- vanadium : 4 p.p.m.,
- nickel : 2 p.p.m.,
- sels alcalins et alcalinoterreux (exprimés en chlorure de sodium) : 0,5 mg/1.
[0083] Le taux de dessalage, après désasphaltage, est donc de 98% et le taux d'élimination
de métaux lourds (vanadium, nickel) est supérieur à 90%.
[0084] Le rendement en brai récupéré est de 10%. Ce brai a un point de ramollissement de
130°C.
[0085] Comme le précédent, cet exemple montre que le pétrole traité ne contient plus que
de très faibles quantités de contaminants.
EXEMPLE 3
[0086] On répète les mêmes opérations que dans l'exemple 2, sur la même charge et dans les
mêmes conditions, mais en faisant varier le taux du solvant de désasphaltage.
[0087] Les résultats obtenus pour divers taux de solvant (y compris celui de l'exemple 2,
qui a été repris, pour plus de clarté) apparaissent dans le tableau suivant:

Ce tableau montre qu'en faisant varier le taux de solvant de désasphaltage, il est
possible d'ajuster à volonté la teneur en divers contaminants du pétrole traité et
le rendement en brai.