[0001] La présente invention a trait à l'extraction du plomb à partir de sulfures métalliques
tels que les sulfures de plomb communs et les minerais et concentrés de minerais contenant
du sulfure de plomb. Elle a pour objet un procédé qui permet plus particulièrement
l'extraction sélective du plomb (Pb) en présence d'autres métaux comme l'argent, le
cuivre ou le fer pouvant se trouver à l'état de sulfures avec le sulfure de plomb
dans ce genre de minerais.
[0002] Le traitement pyrométallurgique des sulfures de plomb est cher, polluant et il nécessite
souvent l'élimination d'un sous-produit, le dioxyde de soufre.
[0003] Pour remédier aux inconvénients du procédé pyrométallurgique, et plus particulièrement
à la pollution, des procédés dits hydrométallurgiques ont été mis au point pour oxyder
divers sulfures en milieu aqueux, au sein de solutions chlorhydriques. Ces procédés
s'appliquent à la plupart des métaux ; Ils utilisent une combinaison de différents
réactifs chlorés de lessivage, tels que 'le chlore, l'acide chlorydrique, le chlorure
ferreux/ferrique, le chlorure cuivrique, le chlorure manganique, le chlorure de sodium,
le chlorure de calcium. La réaction -mise en oeuvre consiste en une dissolution oxydante
et elle conduit à une solution de sel chloré d'où l'on récupère ensuite le métal.
[0004] Néanmoins, ces procédés hydrométallurgiques connus ne conviennent pas à l'extraction
du plomb à partir des sulfures métalliques contenant du plomb, notamment à partir
des minerais sulfurés de plomb. Les difficultés rencontrées sont liées principalement
à un problème de solubilité du plomb dans le milieu, ainsi qu'à la récupération du
métal à partir de la forme chlorure. On doit en général déplorer par ailleurs une
grande consommation d'énergie, la réduction du PbCl
2 se faisant, soit sous forme pyrométallurgique, soit par électrolyse avec un voltage
élevé.
[0005] En fait, on ne connaît aucun procédé hydrométallurgique qui soit applicable industriellement
au traitement des minerais sulfurés ou autres sulfures métalliques en vue de l'extraction
du plomb.
[0006] La présente invention permet de pallier aux inconvénients des techniques connues
grâce à un procédé de traitement de sulfures métalliques, qui utilise la voie hydrométallurgique
et qui cependant est efficace pour assurer l'extraction du plomb, sélectivement en
présence des autres métaux qui se trouvent habituellement dans les minerais sulfurés
de plomb.
[0007] Le procédé selon l'invention comprend essentiellement au moins une première étape
d'attaque chimique dans laquelle le sulfure métalliqùe est soumis à oxydation dans
une solution aqueuse d'acide fluosilicique. De préférence, il comporte en outre une
seconde étape de récupération dans laquelle on soumet la solution en milieu fluosilicique
obtenue à une électrolyse conduisant à la formation de plomb métal à la cathode et
d'oxygène à la cathode.
[0008] Dans la première étape, il est par ailleurs avantageux d'utiliser un couple d'oxydation'
rédox à potentiel compris entre 0,7 et 1,4 volts par rapport à l'électrode normale
à hydrogène. Ceci est le cas en particulier du couple 0
2/H20
2 qui est apparu particulièrement favorable dans la mise en oeuvre de l'invention.
A ce stade, le procédé selon l'invention permet déjà d'obtenir une bonne solubilité
du sulfure de départ, en même temps que l'attaque oxydante du plomb préférentiellement
aux autres métaux se trouvant en général associés au plomb dans les sulfures métalliques.
Cette attaque efficace et sélective du plomb a été prouvée par les expériences effectuées
par les demandeurs, alors que les connaissances antérieures ne le laissaient nullement
présager.
[0009] On notera que par le procédé de l'invention, appliqué au plomb, on évite bien des
inconvénients - que présentent les procédés hydrométallurgiques classiques en milieu
chloré même dans leur application à d'autres
' métaux : rendements d'attaque variables et mal maîtrisés, défaut de sélectivité (notamment
dans l'attaque par le chlorure ferrique), solution cristallisant trop facilement,
difficultés de contrôle du potentiel rédox, formation de sulfates qui se déposent
sur les particules de sulfures et freinent la réaction.
[0010] Une fois obtenue la solution fluosilicique contenant le plomb oxydé à l'état
'de sels dissous, dont on sépare aisément le soufre qui surnage et.les composés insolubles
éventuels, le plomb peut être produit à l'état métallique de différentes manières.
On peut faire appel à tous schémas de traitement en eux-mêmes connus, comme la cémentation
ou l'extraction par solvant. Cependant, on préfère la voie électrolytique, conformément
en particulier à la seconde étape que l'on a déjà définie ci-dessus. Le milieu fluosilicique,
de préférence en conjonction avec l'emploi du couple rédox 0
2/H
20
2, se prête d'une manière remarquable à la combinaison de la dissolution chimique oxydante
dans un électrolyte aqueux avec la récupération du plomb métal par électrolyse, car
il est apparu tout spécialement avantageux d'effectuer cette électrolyse également
en milieu fluosilicique, directement sur la solution obtenue après la première étape.
Pendant que l'on produit ainsi le plomb métal, la même opération d'électrolyse permet
de récupérer l'oxygène et la solution fluosilicique, qui peuvent être recyclés à la
première étape pour la dissolution. On évite là d'autres inconvénients que présenteraient
les milieux chlorhydriques si l'on cherchait à soumettre une solution de dissolution
de sulfures classique à l'électrolyse : incertitude sur une réaction anodique qui
est alors du type Fe++/Fe
+++ ou Cl-/Cl
2, présence de fer en solution, avec comme conséquence un rendement cathodique faible,
à moins d'aller jusqu'à la production de fer électrolytique.
[0011] La récupération du plomb métal par électrolyse de la solution fluosilicique de dissolution
a en outre comme avantage que dans le même temps, par la même opération, on régénère
l'oxygène et la solution acide, que l'on a alors en général tout intérêt à recycler
à la première étape, pour la dissolution. Globalement, l'invention permet ainsi la
transformation des minerais et concentrés métalliques de sulfure de plomb à faible
coût, à la pression atmosphérique, sans apparition de sous-produits et dans des conditions
optimales de rendement et de sélectivité.
[0012] On décrira maintenant plus en détails le procédé selon l'invention, dans des conditions
de mise en oeuvre pratiques, qui ne sont cependant pas limitatives. En général, on
part d'un minerai ou concentré à base de sulfure de plomb, préalablement broyé, à
une granulométrie qui peut être notamment de l'ordre de 50 à 500 microns et on le
met en suspension dans une solution d'acide fluosilicique, de pH avantageusement inférieur
à 2 ou au plus égal à 2, contenant un oxydant. Cet oxydant peut être de l'eau oxygénée
et/ou de l'oxygène. On peut en particulier utiliser au départ une solution d'acide
fluosilicique contenant en outre de l'eau oxygénée et mélanger ensuite la bouillie
formée avec le sulfure intimement avec un gaz porteur d'oxygène, en y faisant barboter
ce gaz, qui peut être de l'oxygène pur ou de l'air, éventuellement enrichi en oxygène.
On maintient le mélange sensiblement à la pression atmosphérique, et à une température
inférieure ou au plus égale à la température d'ébullition de l'électrolyte, et généralement
supérieure à 50°C environ.
[0013] De préférence, l'acide fluosilicique et l'oxydant sont présents dans la solution
d'attaque en des quantités au moins égales aux quantités stoechiométriques correspondant
à la réaction de dissolution du sulfure de plomb, soit une molécule d'acide fluosilicique
et une molécule d'eau oxygénée par molécule de sulfure de plomb à dissoudre. Ces quantités
théoriques correspondent à la réaction :

[0014] La consommation réelle d'eau oxygénée varie de une à deux fois la proportion stoechiométrique,
tandis que pour l'acide la consommation réelle reste proche de la quantité stoechiométrique.
[0015] Conformément à cette réaction, le soufre du sulfure de plomb est donc transformé
en soufre élémentaire tandis que le métal est mis en solution sous forme d'ions Pb++.
En pratique, le soufre surnage sur la solution ; On ne constate pas d'apparition de
couches passivantes qui ralentiraient considérablement la réaction. Par ailleurs,
la sélectivité du procédé se traduit par le fait que pour la plupart des minerais,
les autres métaux présents, tels que l'argent, le cuivre, le fer, le zinc, ou le bismuth,
ne sont pas ou que très peu dissous. Le résidu solide de l'attaque peut d'ailleurs
être traité en vue de la récupération de ces métaux, notamment par la voie chlorhydrique.
[0016] La solution fluosilicique contenant les ions de plomb Pb
++ est ensuite transférée dans une cellule d'électrolyse, qui peut être notamment une
cellule de type courant comportant un diaphragme de séparation entre les compartiments
cathodique et anodique et une anode insoluble. L'électrolyse provoque les réactions
suivantes :
- à la cathode :

- à l'anode :

[0017] On récupère ainsi le plomb métal, qui se dépose sur la cathode, et, parallèlement
l'oxygène qui se dégage à l'anode. Les conditions de pH liées à la mise en oeuvre
de l'attaque de la première étape sont directement favorables, sans qu'il y ait lieu
d'intervenir dessus entre les deux opérations, et d'autre part, il est facile de régler
la densité de courant de manière à favoriser au mieux les réactions ci-dessus, au
préjudice de la réaction anodique concurrente qui conduit à la formation d'oxyde de
plomb. L'oxygène récupéré à l'anode est en général recyclé à l'étape de dissolution,
de même que la solution fluosilicique qui est régénérée par l'électrolyse sensiblement
à son acidité d'origine. Le seul réactif consommé par le procédé dans son ensemble
est alors l'oxydant (eau oxygénée le plus souvent), qui est utilisé en excès pour
la dissolution du sulfure de plomb.
[0018] Les exemples chiffrés qui suivent illustrent la mise en oeuvre du procédé selon l'invention,
à titre purement indicatif et nullement limitatif :
Exemple 1 :
[0019] Dans une solution d'attaque, agitée par agitateur magnétique, dans laquelle on fait
barboter de l'air, on disperse le minerai de sulfure de plomb finement broyé, à une
granulométrie inférieure à 100 microns.
[0020] La solution d'attaque est une solution aqueuse d'acide fluosilicique présentant la
composition suivante :

[0021] Température de la solution : 70°C.
[0022] La cinétique de dissolution est telle qu'au bout d'une heure, une proportion de 40
% du sulfure de plomb est déjà dissoute.
[0023] Après filtrage de la solution contenant le plomb à l'état dissous, on procède à son
électrolyse dans une cellule à diaphragme, avec anode de titane platinisé, pour obtenir
le plomb à l'état métallique.
[0024] Les conditions appliquées pour l'électrolyse sont les suivantes :

La consommation d'énergie électrique est de 0,5 kWh par kilogramme de plomb obtenu.
Exemple 2 :
[0025] Il s'agit de l'attaque d'une galène contenant une proportion importante de sulfures
autres que le sulfure de plomb. Les conditions de l'opération sont celles indiquées
dans l'exemple 1.
[0026] Pour quantifier le caractère sélectif de la dissolution, on détermine pour chaque
élément le coefficient de partage défini de la manière suivante : si A est le rapport
de la quantité de l'élément considéré à la quantité de plomb, dans le minerai, et
si B est le rapport de la quantité de ce même élément dissous à la quantité de plomb
dissous, donc dans la solution, le coefficient de partage est :
K = A/B.
[0027] Dans le tableau ci-après, on a relevé pour chaque élément, sa proportion Q en pourcentage
pondéral moyen dans le minerai, les rapports A et B ci-dessus définis et le coefficient
de partage K :

[0028] Ces chiffres démontrent la haute sélectivité du procédé. La dissolution des métaux
autre que le plomb est très faible et celle de l'argent est nulle.
1. Procédé de traitement de sulfures métalliques en vue d'en extraire le plomb, caractérisé
en ce qu'il comprend au moins une première étape dans laquelle le sulfure métallique
est soumis à oxydation dans une solution aqueuse d'acide fluosilicique, le plomb passant
ainsi en solution.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que l'oxydation est assurée
par un coupe rédox à potentiel compris entre 0,7et 1,4 volts par rapport à l'électrode
normale à hydrogène.
3. Procédé selon la revendication 2, caractérisé en ce que le couple rédox est 02/H202.
4. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que la solution d'acide fluosilicique
est mélangée au sulfure métallique broyé et additionnée d'eau oxygénée et en ce que
l'on fait barboter dans le mélange un gaz porteur d'oxygène.
5. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 4, caractérisé en ce que
la solution fluosilicique est ensuite soumise à une seconde étape de traitement dans
laquelle on récupère le plomb métal par électrolyse.
6. Procédé selon la revendication 5, caractérisé en ce que l'on récupère aussi l'oxygène
dégagé à l'anode pour le recycler à la première étape.
7. Procédé selon la revendication 5 ou 6, caractérisé en ce que la solution fluosilicique
régénérée par l'électrolyse est recyclée pour servir à la dissolution dans la première
étape.
8. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 7, caractérisé en ce que
la solution présente un pH inférieur à 2 ou au plus égal à 2.
9. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 8, appliqué au traitement
de minerais sulfurés de plomb ou de concentrés de tels minerais.
10. Plomb produit à partir de sulfures métalliques par le procédé selon l'une quelconque
des revendications 1 à 8.