[0001] La présente invention concerne le refroidissement forcé de bandes métalliques minces,
en particulier en acier. Elle vise notamment l'opération de refroidissement pratiquée
dans les lignes continues de traitement thermique des bandes minces.
[0002] On sait que si le refroidissement appliqué n'est pas homogène, les bandes peuvent,
à l'état final, présenter de graves défauts. A cet égard, on peut citer le manque
de planéité, qui se manifeste lorsque les tensions ont dépassé localement la limite
d'élasticité du matériau pendant le refroidissement. Les bandes peuvent également
présenter des vermiculures, c'est-à-dire des marques de déformation plastique, qui
apparaissent lorsque la limite d'élasticité du matériau est atteinte pour une certaine
température du produit et que la caractéristique de traction du matériau présente
un palier à cette température.
[0003] Pour tenter de prévenir l'apparition de ces deux types de défauts, on a déjà proposé
divers procédés mettant en oeuvre des méthodes pour un refroidissement relativement
doux.
[0004] Une première méthode connue consiste à appliquer un refroidissement par soufflage
d'air, pour lequel le coefficient d'échange de chaleur vaut environ 0,15 kW/m2°C.
Il s'agit d'un refroidissement assez lent, qui nécessite une longue durée d'application
et par conséquent l'utilisation d'installation de refroidissement de grande longueur.
La consommation d'air comprimé et le coût de l'opération sont en conséquence élevés.
[0005] On connaît une autre méthode de refroidissement qui consiste à immerger la bande
mince dans de l'eau maintenue à sa température d'ébullition. Dans ce cas, le coefficient
d'échange de chaleur vaut environ 0,28 kW/m
2° C dans le domaine de l'ébullition en film, c'est-à-dire lorsque la température de
surface du produit est supérieure à 300°C. En dessous de cette température, le coefficient
d'échange de chaleur croît très rapidement et le refroidissement par immersion dans
l'eau bouillante ne permet pas toujours d'obtenir une bande plane et exempte de vermiculures.
En outre, ce refroidissement est également assez lent et présente à cet égard les
mêmes inconvénients que le refroidissement par soufflage d'air.
[0006] Le document BE-A-873 060 décrit un procédé de refroidissement en une phase, dans
lequel la bande d'acier est refroidie de 800° C à 80° C en 9 secondes. Il s'agit d'un
procédé de refroidissement relativement doux du type rappelé plus haut, qui ne permet
pas de remédier aux inconvénients précités.
[0007] On connaît encore par le document EP-A-0 086 331 un procédé de refroidissement d'une
bande d'acier en deux étapes. La première étape consiste en un refroidissement lent.
De ce fait, ce procédé ne permet pas non plus de remédier aux inconvénients de durée
et de coût de traitement qui affectent la technique antérieure.
[0008] La présente invention a pour objet un procédé permettant de remédier aux inconvénients
qui viennent d'être mentionnés. A cet effet, le procédé de l'invention assure un refroidissement
de la bande, en deux phases d'intensité différente et de courte durée, tout en permettant
d'obtenir un produit de qualité, présentant une excellente planéité et exempt de vermiculures.
[0009] Conformément à la présente invention, un procédé pour le refroidissement d'une bande
d'acier mince en mouvement, par projection d'un agent réfrigérant sur la surface de
la bande, dans lequel on soumet ladite bande d'acier à une phase de refroidissement
à basse intensité suivie d'une phase de refroidissement à haute intensité, est caractérisé
en ce que l'on effectue ladite phase à basse intensité avec un coefficient d'échange
de chaleur inférieur ou égal à 3 kW/m
2°C et ladite phase à haute intensité avec un coefficient d'échange de chaeur superieur
a 3 kW/m
2°C, et en ce que l'on interrompt ladite phase à basse intensité lorsque la bande a
atteint une température comprise entre 600° C et 350° C.
[0010] Dans le cadre de l'invention, il s'est avéré particulièrement intéressant de refroidir
la bande au moyen de jets, par exemple d'eau, disposés de façon à couvrir la totalité
de la surface de la bande. L'eau peut éventuellement être chaude et/ou projetée sous
forme d'un brouillard.
[0011] Dans ce cas, il est intéressant d'utiliser le même agent réfrigérant dans les diverses
phases de refroidissement, la différence d'intensité étant obtenue en ajustant le
débit total d'agent réfrigérant de chaque phase. Cet ajustement peut être effectué
en modifiant soit le nombre de jets d'agent réfrigérant, soit le débit des divers
jets par tout moyen connu en soi.
[0012] A titre d'exemple, on va décrire à présent une application du procédé de l'invention
au refroidissement en deux phases d'une bande mince au moyen de jets d'eau, en faisant
référence aux figures annexées.
[0013] Dans cet exemple, une bande en acier doux de 0,7 mm d'épaisseur et se déplaçant à
une vitesse de 109 m/min., est refroidie depuis 750°C jusqu'à une température inférieure
à 170°C.
[0014] Sur la figure 1, la bande A se déplaçant dans la direction de la flèche B, est soumise
à l'action de jets d'eau disposés en quinconce, dont seuls les trois jets d'axe perpendiculaire
à la bande aux points C, D et E sont représentés. On a également indiqué 5 points,
numérotés 0, 1, 2, 3, et 4 situés à distance croissante du point C, ainsi qu'un point
5 situé à égale distance des points C, D et E.
[0015] Les figures 2 à 5 traduisent les résultats obtenus par uné opération de refroidissement,
soit uniquement à haute intensité (fig. 2 et 3), soit uniquement à basse intensité
(fig. 4 et 5).
[0016] La figure 2 montre les courbes 0 à 5 donnant l'évolution de la densité de flux calorifique
en fonction de la température superficielle de la bande, correspondant respectivement
aux points 0 à 5 indiqués à la figure 1. Ces courbes traduisent un refroidissement
à haute intensité pour lequel le coefficient d'échange de chaleur moyen vaut 3,8 kW/m
2° C à 600° C.
[0017] Ces courbes sont séparées les unes des autres, ce qui révèle une hétérogénéité sensible
du refroidissement appliqué.
[0018] On a représenté à la figure 3, l'évolution des contraintes d'origine thermique, superposées
à la traction dans la bande (20 N/mm
2), en fonction de la température superficielle de la bande, toujours dans le cas du
refroidissement à haute intensité de la figure 2. Ces courbes montrent qu'il se développe
dans la bande, des contraintes de compression (ligne passant par le point 0) et des
contraintes de traction (ligne passant parle point 4). Il apparaît également que la
différence maximale entre les contraintes de traction et de compression se manifeste
pour une température de la bande de l'ordre de 300° C. Sur cette figure 3, on a également
représenté l'évolution de la limite d'élasticité Re de la bande, en fonction de sa
température, ainsi que le point M d'apparition du palier dans la courbe de traction.
[0019] L'examen de ces courbes montre qu'au voisinage du point d'apparition du palier, la
contrainte de traction est supérieure à la limite d'élasticité. Il en résulte que
la bande traitée de cette façon présente un défaut de planéité ainsi que des vermiculures.
On calcule que dans ces conditions, la longueur de refroidissement nécessaire pour
ramener la bande à une température inférieure à 170° C est égale à 0,73 m.
[0020] Une bande identique, se déplaçant également à une vitesse de 109 m/min., a été soumise
à un refroidissement à basse intensité, avec un coefficient d'échange de chaleur moyen
de 1,9 kW/m
2° C à 600° C.
[0021] La figure 4 montre les courbes traduisant l'évolution de la densité de flux calorifique
en fonction de la température superficielle de la bande, respectivement aux points
0 à 5 de la figure 1. L'écart entre les courbes révèle également une hétérogénéité
de refroidissement assez sensible, mais plus faible cependant que dans le cas de la
figure 2.
[0022] La figure 5 montre que la différence maximale entre les contraintes de traction et
de compression est nettement moins importante qu'à la figure 3. En outre, ces contraintes
ne dépassent en aucun point la limite d'élasticité du matériau. Les bandes refroidies
à basse intensité ne présentent donc pas de défaut de planéité ni de vermiculures.
En revanche, la longueur de refroidissement nécessaire pour atteindre une température
inférieure à 170°C est égale à 1,61 m. Elle est donc 2,2 fois plus élevée que dans
le cas du refroidissement à haute intensité, ce qui entraîne une consommation totale
accrue d'agent de refroidissement.
[0023] La même bande a enfin été soumise au procédé de refroidissement conforme à l'invention,
comportant une phase 1 à basse intensité suivie d'une phase II à haute intensité.
La figure 6 montre l'évolution de la différence maximale Δσ
max entre les contraintes de traction et de compression dans la bande, en fonction de
la température d'interruption de la phase I.
[0024] Dans un premier cas, les points de percée des axes des jets de la phase Il sont alignés
avec ceux de la phase 1 selon des droites parallèles à l'axe longitudinal de la bande.
Ce cas est illustré par la courbe 1 de la figure 6. Le point P de cette courbe correspond
à une interruption de la phase 1 à 750°C; le refroidissement se déroule tout entier
en phase Il et conduit à: Dσ
max= 172 N/mm
2. Si, par contre la température d'interruption est inférieure à 300°C, on est ramené
au cas où le refroidissement est entièrement effectué en phase I; en deça de cette
température de 300° C, la valeur de Δσ
max reste constante et égale à 78 N/mm
2. Une température intermédiaire d'interruption de 450° C conduit à un Δσ
max de 87 N/mm
2.
[0025] Dans une seconde disposition, les jets de la phase Il sont décalés transversalement
d'un demi-pas par rapport à ceux de la phase I. Ce cas correspond à la courbe 2 de
la figure 6. Les points correspondant aux températures de 750° C d'une part et de
moins de 300°C d'autre part, sont identiques à ceux de la courbe 1. On constate cependant
que lorsque la température d'interruption est comprise entre 580° C et 300° C, la
valeur de Δσ
max est inférieure à la plus basse valeur réalisable dans le premier cas (courbe 1).
Pour une température d'interruption de 450° C, Δσ
max vaut 56 N/mm2.
[0026] Pour réaliser une température d'interruption de 450°C dans le cas de cette seconde
disposition des jets, les phases 1 et Il doivent avoir des longueurs respectives de
0,88 m et 0,30 m, soit une longueur totale de 1,18 m.
[0027] Le procédé de l'invention permet donc de réduire la durée du refroidissement, dans
ce cas de 27 %, et par conséquent la consommation d'agent réfrigérant, par rapport
au refroidissement à basse intensité, tout en évitant l'apparition de défauts de planéité
et de vermiculures dans les bandes.
[0028] Il est possible, par le procédé de l'invention, de réduire encore la longueur, donc
la durée du refroidissement sans altérer la qualité de la bande. La courbe 2 donne,
pour une température d'interruption de 580° C, un Δσ
max égal à 78 N/mm
2, mais ne nécessite qu'une longueur de 0,53 m (phase I) + 0,47 m (phase II) = 1 m,
pour atteindre une température finale inférieure à 170° C. Cette valeur de 78 N/mm
2 correspond à la valeur la plus basse réalisable par un refroidissement à basse intensité
(courbe 1), mais avec une longueur de 1 m au lieu de 1,61 m, soit une réduction de
38 %.