[0001] L'invention concerne un procédé de réglage du refroidissement secondaire d'une machine
de coulée continue d'un produit métallurgique, du type selon lequel on prend en compte,
comme connu en soi, la vitesse actuelle et la vitesse passée du produit métallurgique.
[0002] L'importance du refroidissement secondaire, tant sur la qualité des produits coulés
que sur la productivité de la machine de coulée n'est plus à démontrer. Un bon réglage
du refroidissement secondaire permet notamment :
. - d'assurer la solidification complète du produit avant un certain niveau dans la
machine (redressage/oxycoupage),
- d'assurer une bonne tenue mécanique de la peau solidifiée le long de la machine
et, en particulier, d'éviter les problèmes de gonflement dus à une température de
surface trop élevée et générateurs de criques internes et de ségrégation centrales
marquées,
- d'assurer une certaine régularité dans le refroidissement du produit et d'éviter
par suite les brusques réchauffements ou refroidissements susceptibles de créer des
criques au front de solidification (criques médianes),
- de maintenir la température de surface au décintrage dans la zone de bonne forgeabilité
du métal et d'éviter ainsi la formation de criques transversales sur l'intrados.
[0003] En régime permanent, trouver le réglage optimal du refroidissement secondaire revient
à trouver une répartition de l'eau le long du produit coulé dans les différentes zones
de refroidissement de la machine qui assure ces conditions en optimisant un autre
paramètre en relation directe avec la productivité de la machine : la vitesse de coulée.
Cette optimisation est à l'heure actuelle bien maîtrisée.
[0004] En régime variable où l'évolution de la vitesse de coulée est imposée, optimiser
revient à trouver un mode de gestion des débits d'eau permettant à chaque instant
de satisfaire au mieux les conditions précitées.
[0005] Différents modèles de gestion du refroidissement secondaire ont déjà été proposés.
Ils utilisent tous la vitesse de coulée comme paramètre actif pour le calcul des débits
d'eau, mais peuvent se répartir en différents groupes suivant la méthode adoptée :
on trouve notamment un premier groupe de modèles selon lesquels on détermine les débits
d'eau dans les différentes zones d'arrosage en fonction uniquement de la vitesse de
coulée instantanée (modèles ne tenant compte que du présent). Ces modèles sont en
général mal adaptés à la coulée de brames pour tôles fortes, par exemple ils ne permettent
généralement pas, lors de brusques ralentissements de la coulée, de maintenir la température
de surface de la brame hors de la zone de mauvaise forgeabilité de la nuance coulée.
[0006] Dans un deuxième groupe de modèles, on détermine ces débits d'eau en fonction d'une
vitesse moyenne définie à partir de l'histoire passée et présente de la vitesse de
coulée (modèles tenant compte du passé et du présent).
[0007] Ces modèles sont donc basés sur :
1. La définition d'un paramètre caractérisant dans chaque zone d'arrosage l'histoire
passée et présente du produit coulé. Dans la plupart des cas, il s'agira de l'âge
moyen des éléments de produit présents à chaque instant dans une zone déterminée ;
l'âge d'un élément de produit est défini comme le temps passé par cet élément dans
la machine depuis sa création en lingotière (le produit étant, pour les besoins du
modèle, virtuellement considéré comme une suite de tronçons élémentaires ou "éléments").
2. Le choix d'une courbe d'arrosage basée sur des critères métallurgiques et indiquant
pour chaque zone le débit d'eau à pulvériser en fonction de la valeur du paramètre
précédemment décrit.
[0008] Ils sont caractérisés par une répartition d'eau non constante entre les différentes
zones, et la nécessité d'utiliser un ordinateur par suite des nombreux calculs à effectuer
pour déterminer, à intervalles de temps réguliers, l'âge moyen des éléments dans les
différentes zones.
[0009] Les différents modèles de ce groupe se différencient entre eux par le choix des courbes
d'arrosage et les critères de refroidissement auxquels elles obéissent, et la méthode
de calcul de l'âge moyen.
[0010] On se reportera en particulier à la demande de brevet français n° 80/05592 (FCB)
ou au modèle décrit par J. FAusSAL dans une publication de la Revue de Métallurgie
- Juin 1978, p. 404-415, et dont l'organigramme en vue de l'écriture du programme
informatique est donné dans les trois dernières pages du présent mémoire.
[0011] Les courbes d'arrosage sont choisies pour réaliser au mieux les objectifs du refroidissement,
en particulier maintenir la température de surface dans la zone de décrintrage au-dessus
de la poche de mauvaise forgeabilité du produit coulé (à savoir au-dessus de 900 °C
environ en règle générale) pour éviter la formation de criques transversales sur l'intrados.
[0012] Les systèmes de gestion du refroidissement secondaire, même les plus perfectionnés,
ont encore des difficultés à attein- dre à coup sûr cet objectif, en raison des importants
régimes transitoires propres à la coulée continue, comme le changement de nuance d'acier,
le remplacement du répartiteur ou plus simplement les démarrages et fins de coulées.
[0013] Ceci est d'autant plus vrai que les dernières zones de refroidissement sont très
limitées en plage de réglage du refroidissement. En général, d'ailleurs, la dernière
zone juste en amont du point de décintrage est souvent démunie de moyens de refroidissement.
Aussi, en cas de variations sensibles de la vitesse, on ne peut plus faire grand chose
pour corriger le profil thermique de la partie du produit située dans ces zones terminales.
Ceci n'est pas très grave, si la transition consiste en une augmentation de la vitesse,
car, dans ce cas, la température augmente. Mais il ne faut pas aller trop loin dans
cette voie, en raison des risques de gonflement ou de découpe du produit sur coeur
liquide.
[0014] Par contre, la gravité peut être systématique en cas de ralentissement (ou arrêt)
du produit, car, dans ce cas, la température chute irrésistiblement et peut se retrouver
dans la région de mauvaise forgeabilité et ceci même si on stoppe le refroidissement,
par le simple jeu de la perte par rayonnement.
[0015] Le but de l'invention est de proposer un procédé de réglage du refroidissement qui
soit exempt des inconvénients mentionnés.
[0016] Ce but est atteint, dans le cadre d'un procédé du type précité en tête de ce mémoire,
du fait que l'on prend en compte non seulement les vitesses présentes et passées du
produit mais également sa vitesse future de façon à compenser par anticipation un
changement de la température du produit dans la zone de décintrage dû à une modification
prévue ou prévisible de sa vitesse.
[0017] De façon plus spécifique, le refroidissement secondaire étant géré par un système
de régulation paramétré sur la vitesse de coulée réelle du produit, on compense par
anticipation le changement de température au point de décintrage en introduisant temporairement
dans le système de régulation à la place de la vitesse réelle une vitesse fictive
comprise entre la vitesse actuelle et la vitesse future dont on veut compenser les
effets sur la température.
[0018] Autrement dit, on introduit un "leurre" dans le système de régulation.
[0019] L'invention repose en partie sur l'analyse des situations rencontrées dans le processus
de coulée continue, cette analyse montrant qu'environ 90 % des événements sont prévisibles
: on peut ainsi prévoir un changement du panier répartiteur, ou un retard d'alimentation
avec, par exemple, une demi-heure d'avance. On peut donc intervenir par anticipation
et compenser le refroidissement ultérieur du produit dans la zone finale suite au
ralentissement, par une surchauffe préalable (par rapport au régime normal) grâce
à un abaissement par anticipation du régime de refroidissement.
[0020] L'invention sera mieux comprise grâce à la description qui va en être faite et se
référant aux dessins annexés sur lesquels :
- la figure 1 est un graphique des profils de vitesse de coulée réelle ou factice,
- la figure 2 est un graphique de l'évolution de température en fonction de la progression
d'un élément donné du produit, dans trois cas respectivement idéal, modifié par un
événement, et corrigé par anticipation selon l'invention,
- la figure 3 est un graphique de l'évolution de température du produit au niveau
du décintrage pour les éléments successifs qui y parviennent.
[0021] Sur la figure 1 est représentée l'évolution de la vitesse de coulée V en fonction
du temps t. La courbe pleine représente la vitesse réelle de coulée : la vitesse reste
constante un certain temps (partie a), puis, un événement, par exemple un changement
de répartiteur, impose une modification de vitesse, selon un profil b, allant jusqu'à
l'arrêt éventuel de la coulée.
[0022] Alors que dans le système de régulation connu on prend cette vitesse réelle comme
paramètre de, régulation, selon l'invention on introduit dans le système régulateur
une consigne factice anticipée, telle que c, d ou e selon le degré d'anticipation
choisi ou possible. Les événements ne sont en effet pas tous prévisibles avec la même
avance. De plus, quand bien même ils sont prévisibles avec une grande avance, on n'anticipe
pas obligatoirement leur venue avec l'avance totale : en règle générale (mais non
critique) on adopte l'anticipation maximale compatible avec l'ensemble des contraintes
métallurgiques de la coulée. C'est ainsi qu'on évite une anticipation trop grande
qui peut entraîner une température au-delà du seuil acceptable à la surface du produit
au niveau du décintrage ou le long du produit.
[0023] Le profil de vitesse anticipé n'est pas nécessairement identique au profil réel de
vitesse au moment de l'événement, d'autant que, si l'événement est en lui-même prévisible,
le profil exact de vitesse n'est pas obligatoirement connu avec exactitude à l'avance,
et ce, d'autant plus que l'on maîtrise en général assez mal en pratique les chutes
de vitesse.
[0024] La figure 2 représente en fonction de la position L d'un élément du produit coulé
sur la hauteur métallurgique, l'évolution de la température T dudit élément. La courbe
discontinue f représente le profil idéal de température où l'on voit la température
décroître depuis la température maximale à la sortie de la lingotière jusqu'à la température
correspondant au seuil de forgeabilité M, généralement autour de 900 °C au niveau
de la zone de décintrage N.
[0025] La courbe & représente le profil de la température lors d'un événement caractérisé
par une chute de vitesse de coulée. Cet événement perturbe la régulation et fait descendre
la température de surface au-dessous du seuil de forgeabilité, notamment au niveau
de la zone de décrintrage. Ce problème intervient notamment du fait que la régulation
de chaleur s'opère assez bien pour l'acier liquide, mais se maîtrise plus difficilement
pour l'acier solide, donc, essentiellement au niveau des derniers éléments, en-dessous
du puits liquide du produit.
[0026] La courbe h représente la courbe de température obtenue grâce à l'invention, où,
ayant introduit dans le système de gestion de la régulation, un profil de vitesse
factice anticipé, il a été possible de maintenir le profil de température au-dessus
du seuil de forgeabilité M.
[0027] La figure 3 représente la courbe d'évolution de la température de surface au niveau
de la zone de décintrage, pour des éléments sortis de la lingotière à des instants
S. On a représenté quatre courbes : la courbe w correspond à l'évolution constante
dans un système classique de gestion de la régulation paramétré sur la courbe de vitesse
réelle ab ; les courbes x, y, z correspondent à l'évolution constatée dans le cadre
de l'invention en anticipant l'événement selon les profils de vitesse respectifs c,
d, e de la figure 1.
[0028] Si l'on fixe par exemple à 1000 °C le seuil de mauvaise forgeabilité (représenté
par la ligne k), on voit que le changement de répartiteur entraîne chaque courbe w,
x, y. z en-dessous dudit seuil, à partir du point A. Mais alors que pour un système
classique, la courbe w ne remonte au-dessus du seuil qu'au point
B, pour la régulation conforme à l'invention selon la courbe z, on se trouve au-dessus
du seuil dès le point C, situé à mi-distance environ entre A et B. Autrement dit,
grâce à la régulation z, on divise sensiblement par deux la longueur du produit coulé
atteignant le décintrage à une température en-dessous du seuil de bonne forgeabilité.
[0029] La réalisation du programme d'ordinateur pour la mise en oeuvre de l'invention ne
posera aucune difficulté majeure à partir de l'enseignement contenu dans la publication
mentionnée au début et de l'organigramme donné dans les pages suivantes et qu'il suffira
de compléter en insérant une procédure d'anticipation définissant une vitesse fictive
de coulée qui permet d'intervenir sur le refroidissement du produit avant que l'événement
perturbateur ne se produise réellement.