[0001] La présente invention se rapporte aux spectromètres de masse, quel que soit leur
type (à thermoionisation, à gaz, ...), et concerne plus particulièrement la luminosité
du secteur magnétique et la possibilité de multicollection, c'est-à-dire la possibilité
de placer simultanément plusieurs collecteurs d'analyse dans le plan image du spectromètre.
[0002] Pour un encombrement donné du secteur magnétique d'un spectromètre de masse, la luminosité
du secteur magnétique est limitée, pour une résolution donnée, par les aberrations
d'ouverture du secteur magnétique. Il est connu de réduire et même d'annuler ces aberrations
d'ouverture par un choix convenable des rayons de courbure des faces d'entrée et de
sortie du secteur magnétique, mais il en résulte généralement une augmentation de
l'angle d'inclinaison du plan image par rapport à la normale à l'axe optique de sortie
du secteur magnétique ; cet angle pouvant alors attein- dre une valeur importante
(80° et plus) une analyse en multicollection n'est plus possible car les différents
collecteurs relatifs aux différentes masses, doivent être placés dans le plan image
sans que les collecteurs les plus proches du secteur magnétique fassent écran devant
ceux qui en sont les plus éloignés ; et, même quand c'est possible, des problèmes
de rebonds d'électrons et d'électrons secondaires faussent l'analyse. Il est également
connu d'employer des spectromètres comportant un sextupole d'entrée et un sextupole
de sortie et d'annuler les aberrations d'ouverture en réglant l'excitation du sextupole
d'entrée ou la courbure de la face d'entrée du secteur magnétique et la courbure de
la face de sortie du secteur magnétique ou l'excitation du sextupole de sortie et
en gardant fixes les deux autres paramètres ; dans de tels sextupoles il est également
connu d'annuler l'angle d'inclinaison du plan image en modifiant les distances échantillon-secteur
magnétique et secteur magnétique-plan image, mais ce réglage perturbe complètement
un réglage qui aurait été fait pour annuler les aberrations d'ouverture et ces dernières
peuvent être importantes au moment où l'inclinaison du plan image est réduite à zéro.
[0003] La présente invention a pour but d'éviter ces inconvénients et de permettre une analyse
en multicollection dans un spectromètre de masse dont les aberrations d'ouverture
sont corrigées dans le plan radial et dont le plan image est redressé normalement
à l'axe optique de sortie.
[0004] Ceci est obtenu grâce à un spectromètre comportant au moins un sextupole entre son
secteur magnétique et son plan image.
[0005] Selon l'invention, un spectromètre de masse comportant, en série sur son axe optique,
un secteur magnétique, un sextupole de sortie, un plan image, est caractérisé en ce
que le coefficient de couplage k du sextupole et les rayons de courbure, RI, R2, des
faces d'entrée et de sortie du secteur magnétique ont des valeurs telles que, simultanément,
les coefficients d'aberration A et B, relatifs aux décalages dans le plan radial,
dus aux aberrations dans le plan radial et dans le plan axial, soient inférieurs à
1 en valeur absolue, et l'angle d'inclinaison du plan image soit inférieur à 10° en
valeur absolue.
[0006] L'invention sera mieux comprise et d'autres caractéristiques apparaîtront à l'aide
de la description ci-après et des figures s'y rapportant qui représentent :
- la figure 1, un spectromètre selon l'invention,
- la figure 2, un schéma relatif aux aberrations dans un spectromètre,
- la figure 3 une vue plus détaillée de l'un des éléments de la figure 1.
[0007] Sur les différentes figures les mêmes éléments sont désignés par les mêmes références.
[0008] La figure 1 est une vue schématique d'un spectromètre de masse à thermoionisation
selon l'invention. Ce spectromètre comporte en série :
- un filament, 1, sur lequel est déposé l'échantillon à analyser,
- une optique, dite de transfert, 2, schématisée par deux lentilles successives,
- un écran à fente, 3, déterminant ce qui est communément appelé une fente-source,
et dont le point central de la fente est repéré H,
- un premier sextupole 4,
- un secteur magnétique, 5, pour dévier les ions issus de la fente et provenant de
l'échantillon,
- un second sextupole, 6,
- et un ensemble, 7, de trois collecteurs d'ions disposés dans le plan image P du
spectromètre.
[0009] Sur la figure 1, il a été indiqué :
- l'axe optique XX du spectromètre, avec sa courbure, de rayon R et son angle de déviation
a, dus au secteur magnétique 5,
- les longueurs LI et L2 des sextupoles 4 et 6 ainsi que leurs diamètres Dl, D2,
- la distance L3 entre la fente-source 3 et le sextupole 4,
- la distance L4 entre le sextupole 4 et la face d'entrée du secteur magnétique
- la distance L5 entre la face de sortie du secteur magnétique et le sextupole 6,
- la distance L6 entre le sextupole 6 et le plan image P,
- les rayons de courbure RI et R2 et les angles d'inclinaison bl, b2 des faces d'entrée
et de sortie du secteur magnétique 5,
- l'angle d'inclinaison, i, du plan image P ainsi que le point J où l'axe optique
XX couple le plan image.
[0010] Le spectromètre selon la figure 1 se distingue des spectromètres classiques par la
présence à la fois des courbures des faces d'entrée et de sortie du secteur magnétique
et des deux sextupoles 4 et 6 dont les rôles vont être indiqués dans ce qui suit.
[0011] Dans un spectromètre de masse la sensibilité résulte, en particulier, de la luminosité
du secteur magnétique. Or la luminosité est limitée principalement par les aberrations
d'ouverture dans le plan radial, c'est-à-dire dans le plan de la figure 1.
[0012] La figure 2 est un schéma géométrique relatif aux aberrations d'ouverture dans un
spectromètre. Le secteur magnétique de rayon R de la figure 1 donne, avec certains
ions, du point H (point de l'axe optique situé au niveau de l'écran) une image située,
dans le plan image, en J . Cette image est entâchée d'une aberration d'ouverture dont
la largeur dans le plan radial est
R.A. a
2 + R.
B. β
2 le terme R.A. a correspond au fait qu'un rayon issu du point H, contenu dans le plan
radial et faisant un angle a avec l'axe optique, ne passe pas par le point J après
avoir traversé le secteur magnétique mais reste dans le plan radial et coupe l'axe
Jy (Jy perpendiculaire à l'axe optique dans le plan radial) à une distance R.A. α
2 de J ; quant au terme R.B. β
2 il correspond au fait qu'un rayon issu du point H, contenu, à la sortie de la fente-source,
dans le plan axial (plan, ou plus exactement surface courbe, perpendiculaire au plan
radial, qu'il coupe selon l'axe optique) et faisant un angle Il avec l'axe optique,
n'est pas contenu, après le secteur magnétique, dans le plan axial : la projection,
parallèlement à Jz , de l'intersection de ce rayon avec le plan Jyz coupe l'axe Jy
à une distance RB β
2de J.
[0013] Comme cela a été indiqué précédemment, en choisissant pour les faces d'entrée et
de sortie du secteur magnétique 5 des rayons de courbure R1, R2 et des angles d'inclinaison
convenables, il est connu d'annuler les aberrations d'ouverture en a
2 et 132 mais cela peut conduire à une augmentation importante de l'angle i (figure
1) d'inclinaison du plan image P. Cela rend difficile, voire impossible, une analyse
en multicollection.
[0014] Le spectromètre selon la figure 1 permet de corriger simultanément les aberrations
d'ouverture définies par les coefficients A et B dont il a été question à l'occasion
de la description de la figure 2, et l'angle d'inclinaison i du plan image P habituellement
défini, dans la littérature spécialisée, par un coefficient I.
[0015] Ces deux aberrations et cette inclinaison peuvent, comme le prouve l'expérience,
être corrigées par des champs de type sextupolaire. Du fait que trois coefficients,
A, B, I, sont à corriger, trois degrés de liberté, au moins, et donc trois dispositifs
sextupolaires sont nécessaires. Ces trois dispositifs peuvent être constitués par
les courbures des faces d'entrée et de sortie du secteur magnétique et par un sextupole
électrostatique ou magnétique (6, figure 1) qui doit être placé dans une zone où il
y a dispersion du faisceau d'ions à analyser, c'est-à-dire après le secteur magnétique
; un sextupole supplémentaire (4, figure 1) peut également être disposé avant le secteur
magnétique, de manière à donner un degré de liberté de plus et donc plus de souplesse
lors de la mise au point du spectromètre. Il est également possible de prendre comme
dispositifs sextupolaires les sextupoles 4 et 6 de la figure 1 ainsi que la courbure
de la face de sortie du secteur magnétique et de prendre une face d'entrée plane (RI
infini) pour le secteur magnétique ; mais pour une fabrication industrielle il sera,
en général, préférable de prendre, comme dispositifs sextupolaires, les courbures
des faces d'entrée et de sortie du secteur magnétique et un sextupole disposé après
le secteur magnétique.
[0016] L'étude des coefficients A, B, I, relatifs à la figure 1, par la théorie des matrices
de transfert du deuxième ordre, montre que ces coefficients peuvent s'écrire :



R R où
C1 =

et C
2 =

, où k
1 et k
2 sont les coefficients d'excitation des sextupoles (représentatifs des tensions d'excitation
des sextupoles 4 et 6, avec k =

, où r =

, =

étant le rayon du cercle tangent r o intérieurement aux barreaux du sextupole, où
V
e = V = tension d'excitation du sextupole, où V
o = charge des ions) et où A
o, A
1, A
2 , A
3, A
4, B
o, B
2, B
4, I
o, I
2, 14 sont des coefficients dépendant des paramètres géométriques du spectromètre.
Ces coefficients sont obtenus par décomposition de la matrice de transfert du deuxième
ordre du système optique ainsi constitué ; cette matrice de transfert est celle qui
est obtenue par multiplication des matrices de transfert des différents constituants
(secteur magnétique, sextupoles, espaces L3, L4, L5, L6 entre les éléments) ; ces
matrices se trouvent dans la littérature spécialisée (par exemple : K.L. BROWN "A
First- and Second-Order Matrix Theory for the Design of Beam Transport Systems and
Charged Particle Spectrometers". Advances in Particle Physics, vol.l, pages 71-134,
1967).
[0017] Dans l'exemple décrit la solution du système de trois équations



a été recherchée sans le sextupole d'entrée, 4, en faisant varier C
1, C2 et K
2.
[0018] Avec un spectromètre présentant les caractéristiques géométriques ci-après (comparer
avec la figure 1) :

dans lequel l'entrefer du secteur magnétique 5 a une hauteur de 15 mm tandis que les
six barreaux du sextupole 6 (voir figure 3) ont un diamètre de 15 mm et dans lequel
l'énergie cinétique des ions V est de 4500 eV, le choix ci-après

a donné

les valeurs de A et B sont relatives à un système de mesure où les angles sont exprimés
en radians.
[0019] Il est à noter que, en pratique, des conditions de fonctionnement parfaitement satisfaisantes
du spectromètre sont atteintes dès que A et B sont inférieures à 1 et que i est inférieur
à 10°.
[0020] La tension optimale d'excitation du sextupole correspondant à l'annulation de A est
comprise entre 11,4 et 11,5 volts ; l'ajustement optimal a été effectué en étudiant
la forme des pics d'analyse. Dans ces conditions le coefficient B n'était pas tout
à fait nul : B = - 0,3 ; pour rendre B nul il aurait fallu reprendre le réglage des
rayons de courbure des faces d'entrée et de sortie du secteur magnétique mais cela
n'a pas été nécessaire étant donné que la faible valeur de B conduit à des élargissements
de raie négligeables, inférieurs à 10
-2 mm pour R = 200 mm et β=10
-2 radians.
[0021] Au sujet du réglage, pendant l'expérimentation, des rayons de courbure RI et R2,
il est à noter qu'il s'est fait en utilisant des pièces amovibles, localisées (voir
figure 1) entre la face d'entrée concave du secteur magnétique et un plan M et entre
un plan N et la face de sortie convexe du secteur magnétique. Quand aux autres caractéristiques
géométriques du spectromètre et en particulier les angles bl et b2, elles ont été
choisies en fonction de l'expérience acquise antérieurement sur les spectromètres.
[0022] La figure 3 montre comment est réalisé le sextupole 6 dont il a été question dans
la description de la figure 1. Ce sextupole comporte six barreaux métalliques, cylindriques,
60 à 65, régulièrement disposés autour de l'axe optique XX, avec leur axe principal,
non représenté, parallèle à l'axe optique ; les barreaux 60, 62, 64 sont réunis, par
des entretoises métalliques situées au tiers de leur longueur, à une couronne métallique
66 portée au potentiel +V ; de même les barreaux 61, 63, 65 sont réunis, par des entretoises
métalliques situées aux deux tiers de leur longueur, à une couronne métallique 67
portée au potentiel -V. Les pièces isolantes qui réunissent les couronnes 66 et 67
pour faire du sextupole un ensemble rigide, n'ont pas été représentées afin de mieux
faire apparaître la façon dont sont réunis, par deux groupes de trois, les barreaux
60-66.
[0023] La présente invention n'est pas limitée à l'exemple décrit ; elle s'applique en particulier
aussi bien à l'utilisation de sextupoles électrostatiques qu'à celle de sextupoles
magnétiques ; elle s'applique également à l'utilisation de plusieurs sextupoles disposés
derrière le secteur magnétique (entre le secteur magnétique et le plan image) et même
à l'utilisation de plusieurs sextupoles disposés devant le secteur magnétique. Il
est à noter que les sextupoles amènent également, par leur forme et leur position
sur l'axe optique XX, d'autres paramètres de réglage du spectromètre mais ce sont
là des paramètres qu'il est bien plus difficile de modifier que les tensions d'excitation
du sextupole.
[0024] La présente invention s'applique également à des spectromètres de masse utilisant,
en plus du secteur magnétique considéré dans la description ci-avant, un ou plusieurs
secteurs électrostatiques et/ou magnétiques ; elle sert à corriger les aberrations
d'ouverture et l'angle d'inclinaison du plan image.
1. Spectromètre de masse comportant, en série sur son axe optique, un secteur magnétique
(5), un sextupole de sortie (6), un plan image (P), caractérisé en ce que le coefficient
de couplage k du sextupole et les rayons de courbure, RI, R2, des faces d'entrée et
de sortie du secteur magnétique ont des valeurs telles que, simultanément, les coefficients
d'aberration A et B, relatifs aux décalages dans le plan radial, dus aux aberrations
dans le plan radial et dans le plan axial, soient inférieurs à 1 en valeur absolue,
et l'angle d'inclinaison (i) du plan image soit inférieur à 10° en valeur absolue.
2. Spectromètre de masse comportant, en série sur son axe optique, un sextupole d'entrée
(4), un secteur magnétique (5), un sextupole de sortie (6), un plan image (P), caractérisé
en ce que les coefficients de couplage kl, k2 des sextupoles d'entrée et de sortie
et les rayons de courbure, RI, R2, des faces d'entrée et de sortie du secteur magnétique
ont des valeurs telles que, simultanément, les coefficients d'aberration A et B, relatifs
aux décalages dans le plan radial du spectromètre, dus aux aberrations dans le plan
radial et dans le plan axial du spectromètre, soient inférieurs à 1 en valeur absolue,
et l'angle d'inclinaison (i) du plan image soit inférieur à 10° en valeur absolue.