[0001] La présente invention a pour objet un procédé de fabrication de poudres métalliques,
notamment de poudres ultra-fines, à partir d'un matériau métallique en fusion.
[0002] Par "poudres métalliques", on entend des poudres constituées par des particules solides
soit d'un métal unique tel que le fer, le zinc, le magnésium, etc..., soit d'un alliage
métallique par exemple un alliage magnésium-zinc, soit encore d'un composé métallique,
par exemple oxyde de zinc, nitrure de magnésium, etc...
[0003] Par "matériau nétallique" on entend, soit un métal pur, soit un alliage de deux ou
plusieurs métaux.
[0004] Parmi les procédés connus jusqu'à présent selon lesquels on cherche, soit à obtenir
des poudres métalliques ultra-fines à partir d'un bain métallique (métal pur ou alliage),
soit à éliminer sélectivement un ou plusieurs métaux sous forme de particules solides
à partir d'un mélange de métaux en fusion, on peut citer le procédé décrit dans le
brevet français n° 78.26.648 du 18 septembre 1978, au nom du demandeur. Ce procédé
met en oeuvre le principe de la transformation en particules solides de la vapeur
d'un matériau métallique en fusion par abaissement de la température de ladite vapeur.
Il consiste à déverser sur le bain métallique, porté à une température telle que sa
tension de vapeur soit d'au moins 1 mm de mercure, un fluide cryogénique en phase
liquide, à évacuer hors de l'enceinte le fluide cryogénique qui contient, en suspension,
les particules solides formées, à séparer ces dernières dudit fluide et à les collecter
pour obtenir la poudre précitée. Selon ce procédé, l'emploi d'un fluide cryogénique
en phase liquide permet un refroidissement très rapide des vapeurs métalliques provenant
du bain et leur passage direct de l'état gazeux à l'état solide.
[0005] Le procédé, décrit dans le brevet n° 78.26.648, présente l'avantage de permettre
d'obtenir, soit à partir d'un métal pur, soit à partir d'alliages, des particules
solides ayant une forme régulière et une granulométrie faible (de 100A à 2000A). Toutefois,
ce procédé présente l'inconvénient de n'être utilisable que pour l'obtention de poudres
de métaux dont la tension de vapeur correspond à des températures de moyenne importance.
Par exemple, avec des métaux volatils tels que le plomb, le zinc, le magnésium, il
suffit de fondre le métal à des températures inférieures à 1000° C. Par contre, avec
des métaux moins volatils tels que le fer, le nickel, le cobalt, il est nécessaire
d'atteindre des températures de fusion supérieures à 2300° C. Or, les matériaux constituant
généralement les creusets de fusion de métaux n'ont pas une tenue mécanique suffisante
pour résister à des températures supérieures à 2000°C.
[0006] L'invention a justement pour objet un procédé qui pallie les inconvénients rappelés
ci-dessus et permet d'obtenir des poudres d'éléments dont la tension de vapeur correspond
à des températures très importantes.
[0007] Le procédé de fabrication de poudre métallique conforme à l'invention consiste à
mettre en contact avec un fluide cryogénique en phase liquide, dans une enceinte de
traitement fermée, un matériau métallique, chauffé à une température telle que sa
tension de vapeur soit d'au moins 1mm de mercure, à évacuer hors de l'enceinte le
fluide cryogénique qui contient, en suspension, les particules solides formées, à
séparer ces dernières dudit fluide, et à les collecter pour obtenir la poudre métallique
précitée. Il se caractérise en ce que, par induction de courant de haute fréquence,
on chauffe et on maintient en lévitation dans le liquide cryogénique ledit matériau
métallique.
[0008] Comme on le sait, le principe de la fusion en lévitation est de placer une pièce
métallique dans un inducteur de forme convenable parcouru par des courants de haute
fréquence. Selon le principe de la fusion en lévitation, l'interaction entre le champ
magnétique et les courants induits dans la pièce métallique permet à celle-ci de flotter,
de léviter, sans aucun contact avec un support matériel. Ainsi, le fait que, conformément
à l'invention, on chauffe le matériau métallique par fusion en lévitation permet de
pouvoir le porter sans problème à des températures supérieures à 2000° C et d'obtenir,
grâce à la mise en contact avec le liquide cryogénique, des particules solides à partir
de métaux qui ne sont volatils qu'à des températures très élevées.
[0009] D'autre part, lorsqu'on maintient, selon l'invention, le matériau métallique en fusion
dans le liquide cryogénique, ce dernier, séparé dudit matériau par une couche gazeuse
en raison du phénomène de caléfaction, se réchauffe au voisinage du matériau métallique
en fusion ; les vapeurs froides ainsi formées condensent les vapeurs métalliques provenant
du matériau et les transforment immédiatement en particules solides qui sont entraînées
vers le haut par les vapeurs restantes du liquide cryogénique. Il en résulte un déplacement
de l'équilibre métal liquide - métal vapeur qui entraîne l'aspiration d'autres vapeurs
métalliques qui sont immédiatement condensées sous forme de particules solides et
entraînées vers le haut.
[0010] Selon l'invention, on maintient l'enceinte de traitement, soit à la pression atmosphérique,
soit à une pression supérieure à la pression atmosphérique. Le fait de travailler
à une pression supérieure à la pression atmosphérique permet d'augmenter la vitesse
de production des poudres métalliques. En effet, lorsqu'on utilise une pression de
travail plus grande, la couche gazeuse, entourant et séparant le matériau métallique
en fusion du liquide cryogénique, est moins épaisse : ainsi, les vapeurs froides du
liquide cryogénique refroidissent plus rapidement les vapeurs métalliques et, en conséquence,
le phénomène d'aspiration décrit ci-dessus est plus rapide.
[0011] De plus, comme, conformément à l'invention, le métal est chauffé en lévitation, il
est soumis à un brassage provoqué par les courants de circulation dus à l'interaction
entre champ magnétique et courants induits au sein dudit métal ; ceci accroît et renouvelle
les échanges thermiques avec le liquide cryogénique.
[0012] Selon une caractéristique de l'invention, dans le cas où l'en désire fabriquer des
poudres d'un métal unique ou des poudres d'alliage métallique, le fluide cryogénique
utilisé est un fluide inerte chimiquement vis-à-vis du matériau métallique, tel que
l'azote, l'argon, l'hélium. Pour fabriquer des poudres d'alliage métallique, le matériau
métallique de départ peut :
- soit être constitué par un mélange de métaux qui ont sensiblement la même tension
de vapeur (par exemple un mélange fer-nickel),
- soit être constitué par un mélange de métaux dont la composition est telle qu'elle
compense la différence entre les tensions de vapeur des métaux purs le constituant
(par exemple, en partant d'un mélange fer-manganèse à faible concentration en manganèse,
on
peut obtenir une poudre fer-manganèse à 20 % de manganèse du fait que le manganèse
est beaucoup plus volatil que le fer).
[0013] Selon une autre caractéristique de l'invention, dans le cas où l'on désire fabriquer
des poudres de composés métalliques tels que oxydes, nitrures, hydrures, le fluide
cryogénique utilisé est un fluide chimiquement actif choisi en fonction du composé
désiré.
[0014] Les caractéristiques et avantages de l'invention apparaîtront à la lecture de la
description qui suit en référence à la figure jointe qui représente schématiquenent,
à titre d'exemple, une installation de mise en oeuvre d'un mode de réalisation du
procédé considéré.
[0015] L'installation représentée à la figure jointe comporte une enceinte de traitement
1 en quartz, fermée, donc isolée de l'atmosphère ambiante, munie d'un conduit 2 d'alimentation
en liquide cryogénique et munie à sa partie supérieure d'une conduite d'évacuation
3 qui débouche dans un récipient de récupération 4. Un dispositif de fusion en lévitation,
dont seules les spires 5 de l'inducteur sont représentées, est placé au voisinage
de la partie inférieure de l'enceinte 3 ; l'inducteur utilisé est un inducteur de
type connu, constitué d'un enroulement conique de quelques spires (tubes de cuivre
refroidis par un courant d'eau) surmonté d'une ou deux spires se développant en sens
inverse.
[0016] On introduit de l'argon liquide par le conduit 2 à un débit suffisant pour qu'en
permanence le bain d'argon liquide 6 remplisse à peu près la moitié de l'enceinte
1 afin que le matériau métallique 7, chauffé en lévitation, soit constamment immergé
dans ledit bain 6. On contrôle le niveau du bain d'argon liquide 6 grâce à un détecteur
de niveau 8.
[0017] Lorsque le matériau métallique 7 atteint une température supérieure à 2000° C, il
se forme dans le bain d'argon 6 une suspension de particules métalliques. Les vapeurs
d'argon qui se forment entraînent ces particules métalliques dans la conduite d'évacuation
3 et les amènent dans le récipient de récupération 4.
[0018] Le récipient 4 contient un liquide organique 9, inerte chimiquement vis-à-vis du
métal constituant les particules, tel qu'un hydrocarbure, par exemple l'hexane, et
la conduite 3 plonge dans ledit liquide 9. Il y a barbotage de l'argon gazeux contenant
les particules dans l'hexane ; l'argon gazeux est évacué par un conduit 10 débouchant
dans la partie supérieure du récipient 4 et les particules métalliques restent en
suspension dans l'hexane qui joue ensuite le rôle de liquide de conditionnement.
[0019] Pour éviter un problème de congélation éventuelle de l'hexane, un ruban 11, comportant
des résistances chauffantes alimentées par un générateur électrique 12, est enroulé
sur une partie de la conduite 3.
[0020] Lorsque l'on souhaite interrompre la production de poudres, on arrête le chauffage
par induction, ce qui supprime le phénomène de lévitation. C'est pourquoi, pour éviter
que le matériau 7 surchauffé n'endommage l'enceinte en quartz 1, on place dans le
fond de cette dernière un creuset 13 en alumine.
[0021] Bien entendu, on peut disposer plusieurs récipients de récupération contenant de
l'hexane, soit en parallèle si on a un fort débit d'argon gazeux qui risque de nuire
à la régularité du barbotage, soit en série si on désire éliminer complètement les
poudres de l'argon gazeux.
[0022] D'autre part, on a décrit ci-dessus un mode de récupération des poudres formées par
barbotage dans un liquide organique, ledit liquide organique remplissant ensuite le
rôle d'une réserve desdites poudres les contenant en suspension. On peut tout aussi
bien collecter les poudres par filtrage, gravité, etc...
[0023] L'invention s'applique avantageusement à la fabrication de poudres métalliques ultra-fines
à partir de métaux peu volatils, ces poudres pouvant être constituées soit d'un métal
unique, soit d'un alliage métallique, soit d'un composé métallique ; elle peut également
s'appliquer à l'élimination sélective d'un ou plusieurs métaux sous forme de poudre
à partir d'un mélange de métaux en fusion.
1. - Procédé de fabrication d'une poudre métallique par abaissement de la température
de la vapeur d'un matériau métallique en fusion entraînant la transformation de ladite
vapeur en particules solides, selon lequel on met en contact avec un fluide cryogénique
en phase liquide, dans une enceinte de traitement fermée, un matériau métallique chauffé
à une température telle que sa tension de vapeur soit d'au moins 1mm de mercure, on
évacue hors de l'enceinte le fluide cryogénique qui contient, en suspension, les particules
solides formées, on sépare ces dernières dudit fluide, et on les collecte pour obtenir
la poudre métallique précitée, caractérisé en ce que, par induction de courant de
haute fréquence, on chauffe et en maintient en lévitation dans le liquide cryogénique
ledit matériau métallique.
2. - Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce qu'on introduit le fluide
cryogénique et on l'évacue de ladite enceinte de façon continue.
3. - Procédé selon l'une des revendications 1 ou 2, caractérisé en ce qu'on évacue
le fluide cryogénique de ladite enceinte en phase gazeuse.
4. - Procédé selon l'une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce qu'on sépare
les particules solides du fluide cryogénique et on les collecte par barbotage dans
un liquide.
5. - Procédé selon la revendication 4, caractérisé en ce que le liquide de barbotage
est un liquide inerte chimiquement vis-à-vis du métal constituant lesdites particules.
6. - Procédé selon la revendication 5, caractérisé en ce que le liquide de barbotage
est un liquide organique, tel que l'hexane.
7. - Procédé selon l'une des revendications 1 à 6, caractérisé en ce que le matériau
métallique est un métal pur ou sensiblement pur.
8. - Procédé selon l'une des revendications 1 à 6, caractérisé en ce que le matériau
métallique est un alliage de deux ou plusieurs métaux.
9. - Procédé selon l'une des revendications 1 à 6, caractérisé en ce que le fluide
cryogénique est un fluide inerte chimiquement vis-à-vis du matériau métallique tel
que l'azote, l'argon, l'hélium.
10. - Procédé selon l'une des revendications 1 à 8, caractérisé en ce que le fluide
cryogénique est un fluide chimiquement actif.
11. - Procédé selon l'une des revendications 1 à 10, caractérisé en ce que l'on maintient
l'enceinte de traitement à une pression égale à la pression atmosphérique.
12. - Procédé selon l'une des revendications 1 à 10, caractérisé en ce que l'on maintient
l'enceinte de traitement à une pression supérieure à la pression atmosphérique.
13. - Réserve de poudre métallique, de granulométrie d'environ 100 A à environ 2000
A, caractérisée en ce qu'elle est constituée par une suspension desdites poudres dans
un liquide organique.
14. - Réserve de poudre métallique selon la revendication 13, caractérisée en ce que
ledit liquide est un hydrocarbure liquide.
15. - Réserve de poudre métallique selon la revendication 14, caractérisée en ce que
ledit hydrocarbure est constitué par de l'hexane.