[0001] L'invention concerne un procédé de blanchiment de pâte mécanique par le peroxyde
d'hydrogène.
[0002] Le blanchiment d'une pâte papetière mécanique consiste à éliminer les groupements
colores de la pâte par oxydation ou par réduction de ces groupements, sans solubiliser
les constituants du bois dans la liqueur de blanchiment. Cette opération est réalisée
industriellement par le peroxyde d'hydrogène H
2O
2 (P) ou l'hydrosulfite de sodium ou de zinc.
[0003] L'utilisation du peroxyde d'hydrogène (P) permet d'atteindre des niveaux de blancheur
supérieure à ceux obtenus avec l'hydrosulfite. Elle s'est donc généralisée, là où
l'objectif est de préparer des pâtes de blancheur 80 (norme ISO). Dans ce cas, le
blanchiment est réalisé, soit en un seul stade avec du peroxyde d'hydrogène, soit
en deux stades, le premier stade étant un traitement au peroxyde d'hydrogène et le
second un traitement à l'hydrosulfite. Dans les conditions optimales d'utilisation
du peroxyde d'hydrogène, le milieu est rendu alcalin par addition de soude caustique.
Dans ce milieu, le peroxyde d'hydrogène se décompose rapidement en oxygène avec formation
transitoire d'espèces radicalaires inopérantes dans le processus de blanchiment. Cette
décomposition est catalysée par les cations des métaux de transition présents dans
la pâte. Il en résulte une perte en peroxyde d'hydrogène, présent dans ce milieu sous
la forme de l'anion HOO
-, et donc une diminution de l'efficacité du blanchiment. Dans la pratique, la solution
alcaline de peroxyde d'hydrogène est stabilisée par addition de silicate de sodium,
de sel de magnésium et souvent de sequestrants des cations métalliques. Malgré ces
précautions, la décomposition du peroxyde n'est pas totalement supprimée et l'on estime
à 10 % environ la quantité de peroxyde ainsi perdue.
[0004] On a également proposé d'utiliser l'oxygène en tant qu'agent de blanchiment des pâtes
chimiques. Contrairement au blanchiment des pâtes mécaniques, le blanchiment des pâtes
chimiques consiste à dissoudre la lignine résiduelle (délignification), afin d'obtenir
des pâtes cellulosiques exemptes de lignine. Il ne s'agit donc plus d'effectuer un
traitement modéré sur les groupements colorés de la pâte, mais de dépolymériser et
de dissoudre les macromolécules portant ces groupements colorés.
[0005] On a aussi suggéré d'utiliser l'oxygène carme agent de cuisson de certaines plantes
annuelles. Dans cette application, l'oxygène sert à dissoudre la lignine du végétal
dans le but d'obtenir une pâte chimique.
[0006] En revanche, l'oxygène n'est pas un agent de blanchiment des pâtes mécaniques. D'ailleurs,
D.H. ANDREWS et R.P. SINGH indiquent dans l'ouvrage intitulé "The bleaching of pulp",
éditeur TAPPI Press (1979), page 215, que l'oxygène en milieu alcalin provoque un
jaunissement de la pâte mécanique, ce qui est conforme à ce que l'on sait de la chimie
de la lignine en présence d'oxygène.
[0007] Il a été démontré qu'au cours du traitement des végétaux ou des pâtes chimiques par
l'oxygène, la dissolution de la lignine s'accompagnait de la formation de petites
quantités de peroxyde d'hydrogène. On ne sait pratiquement rien de la participation
du peroxyde d'hydrogène ainsi formé dans le mécanisme du blanchiment à l'oxygène des
pâtes chimiques. Sans doute a-t-il lui aussi une action propre dans le blanchiment
de la pâte chimique ainsi traitée. C'est la raison pour laquelle il a été proposé
dans les procédés de délignification à l'oxygène, qu'il s'agisse de la cuisson des
végétaux ou du blanchiment des pâtes chimiques, d'introduire du peroxyde d'hydrogène
dans la liqueur. L'efficacité de la délignification s'en trouve améliorée. Il ressort
donc de ces travaux que le peroxyde d'hydrogène peut renforcer l'action délignifiante
de l'oxygène.
[0008] Contrairement à l'enseignement de l'art antérieur exposé ci-dessus, l'oxygène est
capable de renforcer l'action blanchissante du peroxyde d'hydrogène dans le blanchiment
des pâtes mécaniques, que les deux réactifs soient utilisés en séquence ou simultanément.
[0009] Le procédé de blanchiment de pâte mécanique par le peroxyde d'hydrogène conforme
à l'invention se caractérise en ce que, préalablement ou simultanément audit traitement
peroxyde, la pâte mécanique est soumise à une pression d'oxygène.
[0010] Dans la suite du texte, par "pression d'oxygène", on entend aussi bien l'utilisation
de l'oxygène à pression atmosphérique que sous pression, celle-ci pouvant atteindre
quelques bars. L'action de l'oxygène peut donc s'exercer, soit à partir d'oxygène
atmosphérique qui alors agit sur la pâte, notamment par balayage ou lèchage, soit
à partir d'oxygène sous pression, par exemple celle exercée sous l'effet de la hauteur
d'une colonne de pâte dans une tour ascendante de blanchiment.
[0011] Il est tout à fait inattendu que l'oxygène puisse être utilisé comme agent de blanchiment
puisque, comme on l'a vu dans le préambule, l'oxygène utilisé seul en milieu alcalin
n'a aucune action blanchissante sur une pâte mécanique.
[0012] Dans une première forme de réalisation de l'invention, on réalise le blanchiment
de la pâte mécanique par un peroxyde d'hydrogène dans les conditions industrielles
habituelles, c'est-à-dire en milieu alcalin en présence d'agents stabilisants qui
peuvent être le silicate de sodium, le sulfate de magnésium, les complexants habituellement
utilisés comme les sels de sodium de l'acide diéthylenetriaminopentacétique, à température
inférieure à 100°C sous atmosphère d'oxygène. Dans cette forme de réalisation, la
pâte mécanique contenant les agents de blanchiment peut être mélangée avec de l'oxygène
gazeux dans un mélangeur approprié avant d'être envoyé dans la tour de blanchiment,
ascendante de préférence.
[0013] Dans, une variante, la pâte contenant des produits de blanchiment est envoyée dans
une tour contenant de l'oxygène ou dans tout autre type de réacteur contenant de l'oxygène
et où se déroulera ou se poursuivra le blanchiment de la pâte. Il s'agit donc d'un
procédé qui sera dénommé P/0 (séquence : peroxyde d'hydrogène/oxygène) selon la codification
usuelle internationalement admise.
[0014] Dans une deuxième forme de réalisation, la pâte mécanique rendue alcaline par addition
de soude ou de silicate, est mélangée avec de l'oxygène, puis laissée ainsi sous pression
d'oxygène à une température inférieure à 100°C pendant le temps nécessaire, qui ne
devrait pas excéder quatre heures. Cette opération s'effectue dans un réacteur approprié
qui peut être une tour. On additionne ensuite les réactifs du blanchiment proprement
dit, notamment le peroxyde d'hydrogène. Enfin, on place la pâte dans les conditions
habituelles de blanchiment au peroxyde d'hydrogène. Ce procédé sera donc référencé
0 P selon la codification admise.
[0015] D'autres combinaisons sont envisageables, par exemple la combinaison O P/0 dans lequel
le deuxième stade de traitement est réalisé également sous atmosphère d'oxygène.
[0016] Il va de soi qu'il peut être également utile d'effectuer dans le procédé selon l'invention
des stades de lavage et/ou de pressage et de réaliser des recyclages partiels d'effluents
contenant du peroxyde résiduel ou des produits d'oxydation de la pâte par l'oxygène
ou le peroxyde d'hydrogène.
[0017] Avantageusement, en pratique :
- l'oxygène est utilisé, soit à pression atmosphérique, soit sous pression gazeuse;
- la pression d'oxygène est inférieure à cinq bars et est notamment comprise entre
deux et trois bars, ce qui permet d'utiliser des appareillages usuels; le procédé
ne fait donc pas appel à un investissement coûteux;
- lorsque la pression d'oxygène est appliquée, le pH de la pâte est compris entre
neuf et douze, et de préférence entre dix et onze, c'est-à-dire entre les chiffres
usuellement appliqués pour le blanchirent des pâtes mécaniques;
- de même, lorsque cette pression d'oxygène est appliquée, la température est comprise
entre 40 et 100°C, et de préférence 50 à 60°C; en effet, si la température excède
100°C, l'oxygène risque de délignifier la pâte;
- la consistance de la pâte est comprise entre 8 et 30 %, et de préférence entre 10
et 20 %;
- enfin, la liqueur de blanchiment au peroxyde d'hydrogène est une liqueur conventionnelle
comprenant outre le peroxyde d'hydrogène, du silicate de sodium, et autres agents
séquestrants habituellement utilisés.
[0018] La manière dont l'invention peut être réalisée et les avantages qui en découlent
ressortiront mieux des exemples de réalisation qui suivent donnés à titre indicatif
et non limitatif.
[0019] Dans ces exemples, à l'exception de l'exemple 4,chaque fois, on soumet l'échantillon
de la pâte à deux essais, à savoir :
- le premier essai (essais 1, 3 et 5) à un traitement classique au peroxyde (P);
- puis ensuite, à un traitement selon l'invention (essais 2, 4, 6), c'est-à-dire (P/0
ou OP).
[0020] Dans tous ces exemples, on utilise une pâte mécanique de meule de sapin épicéa ayant
une blancheur écrue de 56 % mesurée selon la norme ISO sur l'appareil Elrepho.
Exemple 1 :
[0021] Dans ce premier essai (essai n° 1), la pâte est blanchie en un seul stade par une
liqueur alcaline de peroxyde d'hydrogène dans les conditions suivantes (les taux de
réactif étant exprimés en poids de produit pur par rapport au poids de pâte compté
en sec) :

[0022] Pour ce faire, la pâte et la liqueur alcaline sont introduites dans une enceinte
à la température de traitement. Après ce traitement, la pâte est lavée. Son degré
de blancheur est de 72,2 %. La consommation de peroxyde d'hydrogène est de l, 75 %.
[0023] Cet essai 1 correspond à la séquence P.
[0024] Dans un deuxième essai (essai n° 2), la même pâte mécanique écrue est traitée par
l'oxygène dans les conditions suivantes :

[0025] Après ce traitement à l'oxygène (0), la pâte est lavée, puis est traitée par la liqueur
contenant du peroxyde d'hydrogène (P) et ce, dans les mêmes conditions que dans l'essai
1. La blancheur obtenue est de 73,2 %. Cela représente un gain de 1 point par rapport
à l'essai n°l. La consommation du peroxyde d'hydrogène est de 1, 5 %, soit inférieure
de 0,25 % à celle du premier essai.
[0026] Cet essai n° 2 correspond donc à la séquence OP.
Exemple 2 :
[0027] La même pâte que précédemment est traitée par la liqueur alcaline de peroxyde d'hydrogène
de l'exemple 1 dans un autoclave métallique plongé dans le thermofluide d'un réacteur
rotatif de laboratoire (essai n° 3). Les conditions de traitement sont identiques
à celles de l'essai n° 1. Après cette séquence P, la blancheur obtenue est de 70,6
%, probablement du-fait d'un malaxage insuffisant.
[0028] On reprend le même essai en soumettant la pâte à une pression d'oxygène de 3 bars
et ce, pendant tout le long du traitement par le peroxyde d'hydrogène (essai n° 4).
La blancheur obtenue après ce traitement P/O, est de 72,3 %, soit un gain de 1,7 points
par rapport à l'essai 3, dans lequel on n'a pas introduit d'oxygène.
Exemple 3 :
[0029] La même pâte mécanique de sapin épicéa que précédemment est traitée cette fois dans
un réacteur horizontal agité intérieurement par des palettes fixées sur un arbre rotatif
horizontal (essai 5) par la même liqueur alcaline de peroxyde d'hydrogène et ce, dans
les conditions de l'essai n° 1. Après traitement (P), la blancheur est nettement améliorée
puisqu'elle passe à 74 %.
[0030] On reprend ensuite le même essai en soumettant cette fois la pâte à une pression
d'oxygène de 2 bars tout au long du traitement par le peroxyde d'hydrogène (essai
6). Après ce traitement P/O, la blancheur obtenue est de 75,2 %, soit un gain de 1,2
points par rapport à l'essai n° 5 qui ne comprend pas d'oxygène.
Exemple 4 :
[0031] La même pâte mécanique écrue de sapin épicéa, c'est-à-dire de blancheur 56 % est
traitée par une liqueur alcaline sous une pression d'oxygène de 3 bars. Cette liqueur
ne contient pas de peroxyde d'hydrogène. Les conditions de traitement sont identiques
à celles de l'essai n° 4, c'est-à-dire avec utilisation d'un autoclave métallique.
On soumet donc la pâte à une pression de 3 bars d'oxygène pendant toute la durée du
traitement. Après ce traitement 0, la blancheur obtenue est de 54, 5 % contre 72,3
% selon l'invention.
Exemple 5 :
[0032] Dans cet exenple, on traite, conformément au procédé selon l'invention, la même pâte
mécanique de sapin épicéa que dans les autres exemples dans une tour montante schématisée
à la figure unique annexée d'usage courant pour le blanchiment en papeterie.
[0033] Dans cette figure, la référence (1) désigne la pâte qui est envoyée au mélangeur
(2) où elle reçoit simultanément de l'oxygène (3) et du peroxyde d'hydrogène (4) amené
dans le mélangeur (2) par la vanne trois voies (5).
[0034] Le mélange pâteux réalisé est envoyé dans la conduite (6) pour arriver à la tour
montante (7) où ce mélange pâte et réactifs séjourne le temps nécessaire pour la réaction.
La pâte blanchie est récupérée en (8).
[0035] La hauteur de la colonne de pâte dans la tour (7) assure une pression d'oxygène suffisante.
[0036] Ces résultats montrent bien que dans le procédé selon l'invention, l'oxygène n'est
pas en soi un agent de blanchiment de pâte mécanique (voir exemple 4), mais qu'en
revanche, la combinaison de l'oxygène avec le peroxyde d'hydrogène agissant soit simultanément
ou préalablement, renforce le pouvoir blanchissant du peroxyde d'hydrogêne.
[0037] De la sorte, le procédé selon l'invention peut être utilisé avec succès pour le blanchiment
des pâtes mécaniques.
1. Procédé de blanchiment de pâte mécanique par le peroxyde d'hydrogène, caractérisé
en ce que préalablement ou simultanément audit traitement peroxyde, la pâte mécanique
est soumise à une pression d'oxygène.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que le traitement à l'oxygène
est effectué à la pression atmosphérique.
3. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que le traitement à l'oxygène
est effectué avec de l'oxygène gazeux sous pression.
4. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que la pression d'oxygène est
inférieure à 5 bars, et de préférence comprise entre 2 et 3 bars.
5. Procédé selon l'une des revendications 1 et 4, caractérisé en ce que, lorsque la
pression d'oxygène est appliquée, le pH de la pâte est ccnpris entre 9 et 12, et de
préférence entre 10 et 11.
6. Procédé selon l'une des revendications 1 à 5, caractérisé en ce que, lorsque la
pression d'oxygène est appliquée, la température est comprise entre 40 et 100°C, et
de préférence entre 50 et 70°C.
7. Procédé selon l'une des revendications 1 à 6, caractérisé en ce que la consistance
de la pâte mécanique traitée est comprise entre 8 et 30 %, et de préférence entre
10 et 20 %.
8. Procédé selon l'une des revendications 1 à 7, caractérisé en ce que la liqueur
de blanchiment au peroxyde d'hydrogène est une liqueur conventionnelle contenant,
outre le peroxyde d'hydrogène, de la soude, du silicate de sodium, et des agents séquestrants
usuels.
9. Pâte mécanique blanchie par un procédé selon l'une des revendications 1 à 8.