[0001] L'invention concerne un procédé de trifluoro(ou chlorodifluoro ou dichlorofluoro)méthylation
de substrats électrophiles non électroactifs. En particulier, l'invention a pour objet
la préparation de dérivés organiques trifluoro (ou chlorodifluoro ou dichlorofluoro)
méthylés, utiles notamment comme intermédiaires de synthèse.
[0002] On connaît déjà plusieurs procédés pour introduire un groupe trifluorométhyle, mais
ces procédés font en général appel à des produits difficiles d'accès et/ou doivent
être réalisés en présence de catalyseurs et/ou de réducteurs chimiques. Ainsi, par
exemple, la réaction de trifluorométhylation peut être effectuée par voie radicalaire
à partir de CF
3l en initiant la réaction par élévation de la température ou par irradiation par les
rayons U.V.(J.. Chem. Soc. 1953, p. 1199 ; brevets US 3 016 406 et 3 016 407); cependant,
cette méthode n'a pas encore été industrialisée car l'accès à l'iodure de trifluorométhyle
à partir du fluorure de trifluoroacétyle suivant le schéma:

est difficile et onéreux.
[0003] Ont également été proposés comme agents de trifiuorométhylation des composés complexes
tels que

(UMEMOTO et al., Toyo Soda Kenkyu Hokoku 1983, 27(2), 69-73 et CA 100 : 67911 z) ou
CH
3Si-N=N-CF
3 (HARTKOPF et al., Angew. Chem. 1982, 94(6),444 ou CA 97 : 127170 p).
[0004] La trifluorométhylation d'oléfines a par ailleurs été effectuée par oxydation électrochimique
de l'anion trifluoroacétate selon un mécanisme radicalaire, comme décrit par BROOKES
et. al (J. Chem. Soc. Chem. Commun. 1974, 323) et RENAUD et al. (Can. J. Chem. 53,
1975, 529).
[0005] La réaction de trifluorométhylation peut également être effectuée à partir de CF
3l ou de CF3Br en présence de réducteurs et/ou d'activateurs. Ainsi, ISHIKAWA (Chemistry
Letters 1984, 517-520) utilise des réducteurs à base de zinc et des catalyseurs à
base de sels de nickel ou de palladium complexés avec des phosphines ; l'emploi de
zinc, générateur d'effluents pollués, rend cette technique peu attractive industriellement.
[0006] Il a maintenant été trouvé que les composés de formule :

dans laquelle x est éfal à 0,1 ou 2, peuvent être réduits directement par voie électrochimique
et qu'on obtient ainsi de façon simple (sans réducteur chimique comme le zinc) et
à partir de composés facilement accessibles, une source commode d'anions Cl
xF
3-xC
⊝conduisant à des réactions d'addition nucléophile en présence de substrats électrophiles
non électroactifs.
[0007] La présente invention a donc pour objet un procédé de préparation de dérivés organiques
trifluoro (ou chlorodifluoro ou dichlorofluoro) méthylés, caractérisé en ce que l'on
réduit par voie électrochimique un composé de formule (I) en présence d'un substrat
électrophile non électroactif et d'un électrolyte support dans un solvant aprotique.
[0008] Par substrat électrophile non électroactif, on entend ici tout composé organique
attracteur d'électrons qui dans les conditions opératoires présente un potentiel de
réduction plus négatif que le potentiel auquel est effectuée l'opération. Comme exemples
de tels susbstrats, on peut mentionner plus particulièrement le dioxyde de carbone,
des aldéhydes tels que le formaldéhyde et l'acétaldéhyde, des cétones telles que l'acétone
et la benzophénone, et des oléfines activées (c'est-à-dire comportant au moins un
groupe électroattracteur) telles que l'alcool allylique et l'acrylate de méthyle.
[0009] Pourvu qu'il ait un potentiel de réduction plus négatif que celui auquel est effectuée
l'opération et qu'il soit suffisamment soluble dans le milieu, l'électrolyte support
dont le rôle est d'assurer le passage du courant peut être choisi parmi tous les sels
minéraux ou organiques connus à cet effet (cf. par exemple, Organic Electrochemistry
par M.M. BAIZER, 1973, p. 227-230) et, plus spécialement, parmi les bromures, chlorures,
perchlorates ou arylsulfonates de métaux alcalins (de préférence lithium) ou de tétraalkylammonium
(radicaux alkyle en C, à C4). La quantité d'électrolyte support dans le solvant aprotique
peut aller de 0,01 mole/litre jusqu'à la saturation ; de préférence, on utilise l'électrolyte
support à une concentration de 0,1 à 1 mole par litre de solvant aprotique.
[0010] Conformément à la présente invention, la réaction peut être réalisée dans tout solvant
aprotique ou mélange de tels solvants pourvu que sa limite cathodique soit inférieure
au potentiel de réduction du composé (I). On préfère cependant le choisir parmi les
amides comme le diméthylformamide (DMF), le diméthylacétamide - (DMA), la N-méthylpyrrolidone
(NMP) ou l'he- xaméthylphosphorotriamide (HMPT), les sulfoxydes comme le diméthylsulfoxyde
(DMSO), les nitriles comme l'acétonitrile (ACN) et les éthers comme le tétrahydrofuranne
(THF). Comme autres exemples de solvants aprotiques, on peut citer la pyridine, le
nitrométhane, le nitrobenzène, le carbonate de propylène, le diméthoxy-1,2 éthane,
le chlorure de méthylène, le tétrahydrothiophène-dioxyde.
[0011] Dans le procédé selon l'invention, la cathode qui constitue l'électrode de travail
peut être une électrode en carbone, graphite, platine, nickel, or, plomb ou mercure.
L'anode peut être identique à l'électrode de travail, mais peut aussi être constituée
de tout matériau usuel pour électrode dans la mesure où il est inerte dans les conditions
réactionnelles.
[0012] La réduction électrochimique selon la présente invention peut être effectuée dans
les différents types de cellules habituels. Bien qu'on puisse opérer dans une cellule
à un seul compartiment, on préfère conduire l'opération dans une cellule à deux compartiments
pour éviter la libre circulation entre la cathode et l'anode ; le séparateur est en
général réalisé en une matière inerte, par exemple en porcelaine, verre fritté ou
membrane échangeuse d'ions.
[0013] L'opération peut être conduite selon un contrôle potentiostatique ou intensiostatique
et est de préférence réalisée au potentiel de réduction du composé de formule (I)
dans les conditions opératoires, ce potentiel pouvant être déterminé de façon connue
en soi par polarographie ou par voltamétrie cyclique.
[0014] Le domaine de températures auxquelles peut être effectuée la réduction électrochimique
selon l'invention peut varier dans de larges limites selon la nature des substrats
et solvants mis en oeuvre. En général, on opère aTune température pouvant aller de
-15°C jusqu'au point d'ébullition du solvant aprotique ou même à une température plus
élevée en opérant sous pression (de 0 à 50 bars). Cependant, on préfère opérer à une
température comprise entre 0 et 80°C.
[0015] Le rapport molaire : substrat électrophile/composé de formule (I) peut varier entre
1 et 20 et est avantageusement compris entre 3 et 10. On opère de préférence à saturation
du milieu réactionnel en composé de formule (I), cette saturation pouvant éventuellement
être maintenue en cours d'opération par addition continue ou discontinue de composé
(I).
[0016] L'isolement du produit formé peut être réalisé par tout méthode conventionnelle,
en particulier par extraction liquide-liquide et/ou par distillation, etc...
[0017] Les exemples suivants qui illustrent l'invention sans la limiter, ont été réalisés
en utilisant comme cellule d'électrolyse à compartiments séparés un réacteur en verre
de 1 litre, muni d'un dispositif de reflux, d'un système d'agitation énergique, d'une
double enveloppe et des tubulures nécessaires à l'introduction des réactifs. Sauf
indication contraire, on a travaillé avec une cathode en graphite (plaque rectangulaire
de 30 cm
2) et une anode en platine - (disque de 10 cm
2), en utilisant comme séparateur une membrane perfluorée NAFION® commercialisée par
la Société DU PONT DE NEMOURS et en contrôlant le potentiel d'électrolyse avec une
électrode de référence au calomel saturé (ECS).
EXEMPLE 1
[0018] Dans le compartiment anodique de la cellule, on introduit comme anolyte 40 ml d'une
solution à 0,1 mole/litre de LiClO
4 dans le DMF. D'autre part, dans le compartiment cathodique, on introduit comme catholyte
550 ml d'une solution contenant 0,055 mole de LiClO
4 et 0,55 mole d'acétaldéhyde dans le DMF. On ferme le réacteur, met en route l'agitation
et porte à 3°C par circulation d'un mélange eauglycol (rapport pondéral 2/1) dans
la double enveloppe du réacteur, puis on sature le catholyte en bromo-trifluorométhane.
[0019] On met sous tension et maintient pendant 5 heures sous une densité de courant cathodique
de 1 A/dm
2, tout en introduisant 2,2 NI/h de CF
3Br par barbotage dans le catholyte. Le potentiel d'électrolyse est de -2,00 volts/ECS.
[0020] L'électrolyse terminée, on hydrolyse la solution réactionnelle en milieu acide (HCI,
pH 1), neutralise avec de l'hydroxyde de sodium et ajoute du chlorure de sodium jusqu'à
saturation. On extrait ensuite à l'éther éthylique et sèche sur sulfate de sodium.
Après évaporation de l'éther et distillation, on obtient le triffuoro-1,1,1 propanol-2
(PEb. 78°C) dont la structure a été identifiée par RMN et par spectrographie de masse
couplée à la chromatographie en phase gazeuse.
[0021] Le rendement en courant, c'est-à-dire le rapport : masse de produit identifié apr
analyse/masse théorique, est de 35 %.
EXEMPLE 2
[0022] On utilise comme substrat électrophile le dioxyde de carbone et opère dans les conditions
suivantes :
. Potentiel d'électrolyse : -1,9 volts/ECS
. Densité de courant : 0,1 A/dm2
. Température : 20°C
. Durée : 6 heures
. Anolyte : 40 ml d'une solution à 0,15 mole/1 de LiCl dans le DMF.
. Catholyte : 550 ml d'une solution à 0,15 mole/1 de LiCl dans le DMF. Avant le démarrage
de l'électrolyse, cette solution est saturée en CF3Br et en CO2 ; on ajoute ensuite au cours de l'opération 2,2 Nl/h de CF3Br et 2,2 Nl/h de C02 (rapport molaire = 1).
[0023] La solution réactionnelle est ensuite hydrolysée en milieu acide, puis soumise à
distillation. L'azéotrope eau-acide trifluoroacétique passe à 105,5°C à pression atmosphérique.
[0024] On obtient ainsi, avec un rendement en courant de 52 %, l'acide trifluoroacétique
dont la structure a été identifiée par RMN du
19F.
EXEMPLES 3 à 9
[0025] Le tableau suivant résume sept opérations réalisées en opérant comme à l'exemple
1 avec d'autres solvant, d'autres électrolytes et/ou d'autres substrats. L'abréviation
TBAB désigne le bromure de tétrabutylammonium. A l'exception de la température indiquée
dans la cinquième colonne du tableau et de l'exemple 3 pour lequel on a utilisé comme
cathode une plaque rectangulaire de platine (30cm
2), les autres conditions opératoires sont les mêmes qu'à l'exemple 1. Les produits
ont tous été identifiés par RMN.

1. Procédé de préparation de dérivés organique trifluoro (ou chlorodifluoro ou dichlorofluoro)
méthylés, caractérisé en ce que l'on réduit par voie électrochimique un composé de
formule :

dans laquelle x est égal à 0, 1 ou 2, en présence d'un substrat électrophile, non
électroactif au potentiel de réduction du composé (I), et d'un électrolyte support
dans un solvant aprotique.
2. Procédé selon la revendication 1, dans lequel le composé de formule (I) est le
bromotrifluo- rométhane.
3. Procédé selon la revendication 1 ou 2, dans lequel le substrat électrophile non
électroactif est le dioxyde de carbone, un aldéhyde, une cétone ou une oléfine activée.
4. Procédé selon l'une des revendications 1 à 3, dans lequel l'électrolyte support
est un sel de lithium ou de tétralkylammonium.
5. Procédé selon l'une des revendications 1 à 4, dans lequel le solvant aprotique
est choisi parmi les amides, les sulfoxydes, les nitriles, les éthers et leurs mélanges.
6. Procédé selon l'une des revendications 1 à 5, dans lequel la cathode est en carbone,
graphite, platine, nickel, or, plomb ou mercure.
7. Procédé selon l'une des revendications 1 à 6, dans lequel la cathode et l'anode
sont séparées par une membrane échangeuse d'ions, de la porcelaine ou du verre fritté.
8. Procédé selon l'une des revendications 1 à 7, dans lequel on opère à une température
de 0 à 80°C.
9. Procédé selon l'une des revendications 1 à 8, dans lequel la quantité d'électrolyte
support dans le solvant aprotique va de 0,01 mole /litre jusqu'à la saturation et
est de préférence comprise entre 0,1 à 1 mole/litre.
10. Procédé selon l'une des revendications 1 à 9, dans lequel le rapport molaire:
substrat électrophile/composé de formule (1) est compris entre 1 et 20, de préférence
entre 3 et 10.
11. Procédé selon l'une des revendications 1 à 10, dans lequel le milieu réactionnel
est saturé en composé de formule (1).