[0001] La présente invention est relative à des cylindres forgés pour laminage à froid et
plus particulièrement des cylindres de travail destinés au laminage du fer et des
aciers, des métaux non ferreux et de leurs alliages à des températures inférieures
ou égales à 100
*, et, éventuellement, des cylindres d'appui utilisés dans les laminoirs multicylindres.
[0002] Pour assurer une excellente tenue en service au moindre coût, les cylindres de travail
doivent présenter en l'état d'utilisation un certain nombre de" caractéristiques :
1 - Une dureté superficielle élevée comprise entre 90 et 105 Shore C selon les produits
à laminer.
2 - Une forte épaisseur de la couche trempée qui permettra de limiter ou même d'éliminer
les retraitements éventuellement nécessaires au maintien de la dureté désirée sur
toute l'épaisseur donnée d'utilisation du cylindre.
3 - Une grande résistance à l'usure par l'abrasion.
4 - Une teneur contrôlée de l'austénite résiduelle de la couche trempée ; des teneurs
trop élevées en austénite résiduelle étant nuisibles en favorisant la fissuration
sous contrainte en service.
5 - Une structure dendritique des couches superficielles suffisamment homogène pour
éviter un phénomène de gravage extrêmement fin du feuillard auquel les professionnels
donnent le nom de "peau de crapaud", "peau d'orange", ....
[0003] Un grand nombre de ces caractéristiques peut être réglé par un choix judicieux des
conditions de fabrication des cylindres de laminoirs à froid et tout particulièrement
des opérations de traitement thermique : revenu permettant d'ajuster la dureté de
la.table, mode de trempe classique avec chauffage à une température > AC3 de la totalité
du cylindre lors de l'austénitisation, trempe superficielle après chauffage à une
température > AC3 uniquement d'une couche d'épaisseur relativement faible, conditions
de refroidissement plus ou moins bien ajustées.
[0004] Néanmoins, le choix de la nuance reste primordial en vue de permettre l'optimisation
des caractéristiques exigées au moindre coût.
[0005] Les nuances actuellement utilisées pour les, cylindres de travail pour laminage à
froid en acier forgé trempé à l'eau comportent de 0,8 à 0, 9 1 de carbone, de 1,8
à 3,0 Z de chrome ainsi que d'autres éléments d'alliages et sont illustrées par la
nuance classique 83 CDV7 qui a justement une teneur suffisamment élevée en carbone
pour permettre d'obtenir les hauts niveaux de dureté exigés, les teneurs en Cr, Mo,
V sont suffisantes pour avoir une trempabilité correcte et la formation de nombreux
carbures assurant la bonne résistance à l'usure. Avec des traitements de chauffage
classique suivis d'une trempe à l'eau énergique, on peut ainsi facilement obtenir
une dureté superficielle de 103 Shore C, une profondeur de couche trempée à dureté
≥ 85 Schore C de 15 mm, sur des cylindres de diamètre de table de 550 à 650 mm.
[0006] Avec une trempe superficielle après chauffage par induction à la fréquence de 50
Hz on obtient des duretés superficielles analogues avec toutefois une couche trempée
de plus grande profondeur 22 mm environ.
[0007] Cependant pour exploiter totalement l'épaisseur utile de la table, de telles profondeurs
de trempe nécessitent au minimum deux retraitements.
[0008] Ces retraitements sont coûteux, aussi de nombreux fabricants ont cherché à améliorer
la trempabilité de l'acier pour obtenir des couches trempées épaisses de 30 mm environ,
limitant alors le nombre de retraitements à une seule opération.
[0009] Afin d'accroitre cette épaisseur on s'est orienté vers des aciers plus fortement
alliés ayant des teneurs en Cr allant jusqu'à 3 X et en Mo jusqu'à 0,5 %. Outre que
ces éléments d'alliage sont coûteux, l'augmentation de leur teneur présente le grave
inconvénient d'engendrer un taux d'austénite résiduelle indésirable après la trempe
martensitique.
[0010] On peut remédier à des taux d'austénite résiduelle élevés par un traitement après
trempe consistant à plonger le cylindre dans l'azote liquide (traitement subzéro),
mais ces traitements sont délicats et coûteux.
[0011] Enfin l'augmentation de la teneur en éléments d'alliage Cr, Mo, V amène la formation
d'une structure de bandes et d'une structure dendritique néfastes à la qualité de
surface des produits laminés.
[0012] La présente invention vise à remédier à ces inconvénients, tout en permettant d'obtenir
des cylindres forgés possédant une grande épaisseur de couche trempée.
[0013] Elle a aussi pour objet un cylindre forgé pour laminage à froid réalisé en acier
faiblement allié, caractérisé en ce qu'il présente la composition pondérale suivante
:
C : 0,76 à 0,92 ; Mn : 0,70 à 1,40 ; Si : 0,70 à 1,40; S ≤ 0.020 ; P ≤ 0,025 ; Ni
≤ 0,60 ; Cr : 1,50 à 2,20 ; Mo : 0,15 à 0,55 ; V : 0,08 à 0,25 ; Cu ≤ 0,50 ; le reste
étant du fer et des impuretés accidentelles.
[0014] La caractéristique essentielle de l'invention réside dans la teneur en Si qui provoque
en association avec le Mn un effet de synergie sur la trempabilité pour un acier à
faible teneur en élément d'alliage et en particulier Mo.
[0015] Les travaux de Jatezack et Gérardi dans les articles ci-après :
Multiplying factors of the calculation of Hardenability of Hypereutectoid steels Hardened
from 1700° F. C.F. Jatezack and D.J. Girardi transaction of ASM 1959
- 51 p 335 ; et
Hardenability of high carbon steel C.F. Jatezack and D.J. Girardi Metallurgical transaction
- vol 4 Oct 73 p 2267 ;
décrivent l'influence des éléments d'alliages sur la trempabilité des aciers hypereutectoides,
et caractérisent la trempabilité des différentes nuances par la distance à l'extrémité
trempée du point Jominy où la dureté est 63 HRC, sur éprouvettes Jominy austéni- tisées
à des températures comprises entre ACm + 50 et Acm + 100.
[0016] La structure correspondant à la dureté de 63 HRC est presque totalement martensitique
avec au maximum 10 % de bainite, de sorte que le critère adopté est tout à fait représentatif
des conditions d'utilisation des cylindres.
[0017] Ces travaux mettent en évidence que l'augmentation de trempabilité peut être obtenue
par utilisation de teneurs plus fortes en éléments d'alliage classiques tel que Mn,
Ni, Cr, V, Si et surtout Mo comme indiqué par les graphes des Fig Ia et Ib illustrant
le facteur multiplicatif F sur la distance à l'extrémité trempée en fonction de la
teneur en divers éléments indiqués, pour une structure initiale respectivement normalisée
et recuite.
[0018] Il apparait nettement sur ces graphes que Mo exerce la plus forte action et en particulier
supérieure au Si seul ou même combiné et au Mn.
[0019] Or la demanderesse a découvert que contrairement aux enseignements de ces travaux,
Mo exerce une influence sur la trempabilité présentant un maximum pour des teneurs
relativement faibles.
[0020] Ces résultats sont donnés à la Fig. 2 représentant graphiquement l'influence des
éléments d'addition Mo, Mn et Si sur la trempabilité d'un acier 85 CDV7 ayant subi
un traitement d'austénitisation ACm +, 60
*C. Sur ce graphe est portée en ordonnée la distance Jominy, c'est-à-dire la distance
en mm à l'extrémité d'une éprouvette normalisée (25 mm de diamètre) pour laquelle
la dureté Rockwell C (HRC) est supérieure ou égale à 60.
[0021] Par ailleurs il apparait que Si exerce un effet synergique sur Mo et surtout sur
Mn.
[0022] A titre de comparaison, la Fig. 3 donne une représentation (Dureté en fonction de
la distance D à l'extrémité trempée) des courbes Jominy pour une nuance classique
qui est un acier 85 CDV7 dont les teneurs en Mn sont de 0,25 et Si de 0,42 et pour
une plage d'aciers à nuance selon l'invention.
[0023] L'accroissement de la dureté à 70 mm de 45 HRC à 63 HRC est particulièrement significative.
[0024] De plus la présence de silicium tend à favoriser la formation des carbures, qui est
favorable pour la tenue à l'usure comme l'ont montré les différents tests de laboratoire
utilisés.
[0025] On observe par contre une légère diminution de la teneur en carbone de la matrice
de l'acier et par conséquent du niveau maximum de dureté pouvant être obtenu ; ce
n'est pas un inconvénient car il suffit de jouer sur les conditions du revenu après
trempe entre 100 et 200°C.
[0026] Le silicium augmente en outre la résistance au revenu. Son action ne peut donc qu'être
bénéfique lors des petits incidents de laminage entrainant une élévation de la température
superficielle des cylindres.
[0027] L'absence d'influence significative des additions de Mn et Si sur le taux d'austénite
résiduelle après traitement et sur la ténacité du métal traité au niveau de 64 HRC
a été vérifiée dans le domaine des teneurs choisies. Il en est de même pour la structure
dendritique à la surface des tables. L'addition conjuguée de manganèse et silicium
s'est révélée bénéfique pour la tenue en service du cylindre.
[0028] Les exemples ci-après sont donnés à titre d'illustration de l'invention.
Exemple 1 :
[0029] On réalise un cylindre de travail de diamètre de table 325 mm et de longueur de table
1324 mm à une dureté de table de 760 Vickers, soit 92 Shore C, destiné au laminage
à froid de bobines en acier au silicium.
[0030] Ce cylindre est usiné à partir d'une ébauche forgée dans un lingot d'acier ayant
l'analyse suivante :
C 0,83 - Mn 1,12 - Si 0,89 - S 0,009 - P 0,012 - Ni 0,33 - Cr 1,82 - Mo 0,25 - V 0,11.
[0031] Le traitement final de la table est réalisé par chauffage ,superficiel basse fréquence
(50 Hz) et trempe à l'eau.
[0032] On obtient ainsi une épaisseur de la couche trempée de 28,5 mm.
[0033] A titre de comparaison on réalise un cylindre analogue dans la nuance classique :
C 0,83 - Mn 0,29 - Si 0,33 - S 0,007 - P 0,014 - Ni 0,27 - Cr 1,77 - Mo 0,24 - V 0,11.
[0034] Ce cylindre donne après trempe superficielle basse fréquence une épaisseur de couche
trempée de 20,5 mm.
[0035] On obtient donc grâce à l'invention un accroissement de 40 1 de l'épaisseur de la
couche trempée, dans une nuance moins coûteuse tant au plan des éléments constitutifs
que du procédé de fabrication.
[0036] Les cylindres dans la nuance d'acier selon, la présente invention utilisés dans un
laminoir quarto réversible ont permis de laminer 3690 tonnes au lieu de 3100 tonnes
pour la nuance de comparaison, soit un gain de 19 %.
Exemple 2 :
[0037] On réalise un cylindre de travail pour laminage à froid de tôle de carrosserie automobile
ayant les caractéristiques suivantes :

Analyse du métal :
C 0,86 - Mn 0,96 - Si 1,19 - S 0,004 - P 0,012 - Ni 0.175_ Cr 1.66 - Mo 0,22 - V 0,096.
[0038] Le traitement final de la table est réalisé comme à l'exemple 1.
[0039] Après détensionnement et avant ajustement de la dureté, la dureté superficielle est
de 875 HV.
[0040] La profondeur trempée correspondant à une dureté de 700 HV, soit sensiblement 85
Shore C, est de 29,6 mm.
[0041] L'épaisseur utile des cylindres étant de 27 mm, on peut utiliser la totalité de cette
épaisseur avant mise au rebut sans retraitement par retrempe du cylindre.
[0042] Avec des cylindres en nuance classique 83 CDV 7, analogue à celle de l'exemple 1,
l'épaisseur de la couche trempée, après trempe superficielle basse fréquence, mesurée
dans les mêmes conditions est de 22 mm. Ceci impose un retraitement pour consommer
la totalité de l'épaisseur utile du cylindre.
[0043] Il est évident que pour un cylindre de même caractéristiques géométriques que précédemment,
mais, dont le diamètre de table a été porté à 581 mm et l'épaisseur utile à 50 mm,
la nuance selon la présente invention limite à un retraitement l'utilisation totale
de cette épaisseur, alors qu'il est nécessaire de réaliser deux retraitements avec
la nuance de comparaison.