[0001] La présente invention concerne un procédé pour fabriquer un rail à haute résistance,
ainsi qu'un dispositif pour la mise en oeuvre de ce procédé. Ce procédé comporte un
traitement thermique du rail dès sa sortie du laminoir, c'est-à-dire dans la chaude
de laminage.
[0002] Par suite de la tendence actuelle à l'accroissement des charges et de la vitesse
des convois ferroviaires, les rails sont soumis à des sollicitations de plus en plus
sévères qui requièrent des niveaux de propriétés toujours plus élevés. A cet égard,
il est particulièrement important que les rails présentent une rectitude aussi parfaite
que possible ainsi que des niveaux élevés de résistance à l'usure, de résistance
à la rupture fragile, de ductilité, de résistance à la fatigue et aux chocs, et de
dureté. Enfin, ils doivent encore présenter une soudabilité satisfaisante.
[0003] D'un point de vue économique, il convient encore de maintenir leur prix à un niveau
raisonnable, notamment en évitant ou en limitant le recours à des éléments d'alliages.
[0004] Les propriétés de résistance précitées sont spécialement importantes dans le bourrelet
du rail, car c'est cette partie,et particulièrement sa zone supérieure, qui est soumise
aux sollicitations les plus élevées, notamment en matière d'usure et de chocs.
[0005] On sait que pour présenter les propriétés requises, le bourrelet du rail doit être
constitué de perlite fine exempte de ferrite proeutectoïde et de martensite et contenant
éventuellement un faible pourcentage de bainite, et qu'il convient en outre que le
gradient de dureté dans le bourrelet soit aussi faible que possible.
[0006] Les aciers utilisés pour la fabrication de rails à haute résistance contiennent généralement
de 0,4 % à 0,85 % de carbone, de 0,4 à 1 % de manganèse et de 0,1 % à 0,4 % de silicium,
le reste étant essentiellement du fer.
[0007] Dans une proposition antérieure qui fait l'objet notamment du brevet belge n
o 899.617, le présent Demandeur a décrit un procédé consistant à régler la longueur
de la rampe de refroidissement, la vitesse de défilement du rail et la densité moyenne
des flux calorifiques appliqués au bourrelet, à l'âme et au patin du rail de telle
façon qu'il ne se forme de martensite en aucun point de la section du bourrelet et
que moins de 60 % de la section du bourrelet aient subi la transformation allotropique
austénite-perlite à la sortie de la rampe de refroidissement.
[0008] Ce procédé permet de produire économiquement des rails bien droits, présentant les
propriétés désirées, en particulier une dureté Brinell de l'ordre de 380, avec des
aciers ayant la composition rappelée plus haut.
[0009] Actuellement, ce niveau de dureté n'est cependant plus suffisant dans tous les cas
et les utilisateurs imposent de plus en plus des duretés Brinell d'environ 400.
[0010] Le procédé précité ne permet pas de répondre à cette nouvelle exigence, car il ne
peut pas assurer un refroidissement suffisant pour atteindre la dureté requise sans
former de la martensite.
[0011] On a alors cherché à augmenter la dureté du bourrelet en ajoutant à l'acier des éléments
d'alliage, par exemple de 0,1 % à 0,5 % de chrome et jusqu'à 1 % de silicum.
[0012] Il est cependant apparu qu'une telle addition ne permettait pas d'atteindre le résultat
désiré, c'est-à-dire une dureté Brinell 400 sans formation de martensite dans le bourrelet,
en appliquant le procédé précité. Pour atteindre ce résultat, il faudrait en effet
simultanément réduire fortement l'intensité du refroidissement jusqu'à un niveau
incompatible avec le procédé et le dispositif du brevet belge précité et accroître
dans des proportions importantes la durée du refroidissement. Celle-ci devrait par
exemple être cinq fois plus longue, ce qui entraînerait soit une diminution correspondante
de la vitesse du rail, soit une augmentation de la longueur de la rampe de refroidissement
et par conséquent de l'encombrement de l'installation et des dépenses d'investissement
nécessaires.
[0013] Par ailleurs, il n'est pas souhaitale de réduire fortement la vitesse du rail, car
il en résulterait un séjour trop long de la queue du rail dans l'air et l'apparition
d'un début de transformation allotropique avant le commencement du refroidissement
contrôlé.
[0014] La présente invention propose un procédé permettant de produire des rails à haute
résistance, présentant une dureté Brinell d'environ 400 au moins dans la zone supérieure
du bourrelet, tout en évitant les inconvénients rappelés plus haut.
[0015] Le procédé qui fait l'objet de la présente invention s'applique au rail, immédiatement
après sa sortie du train de laminoir. Il est basé sur une constatation surprenante
faite par le Demandeur, selon laquelle le refoidissement du bourrelet du rail est
influencé dans une mesure appréciable par le régime de refroidissement de l'âme du
rail.
[0016] A cet égard, le Demandeur souhaite préciser ce que l'on entend, dans la pratique,
par l'expression "immediatement après la sortie du rail du train de laminoir". On
sait que le rail sortant du laminoir présente des extrémités de forme irrégulière
qui doivent être coupées; à cet effet, le rail est envoyé à un poste de sciage à chaud
situé entre la sortie proprement dite du laminoir et l'installation de refroidissement
contrôlé. Pendant cette opération de sciage à chaud, le rail subit inévitablement
un certain refroidissement dans l'air, mais pendant une durée insuffisante pour que
la température du rail baisse au point de provoquer un début de transformation allotropique
dans le rail. C'est après ce refroidissement dans l'air que commence le refroidissement
contrôlé qui fait l'objet de l'invention.
[0017] Au cours de ses recherches en vue d'accroître la dureté du bourrelet du rail, le
Demandeur a constaté avec suprise qu'un refroidissement intensif de l'âme du rail,
combiné au refroidissement propre du bourrelet, pouvait entraîner dans celui-ci l'apparitition
d'une structure perlitique favorable ainsi que l'accroissement désiré de la dureté.
[0018] Dans ces conditions, le procédé pour fabriquer un rail à haute résistance, qui fait
l'objet de la présente invention, dans lequel à sa sortie du laminoir à chaud, on
soumet le rail en défilement continu à un refroidissement contrôlé, à partir d'une
température au moins égale au point de transformation A₃ de l'acier, et on refroidit
ensuite le rail jusqu'à la température ambiante, est essentiellement caractérisé
en ce que le dit refroidissement contrôlé consiste simultanément :
(a) à refroidir le bourrelet du rail jusqu'à une température qui n'est pas inférieure
au point Ms de l'acier constituant le rail et à une vitesse inférieure à la vitesse
critique de trempe dudit acier, de telle façon que le bourrelet acquière une structure
perlitique fine;
(b) à refroidir superficiellement l'âme du rail jusqu'à une température égale ou
inférieure audit point Ms de l'acier et à une vitesse supérieure à la vitesse de
refroidissement du bourrelet, de façon à obtenir dans l'âme du rail une couche superficielle
constituée de martensite et/ou de bainite, ledit refroidissement superficiel de
l'âme étant réglé de telle façon qu'à la fin de ce refroidissement, les parties intérieures
de l'âme, non transformées en martensite et/ou en bainite, conservent une quantité
de chaleur suffisante pour assurer, par conduction, un revenu de la couche superficielle
transformée de l'âme au cours dudit refroidissement final;
(c) et à refroidir le patin du rail avec une vitesse proportionnée à la vitesse de
refroidissement de l'âme, afin d'éviter toute différence de déformation thermique
entre l'âme et le patin du rail, de façon à garantir la rectitude du rail.
[0019] Conformément à la présente invention, le refroidissement final jusqu'à la température
ambiante consiste en un séjour du rail dans l'air calme au cours duquel la couche
superficielle de l'âme subit un revenu sous l'action de la chaleur qu'elle soutire,
par conduction, des parties intérieures de l'âme. Egalement par conduction, celles-ci
extraient de la chaleur du bourrelet, refroidi moins intensément que l'âme. Pendant
ce refroidissement final, les parties intérieures de l'âme se transforment en perlite.
[0020] Ce refroidissement complémentaire du bourrelet, conformément au procédé de l'invention,
permet d'atteindre la dureté désirée de 400 Brinell tout en évitant toute formation
de martensite dans le bourrelet.
[0021] Dans le cadre de la présente invention, les intensités de refroidissement seront
exprimées par la densité moyenne de flux calorifique caractérisant ces refroidissements.
Il s'agit de la quantité de chaleur (Joules) extraite du rail par unité de temps (seconde)
et par unité d'aire (m²) de la surface soumise au refroidissement; elle s'exprime
en MJ/s.m² ou MW/m².
[0022] La présente invention sera mieux comprise et d'autres particularités de celle-ci
apparaîtront à la lecture de la description qui va suivre d'un mode de réalisation
préféré, donné à titre d'exemple avec référence aux dessins annexés dans lesquels
la
figure 1 illustre, de façon schématique, les différents refroidissements appliqués
simultanément au rail dans une zone de refroidissement contrôlé, avec indication
des structures résultantes dans l'âme; la
figure 2, fortement simplifiée, une installation de refroidissement contrôlé de rails
à la sortie du laminoir à chaud; et la
figure 3 représente schématiquement le circuit de l'eau de refroidissement dans un
dispositif conforme à la présente invention.
[0023] La figure 1 représente, en coupe transversale, un rail composé d'un bourrelet 1,
d'une âme 2 et d'un patin 3. Au cours du refroidissement contrôlé conforme à l'invention,
les parties constitutives du rail sont soumises à des intensités de refroidissement
respectives φ₁, φ₂ et φ₃, symbolisées par des flèches. La densité moyenne de flux
calorifique du bourrelet, φ₁, assure un refroidissement qui donne lieu à la transformation
perlitique dans le bourrelet 1, sans formation de martensite. Dans l'âme 2, cette
densité moyenne de flux calorifique φ₂ est beaucoup plus élevée que φ₁ et elle donne
lieu à une véritable trempe superficielle de l'âme; il se forme, dans les deux faces
de l'âme 2, des couches superficielles 4 trempées, c'est-à-dire constituées de martensite
et/ou de bainite. Enfin, la densité moyenne de flux calorifique φ₃ dans le patin 3
est proportionnée à φ₂ de façon à éviter toute différence de déformation thermique
entre l'âme et le patin et à assurer ainsi la rectitude du rail pendant et après le
traitement. Le refroidissement énergique de l'âme 2 a pour effet de soutirer de la
chaleur du bourrelet 1 et de contribuer au refroidissement de ce dernier. Cet effet
n'est cependant pas brutal et il n'entraîne pas de formation de martensite dans le
bourrelet. Il permet néanmoins de réduire la densité moyenne de flux calorifique φ₁
et d'adoucir ainsi le refroidissement extérieur du bourrelet.
[0024] Après ce refroidissement différentiel contrôlé, le rail subit un refroidissement
dans l'air calme au cours duquel la chaleur restant dans la partie non trempée de
l'âme 2 assure le revenu des couches superficielles 4.
[0025] La présente invention porte également sur un dispositif pour la mise en oeuvre du
procédé de refroidissement contrôlé qui vient d'être décrit.
[0026] La figure 2 montre, de façon fortement simplifiée, un tel dispositif installé à la
sortie d'un train à rails. Dans le sens du déplacement du rail 5 sortant du laminoir
6, l'installation comprend successivement une scie 7 d'éboutage ou de mise à longueur
du rail, un dispositif 8 de refroidissement contrôlé et un équipement 9 de refroidissement
dans l'air calme. De façon connue en soi, le rail circule en continu, sur un convoyeur
à rouleaux, à travers la scie 7 et le dispositif de refroidissement 8, jusqu'au refroidissoir
9.
[0027] La figure 3 représente schématiquement le dispositif de refroidissement contrôlé
du rail, conforme à l'invention, avec le circuit de l'eau de refroidissement. On a
volontairement omis de représenter les équipements qui ne sont pas essentiels pour
la compréhension de l'invention.
[0028] Autour du rail 5, vu ici en coupe transversale, sont disposées des boîtes de refroidissement
équipées, de façon connue en soi, de gicleurs 10, 11, 12 assurant respectivement
le refroidissement du bourrelet 1, de l'âme 2 et du patin 3 (voir figure 1) du rail.
L'eau de refroidissement du rail est ensuite recueillie dans une cuve 13 à niveau
constant, d'où elle est renvoyée par une pompe 14 vers une vanne mélangeuse 15. Celle-ci
est raccordée à une source d'eau d'appoint non représentée. L'eau est ensuite renvoyée
vers les gicleurs 10, 11, 12 à travers une pompe 16 et un filtre 17. Le dispositif
comprend encore un appareil 18 de mesure de la température de l'eau envoyée aux gicleurs,
et un régulaleur 19 qui, en fonction de la température de l'eau, règle la position
de la vanne mélangeuse 15, afin d'ajuster la quantité d'eau d'appoint à ajouter pour
maintenir la température désirée.
[0029] Dans la figure 3, les canalisations d'eau sont représentées en traits pleins et les
conducteurs électriques sont représentés en traits interrompus.
[0030] Selon l'invention, la température de l'eau de refroidissement est avantageusement
comprise entre 40°C et 70°C.
[0031] Cette modalité, associée à un réglage approprié du débit des gicleurs, permet d'ajuster
la densité moyenne de flux calorifique dans les différentes parties du rail; elle
permet en particulier d'abaisser la valeur de φ₁ au niveau requis pour éviter la
formation de martensite dans le bourrelet.
[0032] Selon l'invention, l'eau de refroidissement circule en circuit fermé. Lorsque cela
est nécessaire, on ajoute une certaine quantité d'eau, à la température ambiante,
par la vanne mélangeuse 15,afin que la température de l'eau mesurée en 18 reste dans
la gamme précitée de 40°C à 70°C. L'excès d'eau éventuel est évacué par un trop-plein
prévu dans la cuve 13.
[0033] Egalement selon l'invention, on augmente le débit d'eau des gicleurs 11 dans la mesure
requise pour compenser la diminution de φ₂ liée à l'utilisation d'eau à température
relativement élevée et ainsi obtenir l'intensité de refroidissement nécessaire pour
assurer le refroidissement superficiel intense de l'âme du rail.
[0034] Le procédé conforme à l'invention permet de produire en continue des rails dont le
bourrelet présente une dureté Brinell de 400, sans aucune altération des autres propriétés
mécaniques ou géométriques mentionnées dans l'introduction de la présente demande.
1. Procédé pour fabriquer un rail à haute résistance dans lequel on soumet le rail
en défilement continu à un refroidissement contrôlé à partir d'une température au
moins égale au point de transformation A₃ de l'acier, immédiatement après sa sortie
du laminoir à chaud, et on refroidit finalement le rail jusqu'à la température ambiante,
caractérisé en ce que ledit refroidissement contrôlé consiste simultanément :
(a) à refroidir le bourrelet du rail jusqu'à une température qui n'est pas inférieure
au point Ms de l'acier constituant le rail et à une vitesse inférieure à la vitesse
critique de trempe dudit acier, de telle façon que le bourrelet acquière une structure
perlitique fine;
(b) à refroidir superficiellement l'âme du rail jusqu'à une température égale ou
inférieure audit point Ms de l'acier et à une vitesse supérieure à la vitesse de
refroidissement du bourrelet, de façon à obtenir dans l'âme du rail une couche superficielle
constituée de martensite et/ou de bainite, ledit refroidissement superficiel de
l'âme étant réglé de telle façon qu'à la fin de ce refroidissement, les parties intérieures
de l'âme, non transformées en martensite et/ou en bainite, conservent une quantité
de chaleur suffisante pour assurer, par conduction, un revenu de la couche superficielle
transformée de l'âme au cours dudit refroidissement final;
(c) et à refroidir le patin du rail avec une vitesse proportionnée à la vitesse de
refroidissement de l'âme afin d'éviter toute différence de déformation thermique
entre l'âme et le patin du rail, de façon à garantir la rectitude du rail.
2. Procédé suivant la revendication 1, caractérisé en ce que l'on réalise le refroidissement
contrôlé différentes parties du rail par projection d'eau sur lesdites parties du
rail.
3. Procédé suivant la revendication 2, caractérisé en ce que la température de l'eau
de refroidissement est comprise entre 40°C et 70°C.
4. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 2 et 3, caractérisé en ce
que l'eau de refroidissement circule en circuit fermé.
5. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 2 à 4, caractérisé en ce que
l'on mesure la température de l'eau de refroidissement avant sa projection et en ce
que l'on ajuste cette température par l'addition éventuelle d'eau à la température
ambiante.
6. Dispositif pour fabriquer un rail à haute résistance par le procédé qui fait l'objet
de la revendication 5, caractérisé en ce qu'il comporte :
- des moyens de projection d'eau (10, 11, 12) disposés autour du rail (5);
- une cuve (13) à niveau constant, destinée à recueillir l'eau provenant des moyens
de projection (10, 11, 12);
- des moyens (14 ;16) pour prélever l'eau de la cuve (13) et la faire circuler vers
les moyens de projection (10, 11, 12);
- des moyens (15) pour ajouter de l'eau d'appoint à l'eau provenant de la cuve (13);
- un système de régulation de la température de l'eau de refroidissement, comprenant
un appareil de mesure (18) de la température de l'eau avant lesdits moyens de projection
et un régulateur (19) raccordé d'une part à l'appareil de mesure de la température
(18) et d'autre part aux moyens (15) d'addition d'eau d'appoint.
7. Dispositif suivant la revendication 6, caractérisé en ce que la cuve (13), les
moyens (14; 15; 16; 18; 10; 11; 12) sont montés en série et constituent un circuit
fermé.
8. Dispositif suivant l'une ou l'autre des revendications 6 et 7, caractérisé en
ce que ledit système de régulation (19) est monté en parallèle entre les moyens (15)
d'addition d'eau d'appoint et les moyens de projection (10, 11, 12).
9. Dispositif suivant l'une ou l'autre des revendications 6 à 8, caractérisé en ce
qu'un filtre (17) est monté en série entre les moyens de circulation (16) et les moyens
de projection de l'eau (10, 11, 12).