[0001] La présente invention concerne un engin amphibie et plus particulièrement un missile
qui peut être tiré d'un sous-marin en plongée contre un navire de surface, le contrôle
de la trajectoire du missile étant assuré aussi bien dans le parcours sous-marin que
dans le parcours aérien.
[0002] Jusqu'ici, les projectiles lancés par un sous-marin sont essentiellement des missiles
classiques qui obligent le submersible à courir le risque de faire surface pour effectuer
le lancement.
[0003] En plongée, en dehors des torpilles dont disposent les sous-marins, on connait des
missiles à trajectoire en partie aérienne contre des objectifs stratégiques lointains,
lancés par des tubes verticaux, et des missiles tactiques anti sous-marins.
[0004] La présente invention fournit donc une arme nouvelle de grande portée contre navires
de surface sous la forme d'un missile tactique amphibie suivant une première trajectoire
sous-marine et une seconde trajectoire aérienne, le missile aérien proprement dit
étant enfermé au départ dans une enveloppe motrice sous-marine, dont l'assiette est
commandée à tout instant pour franchir, sous un angle d'environ 30° par rapport à
l'horizon par exemple, la zone intermédiaire critique de la surface agitée de la mer,
laquelle enveloppe s'ouvre au moment voulu pour laisser échapper l'engin aérien.
[0005] Celui-ci, avec sa portée de l'ordre de 38 km, donne aux sous-marins une efficacité
en portée qui leur permet de surclasser nettement tous les types de torpilles existant,
dont la portée n'excède pas 10 km, dès que les informations du sonar sont suffisamment
précises pour permettre une localisation au moins partielle de l'objectif. Or, les
sonars actuels ont des portées relativement importantes qui s'accompagnent souvent
d'une précision convenable en gisement mais d'une mauvaise précision en distance.
L'engin peut alors se contenter de la précision en gisement et son organe auto-directeur
ou tête chercheuse, être adapté à une recherche sans connaissance précise de la distance
de l'objectif désigné en surface.
[0006] De plus, un missile à trajectoire, en majeure partie aérienne peut être facilement
animé d'une vitesse considérable, par exemple 300 m/s au lieu de 25 m/s pour une torpille,
qui lui permet d'atteindre son but en un temps très court et réduit dans des proportions
considérables les possibilités d'évolution ou de contremesures de la cible. Les distances
accessibles aux sous-marins attaquant un navire de surface sont ainsi considérablement
plus élevées tout en gardant le bénéfice de la discrétion du sous-marin en plongée.
[0007] D'autres caractéristiques et avantages ressortiront de la description qui va suivre,
faite en regard des dessins annexés, et donnant à titre indicatif mais nullement limitatif
une forme de réalisation de l'invention.
[0008] Sur ces dessins :
la figure 1 est une vue schématique de la trajectoire de lancement, par un submersible,
d'un engin amphibie suivant l'invention.
la figure 2 est une vue schématique en coupe de l'engin amphibie de la figure 1.
la figure 3 est une vue en coupe suivant III-III de la figure 2.
la figure 4 est une vue schématique en coupe suivant IV-IV de la figure 2.
[0009] On voit sur la figure 1 un sous-marin 1 immergé à une profondeur "p", par exemple
de 50 m, lançant horizontalement par un tube classique un véhicule combiné suivant
l'invention, désigné dans son ensemble par la référence 2.
[0010] Ce véhicule combiné 2 suit d'abord la trajectoire sous-marine 3 qui coupe la surface
de la mer 4 en 5 suivant un angle de cabré "α" de 30° par exemple et libère à une
altitude "h" un engin aérien 6 qui poursuit sa course de façon classique.
[0011] Pour réaliser le lancement par un sous-marin d'un missile qui n'est pas lui-même
étanche à l'eau sous pression, il est nécessaire suivant l'invention d'enfermer ce
dernier dans une enveloppe de lancement étanche 10, elle-même chassée du tube lance-torpilles
du sous-marin au moyen d'un des procédés habituels aux torpilles, c'est-à-dire par
exemple chasse d'air comprimé ou refouloir. On peut donc choisir une enveloppe de
lancement 10 aux dimensions des tubes lance-torpilles, par exemple du diamètre usuel
des torpilles, soit 533 mm (21 pouces), ce qui nécessite le repliage des ailes 32
et des gouvernes 33 du missile 6 à l'intérieur de son enveloppe de lancement 10 (figure
1).
[0012] Pour commander à tout instant la position et la direction du véhicule 10 de lancement,
on utilise suivant l'invention une centrale à inertie 14 simplifiée connue en soi
solidaire soit du missile 6 lui-même soit de l'enveloppe de lancement 10. Le véhicule
sous-marin est muni d'un propulseur 7 par exemple à poudre dont la poussée est orientée
par des gouvernes de jet 8 assurant au véhicule une trajectoire sous-marine stabilisée
en tangage et en lacet. La stabilisation en roulis n'a pas été prévue parce que le
missile 6 est lui-même stabilisé en roulis après sa sortie du véhicule de lancement
en position 20 et qu'il retrouve alors automatiquement sa position de vol correcte
en roulis, quelle que soit sa gite à la sortie du véhicule.
[0013] Le véhicule sous-marin 10 comprend dans son compartiment arrière moteur 9 des amplificateurs
destinés à piloter les gouvernes de jet 8 et un calculateur destiné à donner les ordres
à ces amplificateurs, organes contenus dans un boitier électronique 11, et une source
d'énergie électrique, par exemple une batterie thermique 12.
[0014] Le calculateur du boitier 11 exploite les informations du sous-marin lanceur 1 mises
en mémoire avant le lancement dans le calculateur 13 du missile 6.
[0015] La caractéristique suivant l'invention d'après laquelle le véhicule 10 est automoteur,
après sa sortie du sous-marin 1, au lieu de gagner la surface sous la seule action
de la poussée d'Archimède, est avantageuse non pas tant pour le gain de vitesse que
donne le propulseur sous-marin que pour éviter que le véhicule sous-marin 10 se présente
à la surface en 5 dans une configuration quelconque, sans doute très voisine de la
verticale, ce qui poserait ensuite des problèmes au missile 6 pour choisir le bon
plan vertical de tir.
[0016] Les conditions préférées de sortie de l'eau sont de l'ordre de : cabré de 30° et
vitesse longitudinale : 25 m/s.
[0017] Ces conditions doivent permettre d'obtenir un minimum de perturbations à la sortie
de l'eau par mer agitée tout en restant dans des limites acceptables pour l'altitude
de culmination 28 du missile avant sa phase de raccordement à la partie horizontale
38 à basse altitude de sa trajectoire 15, laquelle altitude de culmination 28 doit
rester modérée pour éviter la détection du missile par les radars ou les postes optiques
ennemis.
[0018] En ce qui concerne le problème de la séparation du missile 6 de son véhicule de lancement
10, on a prévu de commander cette séparation par un dispositif sensible à la pression
dynamique, laquelle diminue dans une proportion énorme au moment de la sortie de l'eau.
Ce dispositif provoque l'ouverture d'une porte 16 placée sur le fond avant du propulseur
sous-marin 7.
[0019] Les gaz sortant par cette porte 16 exercent une poussée sur le missile 6 dans le
sens de la flèche f1 par l'intermédiaire d'un piston 17, de sorte que le missile 6
provoque par son ogive 18 l'ouverture de la porte avant 19 du véhicule 10 et sort
comme on le voit dans la position 20, les fragments de la porte avant retombant comme
on le voit en 34.
[0020] Le propulseur d'accélération 21 du missile 6 est allumé par un organe temporisateur
de retard commandé (non figuré) après que la section arrière 22 du missile a passé
par la section avant 23 du véhicule 10, et le missile poursuit sa trajectoire par
ses propres moyens comme un missile classique lancé à un site de 30°.
[0021] A partir du moment où la porte 16 a été ouverte, les gaz du propulseur sous-marin
7 exercent dans le compartiment 36 une poussée dirigée vers l'arrière qui freine le
mouvement du véhicule sous-marin 10, annule rapidement sa vitesse et le fait retomber
sur l'eau dans la position 39 (figure 1) à une faible distance horizontale "a" de
la verticale de la position de séparation 20.
[0022] L'ensemble du véhicule de lancement est représenté sur la figure 2. Le véhicule de
lancement a une forme cylindrique de diamètre "D" paxemple de 533 mm (21 pouces),
terminée à l'avant par une ogive 26 de section elliptique. Il porte un certain nombre
d'empennages 40 qui se déploient après la sortie du tube lance-torpilles.
[0023] Ailes et gouvernes repliées, le missile 6 est inscrit dans une circonférence de diamètre
"d" laissant ainsi la possibilité de donner à la paroi du véhicule de lancement une
épaisseur

compatible avec la pression hydrostatique.
[0024] La longueur totale "L" du véhicule de lancement peut être inférieure à 7 m, son allongement
(ou finesse) est donc voisin de 13.
[0025] On voit sur la figure 4 la disposition des gouvernes de jet 8 dans la zone arrière
du compartiment 9 du véhicule 10. La palette 29 à l'extrémité intérieure de chacune
des quatres gouvernes 8 est déplacée de l'intérieur à l'extérieur de la tuyère 25
ou inversement suivant les ordres du calculateur logé dans le boitier électronique
11, pour stabiliser le véhicule 10 dans la direction voulue pendant sa trajectoire
sous-marine 3.
[0026] On voit sur la figure 3 la tuyère de croisière 30 et les tuyères d'accélération 31
du missile 6. Les ailes 32 sont repliées pour tenir à l'intérieur de l'enveloppe 10
; on voit leur position déployée en pointillé 32ʹ ainsi que celle des gouvernes de
queue 33 qui s'ouvrent en 33ʹ quand l'engin atteint la position 20.
[0027] Le sous-marin 1 en plongée est en principe capable de fournir au missile les mêmes
informations que celles que fournit habituellement un bâtiment de surface, et ceci
avec une précision satisfaisante. Ces informations sont la direction et si possible
la distance de la cible, la référence de la verticale du sous-marin lanceur et sa
vitesse.
[0028] Avantageusement, l'immersion du sous-marin doit être comprise entre l'immersion périscopique
de 15 m environ et un maximum de 80 m. La vitesse du sous-marin au moment du lancement
est par exemple inférieure à 5 m/s et le lancement a lieu par un tube lance-torpille
approximativement parallèle à l'axe longitudinal du sous-marin, et pratiquement toujours
voisin de l'horizontale.
[0029] On voit que l'invention permet de contrôler à tout instant l'attitude du missile
6 depuis l'instant du lancement par le tube lance-torpille jusqu'à l'impact final.
Ce contrôle est effectué par l'intermédiaire de la centrale à inertie 14 du missile
6 qui travaille pendant toute la durée de la trajectoire et qui permet d'élaborer
les ordres à donner :
- d'abord au véhicule de lancement 10, par les gouvernes de jet 8 interceptant en
partie les gaz du propulseur sous-marin 7 pendant toute sa trajectoire sous-marine
3 et la première partie de sa trajectoire aérienne 15, assurant ainsi une bonne sortie
de l'eau suivant la direction choisie, c'est-à-dire, en principe, un cabré à 30° et
permettant de corriger les éventuelles perturbations dues à l'état de la mer au moment
de la sortie de l'eau.
- ensuite au missile 6 lui-même stabilisé en roulis, par l'intermédiaire de ses quatre
gouvernes aérodynamiques 33.
[0030] Il va de soi que la présente invention a été décrite ci-dessus à titre d'exemple
préférentiel indicatif mais nullement limitatif et que l'on pourra introduire toute
équivalence dans ses éléments constitutifs sans sortir de son cadre défini par les
revendications annexées.
1. Procédé de lancement par un sous-marin en plongée d'un missile tactique aérien
à longue portée, caratérisé en ce qu'il comprend les étapes suivantes : enfermer hermétiquement
le missile (6) dans une enveloppe (10), ailes (32) et gouvernes (33) repliées, lancer
l'enveloppe à l'extérieur du sous-marin (1), propulser l'enveloppe sous l'eau, contrôler
à tout instant la trajectoire sous-marine (3) et le début de la trajectoire aérienne
au moyen de gouvernes de jet (8) par l'intermédiaire d'une centrale à inertie (14),
assurer la sortie de l'eau avec une certaine vitesse longitudinale sous un certain
angle (α) par rapport à l'horizon, déclencher la libération du missile (6) de son
enveloppe à une certain altitude au-dessus du niveau de la mer, déployer les ailes
(32) et les gouvernes (33) du missile et le diriger sur l'objectif.
2. Véhicule de lancement d'un missile suivant le procédé de la revendication 1, caractérisé
en ce qu'il comprend une enveloppe hermétique (10) pour le missile (6), un compartiment
moteur (9) comprenant un propulseur sous-marin (7) avec une tuyère et des gouvernes
de jet (8), un boîtier électronique de pilotage (11), une batterie thermique (12),
un piston (17) grâce auquel l'éjection du missile est obtenue à un moment choisi par
une poussée appliquée audit piston pour qu'il appuie sur le missile et que celui-ci
se fraie passage à travers l'avant (19) de l'enveloppe.
3. Véhicule suivant la revendication 2, caractérisé en ce que ledit moment choisi
est marqué par l'ouverture d'une porte (16) ménagée sur le fond avant du propulseur
sous-marin (7).
4. Véhicule suivant l'une des revendications 2 et 3, caractérisé en ce que le propulseur
sous-marin (7) est un propulseur à poudre.
5. Véhicule suivant l'une des revendications 2 à 4 caractérisé en ce que le diamètre
extérieur du véhicule est celui d'une torpille sous-marine classique.
6. Véhicule suivant la revendication 2, caractérisé en ce que lesdites gouvernes de
jet (8) sont commandées par un calculateur solidaire de l'enveloppe.
7. Véhicule suivant la revendication 2, caractérisé en ce que lesdites gouvernes de
jet (8) sont commandées par un calculateur solidaire du missile.
8. Véhicule suivant la revendication 2, caractérisé en ce que ladite centrale à inertie
(14) est celle propre au missile.
9. Véhicule suivant la revendication 2, caractérisé en ce que ladite centrale à inertie
(14) est solidaire de l'enveloppe.