[0001] La présente invention concerne le blanchiment à l'aide de peroxyde d'hydrogène de
pâtes mécaniques, thermomécaniques, chimicomécaniques, chimicothermomécaniques dans
le domaine papetier et connexe.
[0002] Ces pâtes sont désignées dans tout ce qui suit par l'expression pâtes d'origine mécanique.
[0003] Elles sont obtenues dans l'industrie, le plus souvent à partir de bois généralement
sous forme de copeaux, par défibrage mécanique de la matière lignocellulosique, par
exemple dans un défibreur à meule ou un défibreur ou raffineur à disques, associé
ou non, selon la pâte visée, à un traitement préalable à l'aide de vapeur d'eau et/ou
d'un réactif chimique comme le sulfite de sodium.
[0004] Le rendement en matière sèche d'une telle opération est toujours très élevé et peut
atteindre et même dépasser 90 %.
[0005] Les pâtes d'origine mécaniques, dénommées encore pâtes à haut rendement doivent être
blanchies efficacement et avec une perte minimale de matière pour que la fabrication
des produits qui en dérivent puisse répondre aux exigences de qualité et d'économie
dans l'industrie.
[0006] Il est connu de réaliser le blanchiment des pâtes d'origine mécanique à l'aide d'un
agent oxydant comme le peroxyde d'hydrogène en milieu alcalin.
[0007] Il est communément admis que la temperature optimale de réalisation d'un tel blanchiment
traditionnel au moyen de peroxyde d'hydrogène est de 60°C-70°C comme l'indiquent par
exemple C.W. DENCE et S. OMORI, Tappi Journal, Octobre 1986, pp. 120--125, et le brevet
français publié sous le numéro 2371544. Un blanchiment efficace est impossible à réaliser
à 100°C et au-delà.
[0008] Au-dessus de 100°C, l'effet de blanchiment peut même être annulé à cause à la fois
de la décomposition extrêmement rapide du peroxyde d'hydrogène et de l'effet néfaste
spécifique de la vapeur d'eau, comme le mentionnent par exemple le brevet français
déjà cité et W.E. LUNAN, KB.MILES et W.D. MAY, Proceedings Tappi, 1983 Pulping Conference,
(Book 1), pp.239-253.
[0009] Encore d'après le brevet français cité plus haut un blanchiment acceptable ne peut
être obtenu à une température comprise entre 100°C et 150°C en atmosphère de vapeur
d'eau au moyen de peroxyde d'hydrogène en présence d'un agent alcalin que si l'action
du peroxyde d'hydrogène s'exerce sur la matière à blanchir conjointement à une action
de désagrégation des fibres par défibrage mécanique ou raffinage pendant une durée
de l'ordre seulement de la fraction de seconde.
[0010] Le procédé de la présente invention procure un blanchiment efficace bien qu'il inclue
des conditions connues pour s'opposer à l'obtention d'un tel résultat.
[0011] C'est un procédé de blanchiment de pâtes d'origine mécanique dans lequel le peroxyde
d'hydrogène agit en présence d'un agent alcalin et de vapeur d'eau saturée à une température
supérieure à 100°C, caractérisé en ce que la pâte est traitée à l'aide d'un agent
complexant ou séquestrant des métaux à un pH inférieur ou égal à 9, puis lavée avec
une efficacité supérieure à 95 % et enfin soumise à l'action du peroxyde d'hydrogène
à une température inférieure ou égale à 250°C à la pression de la vapeur d'eau saturée
à ladite température pendant une durée comprise entre 1 et 30 minutes non conjointement
à une action de défibrage mécanique.
[0012] Dans le traitement à l'aide de l'agent complexant ou séquestrant, ce dernier est
mis en oeuvre à raison d'environ 0,1 % à 1 % en poids du poids de pâte sèche. Sauf
précision ou évidence c'est aussi en pour cent en poids du poids de pâte sèche que
sont exprimées les quantités de produits dans tout ce qui suit.
[0013] L'agent complexant ou séquestrant est le plus souvent choisi parmi le tripolyphosphate
de sodium, le tétrapyrophosphate de sodium, les sels de sodium des acides citrique,
nitrilotriacétique, éthylènediaminetétraacétique, diéthylènetriaminepentaacétique.
[0014] Le traitement au moyen de l'agent complexant ou séquestrant est le plus généralement
effectué à une valeur de pH comprise entre 4 et 8, le résultat de l'invention ne dépendant
alors pas d'une telle valeur.
[0015] Il est naturellement réalisé à une température de préférence inférieure à 100°C mais
en général supérieure à 20°C, par exemple entre environ 50°C et 95°C, pour garder
une vitesse de complexation ou séquestration rapide sans obligation de pression.
[0016] La consistance, pourcentage pondéral de pâte à l'état sec dans le milieu de traitement,
peut, dans le présent traitement à l'aide d'un agent complexant ou séquestrant, varier
dans d'assez larges limites, environ 5 % à 30 %. Elle est le plus souvent comprise
entre environ 10 % et 15 % pour concilier au mieux économie et efficacité du lavage
subséquent.
[0017] La durée du traitement au moyen d'un agent complexant ou séquestrant dépend des autres
paramètres. Elle est généralement comprise entre environ 5 minutes et 2 heures.
[0018] Par lavage on entend l'opération qui consiste à éliminer plus ou moins complètement
et ici efficacement le liquide présent dans la pâte. Cette élimination est réalisée
par exemple grâce au pressage de la pâte sur filtre ou grâce à une séquence dilution-pressage
de la pâte, répétée ou non, dans laquelle la dilution est très généralement assurée
par de l'eau.
[0019] Le lavage qui suit le traitement au moyen d'un agent complexant ou séquestrant est
le plus souvent réalisé à une température généralement comprise entre environ 20°C
et 90°C, souvent entre 20°C et 60°C pour des raisons essentiellement économiques.
[0020] Par efficacité on entend, exprimé en pour cent, le degré d'élimination de la phase
liquide présente avant lavage dans la pâte.
[0021] Ainsi, passer d'une consistance de 10 % à 20 % par pressage de la pâte correspond
à une efficacité de lavage de 55.5 %, passer ensuite à une consistance de 10 % par
dilution pour revenir à une consistance de 20 % par pressage, correspond à une efficacité
de lavage de la pâte d'origine de 80 %.
[0022] Pour des raisons d'économie encore, mais aussi pour des raisons de meilleure garantie
de l'efficacité de blanchiment, l'action du peroxyde d'hydrogène s'exerce dans le
procédé de l'invention de préférence à une température supérieure à 120°C, par exemple
140°C et plus.
[0023] La quantité de peroxyde d'hydrogène engagé est celle communément admise dans le blanchiment
traditionnel des pâtes d'origine mécanique et elle est par conséquent comprise entre
environ 0,5 % et 10 %, le plus souvent pas inférieure à 2 % environ.
[0024] L'agent alcalin présent avec le peroxyde d'hydrogène qui convient bien à la réalisation
de l'invention est l'hydroxyde de sodium employé à raison le plus souvent d'environ
0,25 % à 5 % avec un rapport pondéral hydroxyde de sodium/peroxyde d'hydrogène compris
de préférence entre 0,2 et 1.
[0025] L'invention permet une durée d'action du peroxyde d'hydrogène à la fois suffisamment
longue pour permettre à ce produit de développer pleinement son efficacité, et avantageusement
réduite par rapport à celle d'un blanchiment traditionnel. Elle n'excède généralement
pas 15 minutes et même souvent 5 minutes environ.
[0026] Comme déjà indiqué, le peroxyde d'hydrogène exerce son action dans un milieu à une
pression égale pratiquement à la pression de la vapeur d'eau saturée à la température
choisie. Cette pression est comprise le plus souvent entre 2 bars absolus et 40 bars
absolus.
[0027] La consistance de la pâte telle que mise en présence du peroxyde d'hydrogène est
choisie de préférence la plus élevée possible restant compatible avec la réalisation
d'un mélange d'homogénéité satisfaisante de la pâte avec les autres produits présents.
Cette qualité du mélange fait que la consistance est généralement limitée à une valeur
non supérieure à environ 30 %, voire 25 %. Elle n'est par contre rarement inférieure
de préférence à 10 % environ.
[0028] La présente invention conduit à des résultats élevés de blanchiment de pâtes d'origine
mécanique sans que la présence de composés à effet stabilisant pour le peroxyde d'hydrogène
soit essentielle à l'efficacité de son action. Celle-ci peut être cependant améliorée
par la présence de tels composés comme par exemple, le silicate de sodium engagé à
raison le plus souvent de 2 % à 6 % environ, les sels de magnésium tel que le sulfate
de magnésium engagé en quantité généralement comprise entre 0,05 % et 0,5 %, des dérivés
de l'acide poly(α-hydroxyacrylique) employés à raison d'environ 0,05 % à 2 %, tels
que les produits Clarène®.
[0029] Le procédé de l'invention peut être réalisé en discontinu ou en continu dans toute
installation conportant principalement des équipements mélangeurs, généralement du
type malaxeurs, dans lesquels peuvent être effectués le traitement à l'aide du complexant
ou séquestrant et le mélange de la pâte initiale ou lavée avec le peroxyde d'hydrogène
et l'agent alcalin, des équipements de lavage comme, par exemple, des filtres, des
presses, enfin, pour le stade d'action du peroxyde d'hydrogène, des équipements résistant
à la pression et étanches à la vapeur d'eau, comme un réacteur tubulaire muni par
exemple d'un système de progression de la pâte du type vis ou un autoclave.
[0030] Les exemples suivants, donnés à titre indicatif mais non limitatif, permettent de
juger de l'intérêt de l'invention. Certains d'entre eux sont donnés à titre de comparaison.
Dans ces exemples :
- les quantités de réactifs sont données comme indiqué plus haut en % en poids
par rapport à la pâte à l'état sec,
- l'acide diétylènetriaminepentaacétique (DTPA) est utilisé sous forme de sel
de sodium en solution aqueuse à 40 % en poids et la quantité indiquée est celle de
cette solution,
- le terme de silicate désigne une solution aqueuse de silicate de sodium de sodium
de densité égale à 1,33 et la quantité indiquée est celle de cette solution,
- l'abréviation LS désigne le Clarène®,
- le peroxyde d'hydrogène est engagé sous forme de solution aqueuse à 35 % en
poids de peroxyde et la quantité indiquée est celle de peroxyde d'hydrogène compté
en 100 % comme l'est aussi la quantité de peroxyde d'hydrogène consommé,
- la pâte à blanchir subit ou non le traitement complexant - lavage avant action
du peroxyde d'hydrogène. Dans la négative l'exemple est donné à titre de comparaison
et son numéro est indicé C. Dans le premier cas, correspondant à la réalisation du
procédé selon l'invention, le traitement de la pâte s'effectue en malaxeur au moyen
de 0,5 % de DTPA, durant 15 minutes, à 60°C dans le cas des exemples 1 à 11, à 90°C
dans le cas des exemples 12 à 14, à un pH compris chaque fois entre 4 et 8 et qui
est le même dans un exemple donné et dans l'exemple fourni à titre de comparaison,
avec une consistance égale à 10 %. Le lavage qui suit, d'efficacité chaque fois supérieure
à 95 %, est réalisé à 60°C par dilution à l'eau - pressage sur filtre de la pâte traitée
au moyen de DTPA,
- la pâte initiale ou la pâte lavée après traitement au DTPA est mélangée avec
le peroxyde d'hydrogène, l'hydroxyde de sodium NaOH, la quantité d'eau suffisante
pour assurer la consistance voulue égale ici à 20 %, et le cas échéant le silicate
ou le Clarène® par malaxage durant moins de 5 minutes à 20-25°C avant d'être soumise
à l'action du peroxyde d'hydrogène dans un réacteur du type autoclave résistant à
la pression, muni d'un sas d'introduction de la pâte, et étanche à la vapeur d'eau
saturée qui assure la pression à la température T choisie,
- le degré de blanc de la pâte recueillie après décompression de l'autoclave et
refroidissement rapide est mesuré (457 nm) en % à l'aide d'un spectrophotomètre CARL
ZEISS du type ELREPHO.
EXEMPLES 1 à 11 :
[0031] Chacun des exemples concerne le blanchiment de 100 g de pâte de meule de bois de
résineux de degré de blanc égal à 53,7 % et de poids à l'état sec égal à 38,2 g.
[0032] Pour chaque exemple les conditions dans lequeslles s'exerce l'action du peroxyde
d'hydrogène dans un procédé selon l'invention ou dans un procédé donné à titre de
comparaison, de même que les résultats obtenus, sont regroupés dans le tableau I ci-après
:

[0033] Des exemples ci-dessus il ressort que le procédé selon l'invention permet d'atteindre
un degré de blanc très amélioré, pouvant avoisiner 80 % et même dépasser notablement
cette valeur dans les conditions favorisées de réalisation.
[0034] Cette amélioration est accompagnée d'une diminution importante de la consommation
de peroxyde d'hydrogène ou, pour le moins, n'entraîne pratiquement aucune augmentation
de celle-ci.
[0035] Un dégré de blanc donné est atteint avec une économie substantielle de peroxyde d'hydrogène.
[0036] Il n'a été noté aucune variation sensible de poids de pâte à l'état sec dans les
exemples conformes à l'invention.
EXEMPLES 12 à 14 :
[0037] Chacun des exemples concerne le blanchiment de 100g de pâte chimicothermomécanique
au sulfite de degré de blanc égal à 59,6 % et de poids à l'état sec égal à 40 g.
[0038] Pour chaque exemple les conditions dans lesquelles s'exerce l'action du peroxyde
d'hydrogène dans un procédé selon l'invention ou dans un procédé donné à titre de
comparaison, de même que les résultats obtenus, sont regroupés dans le tableau II
ci-après :

[0039] Les observations faites à propos des essais 1 à 11 restent valables.
1. Procédé de blanchiment de pâtes d'origine mécanique dans lequel le peroxyde d'hydrogène
agit en présence d'un agent alcalin et de vapeur d'eau saturée à une température supérieure
à 100°C, caractérisé en ce que la pâte est traitée à l'aide d'un agent complexant
ou séquestrant des métaux à un pH inférieur ou égal à 9, puis lavée avec une efficacité
supérieure à 95 % et enfin soumise à l'action du peroxyde d'hydrogène à une température
inférieure ou égale à 250°C à la pression de la vapeur d'eau saturée à ladite température
pendant une durée comprise entre 1 et 30 minutes non conjointement à une action de
défibrage mécanique.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que la quantité d'agent complexant
ou séquestrant est comprise entre 0,1 % et 1 %.
3. Procédé selon l'une des revendications 1 et 2, caractérisé en ce que le traitement
au moyen de l'agent complexant ou séquestrant est effectué à un pH compris entre 6
et 8.
4. Procédé selon l'une des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que le traitement
au moyen de l'agent complexant ou séquestrant est effectué à une température comprise
entre 50°C et 95°C.
5. Procédé selon l'une des revendications 1 à 4, caractérisé en ce que le lavage est
effectué à une température comprise entre 20°C et 90°C.
6. Procédé selon l'une des revendications 1 à 5, caractérisé en ce que le peroxyde
d'hydrogène agit à une température supérieure à 120°C.
7. Procédé selon l'une des revendications 1 à 6, caractérisé en ce que la quantité
de peroxyde d'hydrogène est comprise entre 2 % et 10 %.
8. Procédé selon l'une des revendications 1 à 7, caractérisé en ce que l'agent alcalin
présent quand le peroxyde d'hydrogène agit est l'hydroxyde de sodium employé à raison
de 0,25 % à 5 % avec un rapport pondéral par rapport au peroxyde d'hydrogène compris
entre 0,2 et 1.
9. Procédé selon l'une des revendications 1 à 8, caractérisé en ce que la durée pendant
laquelle le peroxyde d'hydrogène agit est inférieure ou égale à 15 minutes.
10. Procédé selon l'une des revendications 1 à 9, caractérisé en ce que le peroxyde
d'hydrogène agit en présence d'un composé qui a sur lui un effet stabilisant.
11. Revendication selon la revendication 10, caractérisé en ce que le composé à effet
stabilisant est choisi parmi le silicate de sodium les sels de magnésium, les dérivés
de l'acide poly (α-hydroxyacrylique).