[0001] La présente invention est relative à un procédé pour réduire la dispersion des valeurs
des caractéristiques mécaniques d'alliages de tungstène-nickel-fer.
[0002] L'homme de l'art sait que les matériaux destinés à la confection de masses d'équilibrage,
de dispositifs d'absorption de rayonnement et de vibrations, de projectiles ayant
une capacité de perforation, doivent avoir une masse spécifique relativement importante.
[0003] C'est pourquoi on recourt, pour leur fabrication, à des alliages dits "lourds", contenant
principalement du tungstène réparti de façon homogène dans une matrice métallique
formée généralement par des éléments de liaison tels que le nickel et le fer. Un tel
alliage est d'ailleurs décrit dans l'USP 3888636. Ces alliages sont obtenus essentiellement
par la métallurgie des poudres, c'est-à-dire que leurs composants sont mis en oeuvre
à l'état pulvérulent, comprimés pour leur donner la forme appropriée, frittés et éventuellement
soumis à des traitements thermiques et mécaniques, afin d'obtenir des produits répondant
aux valeurs souhaitées des caractéristiques mécaniques telles que la résistance à
la rupture, la limite élastique, l'allongement et la dureté.
[0004] Toutefois, on constate que ces caractéristiques peuvent être différentes d'un lot
d'un alliage à un autre et même s'écarter notablement des valeurs souhaitées.
[0005] Une étude approfondie de ces phénomènes a permis à la demanderesse de montrer que
cette dispersion était essentiellement due à deux facteurs :
- d'une part, aux caractéristiques des poudres de tungstène telles que leur diamètre,
leur forme, leur répartition granulométrique, qui sont très variables suivant les
conditions de leur fabrication. En effet, ces variations conduisent, notamment lors
de la compression des poudres, à des produits ayant des densités apparentes différentes
dont le comportement change lors des traitements ultérieurs ; il en résulte ainsi
des disparités au niveau des caractéristiques mécaniques des alliages ainsi obtenus.
C'est d'ailleurs pourquoi il est prévu, dans certains cycles de fabrication, de modifier
les conditions de traitement en fonction des caractéristiques des poudres. Cette façon
de procéder est certes efficace mais, nécessite à la fois un supplément de contrôles
et une adaptation du matériel de fabrication à chaque cycle.
- d'autre part, cette dispersion est due également aux conditions de traitement
des poudres. En effet, l'homme de l'art sait que des écarts de ± 20° C sur la température
usuelle de frittage et des variations de vitesse de déplacement des produits dans
les fours de traitement de quelques millimètres par minute conduisent à des fluctuations
importantes des caractéristiques mécaniques. Ainsi, toute diminution de la vitesse
a pour effet de faire chuter la résistance et la dureté.
[0006] En ce qui concerne la température, tout abaissement voisin de 20° C a des conséquences
particulièrement défavorables sur l'allongement. Si une telle variation est peu probable
en tant que température affichée, il n'en est plus de même pour des produits qui sont
déplacés dans les fours de frittage à une vitesse trop grande, car ils ne subissent
pas l'ensemble des échanges thermiques le long du four. Or, il n'est pas facile, à
l'échelle industrielle, de pouvoir être totalement maître de ces variations de vitesse
ni même d'être sûr que, pour une température affichée sur le four, celle-ci corresponde
toujours à un même profil thermique à l'intérieur du four, car la capacité de calorifugeage
des garnissages et les atmosphères gazeuses des fours évoluent dans le temps.
[0007] C'est pour parer à ces difficultés que la demanderesse a mis au point un procédé
permettant de réduire la dispersion des caractéristiques mécaniques des alliages W-Ni-Fe
obtenus à partir de poudres de caractéristiques différentes et soumis à des conditions
de traitement fluctuantes et ce, sans avoir recours à des modifications dans les conditions
de traitement elles-mêmes.
[0008] Ce procédé est caractérisé en ce que l'on ajoute de façon conjuguée des poudres de
cobalt et de manganèse à la poudre initiale.
[0009] Ainsi l'invention consiste uniquement à "doper" la poudre contenant en poids % entre
85 et 99 de tungstène, 1 à 10 de nickel et 1 à 10 de fer, avec un ajout conjugué de
poudre de cobalt et de poudre de manganèse, étant donné que le cobalt seul pour de
tels alliages est un fragilisant qui conduit à des pertes de ductilité comme le montre
la figure 1 où on a représenté en fonction de la teneur en cobalt en poids % de la
poudre, les valeurs en MPa de la résistance à la rupture, de la limite élastique et
de l'allongement des alliages correspondants.
[0010] Ce dopage peut être effectué par mélange, soit au moment où on ajoute le nickel et
le fer au tungstène, soit après. Il est réalisé à l'aide de tout type de mélangeur
connu de l'homme de l'art. Les poudres ajoutées ont une granulométrie voisine de celle
de la poudre de tungstène, c'est-à-dire comprise entre 1 et 15 µm FISHER et de préférence
entre 3 et 6 µm pour avoir des caractéristiques mécaniques plus élevées. De préférence
également, la quantité de poudre ajoutée est telle que la poudre finale contienne
en poids % entre 0,02 et 2 de cobalt et entre 0,02 et 2 de manganèse.
[0011] Par la suite, la poudre dopée est soumise aux opérations suivantes :
- compression sous forme de produits de dimensions convenables au moyen d'une
presse isostatique ou uniaxiale,
- frittage des produits dans un four à passage à une température comprise entre
1000° C et 1 700° C pendant 1 à 10 heures, opérations qui peuvent être suivies éventuellement,
en fonction de la destination des produits, de traitements tels que :
- dégazage des produits frittés par maintien entre 700 et 1 300°C pendant 2 à
20 heures sous vide partiel,
- corroyage d'environ 5 à 20 % des produits dégazés,
- revenu des produits par chauffage entre 300 à 1 200°C pendant 2 à 10 heures
sous vide partiel.
[0012] On constate alors que l'ajout de cobalt et de manganèse permet de quasiment lisser
les effets dûs aux caractéristiques différentes des poudres et aux fluctuations des
conditions de traitement tout en augmentant la dureté et la ductilité des alliages
ainsi obtenus. Du même coup, cela permet d'élargir les plages de fonctionnement des
fours en ce qui concerne leur température et la vitesse de déplacement des produits.
[0013] L'invention est illustrée à l'aide des exemples d'application suivants dont les résultats
sont rassemblés dans les figures 2, 3, 4 et 5 jointes.
[0014] Quatre lots de poudre de tungstène d'origines différentes repérés 1, 2, 3, 4 et contenant
chacun 4,5 % de nickel et 2,5 % de fer, ont été partagés chacun en deux parties. L'une
a été dopée suivant l'invention avec 1 % en poids de cobalt et 1 % en poids de manganèse
et les deux parties ont été soumises aux opérations et traitements décrits ci-dessus
et ce, dans les mêmes conditions.
[0015] La limite élastique Rp, la résistance à la rupture Rm et l'allongement A % ont été
mesurés sur les produits après chacune des étapes suivantes : frittage - dégazage
- corroyage - revenu, repérées sur les figures 2 et 3 respectivement au moyen des
lettres A, B, C, D.
[0016] La figure 2, relative aux alliages de l'art antérieur, montre une dispersion des
valeurs mesurées sur chacune des poudres, notamment en ce qui concerne la poudre 4.
[0017] La figure 3, relative aux alliages selon l'invention, montre, au contraire, un regroupement
des valeurs et pratiquement une identité de ces valeurs au stade final de l'élaboration
de l'alliage. Ces résultats montrent qu'on peut s'affranchir de l'origine des poudres
de tungstène mises en oeuvre.
De plus, la valeur finale des caractéristiques mécaniques des alliages dopés correspond
sensiblement à la valeur finale de la poudre non dopée ayant les meilleures caractéristiques,
à savoir :
Rp ≃ 1 100 MPa Rm ≃ 1 050 MPa A % ≃ 8
[0018] Dans une autre série d'essais, on a mis en oeuvre un lot de poudre de même composition
que ci-dessus, qui a été partageé en deux parties, l'une non dopée, référencée a,
l'autre dopée suivant l'invention, référencée b. Les deux parties ont été divisées
chacune en 9 fractions référencées de 1 à 9. Chaque fraction a été soumise aux traitements
décrits ci-dessus mais les conditions de frittage ont été différentes pour chacune
des 9 fractions, en étant toutefois identiques pour les fractions de a et de b portant
la même référence.
[0019] Ces différences de conditions de frittage, réalisées dans un four à passage, portent
:
- d'une part, sur la température de la zone de sortie du four pour laquelle on
a choisi trois valeurs différentes : une température usuelle de frittage, de l'ordre
de 1 550°C, une température basse, de l'ordre de 1 530°C, et une température haute,
de l'ordre de 1 570°C ;
- d'autre part, sur la vitesse de passage des produits dans le four de frittage
pour laquelle on a choisi trois valeurs différentes : une vitesse usuelle, 17 mm/min,
une vitesse basse, 11 mm/min et une vitesse haute, 26 mm/min.
[0020] Les conditions de température et de vitesse pour chacune des fractions sont indiquées
dans le tableau suivant.
| Référence de la fraction |
Température en °C |
Vitesse mm/min |
| 1a - 1b |
1 550 |
11 |
| 2a - 2b |
17 |
| 3a - 3b |
26 |
| 4a - 4b |
1 530 |
11 |
| 5a - 5b |
17 |
| 6a - 6b |
26 |
| 7a - 7b |
1 570 |
11 |
| 8a - 8b |
17 |
| 9a - 9b |
26 |
[0021] Sur chacun des alliages obtenus après revenu, on a mesuré la résistance à la rupture
Rm en MPa, la limit élastique Rp 0,2 en MPa, la dureté Vickers en HV30, l'allongement
en %.
[0022] Les résultats figurent sur la figure 4 pour les fractions a non dopées et sur la
figure 5 pour les fractions dopées b. On peut constater que les différences de vitesse
et de température conduisent, sur les produits non dopés, à une dispersion notable
des caractéristiques mécaniques. Par contre, sur les produits dopés, on peut noter
un regroupement des valeurs de la résistance à la rupture et de la limite élastique
et presque une identité des valeurs de la dureté et de l'allongement. En outre, les
valeurs de la dureté et de l'allongement sont sensiblement améliorées et ce, quelle
que soit la vitesse.
[0023] On conçoit donc l'intérêt de l'invention qui, outre la suppression des dispersions,
permet d'augmenter les valeurs de certaines caractéristiques en s'affranchissant des
vitesses et des températures, ce qui donne à la fois beaucoup plus de souplesse dans
les cycles de fabrication, dans les exigences requises pour le matériel de fabrication
et permet, en outre, d'envisager l'augmentation des capacités de production, du fait
de l'accroissement possible des vitesses de déplacement des produits dans les fours.