[0001] L'invention concerne un procédé de protection contre l'oxydation et l'érosion par
frottement de pièces utilisées jusqu'à 600°C réalisées en acier alliés ou en superalliage
à base nickel.
[0002] Les assemblages de pièces de turbomachines fonctionnent, fréquemment, sans lubrification
conventionnelle par circuits d'huile ou de graissage.
[0003] Ces divers assemblages tels que les emmanchements d'aubes de compresseurs dans les
alvéoles de disques, les cannelures d'arbre principal, les passages des tirants de
disques, les axes de suspension, les articulations, ou encore les amortisseurs de
disque compresseur HP sont le site de contacts locaux entre pièces souvent associés
à de très petits déplacements et à des usures par microdébattements (grippage). Il
existe par ailleurs un nombre de cas d'usure provoqués par des déplacements relatifs
importants.
[0004] Ces phénomènes peuvent être générateurs de fissures de fatigue et conduire à la rupture
prématurée de pièces.
[0005] En outre, dans les veines de compresseur un type de dégradation assez particulier
et tout aussi pénalisant est observé : la dégradation par érosion.
[0006] Tous les types d'usure évoqués provoquent la détérioration des surfaces ou/et des
modifications de cotes dans les assemblages des aubes au niveau des sommets, des bords
d'attaque et des bords de fuite, avec pour incidences pratiques de réduire la durée
de vie des aubes et de provoquer des pertes de rendement notables du compresseur HP.
Cette sensibilité est liée aux matériaux constituant les aubages, principalement les
pièces mobiles.
[0007] Ainsi des études effectuées sur des compresseurs HP en fonctionnement ont montré
qu'au bout de 3000 cycles de vol de 3 heures et 30 minutes, des pertes de rendement
importantes, allant jusqu'à 14% de perte de débit, étaient dûes aux facteurs ci-dessus
évoqués notamment par usure des sommets d'aubes et érosion des aubages.
[0008] Certains remèdes peuvent être apportés aux problèmes d'usure à sec par microdébattements
en employant des matériaux massifs comme les aciers à haute teneur en carbone tels
que le Z100 CD 17 (norme AFNOR - acier comportant 1% C, 17% Cr et 0,5% Mo) de dureté
élevée à froid ou les alliages base cobalt forgés, coulés ou rapportés par fusion.
Des revêtements projetés au plasma comme les carbures de tungstène à 17% de cobalt,
les carbures de chrome, les alliages base cobalt sont utilisables mais ne sont applicables
qu'en couple homogène, afin d'obtenir des coefficients de frottement suffisamment
faibles.
[0009] Le recours à des revêtements électrolytiques de cobalt et de 30% environ de carbure
de chrome indiqué dans le document FR-A-2-412 626 permet d'améliorer le comportement
en frottement à sec dans un domaine de température compris entre 300° et 750°C.
[0010] Toutefois les procédés énumérés plus haut ne permettent pas de résoudre simultanément
les problèmes d'usure par microdébattements ou par érosion.
[0011] La réalisation de revêtements par voie électrolytique est souhaitable dans de nombreux
cas, par exemple :
- lorsque la géométrie des pièces à traiter est complexe, la projection de revêtements
plasma peut être difficile sinon impossible (cas par exemple d'alésages de faible
diamètre),
- chaque fois que l'on désirera des dépôts d'épaisseurs faibles à moyennes homogènes.
- lors du remplacement de certains revêtements projetés, qui appliqués sur des pièces
en frottement, pourraient conduire à des déformations par échauffement dûes à la projection,
- suivant le type de pièces, les revêtements électrolytiques peuvent être meilleurs
marchés que les revêtements plasma, donc présenter un meilleur compromis efficacité/coût,
Le document US 3 152 971 mentionne la possibilité d'un codépôt de nickel électrolytique
avec des poudres du type céramique afin de réaliser un revêtement de finition satiné
anti-reflet ce qui constitue un but tout différent de celui de l'invention. En outre
ce document ne révèle la réalisation effective d'aucune combinaison nickel-cobalt-céramique
et n'enseigne pas les moyens d'optimiser une concentration en particules céramiques
homogène en tout point dans le revêtement.
L'invention porte donc sur un procédé électrolytique permettant le co-dépôt nickel-cobalt
et particules céramiques donnant un composite dur ayant une bonne résistance à l'usure
et à l'érosion.
La difficulté de tels co-dépôts nickel-cobalt provient du fait suivant : pour que
deux ou plusieurs espèces puissent se décharger simultanément sur la cathode lors
d'une électrolyse , ces espèces doivent se trouver sous des formes ioniques telles
qu'elles aient des potentiels de décharge voisins au cours de la déposition, ce qui
n'est pas le cas du nickel et du cobalt.
L'obtention d'un tel alliage électrolytique Ni-Co-céramique nécessite :
- le rapprochement des tensions d'équilibre des métaux présente en solution,
- l'augmentation de la surtension du métal le plus positif,
- la diminution de la surtension du métal le plus négatif.
[0012] Ainsi un des buts de l'invention est de trouver le meilleur compromis entre toutes
les conditions opératoires pour aboutir à un dépôt électrolytique efficace de nickel
cobalt et d'optimiser le rapport Ni/Co lors du processus d'électrolyse afin de permettre
une bonne dispersion des particules céramiques dans le revêtement final ainsi qu'une
homogénéité suffisante dudit revêtement.
[0013] Ainsi, selon l'objet de l'invention, un procédé de protection contre l'oxydation
et l'érosion par frottement à une température inférieure à 600°C, d'un substrat en
acier allié ou en superalliage base nickel est réalisé par codéposition électrolytique
d'un revêtement formé d'une matrice binaire nickel-cobalt comportant une dispersion
homogène de particules céramiques M choisies dans le groupe des oxydes et des carbures
comme par exemple SiC, Al2 O3 et Cr2 O3, ledit revêtement comportant une teneur massique
de particules céramiques M comprise entre 3,5% et 10%.
[0014] Selon une particularité de l'invention, le dépôt électrolytique est effectué dans
un bain en milieu sulfamate comportant une teneur totale en sels métalliques ( Ni
+ Co) comprise entre 70g/l et 100g/l, la concentration totale des particules M en
suspension dans le bain est comprise entre 50g/l et 300g/l tandis que le rapport massique
Ni/Co du bain d'électrolyse sera choisi entre 5 et 33 ainsi qu'il sera vu plus loin.
[0015] D'autres caractéristiques du procédé selon l'invention, et les résultats obtenus
seront explicités ci-après en regard des figures annexées parmi lesquelles :
- la figure 1 montre en coupe une cuve à électrolyse du type utilisé dans le processus
selon l'invention.
- la figure 2 montre l'influence du rapport Ni/Co et de la densité de courant sur
la composition du revêtement,
- la figure 3 montre l'influence de la concentration en sels métalliques (Ni + Co)
dans le bain sur la composition du revêtement.
- la figure 4 est une photomicrographie (grossissement 1000 fois) de la coupe d'un
revêtement Nickel-Cobalt - SiC obtenu par le procédé décrit dans l'invention,
- la figure 5 est une vue similaire d'un revêtement Nickel-Cobalt + Cr2 O3 selon l'invention,
- la figure 5a est également une coupe d'un revêtement Nickel-Cobalt Al2 O3, au même
grossissement,
- les figures 6a à 6h montrent des micrographies (grossissement 1000 fois) du revêtement
Ni-Co-SiC pour présenter l'influence de la température et du temps de maintien à température
sur la morphologie et l'oxydation du revêtement,
- les figures 7a et 7b montrent des micrographies (grossissement 5000 fois) du même
revêtement à l'état brut 100h à 600°C sous air,
- les photos 8a, 8b, 9a, 9b, 10a, 10b, montrent respectivement des images X du silicium
(8), du nickel (9) et du cobalt (10) respectivement à l'état brut (indice a) et après
100h à 600°C (indice b), d'un revêtement Ni-Co-SiC (grossi 5000 fois),
- les figures 11 à 13 donnent les courbes d'usure d'un revêtement Ni-Co-SiC en couples
homogènes (matériaux identiques opposés l'un à l'autre) et en couples hétérogènes
(matériaux différents) respectivement à 20°, 250° et 400°C pour les couples suivants
:
| Ni-Co-SiC |
sur |
Ni-Co-SiC |
(à 400°C) |
| Ni-Co-SiC |
sur |
Z12 C13 |
(à 20, 250° et 400°C) |
| Ni-Co-SiC |
sur |
NC 20 K 14 |
[0016] Les diverses expériences effectuées ont été réalisées dans une cuve d'électrolyse
rectangulaire ou cylindrique telle que celle montrée à la figure 1. Si l'on s'y réfère,
dans un bac 1 rempli d'eau chauffée par une résistance chauffante 2, on a disposé
une cuve 3 d'électrolyse comportant des sels de Ni et Co et des particules céramiques
en suspension et dont la composition sera précisée plus loin. Des anodes 4 alimentées
par un générateur de courant (non représenté) étant constituées de billes de nickel
S disposées dans des paniers de titane.
[0017] Un système combiné d'agitation du bain a été réalisé. En effet, les modes d'agitation
simple se sont révélés peu efficaces pour maintenir la dispersion des particules au
sein de l'électrolyte et pour obtenir dans le revêtement final un taux d'occlusion
acceptable et reproductible.
[0018] La combinaison de plusieurs agitations appropriées a permis de maîtriser la mise
en suspension des fines particules céramiques dans l'électrolyte et de ce fait leur
assurer une meilleure incorporation dans la matrice métallique. Ainsi a été mise au
point une installation particulière comprenant d'une part un double brassage de l'électrolyte
par air comprimé 5 et par l'emploi d'un disperseur à turbine 7 tournant à haute vitesse,
les essais effectués entre 1750 et 2250 tours par minute ayant montré qu'une vitesse
de rotation de 2000 t/minute du disperseur 7 combinée avec le brassage à l'air était
préférentielle. D'autre part les pièces 6 disposées sur la cathode ont été installées
sur un mécanisme de translation "monte et baisse" à vitesse contrôlée ayant une course
variable suivant la nature etla taille des pièces à revêtir.
[0019] Avant d'incorporer des particules céramiques dans le bain, celui-ci a été optimisé
et pour ce faire, diverses compositions d'électrolyte ont été testées et on a retenu
des bains nickel-cobalt en milieu sulfamate en raison des revêtements performants
qu'ils produisent tant au point de vue des caractéristiques mécaniques que de la stabilité
de composition d'alliage. De plus, contrairement aux autres bains couramment utilisés
(au chlorure, à l'acétate ou au pyrophosphate), ils procurent des revêtements à faibles
contraintes internes tout en acceptant des vitesses de déposition élevées.
[0020] Les bains utilisés comprenaient :
- des constituants primaires
. le sulfamate de nickel, source d'ions Ni⁺⁺ indispensable au revêtement de nickel
;
. le sulfamate de cobalt, source d'ions Co⁺⁺ permettant le dépôt simultané avec
le nickel,
. l'acide borique, agent tampon utilisé pour maintenir constant le pH au sein
du bain et à l'interface cathode-solution,
. le chlorure de nickel (en concentration maximale 10 g/l), car bien qu'étant
à l'origine de contraintes internes, il favorise la corrosion des anodes, donc l'augmentation
du rendement cathodique du bain et en variante,
. le bromure de nickel qui peut être employé à la place du chlorure de nickel,
si le bain contient peu de cobalt (1,5 g/l) ; mais crée un risque de passivation anodique
si la teneur en cobalt dans le bain est élevée.
- des constituants secondaires (agents d'addition) :
. des produits mouillants (tensio-actifs et/ou surfactants) qui accélèrent le
départ des bulles d'hydrogène à la surface des pièces et permettent d'éviter la formation
de piqûres dans le revêtement,
. des produits nivellants qui diminuent la présence de fortes excroissances aux
densités de courant cathodiques élevées,
- des produits réducteur de tensions internes.
[0021] 9 combinaisons ont été essayées, correspondant à des rapports Ni/Co égaux respectivement
à 5,15 et 20 soit une teneur en cobalt en solution de l'ordre de 16,6 - 6,2 et 4,3
% et à des teneurs massiques de sel métalliques Ni + Co égales respectivement à 75
g/l (concentration en normalité 2,54 N), 87,5 g/l (concentration 2,96 N) et 100 g/l
(concentration 3,40 N). Ces 9 compositions de bains sulfamate sont détaillées dans
le tableau 1.
[0022] Les conditions de montage des bains utilisés ont été réalisées selon la séquence
suivante :
- mettre dans la cuve la moitié du volume d'eau déionisée nécessaire,
- ajouter le volume de nickel sulfamate calculé à partir des solutions concentrées
réceptionnées,
- chauffer la solution à 40 - 45°C et agiter constamment.
- ajouter la quantité de chlorure de nickel par petites quantités et agiter la solution
jusqu'à dissolution complète,
- ajouter l'acide borique peu à peu, (il est recommandé de dissoudre l'acide borique
dans une solution d'eau déionisée chauffée à 65-70°C pour accélérer cette opération),
- ajouter le volume de sulfamate de cobalt requis et homogénéiser la solution ,
- traiter la solution au charbon actif pour éliminer les impuretés organiques, la
durée du traitement est de 3 heures.
- filtrer la solution,
- ajuster le pH avec une solution d'acide sulfamique diluée à 10% en masse,
- amener au volume requis avec de l'eau déionisée,
- ajouter l'agent mouillant (lauryl-sulfate de sodium).
[0023] L'évolution de l'élément cobalt dans l'alliage nickel-cobalt formé a pu être suivie
sur toute une gamme de densités de courants en tenant compte de paramètres variables
comme le rapport Ni/Co et la concentration totale en sels métalliques (Ni + Co).
[0024] Les analyses effectuées par spectrométrie d'émission plasma (ICP) sur les échantillons
ayant reçu un revêtement électrolytique dans les 9 bains C à K (voir Tableau 1), ont
permis de sélectionner quatre compositions d'alliages (23 ± 3, 42 ± 4, 64 ± 2 et 72
± 2% de cobalt) en vue de les caractériser en structure, dureté et niveau de contrainte
interne et ces derniers tests ont conduit à ne retenir que les revêtements à 29 et
42% de cobalt correspondant aux bains F et G. Le revêtement à 29% Co a été choisi
pour ses faibles contraintes internes (environ 100 MPa), celui à 42% de Co pour sa
dureté élevée (550HV).
[0025] Les essais de caractérisation ont montré que l'alliage à 29% de Co est légèrement
supérieur au nickel pur et à l'alliage à 42% dans les domaines de la résistance à
l'usure à 20°C en couples hétérogènes, de la résistance à l'abrasion et de la tenue
à l'érosion sous faibles angles d'impact.
[0026] Pour ces raisons, le revêtement final souhaité, incorporant des particules céramiques,
a été choisi comme la matrice binaire nickel-cobalt à 29% de cobalt.
[0027] Toutefois, pour obtenir cette valeur finale en cobalt compte-tenu de la présence
des particules céramiques M dans le bain, le rapport Ni/Co a été choisi égal à 15
et la teneur totale (Ni + Co) égale à 87,5 g/l (bain G du tableau 1), pour aboutir
à la concentration en cobalt désirée.
[0028] Ces paramètres de codéposition Ni-Co ayant été optimisés, l'incorporation de poudres
céramiques M de trois sortes a été testée dans les bains d'électrolyte. Ainsi ont
été utilisés le carbure de silicium SiC, Cr2 O3 et l'alumine Al2 O3.
[0029] Dans les trois cas, la teneur massique des particules céramiques M en suspension
dans l'électrolyte a été retenue dans la gamme comprise entre 70 et 150 g/l.
[0030] Les nombreux essais effectués ont montré que l'homogénéité de la dispersion des particules
céramique dans le revêtement obtenu était satisfaisante avec une granulométrie de
la poudre M comprise entre 1 et 5 micromètres, comme le confirment les photomicrographies
des figures 5 à 7.
[0031] On a constaté également que, avant addition des particules céramiques dans les bains
d'électrolyse et en particulier avec SiC et Al2 O3, il est important d'éliminer toute
trace d'impuretés métalliques gênantes (par exemple le fer) et, pour ce faire, on
prévoit dans l'invention de soumettre les poudres céramiques à une opération préalable
de décontamination par lavage acide en milieu chlorhydrique.
[0032] Les essais effectués avec les trois types de céramiques précitées ont été accomplis
avec les paramètres d'électrolyse suivants :
- densité de courant (ddc) comprise entre 2,5 et 15 A/dm2
- température comprise entre 50 et 54°C,
- pH compris entre 3,5 et 4,5.
[0033] La détermination de ces paramètres a été dictée par les raisons suivantes :
[0034] Le choix d'une température particulière réside dans le fait que l'intérêt fondamental
d'une élévation de température est d'accroître le maximum admissible de densité de
courant en vue d'obtenir des vitesses de réactions électrochimiques et de diffusion
élevées. Cependant, on observe des problèmes au niveau de la vitesse de transport
des particules, ce qui peut diminuer le taux d'occlusion.
[0035] Dans un domaine de températures compris entre 20 et 60°C, le taux d'incorporation
des particules Al2 O3 ou de SiC reste constant, mais celui de Cr3 C2 croît avec la
température.
[0036] La densité de courant est un paramètre important qui dépend de la concentration molaire
de l'électrolyte et de la température du bain. Lors de la formation d'un revêtement
la densité de courant conditionne sa vitesse de déposition, sa structure, sa répartition...
En ce qui concerne les revêtements composites, la quantité de particules incorporées
est en relation directe avec la densité de courant appliquée. Ainsi le pourcentage
global de particules occluses diminue avec l'augmentation de la densité de courant
et, c'est pourquoi il est préférable de travailler à basse densité de courant (5A/dm2)
pour augmenter le taux de particules dans la matrice métallique étant donné que la
vitesse des ions métalliques est supérieure à la vitesse d'adsorption des particules.
[0037] Cette observation est vérifiée notamment dans le cas d'incorporation de particules
Al2 O3 et celles de SiC. Plus précisément dans le cas où les particules céramiques
sont respectivement SiC, Al2 O3, Cr2 O3 , les paramètres précédents ont été choisis
aux valeurs suivantes :
| |
SiC |
Al2 03 |
Cr2 O3 |
| ddc = |
5 A/dm2 |
5 A/dm2 |
3 A/dm2 |
| Température |
52°± 2°C |
52°± 2°C |
52°C± 2°C |
| pH = |
4 ± 0,2 |
4± 0,2 |
4± 0,2 |
et les revêtements obtenus avaient pour compositions pondérales :
66 ± 2% Ni, 30 ± 2% Co, 4 ± 2% SiC.
63 ± 3% Ni, 32 ± 2% Co, 4,5 ± 0,5 Al2 O3
58 ± 3% Ni, 33 ± 3% Co, 9 ± 1% Cr2 O3
[0038] Les revêtements précités ont été déposés sur deux types de substrats, un acier allié
à haute résistance Z 85 W CD V6 (Norme AFNOR - acier comportant 0,85% C + 6% W + 5%
Cr + 4% Mo + 2% Va) et deux superalliages base nickel NC 19 FeNb (Norme AFNOR - alliage
base Ni comportant 19% Cr + 18% Fe + 5% Nb) et NC 22 FeD (Norme AFNOR - alliage base
nickel comportant 22% Cr + 19% Fe + 9% Mo).
[0039] Ces substrats sont significatifs des alliages base fer et base nickel car les revêtements
selon l'invention présentent une bonne adhérence sur ces alliages et, de ce fait,
tous les substrats base fer ou base nickel peuvent être aussi recouverts par les revêtements
de protection selon l'invention.
[0040] Ces substrats doivent subir une préparation de surface avant de subir le revêtement
électrolytique. Les gammes de préparation de surface comprenant les opérations de
dégraissage, d'activation de surface sont classiques. Un bain de prénickelage contenant
une teneur plus ou moins élevée en acide chlorhydrique doit être utilisé pour assurer
une adhérence maximale avant d'appliquer le revêtement de nickel-cobalt-céramique
sur les substrats précités.
[0041] La pièce est alors apte à recevoir le dépôt nickel-cobalt céramique indiqué plus
haut.
[0042] Après formation de ce revêtement dans les conditions précitées, on peut effectuer
un chromage électrolytique de faible épaisseur, par exemple comprise entre 2 et 10
micromètres afin d'augmenter la résistance à l'oxydation à chaud du revêtement Nickel-Cobalt-Céramique.
[0043] En ce qui concerne le cas particulier du revêtement Ni-Co-SiC, la consolidation
des particules dans la matrice peut être améliorée par un traitement thermique ultérieur
de diffusion du silicium sous gaz inerte pendant une durée comprise entre 1 heure
et 3 heures à une température de 550°C à 620°C.
- Après dépot du revêtement protecteur, des examens de structure ont été effectués,
les exemples donnés ici ayant été choisis dans le cas d'un revêtement Ni-Co-SiC. Les
examens ont été réalisés sur état brut après revêtement et après des maintiens de
2 à 100 H à des températures variant de 400 à 600°C. Les méthodes suivantes ont été
utilisées :
- microscopie optique sur état poli non attaqué
- microscopie électronique à balayage (MEB) après polissage électrolytique dans une
solution sulfurique/méthane (1/7 - 0°C - 10 sec.)
- analyses en dispersion d'énergie (ADE).
[0044] A l'issue de ces examens, les points importants suivants au regard des tableaux et
des planches annexées ont été retenus :
- A l'état brut (figures 6a à 6h) les particules SiC (en gris foncé) sont réparties
uniformément dans le revêtement. Les examens MEB mettent en évidence le contact intime
entre ces particules et la matrice métallique nickel-cobalt.
- Parallèlement l'état vieilli 100 H à 600°C a fait l'objet d'une caractéristique
particulière.
[0045] Les micrographies (photos 7a et 7b) mettent en évidence un changement de coloration
des particules SiC (de gris foncé en gris clair) correspondant à un appauvrissement
en silicium. En effet, la microanalyse X révèle un phénomène de diffusion du silicium
des particules dans la matrice métallique nickel-cobalt (photos 8 à 10).
[0046] Au cours de la préparation des échantillons, on remarque le bon accrochage des particules
dans la matrice.
[0047] Pour vérifier la présence éventuelle de diffusions substrat-revêtement, des filiations
de compositions des principaux éléments chimiques au moyen de microanalyse X ont été
effectuées. A l'issue de ces examens, seules des diffusions des éléments chrome et
fer dans la matrice nickel-cobalt ont pu être observées sur des profondeurs respectives
de 10 et 20 micromètres par rapport à l'interface substrat/revêtement.
- La comparaison de différents états vieillis 100 h à 450, 500, 550 et 600°C a permis
de montrer l'évolution de comportement des revêtements (photos 6b à 6h) :
- après 100 h à 450°C, on constate que le changement de coloration (gris foncé à gris
clair) ne s'est pas réalisé totalement. Cependant de nombreuses particules présentent
deux zones de coloration différentes : une zone gris foncé avec une teneur en silicium
comparable à celle obtenue à l'état brut et une zone gris clair appauvrie en silicium.
[0048] Donc après 100 h à 450°C, la diffusion du silicium des particules vers la matrice
nickel-cobalt est encore incomplète.
[0049] Les photos 6a à 6h montrent également que la profondeur oxydée en surface est liée
au temps de maintien en température mais que cette couche est d'épaisseur sensiblement
constante pour 100 h à 500,550 ou 600°C.
- Des essais d'usure par abrasion sur abrasimètre TABER comportant deux meules circulaires
chargées d'un lest entrainées par frottement par la pièce à tester animée d'un mouvement
circulaire, dont les résultats sont résumés au tableau 2, montrent que les revêtements
Ni-Co-SiC présentent une excellente tenue à l'usure par abrasion, comparativement
à des revêtements traditionnels Ni-Co à 29% ou à 42% de Co sans adjonction de céramique.
Jusqu'à 700°C pendant 2 h le Ni-Co-SiC présente un meilleur comportement que les revêtements
Ni et Ni-Co sans adjonction de céramique ;
- des essais de résistance à l'usure en frottement alterné à sec des revêtements composites
selon l'invention ont été réalisés en couple homogène et en couple hétérogène. Les
couples testés ont été les suivants :
| Ni-Co-SiC / |
Ni-Co-SiC |
(à 400°C) |
| Ni-Co-SiC / |
Z12 C13 |
(à 20, 250 et 400°C) |
| Ni-Co-SiC / |
NC 20 K14 |
[0050] Les résultats en sont donnés aux figures 11 à 13 et montrent que, si le revêtement
Ni-Co-SiC a un comportement moyen en couples homogènes, le comportement en couples
hétérogènes est bon à 400°C et que ce comportement peut encore être sensiblement amélioré
par une rectification préalable du revêtement.
[0051] Les essais similaires effectués avec les revêtements Ni-Co-Al2 O3 et Ni-Co-Cr2 O3
(bien que non illustrés ici), montrent des résultats équivalents avec toutefois une
meilleure tenue à l'érosion pour Ni-Co-Al2 O3 et une meilleure tenue en frottement
pour Ni-Co-Cr2 O3.
[0052] Le type de revêtements composites selon l'invention est intéressant car il permet
en fonction du matériau antagoniste, d'obtenir un couple de frottement plus faible
que ceux rencontrés avec d'autres types de revêtements protecteurs.
[0053] Il a pour autre avantage de permettre l'utilisation en frottement de couples hétérogènes
de matériaux.
[0054] Ces revêtements protecteurs composites présentent donc des avantages notables et
peuvent se révèler également intéressants pour la fonction étanchéité en sommet d'aubes
de compresseur, où la garantie d'un jeu minimal est impérative sur le plan performances.
L'étanchéité est, dans ce cas, assurée par le matériau abradable situé sur le carter
partiellement usinable par l'aube en vis-à-vis. Les revêtements composites selon l'invention
permettent d'assurer l'interférence aube/abradable sans usure notable. Ils permettent
en effet de jouer sur la ductilité de la matrice "nickel-cobalt" et sur la fragilité/dureté
du grain abrasif "particules céramiques" de façon à assurer l'usure de l'abradable
par l'aube dans le rapport 90/10 et de limiter ainsi la réduction des performances
du moteur.
[0055] Dans le cas où ces revêtements ont subi l'étape complémentaire de chromage électrolytique
ils trouveront une utilisation privilégiée dans les pièces de frottement soumises
à des températures supérieures ou égales à 400°C en atmosphère oxydante.
[0056] D'autre part, les revêtements selon l'invention, ayant subi le traitement thermique
complémentaire de diffusion verront leur durée de vie en frottement notablement augmentée.
TABLEAU 1
| Formulations de bains nickel-cobalt (volume 1 litre) |
| Repères bains |

|
Nickel Sulfamate * |
Chlorure de Nickel |
Nickel total g/l |
Cobalt Sulfamate ** |
Volume eau q.s / 11 |
pH du bain |
Masse Volumique à 20° C |
| |
|
ml volume |
Ni° g/l |
g/l NiCl₂ |
Ni° g/l |
|
ml volume |
Co° g/l |
|
|
|
| |
| Ni + Co = 75 g/l (2,54 N) |
| D |
5 |
364 |
60 |
10 |
2,5 |
62,5 |
71,4 |
12,5 |
565 |
3,9 ±0,2 |
1,246 |
| C |
15 |
411 |
67,8 |
10 |
2,5 |
70,3 |
28,4 |
4,7 |
561 |
3,9 ±0,2 |
1,242 |
| E |
20 |
418 |
69 |
10 |
2,5 |
71,5 |
20,3 |
3,6 |
562 |
3,9 ±0,2 |
1,247 |
| Ni + Co = 87,5 g/l (2,96 N) |
| H |
5 |
427 |
70,4 |
10 |
2,5 |
72,9 |
83,4 |
14,6 |
490 |
3,9 ±0,2 |
1,291 |
| G |
15 |
482 |
79,5 |
10 |
2,5 |
82,00 |
31,2 |
5,4 |
487 |
4,0 ±0,2 |
1,282 |
| F |
20 |
490 |
80,8 |
10 |
2,5 |
83,3 |
23,8 |
4,2 |
436 |
3,9 ±0,2 |
1,282 |
| Ni + Co = 100 g/l (3,39 N) |
| K |
5 |
492 |
81,2 |
10 |
2,5 |
83,7 |
95,4 |
16,7 |
412 |
3,9 ±0,2 |
1,315 |
| J |
15 |
553 |
91,2 |
10 |
2,5 |
93,7 |
35,7 |
6,26 |
411 |
4,0 ±0,2 |
1,305 |
| I |
20 |
562 |
92,8 |
10 |
2,5 |
95,3 |
27,1 |
4,75 |
411 |
3,9 ±0,2 |
1,307 |
| - rajout de 40 g/l d'acide borique + 40 mg/l de lauryl sulfate de sodium (agent mouillant)
|
| * solution nickel sulfamate à 165 g de nickel métal/l soit lg nickel métal = 6,06
ml (NiNH₂SO₃)₂ 4H₂O |
| ** solution cobalt sulfamate à 175 g de cobalt métal/l soit lg cobalt métal = 5,71
ml (CoNH₂SO₃)₂ 4H₂O |
TABLEAU 2
| Résultats d'essais d'abrasion TABER du NiCoSiC. |
| Traitements Thermiques/air |
Variation de masse mg/4000 cycles |
Indice d'usure TABER |
Volume abrasé (mm3) |
| sans |
8 |
2 |
0,9 |
| 2 h 400°C |
8 |
2 |
0,9 |
| 2 h 500°C |
8 |
2 |
0,9 |
| 2 h 600°C |
9 |
2,25 |
1 |
| 100 h 600°C |
14 |
3,5 |
1,6 |
| 2 h 700°C |
12 |
3 |
1,4 |
1. - Procédé de protection contre l'oxydation et l'érosion par frottement à une température
inférieure à 600°C, d'un substrat en acier allié ou en superalliage base nickel caractérisé
en ce qu'il est réalisé par codéposition électrolytique d'un revêtement formé d'une
matrice binaire nickel-cobalt comportant une dispersion homogène de particules céramiques
M choisies dans le groupe des oxydes et des carbures et notamment formé par SiC, Al2
O3 et Cr2 O3, ledit revêtement comportant une teneur massique de particules céramiques
M comprise entre 3,5% et 10%, ladite codéposition étant effectuée dans un bain sulfamate
comportant une teneur en sels métalliques (Ni + Co) comprise entre 70g/l et 100 g/l
avec un rapport massique Ni/Co du bain comprise entre 5 et 33 et en ce que la teneur
massique des particules M en suspension dans le bain est comprise entre 50g/l et 300
g/l.
2. - Procédé de protection selon la revendication 1, caractérisé en ce que le rapport
massique Ni/Co de bain d'électrolyse est égal à 15.
3. - Procédé de protection selon l'une quelconque des revendications 1 ou 2, caractérisé
en ce que la concentration totale en sels métalliques (Ni + Co) du bain est égale
à 87,5 g/l.
4. - Procédé de protection selon l'une quelconque des revendications 1 à 3 caractérisé
en ce que la teneur massique des particules céramiques M en suspension dans le bain
est comprise entre 70 et 150 g/l.
5. - Procédé de protection selon l'une quelconque des revendications 1 à 4, caractérisé
en ce que la granulométrie des particules céramiques M en suspension est comprise
entre 1 et 5 micromètres.
6. - Procédé de protection selon l'une quelconque des revendications 1 à 5, caractérisé
en ce que avant l'introduction des particules céramiques M dans le bain électrolytique,
on les soumet à une opération de décontamination par lavage acide en milieu chlorhydrique.
7. - Procédé de protection selon l'une quelconque des revendications 1 à 6, caractérisé
en ce que le codépôt électrolytique Ni-Co-M est conduit avec les paramètres suivants
:
- densité de courant (ddc) comprise entre 2,5 et 15A/dm2 ;
- température comprise entre 50 et 54°C ;
- pH compris entre 3,5 et 4,5 ;
8. - Procédé de protection selon la revendication 7, caractérisé en ce que les anodes
sont constituées de billes de nickel S disposées dans des paniers en titane.
9. - Procédé de protection selon l'une des revendications 7 ou 8, caractérisé en ce
que le co-dépôt électrolytique Ni-Co-M est réalisé avec un brassage du bain d'électrolyte
aux moyens combinés d'un disperseur à turbine et d'un brassage à l'air comprimé et
avec un mouvement de translation "monte et baisse" de la cathode.
10. - Procédé de protection selon l'une des revendications 7 à 9, caractérisé en ce
que le codépôt électrolytique est réalisé dans une cuve comportant au moins un disperseur
à turbine d'axe vertical à vitesse de rotation comprise entre 1750 et 2250 t/mn ainsi
qu'une arrivée d'air sous pression en fond de cuve, la pièce à revêtir soumise à une
tension cathodique étant disposée entre le disperseur et l'arrivée d'air comprimée
sur un bras "monte et baisse".
11. - Procédé de protection selon l'une quelconque des revendications 7 à 10, caractérisé
en ce qu'on effectue une étape supplémentaire de chromage électrolytique d'épaisseur
comprise entre 2 et 10 micromètres.
12. - Procédé de protection selon l'une quelconque des revendications 4 à 12 dans
lequel les particules M sont des particules SiC, caractérisé en ce que les conditions
opératoires de codépôt électrolytique sont :
- ddc = 5 A/dm2
- température = 52°C
- pH = 4
13. - Procédé de protection selon la revendication 12 caractérisé en ce qu'on effectue
une opération supplémentaire de traitement thermique de diffusion du silicium dans
la matrice sous gaz neutre pendant une durée comprise entre 1 heure et 3 heures à
une température comprise entre 550°C et 620°C.
14. - Revêtement protecteur obtenu par le procédé selon l'une des revendications 12
ou 13, caractérisé en ce qu'il comporte une composition pondérale égale à
Ni : 63 ± 2%, Co = 30±2%, SiC = 4±2%.
15. - Procédé de protection selon l'une quelconque des revendications 2 à 10 dans
lequel les particules M sont des particules Al2 O3, caractérisé en ce que les conditions
opératoires de codépôt électrolytique sont :
- ddc = 5 A/dm2
- température = 52°C
- pH = 4
16. - Revêtement protecteur obtenu selon le procédé de la revendication 15, caractérisé
en ce qu'il comporte une composition pondérale égale à :
Ni = 63 ± 3%, Co = 32 ± 2%, Al2 O3 = 4,5 ± 0,5%.
17. - Procédé de protection selon l'une quelconque des revendications 2 à 10 dans
lequel les particules M sont des particules Cr2 O3, caractérisé en ce que les conditions
opératoires de codépôt électrolytique sont :
- ddc = 3 A/dm2
- température = 52 °C
- pH = 4
18. - Revêtement protecteur obtenu selon le procédé de la revendication 17, caractérisé
en ce qu'il comporte une composition pondérale égale à :
Ni = 58 ± 3%, Co = 33 ± 3%, Cr2 O3 = 9 ± 1%