[0001] La présente invention est relative à un procédé et un appareillage d'obtention de
très basses températures.
[0002] Parmi les méthodes d'obtention de très basses températures, une des plus intéressantes
fait appel à la dilution de l'isotope 3He dans l'hélium ordinaire 4He. Au-dessous
de 2,17°K environ, un mélange 4He - 3He présente deux phases, la teneur limite de
3He dans 4He étant d'environ 6%.
[0003] Pour exposer de façon quelque peu simpliste le principe de procédés connus, supposons
que, dans une "boîte de mélange" placée dans une enceinte à vide refroidie à une température
de l'ordre de 2°K ou moins, il y ait du 3He et du 4He en quantités telles qu'il y
ait deux phases, une phase de "solution" et une phase de 3He pur, si nous diminuons
la concentration en 3He de la phase solution,du 3He pur va s'y dissoudre pour rétablir
la concentration d'équilibre, et l'énergie nécessaire à cette dissolution sera empruntée
à la boîte de mélange, qui va par conséquent se refroidir.
[0004] Le mot "solution" est employé pour simplifier, on sait que les définitions usuelles
s'appliquent mal aux très basses températures.
[0005] Dans la pratique, la boîte de mélange est associée à une colonne remplie de solution
à l'équilibre, et au sommet de laquelle est placé un évaporateur qui permet d'extraire
3He de la solution. Il se crée un gradient de concentration dans la colonne, et du
3He migre de la boîte de mélange vers l'évaporateur, ce qui entraîne la dissolution
de 3He pur et le refroidissement de la boîte de mélange.
[0006] Pour qu'un tel dispositif, ou cryostat, fonctionne en continu, il suffit d'introduire
dans la boîte de mélange du 3He liquide, mélangé éventuellement d'un peu de 4He, pour
compenser les départs.
[0007] On pourrait faire fonctionner d'une manière analogue un cryostat dans lequel la
boîte de mélange contiendrait une phase solution et une phase de 4He pur.
[0008] Avec de tels cyostats, la présence d'une installation de distillation nécessite
une installation de pompage comportant des tuyaux de gros diamètre et rend difficile,
sinon impossible, le fonctionnement dans toutes les orientations ou en apesanteur
(utilisation dans l'espace par exemple).
[0009] Le but de l'invention est de permettre de s'affranchir de ces contraintes par la
réalisation d'un cryostat ne comportant ni distillateur ni ligne de pompage basse
pression.
[0010] Pour obtenir ce résultat, l'invention fournit un procédé d'obtention de très basses
températures selon lequel on crée, dans une boîte de mélange placée dans une enceinte
à vide refroidie à une température de l'ordre de 2°K ou inférieure, un système diphasique
comprenant une phase de solution de 3He dans 4He liquide, et une phase de liquide
formée de l'isotope 3He pur, on fait passer cet isotope dans la phase de solution,
l'énergie de mise en solution étant empruntée à la boîte de mélange pour la refroidir,
on extrait 3He de la boîte de mélange à l'état de solution et on introduit dans la
boîte de mélange une quantité dudit 3He à l'état de liquide pur égale à la quantité
de cet isotope qui quitte la boîte de mélange à travers la solution, ce procédé présentant
pour particularité qu'on crée le système diphasique en alimentant en continu la boîte
de mélange avecdu 4He et du 3He liquides introduits séparément, en ce qu'on extrait
la phase solution dans des conditions de vitesse telles que le 3He qu'elle contient
ne puisse pas diffuser à contre-courant dans la solution de façon suffisante pour
élever de façon notable la teneur en 3He du 4He liquide introduit et réduire la dissolution,
dans ce 4He, du 3He liquide introduit simultanément.
[0011] Le procédé de l'invention présente de notables différences avec l'art antérieur.
Dans les deux cas, on cherche à avoir un 4He à faible teneur en 3He, et dans lequel
le 3He liquide introduit pourra se dissoudre aisément avec production de froid.
[0012] Dans l'art antérieur, on abaisse la teneur en 3He en faisant diffuser celui-ci à
travers la solution en direction d'un évaporateur. Selon l'invention au contraire,
on extrait la solution à une vitesse telle que le 3He ne puisse par revenir en arrière
pour élever la teneur en 3He du 4He et le rendre par conséquent moins apte à dissoudre
le 3He liquide. Dans le système de l'art antérieur, on devine instinctivement qu'il
faudra préférer un conduit d'évacuation large, où la vitesse de circulation sera faible,
en effet, le 4He reste pratiquement stagnant. Au contraire, le conduit d'évacuation
d'un cryostat selon la présente invention sera, de préférence, étroit, et la vitesse
de circulation relativement élevée.
[0013] L'invention va maintenant être exposée plus en détail à l'aide d'un exemple pratique
illustré à l'aide de la figure unique, qui est en coupe schématique, d'un cryostat
expérimental conforme à l'invention.
[0014] La partie froide du cryostat est seule représentée sur la figure. L'ensemble est
inclus dans une enceinte 1 portée à la température de 1,8°K. Les deux isotopes 3He
et 4He arrivent respectivement dans l'enceinte par des capillaires 2 et 3, en phase
liquide et sous une pression voisine de 1/2 atmosphère. Le mélange ressort de l'enceinte
par un capillaire 4. Ces trois capillaires ont, dans le cryostat décrit ici, un diamètre
intérieur de 0;3 mm. Un échangeur de chaleur 5 est constitué par trois capillaires
2A, 3A, 4A en CuNi de 0,1 mm de diamètre intérieur et de 0,5 mm de diamètre extérieur,
soudés ensemble sur toute leur longueur à l'étain et raccordés d'une part aux capillaires
2 à 4, et d'autre part à la boîte de mélange. Le mélange des deux composants se fait
dans la boîte de mélange en cuivre 6 d'un volume très faible (quelques millimètres
cubes) dont la paroi est revêtue de poudre d'argent frittée pour en augmenter la surface
d'échange. Un thermomètre 7, constitué par une résistance de germanium, est vissé
à l'extérieur de cette boîte.
[0015] Pour tester ce cryostat, on a utilisé deux montages différents. Le premier consiste
en un cryostat classique qui par pompage d'un bain de 4He permet d'obtenir une température
voisine de 1,8°K. Dans ce bain d'hélium est immergée une enceinte à vide 1 contenant
la partie froide du cryostat précédemment décrite. Les deux isotopes purs d'hélium
sont injectés sous forme de gaz dans le cryostat à un débit contrôlé par deux régulateurs
de débit. Ces gaz sont liquéfiés à l'aide d'échangeurs dans le bain principal d'hélium
avant d'être envoyés dans l'enceinte froide 1.
[0016] Le second dispositif est un cryostat tournant fonctionnant par circulation continue
de 4He à partir d'un réservoir fixe. La rotation est obtenue à l'aide d'un raccord
tournant horizontal sur la ligne d'alimentation en liquide 4He. Ce cryostat permet
de refroidir un échangeur à une température voisine de 1,6°K en pompant le 4He et
en utilisant une vanne froide de détente. Sur cet échangeur est fixée l'enceinte 1
contenant la chambre de mélange . Les deux isotopes d'hélium sont injectés sous forme
gazeuse puis refroidis et liquéfiés dans les vapeurs d'hélium de la circulation principale.
[0017] Le fonctionnement d'un tel système nécessite une alimentation continue en 3He. Vu
le prix de cet isotope, il est préférable de récupérer le mélange dilué sortant du
cryostat et d'en séparer les deux constituants. Pour ce faire, on a utilisé une unité
annexe de distillation fonctionnant dans un cryostat séparé et permettant d'obtenir
les deux isotopes avec une pureté meilleure que 99% pour le 3He et 99,99% pour le
4He. On n'a pas décrit cette unité qui n'utilise que des techniques bien connues.
[0018] Avec le cryostat tel qu'il est décrit, on a obtenu une température stable inférieure
à 180 mK et totalement insensible à l'orientation du système par rapport à la verticale.
[0019] Il est avantageux d'utiliser, dans l'échangeur, des capillaires de plus petit diamètre
dans la partie chaude que dans la partie froide. Dans une autre réalisation, l'utilisation
d'un échangeur en deux parties, la partie la plus chaude étant réalisée avec du tube
de 0,05 mm et l'autre avec du tube de 0,2 mm, a permis d'obtenir une température de
125 mK avec des débits de 9 ml/mm pour le 3He et de 90 ml/mn pour le 4He (débits en
gaz TPN). Cela correspond à des vitesses linéaires de 10 cm/sec environ. Il a été
observé que, si le diamètre augmente, la vitesse critique diminue, au moins dans certaines
limites. Rien n'empêche dans le principe d'obtenir des températures plus basses, inférieures
à 100 mK. Les débits utilisés sont suffisamment faibles pour envisager l'utilisation
du système dans un satellite. En effet, dans ces conditions de fonctionnement, la
consommation pour un an est de 5 litres de 3He et de 50 litres de 4He (liquide).
[0020] Le système a réellement l'air très simple mais à la connaissance de l'inventeur,
un tel cryostat n'a jamais été proposé. La raison est que ce système ne fonctionne
que hors d'équilibre, à des débits bien définis, correspondant aux diamètres des tubes.
La compréhension du fonctionnement de ce système nécessite d'autre part la prise en
compte de la friction mutuelle entre le 4He superfluide et le 3He, phénomène qui n'a
été mis en évidence que récemment.
[0021] Deux cas très différents d'utilisation peuvent être envisagés :
- l'utilisation d'un tel système dans l'espace semble très prometteuse car la fiabilité
du système peut être extrêmement bonne du fait de sa simplicité. En effet, dans une
telle application, les deux isotopes sont embarqués au départ sous forme liquide
et le mélange est rejeté dans l'espace (il pourrait aussi être stocké tel quel dans
le cas d'un engin récupérable). Un tel système ne nécessite donc en principe aucun
système de pompage (seul un système de contrôle du débit est nécessaire). L'absence
de détente à froid (contrairement aux systèmes classiques) permet en outre de s'affranchir
des problèmes de bouchage dus aux impuretés dans l'hélium,
- dans des conditions normales (sur terre), ce dispositif s'applique dans tous les
cas où l'on recherche une grande mobilité et un faible encombrement. En effet, d'une
part le cryostat est insensible à la gravité (pas de surface de séparation de phases
liquide-gaz), d'autre part, les seules liaisons avec l'extérieur sont faites par trois
capillaires de moins d'un millimètre de diamètre. En particulier, un tel système peut
être monté sur un support orientable dans toutes les directions. Cependant, vu le
prix du 3He, il est nécessaire d'utiliser dans ce cas une unité annexe de distillation
comme cela a été décrit plus haut.
1. Procédé d'obtention de très basses températures selon lequel on crée, dans une
boîte de mélange placée dans une enceinte à vide refroidie à une température de l'ordre
de 2°K ou inférieur, un système diphasique comprenant une phase de solution de 3He
dans 4He liquide, et une phase de liquide formée de l'isotope 3He pur, on fait passer
cet isotope dans la phase de solution, l'énergie de mise en solution étant empruntée
à la boîte de mélange pour la refroidir, on extrait l'isotope 3He de la boîte de mélange
à l'état de solution et on introduit dans la boîte de mélange une quantité dudit isotope
à l'état de liquide pur égale à la quantité de cet isotope qui quitte la boîte de
mélange à travers la solution, caractérisé en ce qu'on crée le système diphasique
en alimentant en continu la boîte de mélange avec du 4He etdu 3He liquides introduits
séparément, en ce qu'on extrait la phase solution dans des conditions de vitesse telles
que le 3He qu'elle contient ne puisse pas diffuser à contre-courant dans la solution
de façon suffisante pour élever de façon notable la teneur en 3He du 4He liquide introduit
et réduire la dissolution, dans ce 4He, du 3He liquide introduit simultanément.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce qu'on fait circuler la solution
de 3He dans 4He à une vitesse de l'ordre de 10 cm/sec pour un conduit d'évacuation
pour un conduit d'évacuation de diamètre intérieur de l'ordre de 0,1 mm.
3. Appareillage pour la mise en oeuvre du procédé selon la revendication 1 ou 2, caractérisé
en ce qu'il comprend, dans une enceinte à vide refroidie (1), une boîte de mélange
(6) de faible volume, reliée à deux capillaires d'alimentation (2, 2A; 3, 3A) et
un capillaire d'évacuation (4, 4A), soudés ensemble entre la boîte de mélange et l'enceinte
à vide pour constituer en échangeur (5).
4. Appareillage selon la revendication 3, caractérisé en ce que, dans l'échangeur,
on utilise des capillai res de plus petit diamètre dans la partie chaude que dans
la partie froide.
5. Appareillage selon la revendication 3 ou 4, caractérisé en ce qu'il est relié à
une unité annexe de distillation permettant de séparer les deux isotopes contenus
dans le mélange pour les recycler.
6. Appareillage selon la revendication 3 ou 4 et conçu pour fonctionner dans l'espace,
caractérisé en ce qu'il est associé à des moyens pour stocker séparément les deux
isotopes, et à des moyens pour rejeter dans l'espace, ou stocker tel que, le mélange
de 3He et 4He produits.