DOMAINE TECHNIQUE DE L'INVENTION
[0001] La présente invention concerne un procédé d'obtention de fontes de moulage à graphite
sphéroïdal par traitement tardif de la fonte au moyen d'un additif nodulisant unique
permettant d'éviter l'inoculation.
ETAT DE LA TECHNIQUE
[0002] Les fontes de moulage à graphite sphéroïdal sont normalement obtenues par traitement
d'une fonte de base avec un premier additif dit "nodulisant" qui assure la formation
de graphite nodulaire ou sphéroïdal, et qui est le plus souvent du magnésium, par
exemple sous forme d'un alliage fer-silicium-magnésium, avec ou sans terre rare, puis
avec un inoculant qui modifie la germination du graphite et évite la formation de
cémentite qui fragiliserait la fonte ; l'inoculant est le plus souvent à base de silicium,
par exemple un alliage fer-silicium.
[0003] On sait également que l'effet du traitement de nodulisation est de courte durée (quelques
minutes) en raison de l'évanouissement de l'effet du magnésium à la température de
la fonte en fusion. Il est donc nécessaire de couler la fonte dans les moules très
peu de temps après introduction des additifs. Cette exigence est peu compatible avec
les conditions opératoires des fonderies modernes de grande capacité et largement
automatisées car il est très difficile de conserver pendant une longue période (une
demi-heure ou une heure, par exemple) une réserve de fonte traitée, dans des poches
ou des fours de coulée automatique de grande capacité, comme cela serait souhaitable.
La solution consiste alors à constituer une réserve de fonte en fusion non-traitée
et à procéder à un traitement "tardif", par nodulisation puis inoculation, dans les
quelques instants qui précèdent l'introduction de la fonte dans l'empreinte des pièces
à l'intérieur des moules.
[0004] Ces traitements "tardifs" sont réalisés essentiellement par deux types de procédés
:
- les procédés in-mold, dans lesquels les additifs en morceaux concassés ou moulés
sont placés dans des logements ménagés dans le chenal d'alimentation en fonte,
- les procédés "au jet" dans lesquels le ou les additifs, plus ou moins finement pulvérisé(s)
sons introduits dans le jet de coulée de fonte en sortie de la poche ou du four de
coulée automatique, lors du déversement dans le moule. Un procédé et un dispositif
relevant de ce dernier type ont été décrits dans notre brevet français FR 2588571
(=US 4723763). Ils permettent d'effectuer ces additions de façon continue et contrôlée,
dans des conditions qui assurent l'élimination des crasses que pourrait provoquer
cette opération.
[0005] La présente invention peut être mise en oeuvre aussi bien dans les procédés "in-mold"
que dans les procédés "au jet" et, de façon générale, dans tous les procédés de traitement
tardif, c'est-à-dire dans les quelques instants qui précèdent l'introduction de la
fonte dans les empreintes des pièces à l'intérieur des moules.
OBJET DE L'INVENTION
[0006] L'objet de la présente invention est un procédé de production de fonte de moulage
sphéroïdale ou vermiculaire caractérisé en ce que l'on procède à un traitement tardif
de la fonte de base au moyen d'un additif unique, assurant simultanément la nodulisation
et l'inoculation, cet additif étant un ferro-silico-magnésium comportant une addition
de bismuth et d'au moins un métal de la famille des Terres Rares.
[0007] On a déjà préconisé, antérieurement, l'utilisation de bismuth dans les inoculants.
Par exemple, le brevet français FR 2511044 (=US 4432793), au nom de la demanderesse
décrit un inoculant, connu sous la marque déposée "Sphérix", qui est un ferro-silicium
à 70-75 % de silicium, comportant de 0,005 à 3 % d'au moins l'un des métaux bismuth,
plomb ou antimoine, et de 0,005 à 3 % d'au moins un métal du groupe des terres rares.
Mais ce traitement est complémentaire de la nodulisation obligatoire par le magnésium,
effectuée dans un premier stade.
[0008] Dans la demande de brevet japonais KOKAI/JA-59/43823, au nom de KUSAKA, on préconise
l'introduction de bismuth et de cérium dans le nodulisant, mais l'inoculation ultérieure
au ferro-silicium reste nécessaire pour obtenir les caractéristiques optimales de
la fonte sphéroïdale.
[0009] La présente invention permet d'éviter le stade d'inoculation et d'obtenir directement
une fonte sphéroïdale possédant un nombre élevé de nodules de graphite, et une absence
totale de carbures même dans le cas de pièces de très faible épaisseur : quelques
millimètres.
[0010] L'additif permettant d'obtenir ce résultat a une composition comprise dans les limites
suivantes (exprimées en pourcent en poids) :
| Silicium : |
41 à 65 |
| Magnésium : |
2 à 30 |
| Bismuth : |
0,1 à 4 |
| Terres rares : |
0,5 à 4 |
| Ca, Ba, Sr : |
< à 4 (pour chaque élément) |
| Al : |
< à 1,5 |
| Fer : |
différence à 100 |
[0011] Dans tout ce qui suit, on désignera par "Terres rares" au moins un métal du groupe
des lanthanides, en particulier le cérium, éventuellement associé à d'autres métaux
de la même famille (tels que le lanthane) dans une proportion variable selon l'origine
du minerai et les traitements qu'il a subi.
[0012] Par rapport à l'art antérieur, le procédé, objet de l'invention se distingue essentiellement
par le fait qu'il combine nodulisation et inoculation en une seule opération qui est
effectuée en "tardif", ce qui entraine une simplification des procédures et du matériel
utilisés, donc un gain en prix de revient et en productivité de l'atelier de fonderie.
EXEMPLE DE MISE EN OEUVRE
[0013] L'invention a été mise en oeuvre avec le dispositif faisant l'objet de notre demande
FR 2588571, souvent appelé "sablier" en raison de sa forme particulière et qui permet
l'introduction directe de l'additif finement pulvérisé dans le jet de coulée en atmosphère
contrôlée.
[0014] On a donc préparé, selon l'invention, une fonte sphéroïdale ayant la composition
finale suivante (% en poids) :
C: 3,7 Si: 2,5 Mn: 0,15 P: 0,043 Mg: 0,039
[0015] Pour cela, on a procédé à un traitement "tardif" de la fonte de base au moyen d'un
additif unique, nodulisant-inoculant, ayant la composition suivante (% en poids) :
Si: 48,2 Mg: 6,1 TR: 0,56 Bi: 0,33 Ca: 0,44 Al: 0,71 Fe: balance. TR: essentiellement
cérium, plus autres métaux du groupe, accompagnant habituellement le cérium.
[0016] Un essai comparatif, selon l'art antérieur, a été effectué sur la même fonte avec
un nodulisant classique ayant la composition suivante (% en poids) :
Si: 44,5 Mg: 5,6 TR: 0,6 Ca: 0,83 Al: 1,21 Mn: 0,37 Fer: balance. Teneur en bismuth
: nulle. TR: comme ci-dessus.
[0017] Dans les deux cas, le nodulisant a été introduit à la dose de 1 % du poids de la
fonte.
[0018] Dans l'essai comparatif, la nodulisation a été suivie d'une inoculation classique
avec un inoculant à base de ferro-silicium à 75 % de silicium dopé par des additions
d'alcalino-terreux, à la dose de 0,2 % par rapport au poids de fonte.
[0019] Dans les deux cas, la fonte a été coulée, à une température de 1400°C, sous forme
de barreaux ayant des diamètres de 30, 20, 12 et 6 millimètres. Les moulages ont été
réalisés en sable Beta Set.
[0020] Sur ces barreaux, on a procédé à un comptage micrographique des nodules de graphite,
par millimètre-carré de section transversale, ainsi qu'à la détection de la présence
de carbure (cémentite) Fe3C.
[0021] Les résultats ont été les suivants :
| |
diamètre des barreaux de fonte: |
| nodules/mm² et présence carbures (O/N) |
30 |
20 |
12 |
6 |
| Essai comparatif, |
550 |
750 |
1100 |
|
| art antérieur |
N |
N |
N |
O |
| Selon l'invention |
660 |
900 |
2000 |
3400 |
| |
N |
N |
N |
N |
[0022] Ce tableau montre que :
- d'une part le nombre de nodules de graphite est sensiblement plus élevé dans le
cas du traitement selon l'invention,
- d'autre part, l'obtention de pièces d'une épaisseur de 6 mm sans carbure, très difficile
à obtenir selon l'art antérieur, est réalisée dans de très bonne conditions selon
l'invention, ce qui permet l'utilisation de ce procédé pour toutes les pièces en fonte
à épaisseur réduite au moins jusqu'à 6 mm.
[0023] La quantité d'additif à introduire dans la fonte de base, pour la mise en oeuvre
de l'invention, est déterminée par l'homme de l'art en fonction de la teneur finale
visée, dans la fonte, des deux éléments magnésium et bismuth. Des teneurs moyennes
de 0.025 à 0.060 % en poids de magnésium et de 0.005 à 0.02 de bismuth sont généralement
considérées comme satisfaisantes. Elles peuvent donc être obtenues, compte-tenu de
la volatilité des deux éléments, avec une quantité d'additif de l'ordre de 1 % par
rapport au poids de fonte à traiter.