[0001] La présente invention concerne le domaine des aciers doux pour décolletage à performances
de coupe améliorées.
[0002] Les aciers pour décolletage sont destinés à l'usinage de pièces diverses au moyen
de machines-outils de coupe rapide, telles que des tours. L'une des principales qualités
exigées pour ce type d'aciers est de provoquer la plus faible usure possible de l'outil
de coupe. En effet une faible usure autorise des vitesses de coupe élevées, allant
de pair avec une haute productivité de la machine, ou une longue durée de vie de l'outil
de coupe.
[0003] La composition des aciers pour décolletage est classiquement choisie de façon qu'en
leur sein, on observe la présence de nombreuses inclusions de sulfure de manganèse
ayant pour rôle d'améliorer les performances d'usinabilité, notamment en facilitant
la fragmentation des copeaux et en limitant l'usure des outils de coupe. C'est la
raison pour laquelle les aciers pour décolletage contiennent des teneurs élevées en
soufre (de 0,1 à 0,3 % et plus en poids) et en manganèse (jusqu'à 1,5 %).
[0004] Lorsqu'une usinabilité particulièrement élevée est recherchée, il est possible d'utiliser
un acier doux pour décolletage pris, par exemple, dans la norme NF-A-35561 parmi les
nuances S250, S250Pb, S300 ou S300Pb. Ces nuances se caractérisent :
- par des teneurs en silicium tolérées très faibles (moins de 0,05 % et de préférence
moins de 0,02 %), pour éviter la présence d'inclusions dures de silice qui détérioreraient
l'outil de coupe ;
- par l'ajout éventuel au métal d'une quantité importante de plomb (0,20 à 0,30 %)
dont le rôle est d'accentuer l'effet lubrifiant des inclusions de sulfure de manganèse
lors de la coupe.
[0005] Cet ajout de plomb présente cependant de sérieux inconvénients. Tout d'abord, il
est difficile de réaliser l'addition et la dissolution du plomb dans l'acier liquide
de façon suffisamment homogène. En raison de sa densité élevée, il a tendance à s'accumuler
dans le fond des récipients métallurgiques. Surtout, sa température de vaporisation
particulièrement basse provoque, lors de son introduction dans le métal liquide, la
formation de fumées d'oxydes de plomb hautement toxiques. La protection des opérateurs
nécessite l'emploi d'un système de captation des fumées à la station de traitement
du métal, ainsi qu'une surveillance médicale du personnel assurant le fonctionnement
de l'installation.
[0006] On comprend donc qu'il serait très souhaitable de remplacer le plomb, dans ce type
de nuances d'acier, par un matériau présentant des propriétés de coupe équivalentes,
sans inconvénients de fabrication.
[0007] Des éléments tels que le bismuth pourraient être substitués au plomb. Mais leur coût
très élevé rend leur utilisation difficilement envisageable dans la production de
masse d'aciers pour décolletage.
[0008] Le but de l'invention est de proposer un acier doux pour décolletage dont les performances
d'usinabilité sont au moins égales à celles des nuances au plomb de type S250Pb et
S300Pb sans qu'une addition de cet élément soit nécessaire.
[0009] A cet effet, l'invention a pour objet un acier doux pour décolletage, caractérisé
en ce que :
- sa composition est C ≦ 0,25 %; Mn = 0,8-1,5 %; P ≦ 0,1 % ; S=0,15-0,40 % ; Si=0,05-0,40
% , exprimés en % pondéraux.
- et en ce que les inclusions de sulfure de manganèse sont, après corroyage du métal,
entourées d'une couche d'oxydes plastique de composition moyenne du type SiO₂ : 35
à 45 % ; Al₂O₃ : 10 à 20 %; CaO : 15 à 25 % ; MnO : 10à 20 %, également exprimés en
% pondéraux.
[0010] Avantageusement, la teneur en carbone est inférieure ou égale à 0,16 %, et même préférentiellement
à 0,09 % qui est la teneur la plus couramment admise pour les aciers doux de décolletage.
Il peut également contenir du calcium, sous une teneur de 5 à 50 ppm, et/ou du tellure
sous une teneur de 5 à 200 ppm.
[0011] L'invention a également pour objet une méthode d'élaboration à l'état liquide d'un
tel acier pour décolletage, caractérisée en ce que, après addition de silicium et
de manganèse au bain métallique, celui-ci est brassé dans un récipient métallurgique
en présence d'un laitier dont la composition, exprimée en pourcentages pondéraux,
est CaO : 20 à 55 % ; SiO₂ : 35 à 65 % ; Al₂O₃ : 15 à 40 % ; avec

voisin de 1. Optionnellement, l'addition de silicium est accompagnée de l'addition
de 0,1 à 0,3 kg d'aluminium par tonne d'acier pour faciliter l'obtention de la composition
recherché pour les oxydes.
[0012] Comme on l'aura compris, l'invention permet d'obtenir un acier doux pour décolletage
à performances d'usinabilité élevées sans avoir recours à une addition dans le métal
liquide de plomb ou d'un élément de fonction équivalente coûteux ou polluant. Dans
le métal corroyé, les inclusions de sulfure de manganèse sont ainsi enveloppées par
une couche à plasticité élevée, constituée d'oxydes dont la composition moyenne est
située dans une gamme bien déterminée. Cette gamme correspond au domaine plastique
du diagramme ternaire CaO-SiO₂-Al₂O₃,l'oxyde MnO étant assimilé à l'oxyde CaO.
[0013] Sur le plan de la composition pondérale, les nuances selon l'invention se distinguent
des aciers doux pour décolletage S250 et S300 classiquement employés (et définis par
la norme NF-A-35561) par la présence de silicium en quantités significatives. Comme
on l'a vu précédemment, le silicium (et, de façon générale, les désoxydants forts
tels que l'aluminium) capte l'oxygène dissous dans le métal pour former des inclusions
dures, dont la présence en quantités significatives dans les aciers pour décolletage
peut être rédhibitoire. C'est pourquoi les normes concernant les aciers pour décolletage
les plus fréquents imposent des niveaux de silicium très bas.
[0014] Allant à l'encontre des idées communément admises et consacrées par les normes, les
inventeurs ont montré que des quantités significativement importantes de silicium
pouvaient, sous certaines conditions, être présentes dans un acier doux pour décolletage
à usinabilité élevée, sans pour autant que les propriétés d'emploi des produits en
soient défavorablement affectées. Pour certaines applications, ces nouvelles nuances
au silicium s'avèrent même encore plus performantes que les nuances classiques enrichies
en plomb.
[0015] Cette incorporation de silicium au métal doit impérativement aller de pair avec un
mode d'élaboration qui permette :
- d'éliminer une grande partie des inclusions formées lors de l'introduction du silicium
dans l'acier liquide, notamment les inclusions de silice pure ;
- de transformer les inclusions oxydées subsistantes en inclusions plastiques, dont
le comportement lors de la solidification du métal et des corroyages ultérieurs est
analogue à celui du plomb dans les nuances d'acier au plomb pour décolletage.
[0016] L'incorporation éventuelle de 5 à 200 ppm de tellure a pour but de limiter la déformabilité
à chaud des sulfures. Cela permet d'éviter qu'après le corroyage, les sulfures ne
prennent une forme exagérément allongée qui détériorerait notablement l'isotropie
des propriétés mécaniques du métal. Ce rôle peut également être assuré par du calcium.
Toutefois, cet élément ne doit être ajouté qu'en quantités limitées et déterminées,
pour éviter que les inclusions d'oxydes n'aient une teneur en CaO trop importante
qui serait préjudiciable à leur déformabilité.
[0017] L'élaboration de ces nuances peut être effectuée de la manière suivante. Au moment
de la coulée de métal dans un récipient métallurgique, par exemple une poche de traitement,
les additions de silicium, carbone, manganèse, soufre et éventuellement tellure nécessaires
à l'obtention de la composition désirée pour le métal sont effectuées. Sont également
ajoutées les matières minérales telles que de la chaux, de la wollastonite et de l'alumine,
nécessaires à l'obtention d'un laitier dont la composition se situe dans la gamme
: CaO : 20 à 55 % ; SiO₂ : 35 à 65 % ; Al₂O₃ : 15 à 40 %. D'autre part le rapport
des teneurs en CaO et SiO₂ dans ce laitier, qui exprime son indice de basicité, doit
être de préférence voisin de 1. Afin d'obtenir cette composition de laitier au moyen
d'additions aussi standardisées que possible, il est préférable de couler le métal
dans la poche de traitement en ne laissant pénétrer dans cette dernière qu'une faible
quantité de laitier issu du four d'élaboration primaire (convertisseur ou four électrique).
Cela peut être réalisé au moyen des dispositifs connus de rétention du laitier dans
le four, ou au moyen d'un transvasement du métal de poche à poche. L'acier liquide
est ensuite brassé dans la poche de traitement, pendant une durée suffisante (30 minutes
et plus), dans le but d'éliminer autant que possible les inclusions de silice pure
qui ont été formées pendant la désoxydation du métal. D'autre part, ce brassage permet
de mettre le métal liquide en équilibre thermodynamique avec le laitier, de façon
que les inclusions oxydées subsistantes aient la composition voulue, définie précédemment.
Cebrassage est effectué par des moyens connus, tels qu'une insufflation de gaz ou
l'application au métal d'un champ électromagnétique. Au cours de cette élaboration,
les compositions du métal et du laitier sont contrôlées, et les corrections éventuelles
nécessaires sont effectuées.
[0018] La désoxydation du métal peut être effectuée partiellement à l'aluminium, à raison
d'un ajout de 0,1 à 0,3 kg par tonne de métal liquide, qui accompagne l'addition de
silicium. Cela permet de réduire la quantité d'inclusions de silice pure formées à
ce moment, et de faciliter l'obtention de la composition visée pour les oxydes.
[0019] Si une addition de calcium s'avère utile pour obtenir plus aisément la composition
désirée pour les inclusions d'oxydes, ou si on désire limiter la plasticité des sulfures,
cette addition doit être effectuée vers la fin de l'élaboration, de préférence par
insufflation de poudre ou déroulement de fil fourré. La quantité habituellement ajoutée
est de 150 g de calcium par tonne d'acier.
[0020] La coulée en lingots ou en continu du métal est ensuite effectuée selon les mêmes
modalités que pour les nuances classiques d'acier pour décolletage, de même que les
corroyages et traitement métallurgiques ultérieurs qui permettent d'obtenir un produit
prêt à la transformation.
[0021] A titre d'exemple, la durée de vie d'un outil en acier rapide, lors de l'usinage
d'un acier doux de décolletage selon l'invention, de composition 0,1 % de C, 0,97
% de Mn, 0,06 % de P, 0,30 % de S, 0,17 % de Si, 70 ppm de Te, 9 ppm de Ca, et sans
Pb, est de 60 minutes pour une vitesse de coupe de 150m/min. Ces résultats sont similaires
à ceux enregistrés lors de l'usinage d'un acier doux au plomb pour décolletage S300
Pb.
[0022] D'autre part, pour des vitesses de coupe supérieures à 200 m/min, un outil carbure
P30 permet, pour une durée de vie de l'outil égale, de tripler la vitesse de coupe
lors de l'usinage de l'acier selon l'invention qui vient d'être cité, par rapport
à l'usinage d'un acier S300 Pb.
[0023] Bien entendu, sans sortir de l'invention il est possible d'ajouter aux nuances revendiquées
des éléments non cités, dont la présence ne remet pas en cause la plasticité des inclusions
obtenues. D'autre part, l'ajout de silicium et la formation d'inclusions oxydées plastiques
peut non seulement se substituer à une addition de plomb, comme on vient de le décrire,
mais encore intervenir en sus d'une telle addition. Les quantités de plomb ajoutées
pourraient alors être plus faibles que celles habituellement employées.
[0024] De même, des variantes dans l'élaboration et la coulée du métal liquide, ainsi que
dans les premières transformations du métal, peuvent être imaginées. Par exemple,
les opérations de mise à nuance peuvent être effectuées sous vide, afin de diminuer
les teneurs en gaz dissous dans le métal. L'essentiel est que les ajouts d'éléments
et les modifications apportées au mode d'élaboration ne contrarient pas l'obtention
de la composition pondérale du métal et des propriétés des inclusions conformes à
l'invention revendiquée.
1) Acier doux pour décolletage, caractérisé
- en ce que sa composition exprimée en pourcentages pondéraux est :
C ≦ 0,25 % ; Mn : 0,8 à 1,5 % ; P ≦ 0,1 % ; S : 0,15 à 0,40 % ; Si : 0,05 à 0,40 %
- et en ce que les inclusions de sulfure de manganèse sont, après corroyage du métal,
entourées d'une couche d'oxydes plastique de composition moyenne suivante, exprimée
en pourcentages pondéraux, SiO₂ : 35 à 45 % ; Al₂O₃ : 10 à 20 % ; CaO 15 à 25 % ;
MnO : 10 à 20 %
2) Acier doux pour décolletage selon la revendication 1, caractérisé en ce que sa
teneur pondérale en carbone est inférieure ou égale à 0,16 % environ.
3) Acier doux pour décolletage selon la revendication 1 ou 2, caractérisé en ce que
sa teneur en calcium est de 5 à 50 ppm environ.
4) Acier doux pour décolletage selon l'une des revendications 1 à 3, caractérisé en
ce que sa teneur en tellure est de 5 à 200 ppm environ.
5) Acier doux pour decolletage selon l'une des revendications 1 à 4, caractérisé en
ce que sa teneur en plomb est de 0,05 à 0,30 % environ.
6) Acier doux de décolletage selon l'une quelconque des revendications 1,3,4,ou 5,
caractérisé en ce que sa teneur pondérale en carbone est inférieure ou égale à 0,09
% environ.
7) Procédé d'élaboration à l'état liquide d'un acier doux pour décolletage dont la
composition pondérale correspond à celle définie dans l'une des revendications 1 à
6, caractérisé en ce que :
- 1) on ajoute au bain métallique du silicium et du manganèse
- 2) et on brasse le métal liquide dans un récipient métallurgique en présence d'un
laitier de composition, exprimée en pourcentages pondéraux :
CaO : 20 à 55 % ; SiO₂ : 35 à 65 % ; Al₂O₃ : 15 à 40 %, avec

voisin de 1.
8) Procédé selon la revendication 7 , caractérisé en ce que l'addition de silicium
au bain métallique est accompagnée d'une addition de 0,1 à 0,3 kg d'aluminium par
tonne d'acier.