[0001] La présente invention se rapporte à une cathode thermo-électronique imprègnée pour
tube électronique tel qu'un tube à interaction localisée (triode ou tube à plus de
3 électrodes) ou à interaction répartie (klystron, tube à ondes progressives, magnetron,
gyrotron, etc...).
[0002] La majorité des tubes électroniques réalisés à l'heure actuelle utilisent des cathodes
thermo-électroniques imprègnées qui peuvent émettre, sous certaines conditions de
fabrication et de température de fonctionnement, des densités de courant pouvant aller
jusqu'à 10 à 12 A/cm².
[0003] Ces cathodes sont fabriquées à partir d'une matrice en Tungstène poreux dont la porosité,
qui est faible et de l'ordre de 18% pour fixer les idées, est totalement aléatoire.
Ce corps poreux est imprègné à l'aide d'Aluminates de Barium et de Calcium. On obtient
alors un mélange qui, fondant à haute température, a l'avantage de rester solide à
la température de fonctionnement de ces cathodes qui est généralement comprise entre
980 et 1100 degrés centigrade.
[0004] A ces températures, il se produit, entre les Aluminates et le Tungstène poreux, une
réaction chimique dont le résultat est de libérer du Barium, ce dernier venant migrer
sur la surface émissive de la cathode pour finalement la recouvrir totalement en créant,
avec de l'Oxygène qui est généré dans le corps poreux, des dipoles Barium-Oxygène.
Cela a pour résultat de diminuer le travail de sortie des électrons, et par suite
de leur permettre de franchir la barrière de potentiel, et par conséquent de partir
du solide vers le vide.
[0005] La durée de vie de ces cathodes imprègnées est cependant limitée par le fait qu'on
est amené à les chauffer à des températures de plus en plus élevées, ce qui favorise
l'évaporation de la matière émissive et la modification métallurgique du corps poreux.En
début de vie, les pores ont, en surface, une forme généralement lenticulaire, plutôt
allongée, ce qui permet au Barium de migrer sur une assez grande surface. Au cours
de la durée, et en particulier si l'on chauffe trop la cathode, ces pores allongés
tendent à se fragmenter pour finalement se transformer en des pores circulaires plus
petits et plus éloignés les uns des autres : la porosité en surface diminue, de sorte
que la migration du Barium y devient plus difficile.
[0006] Simultanément, une évolution importante s'effectue dans le volume de ce corps poreux
: le diamètre du pore tend, jusqu'à une certaine profondeur pouvant aller jusqu'à
200 micromètres, à diminuer du fait des réactions chimiques entre le Tungstène et
les Aluminates de Barium et de Calcium, ce qui diminue d'autant la conductance et
entraîne la nécessité d'une pression plus élevée de Barium pour que ce dernier puisse
migrer vers la surface de la cathode. Lorsque le canal qui constitue le pore s'est
ainsi rétréci sur une hauteur supérieure à 200 micromètres, le Barium n'arrive plus
à monter, malgré l'utilisation d'une pression plus élevée, de sorte que la cathode
ne peut plus fonctionner.
Pour combattre ce phénomène, un moyen connu consiste à séparer la région où s'effectue
la réaction chimique et la région qui sert effectivement à l'émission thermo-électronique.
Comme illustration de ce genre de solution peut être cité le document EP-A-52047,
qui concerne spécifiquement une cathode thermo-électronique comprenant à l'intérieur
d'une enveloppe cylindrique, en molybdène par exemple, un filament chauffant situé
dans la partie inférieure de cette enveloppe et, dans la partie supérieure de cette
dernière, une chambre remplie d'une certaine quantité d'un matériau poreux qui comprend
deux parties distinctes superposées, à savoir une première partie en un matériau poreux
imprègné de matière émissive recouverte d'une seconde partie en matériau poreux non
imprègné.
[0007] De telles cathodes ont cependant pour inconvénient d'être de réalisation technologique
difficile. En outre, la présence à l'avant de la matrice émissive d'un élément poreux
épais peut être source de problèmes de redémarrage de ces cathodes en raison des gaz
qui risquent d'être absorbés dans cet élément poreux.
[0008] L'invention se rapporte à une cathode thermo-électronique imprègnée qui ne présente
pas les inconvénients précités des cathodes imprègnées connues jusqu'alors et qui
permet de surcroît une meilleure migration de la matière émissive sur sa surface.
Cette cathode est du type comprenant, à l'intérieur d'une enveloppe généralement cylindrique
constituée en molybdène par exemple, un filament chauffant situé dans la partie inférieure
de cette enveloppe et, dans la partie supérieure de cette même enveloppe, une chambre
remplie d'un matériau poreux imprègné de matière émissive. Ce matériau poreux est
recouvert, pour former la surface émissive de la cathode, d'une couche d'un métal
réfractaire non poreux et percé artificiellement d'un ensemble de fines fentes qui
sont réparties de manière ordonnée et de façon à obtenir, pour cette cathode, une
porosité de surface déterminée, par exemple une porosité faible de l'ordre de 16 à
21%, apte à permettre la migration du produit émissif (en l'occurrence le Barium)
sur toute la surface émissive de cette cathode.
Il s'agit typiquement d'une couche d'une épaisseur de l'ordre d'une centaine à quelques
centaines de micromètres, qui est de préférence déposée par décomposition chimique
en phase gazeuse, ou C.V.D. ("Chemical Vapour Deposition"), de manière à réaliser
un continuum entre la matrice poreuse imprègnée de matière émissive et ce filtre supérieur
à porosité ordonnée.
Les fines fentes dont il s'agit sont typiquement obtenues par photogravure. Elles
ont par exemple chacune une dimension de l'ordre de 5 x 20 micromètres, et elles sont
régulièrement réparties de façon à permettre la migration du Barium sur l'intégralité
de la surface de la cathode : de ce fait, la distance minimale qui sépare deux fentes
voisines doit être suffisante (préférentiellement juste suffisante) pour permettre
cette migration, et a typiquement une valeur de l'ordre de une à deux dizaines de
micromètres.
[0009] De toute façon, l'invention sera bien comprise, et ses avantages et autres caractéristiques
ressortiront, lors de la description suivante d'un exemple non limitatif de réalisation
d'une telle cathode imprègnée à surface émissive de porosité ordonnée, en référence
au dessin schématique annexé dans lequel :
- Figure 1 est une vue en coupe longitudinale de cette cathode ;
- Figure 2 est une vue de dessus de la cathode selon cette figure 1 ;
- Figure 3 est une vue de détail agrandie de la face supérieure de cette cathode ;
et
- Figures 4 à 9 montrent les étapes essentielles de sa fabrication, utilisant une
technique de photogravure.
[0010] En se reportant à la figure 1, cette cathode imprègnée est constituée par un tube
1 en molybdène, divisé en deux cavités par un disque transversal 2, en molybdène lui-aussi
:
. une cavité inférieure qui contient le filament chauffant 3 ;
. une cavité supérieure qui contient un corps 4 en Tungstène poreux imprègné d'Aluminates
de Barium et de Calcium.
[0011] Conformément à l'invention, le corps poreux 4 est recouvert, pour former la surface
émissive de la cathode, d'une couche 5 de Tungstène non poreux et percée, par gravure,
d'un ensemble de fines fentes 6 qui, comme on le voit plus précisément sur la figure
2, sont régulièrement réparties sur la surface de cette couche métallique 5.
[0012] La couche 5 est relativement épaisse, son épaisseur étant par exemple comprise entre
100 et 250 micromètres. Les fentes 6, qui ont typiquement chacune une longueur de
l'ordre de 20 micromètres et une largeur de l'ordre de 5 micromètres, sont réparties
de manière ordonnée sur la surface de la couche 5, de façon que la distance d qui
sépare deux fentes voisines (voir la figure 3 qui est une vue agrandie du détail A
de la figure 2) soit avantageusement calculée pour être sensiblement égale au double
de la distance minimale de migration du Barium sur la surface de la cathode (surface
émissive), lorsque l'on chauffe cette cathode en portant le filament 3 à incandescence.
Cette distance d est de la sorte de l'ordre de une à deux dizaines de micromètres.
[0013] Il en résulte pour cette surface émissive, une porosité ordonnée de l'ordre de 18
à 20%, donc plutôt faible, ce qui correspond à environ 800.000 fentes par centimètre
carré.
[0014] De façon à lui permettre de contenir un maximum de matière émissive, le corps poreux
4 est à contrario choisi de forte porosité, sa porosité étant par exemple supérieure
à 30%.
[0015] Avantageusement, de façon à réaliser un continuum entre le corps poreux 4 et la couche
5, non poreuse mais percée de fentes artificielles 6, cette couche 5 est déposée par
le procédé classique de décomposition chimique en phase gazeuse, ou C.V.D. ("Chemical
Vapor Deposition"),plus précisément par réduction d'Hexafluorure de Soufre par de
l'Hydrogène, à basses pression et température. Les fentes 6 sont obtenues par usinage
ionique réactif, ou "gravure ionique réactive sous plasma", en utilisant soit un mélange
Argon-Chlore, soit un mélange d'Hexafluorure de Soufre,d'Argon, et d'Oxygène, soit
un mélange d'Hexafluorure de Soufre et d'Oxygène, par des techniques de photogravure
ou de gravure chimique classiques.
[0016] Les figures 4 à 9 illustrent un exemple de réalisation pratique de la cathode thermo-électronique
de la figure 1.
On part d'un corps 4 en Tungstène poreux, à plus de 30% de porosité, que l'on commence
par infiltrer de Cuivre, ce métal étant destiné à jouer le rôle de lubrifiant à l'usinage
et à permettre d'effectuer le dépôt de la couche 5 par décomposition chimique en phase
gazeuse sans que cette opération ne puisse entraîner le bouchage malencontreux des
pores du corps 4.
[0017] Ce corps 4 est ensuite recouvert, par décomposition chimique en phase gazeuse, d'une
couche 5 de Tungstène non-poreux, d'une épaisseur de l'ordre de 100 à 200 micromètres.
[0018] On dépose ensuite un mince film d'Aluminium d'une épaisseur de quelques micromètres
(typiquement de l'ordre de 2 à 5 micromètres).
[0019] On dépose ensuite, sur le film d'Aluminium 7, une couche 8 de résine photosensible
que l'on isole (figure 4) à travers un masque 9 de forme complémentaire de celle du
filtre 5 à obtenir (cf. figure 2).
[0020] Après élimination des parties non isolées 10 de la couche de résine 8 (figure 5),
les parties alors visibles de la couche d'Aluminium 7 sont éliminées à l'acide Chlorhydrique
(figure 6).
[0021] Après élimination de la résine photosensible 8, il reste (figure 7) sur la couche
de Tungstène 5, un masque 7 d'Aluminium, de forme identique à celle du filtre 5 (figure
2) à obtenir. la réalisation du masque 7 en Aluminium (ou autre métal, tel que le
Chrome, apte à résister à l'Hexafluorure de Soufre) est nécessitée par le fait que
les résines photosensibles connues ne résistent pas aux opérations de gravure ionique
réactive sous plasma.
[0022] L'usinage (figure 8) de la couche de Tungstène 5 s'effectue ensuite par gravure ionique
réactive sous plasma, sous pression réduite d'un mélange des trois gaz : Argon, Oxygène
et Hexafluorure de Soufre. A titre d'exemple, la vitesse d'attaque, suivant la pression
partielle dans l'enceinte utilisée et la tension appliquée, est de l'ordre de 1 à
10 micromètres par minute.
[0023] Lorsque cet usinage est terminé, le masque d'Aluminium 7 est éliminé à l'acide Chlorhydrique
(figure 9), puis le Cuivre contenu dans le corps en Tungstène poreux 4 est éliminé
par dissolution dans l'acide Nitrique, ensuite de quoi ce corps 4 est imprègné à l'aide
des Aluminates de Barium et de Calcium.
[0024] Après un nettoyage chimique effectué pour éliminer l'excédent d'Aluminate de Barium
sur l'épaisseur de la couche gravée 5, le corps 4 est mis en place dans le tube en
molybdène 1, et le filament chauffant 3 est également mis en place.
[0025] Il suffit alors de porter la cathode ainsi obtenue à une température suffisamment
élevée pour initier les réactions chimiques entre l'aluminate de Calcium et le Tungstène
libérant du Barium dans le corps poreux 4, et migrer celui-ci vers la surface émissive
à travers le masque à porosité ordonnée 5.
Comme il va de soi, l'invention n'est pas limitée à l'exemple de réalisation qui vient
d'être décrit. C'est ainsi que la couche, non poreuse et d'épaisseur au moins égale
à 100 micromètres, 5 peut être constituée en un autre métal réfractaire que le Tungstène,
par exemple le Rhénium, l'Iridium, et l'Osmium, qui sont tous des métaux bien adaptés
au phénomène d'émission thermo-électronique des cathodes. Cette même couche supérieure
5 à porosité ordonnée peut aussi être constituée en un alliage réfractaire, par exemple
un alliage Tungstène-Osmium,Tungstène-Iridium, ou Tungstène-Rhénium. A lieu d'être
déposée par C.V.D. (décomposition chimique en phase gazeuse), la couche 5 peut bien
entendu aussi être constituée par une couche rapportée et donc finalement indépendante
du corps poreux.
1 - Cathode thermo-électronique imprègnée du type comprenant, à l'intérieur d'une
enveloppe généralement cylindrique (1), en molybdène par exemple, un filament chauffant
(3) situé dans la partie inférieure de cette enveloppe (1) et, dans la partie supérieure
de cette même enveloppe, une chambre remplie d'un matériau poreux (4) imprègné de
matière émissive, caractérisée en ce que ce matériau poreux (4) est recouvert, pour
former la surface émissive de la cathode, d'une couche (5) d'un métal réfractaire
non poreux et percé artificiellement, par exemple de gravure, de fines fentes (6)
qui sont réparties de manière ordonnée et de façon à obtenir, pour cette cathode,
une porosité de surface déterminée et apte à permettre la migration du produit émissif
sur toute la surface émissive de cette cathode.
2 - Cathode thermo-électronique selon la revendication 1, caractérisée en ce que cette
couche (5) à porosité ordonnée a une épaisseur au moins égale à 100 micromètres.
3 - Cathode thermo-électronique sur la revendication 2, caractérisée en ce que cette
couche à porosité ordonnée (5) a une épaisseur de l'ordre d'une centaine à quelques
centaines de micromètres.
4 - Cathode thermo-électronique selon la revendication 3, caractérisée en ce que l'épaisseur
de cette couche à porosité ordonnée (5) est comprise entre 100 et 200 micromètres.
5 - Cathode thermo-électronique selon l'une des revendications 1 à 4, caractérisée
en ce que le matériau poreux (4) a une porosité supérieure à celle de la couche à
porosité ordonnée (5).
6 - Cathode thermo-électronique selon l'une des revendications 1 à 5, caractérisée
en ce que la distance (d) qui sépare deux fentes voisines (6) pratiquées sur la surface
de cette couche (5) à porosités ordonnées est sensiblement égale au double de la distance
minimale de migration du matériau émissif sur la surface émissive de cette cathode.
7 - Cathode thermo-électronique selon la revendication 6, caractérisée en ce que cette
distance (d) entre deux fentes voisines (6) est de l'ordre de une à deux dizaines
de micromètres.
8 - Cathode thermo-électronique selon l'une des revendications 1 à 7, caractérisée
en ce que ces fentes (6) ont chacune une longueur de l'ordre de 20 micromètres et
une largeur de l'ordre de 5 micromètres.
9 - Cathode thermo-électronique selon l'une des revendications 1 à 8, caractérisée
en ce que cette couche (5) est déposée par décomposition chimique en phase gazeuse
(C.V.D.), de manière à réaliser un continuum avec le corps poreux (4).
10 - Cathode thermo-électronique selon l'une des revendications 1 à 8, caractérisée
en ce que cette couche (5) est rapportée sur le corps poreux (4).