[0001] La présente invention concerne une méthode pour stimuler une zone souterraine par
injection différée de fluide sous pression provenant d'une zone voisine au moyen d'un
drain dévié traversant une couche intermédiaire très peu perméable. Dans toute la
suite de ce texte, on désignera par drain dévié tout forage dont une partie au moins
est horizontale ou relativement peu inclinée par rapport à l'horizontale.
[0002] La méthode selon l'invention permet plus particulièrement de stimuler la production
d'une zone pétrolifère séparée d'une zone sous-jacente contenant un fluide sous pression,
telle qu'une zone aquifère ou éventuellement pétrolifère.
[0003] Diverses techniques bien connues des spécialistes sont utilisées pour stimuler la
production des zones pétrolifères. L'une d'entre elles consiste essentiellement à
injecter un fluide sous pression dans la formation en production, capable de drainer
le pétrole stagnant dans les roches en raison de sa viscosité. Le fluide employé est
par exemple de l'eau sous pression injectée par des drains forés au travers de la
formation. Il peut s'agir aussi d'eau existant en profondeur, dans le bassin en production
lui-même sous la forme d'une nappe aquifère sous-jacente.
[0004] Dans certains type de bassins, la nappe aquifère se trouve sous la zone pétrolifère
et séparée d'elle par une couche très peu perméable en raison notamment de la présence
de produits hydrocarbonés lourds et très visqueux ("tarmat").
[0005] On peut envisager d'utiliser cette eau sous-jacente pour stimuler la production d'une
zone pétrolifère. La nappe d'eau étant localisée à une profondeur supérieure à celle
de la zone pétrolifère, sa pression interne est supérieure. L'épuisement au moins
partiel de la zone en production a pour effet d'accroître la surpression de l'eau
dans la nappe sous-jacente par rapport aux fluides de la formation supérieure. L'injection
éventuelle dans la formation pétrolière de cette eau en surpression doit permettre
de drainer l'huile et de favoriser la production.
[0006] Les tentatives de stimulation des zones de production surmontant des nappes aquifères
n'ont pas donné jusqu'ici les résultats escomptés. Des puits ou des drains verticaux
ont été percés au travers de la zone pétrolifère, de manière à mettre le gisement
pétrolifère en communication avec la nappe d'eau. Mais on a constaté que ce type de
puits produisait essentiellement de l'eau. On peut expliquer ce résultat négatif par
le fait que l'eau de la nappe a tendance à s'échapper directement vers la surface
par le puits ainsi créé au lieu de pénéter dans la formation pétrolifère. Ce phénomène
persiste si l'on descend dans le puits un organe d'obturation car l'eau de la nappe
à tendance à le contourner au travers des formations environnantes. Une obturation
éventuelle près de la surface amène une certaine diffusion de l'eau dans la zone pétrolifère.
Mais les résultants ne sont pas très significatifs car le volume du gisement pénétré
par l'eau reste relativement faible.
[0007] La méthode selon l'invention permet de stimuler la production d'une zone souterraine
par injection différée d'un fluide provenant d'une zone voisine séparée de la première
par une couche intermédiaire peu perméable, en évitant les inconvénients ci-dessus
mentionnés.
[0008] Elle est caractérisée en ce qu'elle comporte le percement d'au moins un drain dévié
dans ladite couche intermédiaire et l'ouverture différée par fracturation de la couche
intermédiaire, d'au moins une voie de communication reliant la zone voisine à la zone
souterraine, de manière à favoriser le drainage de ladite zone souterraine par le
fluide sous pression.
[0009] La méthode comporte par exemple la réalisation à partir du drain, de fracturations
faisant communiquer une zone pétrolifère et une zone aquifère sous-jacente.
[0010] La méthode comporte aussi par exemple la réalisation à partir du drain, de fracturations
faisant communiquer une zone pétrolière et une seconde zone pétrolière sous-jacente.
[0011] Le drain peut être percé dans une couche intermédiaire très peu perméable. Il peut
encore être percé dans une couche intermédiaire non pétrolifère.
[0012] Le dispositif selon l'invention est caractérisé en ce qu'il comporte une conduite
disposée dans un drain dévié percé dans la couche intermédiaire, ladite conduite étant
percée d'ouvertures sur une partie de sa longueur, des blocs d'obturation pour isoler
des portions de la conduite sur la partie de celle-ci percée d'ouvertures, et des
moyens pour appliquer des pressions hydrauliques capables de fracturer la couche intermédiaire
et de mettre en communication au cours de la période de production, les deux zones
de part et d'autre de ladite couche intermédiaire.
[0013] L'injection de fluide sous pression dans une zone souterraine telle qu'un gisement
pétrolier dont la pression interne est affaiblie du fait de la production, par fracturation
d'une couche intermédiaire depuis un drain percé le long de celle-ci et convenablement
confiné pour empêcher le fluide de s'échapper vers la surface, a pour effet de pousser
l'huile vers les puits de production. L'utilisation d'un drain dévié (horizontal ou
faiblement incliné sur l'horizontale) permet d'augmenter le volume de la zone envahie
par le fluide injecté. Lorsque la zone voisine est une zone aquifère active c'est-à-dire
réalimentée en permanence par des entrées d'eau, la pression d'injection ne subit
aucune chute sensible durant toute la phase de drainage. L'effet obtenu est plus durable.
[0014] D'autres caractéristiques et avantages de la méthode et du dispositif selon l'invention
apparaitront mieux à la lecture de la description ci-après d'un mode de réalisation
décrit à titre d'exemple non limitatif, en se référant aux dessins annexés où:
- la Fig. 1 montre de facon schématique une coupe d'une zone de production pétrolière
surmontant une zone contenant un fluide sous pression telle qu'une zone aquifère et
un premier mode de mise en oeuvre de la méthode selon l'invention; et.
- la Fig. 2 montre de façon schématique la même coupe avec un second mode de réalisation
de la méthode.
[0015] La zone pétrolifère Z1 produit du pétrole par au moins un puits de production P1.
Ce puits peut être vertical comme indiqué sur la Fig. 1 ou bien encore selon les cas
être horizontal. Dans certains types de bassins, au-dessous de la zone pétrolifère
Z1 et séparée d'elle par une couche très peu perméable L, se trouve une zone voisine
renfermant un fluide sous pression. La pression de ce fluide est supérieure à la pression
régnant dans la zone de production Z1 du fait que la zone voisine est à une profondeur
plus grande. Ce fluide peut être de l'eau ou bien encore un fluide pétrolier. Quand
la zone voisine est aquifère, elle est généralement du type actif i.e. elle est alimentée
par des apports d'eau extérieurs et la pression qui y règne reste sensiblement constante.
La couche intermédiaire L peut être par exemple une zone rendue presque imperméable
en raison de la présence de produits hydrocarbonés très lourds et visqueux. Cette
couche L peut aussi être d'un type non pétrolifère.
[0016] La méthode selon l'invention comporte le forage depuis la surface S d'un drain D
dévié (horizontal ou faiblement incliné par rapport à l'horizontale) de manière à
rester dans la couche intermédiaire. Quand le drain D est foré, il est pourvu d'un
cuvelage ou casing C sur toute sa longueur. Des moyens connus d'obturation permettent
de fermer l'espace annulaire entre le cuvelage et le drain. Sur au moins une portion
d1 de sa longueur, là où il traverse la zone de production, le casing C est pourvu
d'ouvertures latérales O mettant les formations traversées en communication avec l'intérieur
du drain D. A ce stade aucune communication n'existe entre les deux zones Z1 et Z2.
Le drain peut être foré à tout moment, avant la mise en production de la zone Z1 pétrolifère
ou éventuellement au cours de la période de production.
[0017] Au cours de cette période, quand il s'avère que la zone Z1 nécessite une stimulation,
on réalise des opérations de fracturation de la couche intermédiaire à partir du drain
D préalablement percé. A cet effet et par une méthode bien connue des spécialistes,
on descend dans le cuvelage C des organes d'obturation dilatables B1,B2 jusque dans
la partie pourvue d'ouvertures latérales O et on les met en place de manière à confiner
une portion limitée du cuvelage. Par un tube (non représenté) faisant communiquer
la partie confinée avec un système hydraulique, on applique un fluide sous une pression
suffisante pour fracturer les parois jusqu'à l'établissement de voies de communication
F entre les deux zones Z1 et Z2. La séquence d'opérations précédente est recommencée
éventuellement à plusieurs endroits différents du drain, de manière à élargir la zone
fracturée.
[0018] Les opérations de fracturation étant achevées, on installe dans le casing un bloc
d'obturation B3 de manière à isoler le drain du milieu extérieur. Le fluide, en l'occurrence
l'eau de la zone Z2, se trouvant à une pression supérieure et le drain se trouvant
confiné par le bloc d'obturation B3, l'eau pénètre dans la zone Z1 par les fracturations
F du casing C et chasse les hydrocarbures accumulés dans la formation.
[0019] Suivant le mode de réalisation de la Fig.2, le drain D est agencé de manière à pouvoir
être utilisé comme puits de production. A cet effet, le cuvelage C est pourvu dans
sa partie qui traverse la zone de production Z1, d'une autre portion de longueur d2
pourvue d'orifices latéraux. Cette autre portion de cuvelage d2 est selon les cas
plus ou moins distante de la portion d1 par où peut rentrer l'eau provenant de la
zone Z2 et latéralement décalée par rapport à celle-ci. Entre les deux portions d1
et d2 est disposé un organe B4 d'obturation dont la fermeture peu être déclenchée
depuis l'installation de surface.
[0020] Au cours de la période de production, quand une stimulation de la production est
nécessaire, on procède à une fracturation de la portion de longueur d1 du cuvelage,
de la même façon que dans le mode de réalisation précédent et l'on ferme l'organe
B4 de manière à isoler l'une de l'autre les deux parties d1 et d2 du cuvelage. L'eau
issue de la zone sous-jacente, pénètre par les fracturations dans la zone de production
Z1 et chasse l'huile vers les puits de production et notamment vers la partie d2 du
cuvelage C ouverte sur le milieu extérieur. Le drain participe ainsi à la production.
[0021] La méthode selon l'invention permet ainsi d'utiliser au mieux le fluide à haute pression
disponible in situ à des fins de stimulation de production pétrolifère.
[0022] La position des puits de production verticaux et/ou horizontaux relativement aux
drains déviés D ou inversement des drains par rapport aux puits selon l'ordre dans
lequel ils auront été forés est choisie selon les règles de l'art de manière à optimiser
la production pétrolière.
1. Méthode pour stimuler la production d'une zone souterraine (Z1) par injection contrôlée
d'un fluide provenant d'une zone voisine (Z2) séparée de la première par une couche
intermédiaire (L) peu perméable, caractérisée en ce qu'elle comporte le percement
d'un drain dévié (D) dans ladite couche intermédiaire et l'ouverture différée par
fracturation de la couche intermédiaire d'au moins une voie de communication reliant
la zone voisine à la zone souterraine, de manière à favoriser le drainage de ladite
zone souterraine par le fluide sous pression.
2. Méthode selon la revendication 1, caractérisée en ce que l'on réalise à partir du
drain, des fracturations faisant communiquer une zone pétrolifère (Z1) et une zone
aquifère sous-jacente (Z2).
3. Méthode selon la revendication 1, caractérisée en ce que l'on réalise à partir du
drain, des fracturations faisant communiquer une zone pétrolière (Z1) et une seconde
zone pétrolière sous-jacente (Z2).
4. Méthode selon l'une des revendications précédentes, caractérisée en ce que le drain
(D) est percé au travers d'une couche intermédiaire très peu perméable.
5. Méthode selon la revendication 4, caractérisée en ce que le drain (D) est percé dans
une couche intermédiaire non pétrolifère.
6. Méthode selon l'une des revendications précédentes, caractérisée en ce que la zone
souterraine (Z1) communique avec la surface par au moins un puits de production vertical
(P) dont la position relativement au drain dévié est choisie pour optimiser la production.
7. Méthode selon la revendication 4 ou 5, caractérisé en ce que la zone souterraine (Z1)
communique avec la surface par au moins un puits de production dévié dont la position
est choisie relativement au drain dévié pour optimiser la production.
8. Méthode selon l'une des revendications précédentes, caractérisée en ce que l'on obture
le drain dans sa partie forée le long de la couche intermédiaire de manière à pouvoir
utiliser une partie du drain comme puits de production.
9. Dispositif pour stimuler la production d'une zone souterraine séparée d'une zone voisine
contenant un fluide à une pression supérieure à celle de la zone souterraine, par
une couche intermédiaire très peu perméable, caractérisé en ce qu'il comporte une
conduite (C) disposée dans un drain dévié percé dans la couche intermédiaire, ladite
conduite (C) comportant une portion de longueur (d1) pourvue d'ouvertures (O) sur
une partie de sa longueur, des blocs d'obturation (B1 à B2) pour isoler par intermittence
des portions de la conduite (C) sur ladite portion de longueur (d1), un bloc de confinement
(B3) de la conduite permettant d'isoler de l'extérieur ladite portion de longueur
et des moyens pour appliquer des pressions hydrauliques capables de fracturer la couche
intermédiaire et de mettre en communication au cours de la période de production,
les deux zones de part et d'autre de ladite couche intermédiaire.
10. Dispositif selon la revendication 9, caractérisé en ce que la conduite (C) comporte
une deuxième portion de longueur (d2) pourvue d'ouvertures dans sa partie traversant
la zone souterraine (Z1), cette portion de longueur (d2) étant latéralement décalée
par rapport à la première portion de longueur (d1) dans la couche intermèdiaire (L)
et un bloc d'obturation (B4) disposé dans la conduite (C) entre les deux portions
de longueur (d1, d2).