[0001] La présente invention concerne le domaine des projectiles à effet destructif explosant
par impact.
[0002] Les projectiles connus, souvent dénommés projectiles à effets multiples, comportent
en général un corps d'obus dans lequel est disposé un chargement explosif, ainsi qu'une
coiffe balistique prolongeant ledit corps d'obus et dans ou au voisinage de laquelle
est disposé un système d'amorçage.
[0003] Le document FR-A-2 229 946 décrit un projectile ayant un effet explosif retardé,
avec une charge explosive mise à feu avec un certain délai par rapport au moment de
l'impact dudit projectile sur une cible : ce principe de retard, bien connu des spécialistes,
est mis en oeuvre en prévoyant une charge incendiaire en avant de la charge explosive,
le régime relativement lent de combustion de la masse qui brûle étant utilisé pour
obtenir l'explosion retardée : la charge incendiaire, qui est disposée dans le corps
d'obus, est ainsi mise à feu par une charge incendiaire disposée dans le nez du projectile,
ou par une fusée. On a alors cherché à contrôler le délai désiré de la réaction pyrotechnique
en chaîne en prévoyant un ou plusieurs trous dans la charge incendiaire disposée dans
le corps d'obus, ces trous augmentant l'intensité de la combustion de ladite charge
incendiaire.
[0004] Cependant, une telle structure reste d'application relativement limitée, dans la
mesure où le retard (en distance) reste en tout état de cause supérieur à un mètre,
et où le projectile présente une médiocre sensibilité à l'impact, ce qui nécessite
une épaisseur de cible importante pour une utilisation convenable du projectile. De
plus, ce projectile connu est très déflagrant, avec des éclats importants en masse
et de vitesses lentes (la vitesse de transmission de l'onde de choc est alors relativement
faible). Le fait de prévoir une composition incendiaire dans le corps d'obus limite
aussi la place disponible pour la couche de chargement explosif.
[0005] Une variante de ce projectile connu, comportant une charge supplémentaire de réglage
disposée dans le corps d'obus, au-dessus de la charge incendiaire disposée dans ledit
corps, et associée à un corps de pénétration, est décrite dans le document FR-A-2
229 945. On retrouve cependant les mêmes inconvénients et limitations que ceux qui
viennent d'être mentionnés.
[0006] L'état de la technique est également illustré par les documents FR-A-2 067 440, FR-A-2
356 906, FR-A-2 363 076, FR-A2 533 309 et FR-A-2 606 867, les documents US-A-4 480
551 et US-A-2 323 303, le document CH-A-654 406, ainsi que par les documents NO-C-137
296 et NO-C-137 735, et le document AU-B-21 658/56.
[0007] Ceux des documents précités qui décrivent des projectiles à effet explosif retardé
et/ou à effets multiples tendent d'ailleurs à montrer que ces projectiles présentent
une difficulté plus ou moins importante de mise en régime de la détonation, laquelle
s'apparente plutôt à une déflagration du chargement explosif, donnant ainsi un effet
d'éclat réduit.
[0008] L'invention a pour objet de réaliser un projectile à effet destructif explosant par
impact qui soit plus performant que les projectiles connus décrits dans les brevets
précités, avec une optimisation de l'effet terminal du projectile.
[0009] L'invention a aussi pour objet de réaliser un projectile utilisable à la fois sur
des objectifs non blindés et des objectifs blindés, avec une bonne sensibilité sur
les cibles peu épaisses.
[0010] L'invention a également pour objet de proposer un projectile dont la structure permette
d'obtenir des retards faibles, notamment inférieurs à un mètre, avec un effet destructif
particulièrement efficace, cet effet résultant de la combinaison d'un effet incendiaire
renforcé et d'un pouvoir de pénétration important des fragments générés par le fonctionnement
du projectile à l'impact (fragments nombreux, de masses faibles et de vitesses élevées,
donc avec un caractère particulièrement "explosif"), avec ainsi un régime élevé de
vitesse de transmission de l'onde de choc.
[0011] Il s'agit plus particulièrement d'un projectile à effet destructif explosant par
impact, comportant un corps d'obus dans lequel est disposé un chargement explosif,
ainsi qu'une coiffe balistique prolongeant ledit corps d'obus et dans laquelle est
disposé un système d'amorçage, caractérisé par le fait que la coiffe balistique est
organisée en deux parties distinctes reliées coaxialement entre elles, dont une partie
inférieure essentiellement rigide et en forme de godet cylindrique, et une partie
supérieure essentiellement déformable à l'impact sur cible et en forme de pointe balistique
prolongeant le corps d'obus, chacune desdites parties étant chargée d'une composition
incendiaire comprimée avec ménagement d'un évidement axial borgne respectif, de telle
façon que lesdits évidements borgnes définissent une cavité fonctionnelle fermée dont
la géométrie est maintenue lors du tir et sur la trajectoire du projectile, et la
partie inférieure recevant en outre une couche de matière pyrophorique à tenue mécanique
qui est disposée entre le fond troué du godet et la composition incendiaire associée,
ladite matière pyrophorique étant initiée à l'impact par l'ensemble du chargement
de la coiffe balistique par suite de la brusque surpression locale de l'air contenu
dans la cavité fonctionnelle fermée, et propulsant alors à grande vitesse un nombre
élevé de particules incandescentes sur la face adjacente du chargement explosif.
[0012] De préférence, la partie inférieure de la coiffe balistique s'emboîte partiellement
dans la partie supérieure de ladite coiffe, le restant de ladite partie inférieure
pénétrant dans le col du corps d'obus pour assurer la liaison entre ledit corps d'obus
et ladite coiffe. Avantageusement, les parties inférieure et supérieure de la coiffe
balistique sont reliées entre elles par filetage, sertissage ou collage.
[0013] De préférence aussi, la partie inférieure de la coiffe balistique et le corps d'obus
sont reliés entre eux par filetage, sertissage ou collage ; en particulier alors,
la partie supérieure de la coiffe balistique contacte par son bord inférieur le bord
supérieur du col du corps d'obus, les couronnes respectives de contact étant de préférence
disposées coniquement.
[0014] Selon une autre caractéristique avantageuse, un paillet est interposé entre les faces
adjacentes des deux compositions incendiaires comprimées formant le chargement de
la coiffe balistique.
[0015] Le paillet peut être unique, ou, en variante, chacune des parties de la coiffe balistique
présente un paillet, ces deux paillets étant alors accolés l'un contre l'autre.
[0016] Avantageusement, le ou les paillets se présente(nt) sous la forme d'un disque percé
ou plein, le matériau constitutif desdits paillets étant un matériau combustible.
[0017] De préférence, l'épaisseur et le matériau constitutif de la partie supérieure de
la coiffe balistique sont choisis pour que ladite partie supérieure présente une déformation
à l'impact satisfaisant simultanément aux exigences requises de sécurité et de sensibilité
; en particulier, la partie supérieure de la coiffe balistique est en métal, en alliage
métallique, ou en matière plastique telle qu'un polyamide.
[0018] De préférence aussi, l'épaisseur et le matériau constitutif de la partie inférieure
de la coiffe balistique sont choisis pour que ladite partie inférieure présente une
rigidité suffisante pour préserver la séquence de mise en régime lors de l'impact
; en particulier, la partie inférieure de la coiffe balistique est en métal ou en
alliage métallique.
[0019] Conformément à une autre caractéristique intéressante, la paroi latérale de chaque
évidement borgne définissant la cavité fonctionnelle fermée est au moins partiellement
revêtue d'une enveloppe mince favorisant à la fois la tenue mécanique de la composition
comprimée adjacente et la rapidité de mise à feu de l'ensemble du chargement de la
coiffe balistique ; de préférence alors, l'enveloppe mince de chaque évidement borgne
est réalisée en un matériau hautement combustible, par exemple un propergol à consistance
structurelle.
[0020] Avantageusement, la matière pyrophorique à tenue mécanique est à base d'éponges,
et de préférence d'éponges de zirconium ; il peut s'avérer intéressant de prévoir
que la matière à base d'éponges soit en outre infiltrée de particules métalliques,
par exemple de magnésium. En variante, la matière pyrophorique à tenue mécanique est
à base de cristaux, et de préférence à base de zirconium en grains.
[0021] Plus généralement, il est intéressant que la couche de matière pyrophorique à tenue
mécanique se présente sous la forme d'une pastille cylindrique, dont la hauteur est
de préférence choisie proche du diamètre.
[0022] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention apparaîtront plus clairement
à la lumière de la description qui va suivre et de la figure unique du dessin annexé,
concernant un mode de réalisation particulier cité à titre d'exemple non limitatif.
[0023] La figure unique est une coupe axiale d'un projectile à effet destructif explosant
par impact, conforme à l'invention, étant entendu que d'autres variantes peuvent naturellement
être envisagées sans sortir du cadre de l'invention, ainsi que cela va être expliqué
ci-après.
[0024] La figure unique illustre un projectile 100 à effet destructif explosant par impact,
comportant un corps d'obus 101 dans lequel est disposé un chargement explosif 102
et présentant inférieurement une ceinture extérieure de guidage 105, ainsi qu'une
coiffe balistique 104 prolongeant ledit corps d'obus et dans laquelle est disposé
un système d'amorçage.
[0025] Conformément à une caractéristique essentielle de l'invention, la coiffe balistique
104 est organisée en deux parties distinctes 106, 107 reliées coaxialement entre elles,
dont une partie inférieure 106 essentiellement rigide et en forme de godet cylindrique,
et une partie supérieure 107 essentiellement déformable à l'impact sur cible et en
forme de pointe balistique prolongeant le corps d'obus 101. Chacune des parties 106,
107 est chargée d'une composition incendiaire comprimée 108, 109 avec ménagement d'un
évidement axial borgne respectif 114, 115, de telle façon que ces évidements borgnes
définissent une cavité fonctionnelle fermée 116 dont la géométrie est maintenue lors
du tir et sur la trajectoire du projectile. La partie inférieure 106 reçoit en outre
une couche de matière pyrophorique à tenue mécanique 120 qui est disposée entre le
fond troué du godet 106 et la composition incendiaire associée 108, cette matière
pyrophorique étant initiée à l'impact par l'ensemble du chargement 108, 109 de la
coiffe balistique 104 par suite de la brusque surpression locale de l'air contenu
dans la cavité fonctionnelle fermée 116, et propulsant alors à grande vitesse un nombre
élevé de particules incandescentes sur la face adjacente 123 du chargement explosif
102.
[0026] L'organisation de la coiffe balistique 104 en deux parties permet ainsi de définir
une cavité fonctionnelle fermée 116, coaxiale à l'axe 200 du projectile, cette cavité
jouant un rôle essentiel dans le fonctionnement dudit projectile. En effet, lors de
l'impact sur une cible, la partie supérieure 107 de la coiffe balistique 104 se déforme
brutalement ; la composition 109 qu'elle renferme comprime alors brusquement l'air
contenu dans la cavité fonctionnelle fermée 116, et la surpression locale ainsi créée
provoque la mise à feu de la composition incandescente 108 contenue dans la partie
inférieure en forme de godet 106. En réalité, la brusque augmentation de la pression
de l'air a pour effet de favoriser la friction mutuelle des grains de la composition
incandescente 108 et 109, à la manière d'un effet de briquet. C'est alors que l'ensemble
du chargement de la coiffe balistique 104 initie la matière pyrophorique à tenue mécanique
120, et qu'un grand nombre de particules incandescentes sont propulsées à grande vitesse
sur la face adjacente du chargement explosif 102.
[0027] Il convient d'observer que la cavité fonctionnelle fermée 116 de la coiffe balistique,
dont la fonction est d'initier à l'impact la composition incendiaire la définissant
par un effet de briquet, laquelle composition initie ensuite la matière pyrophorique,
n'a rien à voir avec le ou les trous prévus dans une charge incendiaire disposée dans
le corps d'obus (comme par exemple décrit dans le document FR-A-2 229 946), et dont
l'unique fonction est de faire varier l'intensité de la combustion de cette charge
incendiaire.
[0028] Chacune des parties constitutives de la coiffe balistique 104 peut ainsi être réalisée
séparément, de sorte qu'il est aisé de choisir la compression convenable de la composition
disposée dans chacune de ces parties, cette compression devant être choisie telle
que la géométrie de son évidement borgne soit maintenue lors du tir et sur la trajectoire
du projectile, de sorte que les parois latérales de chaque évidement borgne 114, 115
définissant la cavité fonctionnelle fermée 116 doivent être capables de résister aux
efforts et aux sollicitations appliquées lors du tir du projectile dans le canon,
et sur la trajectoire balistique dudit projectile.
[0029] Pour réaliser la partie inférieure 106 de la coiffe balistique 104, on met en place
un godet cylindrique présentant inférieurement un épaulement 119 définissant un trou
coaxial 122, puis on dispose un paillet combustible de fermeture 121, sur lequel on
dispose la quantité désirée de patière pyrophorique à tenue mécanique : en exerçant
une compression élevée sur cette matière pyrophorique, par exemple une compression
de l'ordre de deux tonnes, on réalise une couche 120, cette couche se présentant sous
la forme d'une pastille cylindrique, dont la hauteur est de préférence choisie proche
de son diamètre. On dispose ensuite un poinçon cylindrique (non représenté ici) selon
l'axe du godet 106, de telle façon que l'extrémité dudit poinçon soit proche de la
couche 120 de matière pyrophorique, et on met en place la composition incendiaire
108, laquelle peut être alors soumise à la compression désirée, qui est par exemple
de l'ordre d'une tonne. Après cette étape de compression, on retire le poinçon cylindrique
qui a servi de noyau central, ce qui définit l'évidement axial borgne 114 associé.
On peut alors rapporter un paillet 117 sur le bord supérieur du godet 106, afin de
faciliter les manipulations ultérieures de la partie inférieure ainsi réalisée. A
titre indicatif, le volume de l'évidement axial borgne 114 est de l'ordre du quart
du volume intérieur du godet 106.
[0030] Le godet 106 est par ailleurs essentiellement rigide, c'est-à-dire qu'il doit rester
rigide pour préserver la séquence de mise en régime de l'obus (initiation de la composition
incendiaire intérieure à la coiffe balistique, puis de la matière pyrophorique à tenue
mécanique, et enfin explosion de l'obus). Le godet 106 pourra par exemple être réalisé
en acier, ou en alliage métallique (par exemple d'aluminium).
[0031] Le godet 106 présente en outre extérieurement un filetage inférieur 111 permettant
une liaison par vissage avec le col 103 du corps d'obus 101, ainsi qu'un second filetage
supérieur 110 permettant une liaison par filetage avec la partie supérieure 107 de
la coiffe balistique 104. Il va de soi cependant que la liaison entre le corps d'obus
101 et la partie inférieure 106 de la coiffe balistique 104 d'une part, et la liaison
entre les parties inférieure 106 et supérieure 107 de ladite coiffe d'autre part pourront
être réalisées par tout autre moyen, tel que sertissage ou collage.
[0032] La partie supérieure 107 de la coiffe balistique 104 a une forme de pointe balistique,
et elle est chargée par la composition 109 de la même façon que la partie inférieure
106 de cette coiffe balistique. On utilise en effet le même poinçon cylindrique avant
de disposer la composition 109 à l'intérieur de la partie supérieure 107 et de comprimer
ladite composition, de façon à définir l'évidement axial borgne 115, lequel doit être
dans le prolongemnt de l'évidement axial 114 de la partie inférieure 106 lorsque les
deux parties 106 et 107 de la coiffe balistique 104 sont assemblées.
[0033] L'épaisseur et le matériau constitutif de la partie supérieure 107 de la coiffe balistique
104 sont naturellement choisis pour que cette partie supérieure présente une déformation
à l'impact satisfaisant simultanément aux exigences requises de sécurité et de sensibilité.
L'épaisseur de la partie supérieure de la coiffe balistique sera naturellement fonction
du calibre concerné : dans la pratique, cette épaisseur variera de quelques dixièmes
de millimètre à un ou deux millimètres environ. Le matériau constitutif sera par exemple
un métal tel que l'acier, ou un alliage métallique tel qu'un alliage d'aluminium,
ou encore une matière plastique (telle qu'un polyamide 6-6 ou 6-12), ou encore un
alliage plastique, chargé ou non.
[0034] Il est finalement aisé de réaliser la coiffe balistique 104, en solidarisant la partie
inférieure 106 munie de sa couche de matière pyrophorique 120 et de sa composition
108, et la partie supérieure 107 munie de sa composition 109, la coiffe balistique
ainsi assemblée présentant alors la cavité fonctionnelle fermée 116 emprisonnant un
certain volume d'air, lequel volume d'air sera ultérieurement soumis à une brusque
compression lors de l'impact sur cible du fait de la déformation de la partie supérieure
107 de la coiffe balistique 104.
[0035] La partie inférieure 106 de la coiffe balistique 104 s'emboîte ainsi partiellement
dans la partie supérieure 107 de ladite coiffe, le restant de ladite partie inférieure
pénétrant dans le col 103 du corps d'obus 101 pour assurer la liaison entre ledit
corps d'obus et ladite coiffe. La partie supérieure 107 de la coiffe balistique 104
contacte alors par son bord inférieur 113 le bord supérieur 112 du col 103 du corps
d'obus 101 : de préférence, il sera prévu que les couronnes respectives de contact
sont disposées coniquement, comme illustré sur la figure, afin d'améliorer le comportement
du projectile en balistique extérieure.
[0036] On a prévu sur le projectile 100 illustré sur la figure un paillet 117 de séparation,
percé d'un trou central 118. Il est cependant également possible d'utiliser un paillet
117 non percé, mais alors le matériau constitutif dudit paillet sera nécessairement
combustible ; il est également possible de prévoir un paillet 117 associé à chaque
partie de la coiffe balistique 104, les deux paillets étant alors accolés l'un contre
l'autre (ces deux paillets étant ou non percés). On utilisera de préférence pour ce
ou ces paillets une matière plastique combustible, telle qu'un nitrofilm (nitrocellulose
par exemple).
[0037] Il peut s'avérer par ailleurs intéressant de prévoir que la paroi latérale de chaque
évidement borgne 114, 115 définissant la cavité fonctionnelle fermée 116 soit revêtue,
au moins partiellement, d'une enveloppe mince 125, 124 : une telle enveloppe présente
alors un double intérêt, dans la mesure où elle favorise à la fois la tenue mécanique
de la composition comprimée adjacente 108 ou 109, ainsi que la rapidité de mise à
feu de l'ensemble du chargement de la coiffe balistique 104. On utilisera de préférence
une enveloppe mince réalisée en un matériau hautement combustible, tel qu'un propergol
à consistance structurelle. Chacune des enveloppes 124 et 125 est alors conformée
séparément comme un doigt de gant, et puis mise en place après la conformation de
l'évidement axial borgne associé constitutif à l'enlèvement du poinçon cylindrique
utilisé.
[0038] La couche 120 de matière pyrophorique à tenue mécanique peut être réalisée à base
d'éponges, et notamment d'éponges de zirconium, ou encore à base de cristaux, par
exemple à base de zirconium en grains. Le matériau préféré sera plutôt un matériau
à base d'éponges de zirconium, avec éventuellement une infiltration de particules
métalliques, telles que des particules de magnésium de 100 à 400 microns. On pourrait
également utiliser du silicium (mais ceci exigerait un volume plus important de compositions
incendiaires), ou encore de l'aluminium (mais on aurait alors un effet d'impact plus
faible). Le zirconium sera ainsi préféré dans la mesure où il brûle très vite, où
il dégage une grande incandescence, et où il est très dense, ce qui permet d'obtenir
un effet d'impact élevé. Il est toutefois possible d'envisager aussi une matière pyrophorique
frittée, plutôt qu'une matière à base d'éponges. Dans tous les cas, la couche de matière
pyrophorique à tenue mécanique 120 reste parfaitement maintenue grâce au paillet combustible
inférieur 121, de sorte qu'on ne risque aucune perte de cette matière lors de la mise
en place de la coiffe balistique 104 sur le corps d'obus 101.
[0039] La composition incendiaire 108 ou 109 sera quant à elle de type classique, avec des
chlorates, nitrates de baryum, alliages d'aluminium et de magnésium, et des flegmatisants.
Il en va de même pour le chargement explosif 102 du corps d'obus, lequel peut être
réalisé tolite, octonal, octogène, hexogène, ou en hexal (mélange aluminium/hexogène),
etc...
[0040] On va maintenant décrire rapidement le fonctionnement du projectile 100 conforme
à l'invention.
[0041] Lors de l'impact sur cible, la partie supérieure 107 de la coiffe balistique 104
se déforme brutalement, de sorte que la composition 109 disposée dans ladite partie
supérieure comprime brusquement l'air contenu dans la cavité fonctionnelle fermée
116, en générant ainsi une surpression locale très importante qui provoque un effet
de briquet, cet effet mettant à feu la composition incendiaire 108 contenue dans la
partie inférieure 106 de la coiffe balistique 104. L'ensemble du chargement de la
coiffe balistique 104 initie alors la matière pyrophorique à tenue mécanique 120,
qui est de préférence à base d'éponges de zirconium. Un grand nombre de particules
incandescentes sont alors propulsées à grande vitesse sur la face 123 du chargement
explosif 102, en passant par le trou 122 prévu à cet effet au fond du godet 106 (le
paillet combustible de fermeture 121 se détruisant instantanément à l'initiation de
la matière pyrophorique). Le chargement explosif 102 prend alors progressivement un
régime quasi détonnant, provoquant l'explosion de l'obus, qui répartit les fragments
accompagnés par une onde de pression, de souffle, et un effet d'éclats.
[0042] Le projectile conforme à l'invention est ainsi particulièrement sensible sur cible
peu épaisse, et il présente un régime de vitesse de transmission de l'onde de choc
très élevé. On parvient aussi à obtenir des retards relativement faibles, c'est-à-dire
largement inférieurs à un mètre (et pouvant même descendre dans certains cas jusqu'à
quelques dizaines de centimètres), avec une explosion à caractère très "explosif",
dans la mesure où l'on obtient de nombreux fragments, qui sont de masses faibles,
mais présentent des vitesses élevées. Le projectile produit ainsi un effet destructif
important, qui résulte d'un effet incendiaire renforcé d'un pouvoir de pénétration
élevé des fragments générés par le fonctionnement du projectile à l'impact.
[0043] De plus, l'architecture simplifiée du système d'amorçage de ce projectile 100 permet
d'obtenir un coût de revient relativement bas, et en tout cas très inférieur à celui
d'un projectile explosif à fusée mécanique. Le système d'amorçage du chargement explosif
présente ainsi une architecture très simple, sans chaîne de percussion mécanique,
ni explosif primaire, ou explosif de relais d'amorçage, ce qui permet d'assurer une
fiabilité très élevée pour le comportement du projectile à l'impact sur cible. Ce
système d'amorçage simplifié autorise un retard pyrotechnique qui permet au projectile
de pénétrer des structures multiples ou faiblement blindées. De plus, ce système d'amorçage
génère un effet incendiaire important, qui est renforcé par la projection de particules
métalliques en fusion.
[0044] L'invention n'est pas limitée au mode de réalisation qui vient d'être décrit, mais
englobe au contraire toute variante reprenant, avec des moyens équivalents, les caractéristiques
essentielles figurant aux revendications.
1/ Projectile à effet destructif explosant par impact, comportant un corps d'obus dans
lequel est disposé un chargement explosif, ainsi qu'une coiffe balistique prolongeant
ledit corps d'obus et dans laquelle est disposé un système d'amorçage, caractérisé
par le fait que la coiffe balistique (104) est organisée en deux parties distinctes
(106 ; 107) reliées coaxialement entre elles, dont une partie inférieure ( 106) essentiellement
rigide et en forme de godet cylindrique, et une partie supérieure (107) essentiellement
déformable à l'impact sur cible et en forme de pointe balistique prolongeant le corps
d'obus (101), chacune desdites parties étant chargée d'une composition incendiaire
comprimée (108 ; 109) avec ménagement d'un évidement axial borgne respectif (114 ;
115), de telle façon que lesdits évidements borgnes définissent une cavité fonctionnelle
fermée (116) dont la géométrie est maintenue lors du tir et sur la trajectoire du
projectile, et la partie inférieure (106) recevant en outre une couche de matière
pyrophorique à tenue mécanique (120) qui est disposée entre le fond troué du godet
(106) et la composition incendiaire associée (108), ladite matière pyrophorique étant
initiée à l'impact par l'ensemble du chargement (108, 109) de la coiffe balistique
(104) par suite de la brusque surpression locale de l'air contenu dans la cavité fonctionnelle
fermée (116), et propulsant alors à grande vitesse un nombre élevé de particules incandescentes
sur la face adjacente (123) du chargement explosif ( 102).
2/Projectile selon la revendication 1, caractérisé par le fait que la partie inférieure
(106) de la coiffe balistique (104) s'emboîte partiellement dans la partie supérieure
(107) de ladite coiffe, le restant de ladite partie inférieure pénétrant dans le col
(103) du corps d'obus (101) pour assurer la liaison entre ledit corps d'obus et ladite
coiffe.
3/Projectile selon la revendication 1 ou 2, caractérisé par le fait que les parties
inférieure (106) et supérieure (107) de la coiffe balistique (104) sont reliées entre
elles (en 110) par filetage, sertissage ou collage.
4/Projectile selon l'une des revendications 1 à 3, caractérisé par le fait que la partie
inférieure (106) de la coiffe balistique (104) et le corps d'obus ( 101 ) sont reliés
entre eux (en 111 ) par filetage, sertissage ou collage.
5/Projectile selon la revendication 4, caractérisé par le fait que la partie supérieure
(107) de la coiffe balistique (104) contacte par son bord inférieur (113) le bord
supérieur (112) du col (103) du corps d'obus (101), les couronnes respectives de contact
étant de préférence disposées coniquement.
6/Projectile selon l'une des revendications 1 à 5, caractérisé par le fait qu'un paillet
( 117) est interposé entre les faces adjacentes des deux compositions incendiaires
comprimées ( 108, 109) formant le chargement de la coiffe balistique ( 104).
7/Projectile selon la revendication 6, caractérisé par le fait que chacune des parties
(106 ; 107) de la coiffe balistique (104) présente un paillet (117), ces deux paillets
étant alors accolés l'un contre l'autre.
8/Projectile selon la revendication 6 ou 7, caractérisé par le fait que le ou les paillets
(117) se présente(nt) sous la forme d'un disque percé ou plein, le matériau constitutif
desdits paillets étant dans ce dernier cas un matériau combustible.
9/Projectile selon l'une des revendications 1 à 8, caractérisé par le fait que l'épaisseur
et le matériau constitutif de la partie supérieure (107) de la coiffe balistique (104)
sont choisis pour que ladite partie supérieure présente une déformation à l'impact
satisfaisant simultanément aux exigences requises de sécurité et de sensibilité.
10/Projectile selon la revendication 9, caractérisé par le fait que la partie supérieure
(107) de la coiffe balistique (104) est en métal, en alliage métallique, ou en matière
plastique telle qu'un polyamide.
11/Projectile selon l'une des revendications 1 à 10, caractérisé par le fait que l'épaisseur
et le matériau constitutif de la partie inférieure (106) de la coiffe balistique (104)
sont choisis pour que ladite partie inférieure présente une rigidité suffisante pour
préserver la séquence de mise en régime lors de l'impact.
12/Projectile selon la revendication 11, caractérisé par le fait que la partie inférieure
(106) de la coiffe balistique (104) est en métal ou en alliage métallique.
13/Projectile selon l'une des revendications 1 à 12, caractérisé par le fait que la paroi
latérale de chaque évidement borgne ( 114 ; 115) définissant la cavité fonctionnelle
fermée (116) est au moins partiellement revêtue d'une enveloppe mince (125 ; 124)
favorisant à la fois la tenue mécanique de la composition comprimée adjacente (108
; 109) et la rapidité de mise à feu de l'ensemble du chargement de la coiffe balistique
(104).
14/Projectile selon la revendication 13, caractérisé par le fait que l'enveloppe mince
(125; 124) de chaque évidement borgne (114; 115) est réalisée en un matériau hautement
combustible, par exemple un propergol à consistance structurelle.
15/Projectile selon l'une des revendications 1 à 14, caractérisé par le fait que la matière
pyrophorique à tenue mécanique (120) est à base d'éponges, et de préférence d'éponges
de zirconium.
16/Projectile selon la revendication 15, caractérisé par le fait que la matière à base
d'éponges est en outre infiltrée de particules métalliques, par exemple de magnésium.
17/Projectile selon l'une des revendications 1 à 14, caractérisé par le fait que la matière
pyrophorique à tenue mécanique (120) est à base de cristaux, et de préférence à base
de zirconium en grains.
18/Projectile selon l'une des revendications 15 à 17, caractérisé par le fait que la
couche (120) de matière pyrophorique à tenue mécanique se présente sous la forme d'une
pastille cylindrique, dont la hauteur est de préférence choisie proche du diamètre.