[0001] La présente invention est relative à un procédé de vaporisation d'un liquide dans
des premiers passages, ou passages de vaporisation, sensiblement verticaux, ouverts
en haut et en bas, d'un échangeur de chaleur à plaques, par échange de chaleur avec
un fluide calorigène principal circulant de haut en bas dans des seconds passages
de l'échangeur. Elle s'applique notamment à la vaporisation des liquides cryogéniques,
en particulier de l'oxygène liquide en cuve des colonnes basse pression des installations
de distillation d'air à double colonne.
[0002] Les échangeurs de chaleur à plaques, largement utilisés dans les installations de
distillation d'air, comprennent un assemblage de nombreuses plaques rectangulaires
verticales en aluminium définissant entre elles un grand nombre de passages plats
de grandes dimensions. Des ondes, servant d'entretoises entre les plaques et d'ailettes
thermiques, sont disposées entre les plaques entre les plaques. Les bords des passages
sont fermés par des barrettes-entretoises, et des interruptions de celles-ci permettent
l'introduction des fluides dans l'échangeur et leur extraction, via des boîtes d'entrée
et de sortie semi-cylindriques fixées en regard de ces interruptions.
[0003] Parmi ces échangeurs, certains, dits "vaporiseurs à bain", comportent des passages
de vaporisation complètement ouverts en haut et en bas. Ils sont couramment utilisés,
par exemple, pour vaporiser l'oxygène liquide par condensation d'azote moyenne pression
en cuve des colonnes basse pression des doubles colonnes de distillation d'air.
[0004] Un tel vaporiseur à bain est immergé dans le bain du fluide à vaporiser (de l'oxygène
pour le cas d'une double colonne). La circulation de ce fluide se fait par effet thermosiphon.
[0005] Le débit total circulant dans les passages de vaporisation dépend, pour un échangeur
et un flux de chaleur donnés, de la valeur de la submergence, qui est le rapport de
la hauteur d'immersion de l'échangeur dans le bain de liquide à la hauteur de l'échangeur
en %. Ce débit diminue lorsque la submergence diminue, et la recirculation (rapport
du débit liquide en sortie au débit vaporisé) s'annule pour les valeurs de submergence
trop faibles, entraînant un assèchement dans la partie haute du vaporiseur.
[0006] Dans certains cas, et notamment dans les vaporiseurs d'oxygène précités, un tel fonctionnement
à sec n'est pas permis, pour des questions de sécurité. En effet, il existe un risque
de dépôt et de concentration d'hydrocarbures qui peuvent réagir de façon explosive
avec l'oxygène. On se voit donc contraint de travailler à des submergences relativement
élevées, généralement de l'ordre de 70 à 80 %.
[0007] Ceci est pénalisant du point de vue de la performance de l'échangeur, car la hauteur
hydrostatique du bain de liquide entraîne un sous-refroidissement de ce liquide en
bas de l'échangeur, ce sous-refroidissement atteignant par exemple 0,8°C pour une
hauteur d'oxygène liquide de 1 mètre dans une colonne basse pression fonctionnant
sous 1,3 bar absolu. La partie basse du vaporiseur est donc utilisée pour réchauffer
ce liquide et l'amener à son point d'ébullition, et cette zone peut atteindre une
fraction importante de la hauteur du vaporiseur (1/3 à 1/4 pour une submergence de
100 %).
[0008] Dans ces conditions, il est difficile de faire fonctionner un vaporiseur d'oxygène
à bain avec un faible écart de température inférieur à 1°C entre l'oxygène et l'azote
moyenne pression, sauf à réduire la hauteur du vaporiseur et à installer en cuve de
colonne des échangeurs placés dans des bains superposés. Cette solution a déjà été
mise en oeuvre sur certains appareils, mais elle est coûteuse en investissement.
[0009] L'invention a pour but de permettre une réduction de la submergence sans assèchement
de la partie supérieure des passages de vaporisation.
[0010] A cet effet, selon une caractéristique de l'invention, on génère en continu du gaz
additionnel dans la partie d'extrémité inférieure desdits premiers passages.
[0011] Suivant d'autres caractéristiques de l'invention :
- on injecte en continu un flux de gaz, provenant d'une source de gaz extérieure à l'échangeur,
dans le liquide contenu dans ladite partie d'extrémité inférieure ;
- pour la vaporisation d'un corps pur à l'état liquide, ledit gaz est constitué par
le même corps pur à l'état gazeux ;
- on fait circuler dans la partie d'extrémité inférieure de l'échangeur, en relation
d'échange thermique avec la partie d'extrémité inférieure des premiers passages, un
fluide auxiliaire plus chaud que ledit fluide calorigène principal ;
- pour la vaporisation d'oxygène liquide dans le vaporiseur-condenseur principal d'une
installation de distillation d'air à double colonne, le fluide auxiliaire chaud est
du liquide riche provenant de la cuve de la colonne moyenne pression de la double
colonne, de l'air moyenne pression ou de l'air basse pression issu d'une turbine de
détente de l'installation.
[0012] L'invention a également pour objet un échangeur de chaleur destiné à la mise en oeuvre
d'un tel procédé.
[0013] Cet échangeur du type à plaques, comprenant des premiers passages, ou passages de
vaporisation, sensiblement verticaux, ouverts en haut et en bas et à configuration
lisse, et des seconds passages de circulation d'un fluide calorigène principal, est
caractérisé en ce qu'il comporte des moyens pour générer en continu un gaz additionnel
dans la partie d'extrémité inférieure des premiers passages.
[0014] Selon une caractéristique de l'invention, les moyens générateurs comprennent des
moyens d'injection dudit gaz dans la partie inférieure des premiers passages.
[0015] Suivant une autre caractéristique de l'invention, les moyens générateurs sont constitués
par au moins un compartiment de circulation d'un fluide auxiliaire plus chaud que
ledit fluide calorigène principal prolongeant la partie d'extrémité inférieure desdits
seconds passages, en regard de celle des premiers passages.
[0016] L'invention a encore pour objet une installation de distillation d'air à double colonne
qui comprend un vaporiseur-condenseur principal constitué par un échangeur de chaleur
tel que défini ci-dessus, disposé dans la cuve de la colonne basse pression de la
double colonne, et des moyens pour faire circuler de l'azote moyenne pression dans
lesdits seconds passages.
[0017] Des exemples de mise en oeuvre de l'invention vont maintenant être décrits en regard
des dessins annexés, sur lesquels :
- la figure 1 est une vue schématique en élévation d'un premier échangeur de chaleur
conforme à l'invention ;
- la figure 2 est une vue de cet échangeur, prise en coupe verticale dans un passage
de vaporisation ;
- la figure 3 est une vue du même échangeur, prise en coupe verticale dans un passage
de circulation de fluide calorigène ;
- la figure 4 est une vue schématique en élévation d'un deuxième échangeur de chaleur
conforme à l'invention ; et
- la figure 5 est une vue analogue à la figure 3 de l'échangeur de la figure 4.
[0018] On a représenté schématiquement à la figure 1 un échangeur de chaleur 1 du type à
plaques brasées, constituant le vaporiseur-condenseur principal d'une double colonne
de distillation d'air et monté dans la cuve 2 de la colonne basse pression 40 surmontant
la colonne moyenne pression 50 de cette double colonne.
[0019] L'échangeur 1, de forme générale parallélépipédique, est constitué d'un grand nombre
de plaques rectangulaires verticales 3 en aluminium délimitant entre elles deux séries
de passages, qui sont par exemple alternés : des premiers passages 4, ou passages
de vaporisation d'oxygène liquide, et des seconds passages 5, ou passages de condensation
d'azote.
[0020] Chaque passage 4 (figure 2) est ouvert en haut et en bas et fermé de chaque côté,
sur toute sa hauteur, par des barrettes-entretoises 4A. Il contient une onde 6 à génératrices
verticales, notamment perforée, qui s'étend sur toute sa hauteur et qui sert à la
fois d'entretoise et d'ailette thermique.
[0021] Chaque passage 5 (figure 3) comporte sur l'essentiel de sa hauteur des barrettes-entretoises
latérales 5A de fermeture et une onde 7 à génératrices verticales analogue aux ondes
6. Il présente une zone 8 d'entrée d'azote gazeux à son extrémité supérieure et une
zone 9 de sortie d'azote liquide à son extrémité inférieure. La zone 8 est fermée
en haut et sur un côté 10 par des barrettes-entretoises 8A et est ouvert sur l'autre
côté, par une fenêtre d'entrée 11. Elle contient une onde de distribution comprenant
une première onde 12 à génératrices obliques descendantes, débouchant directement
sur l'extrémité supérieure de l'onde 7, sur toute la largeur (c'est-à-dire la dimension
horizontale) du passage 5.
[0022] De même, la zone de sortie est fermée en bas et sur un côté 14 par des barrettes-entretoises
9A et ouverte de l'autre côté sur une fenêtre de sortie 15. Elle contient une onde
oblique 16 sur laquelle l'onde 7 débouche directement, sur toute la largeur du passage
5, et une onde horizontale 17 débouchant sur la fenêtre 15.
[0023] Les plaques, ondes et barrettes-entretoises ont des surfaces lisses, exemptes d'aspérités
ou de cavités. L'ensemble des plaques, des ondes et des barrettes-entretoises est
solidarisé de façon étanche par brasage au four, puis des boîtes semi-cylindriques
18, 19 d'entrée et de sortie d'azote sont fixées latéralement par soudage sur l'échangeur,
en regard des fenêtres 11 et 15. Ces boîtes sont reliées respectivement au sommet
de la colonne moyenne pression (non représentée) de la double colonne par des conduites
20, 21.
[0024] Des rampes perforées 22 reliées à une source d'oxygène (non représentée) sont disposées
sous l'échangeur 1 dans la cuve de colonne 2, et de préférence juste au-dessous de
chacun des passages de vaporisation 4, avec des perforations réparties sur toute la
largeur de celui-ci. En variante, comme indiqué en traits mixtes sur la figure 2,
l'onde 6 peut, dans chaque passage 4, être arrêtée à une petite distance du bas de
l'échangeur, et la rampe 22 être logée dans l'espace ainsi dégagé à l'extrémité inférieure
du passage.
[0025] En fonctionnement, l'échangeur 1 est partiellement immergé dans le bain d'oxygène
liquide 23 formé dans la cuve de colonne 2. L'azote gazeux sous la moyenne pression
d'environ 6 x 10
5 Pa absolus circule dans les passages 5, via la boîte 18, les ondes 12, 13, 7, 16
et 17, en se condensant, et en ressort liquide via la boîte 19. En se condensant,
cet azote provoque la vaporisation de l'oxygène liquide contenu dans les passages
4, et l'oxygène circule par effet de thermosiphon de bas en haut dans ces passages,
en contenant une proportion croissante de gaz. Du mélange diphasique oxygène liquide/oxygène
gazeux sort par le haut des passages 4 et retombe dans le bain 23, comme schématisé
par les flèches de la figure 1, où l'on a également schématisé par une flèche en traits
mixtes la circulation descendante de l'azote.
[0026] Grâce à l'injection en continu d'un flux d'oxygène gazeux au bas des passages 4 par
les rampes 22, l'écoulement ascendant de l'oxygène est en permanence diphasique dès
l'extrémité inférieure de ces passages, ce qui améliore l'échange thermique entre
l'oxygène et l'azote. De plus, la recirculation est accrue et par suite, une submergence
réduite peut être adoptée sans risque d'assécher la zone supérieure des passages 4,
ce qui résulte finalement en un moindre sous-refroidissement de l'oxygène liquide
contenu dans l'échangeur 1. Au total, les performances du vaporiseur-condenseur sont
nettement améliorées, et l'on peut réduire la température de l'azote gazeux calorigène
et donc la pression de marche (c'est-à-dire la moyenne pression) de l'installation
de distillation d'air. Le débit d'oxygène gazeux introduit via les rampes 22 est de
l'ordre de 2 à 4 % du débit d'oxygène vaporisé.
[0027] Dans le mode de réalisation des figures 4 et 5, avantageux au plan énergétique, l'oxygène
gazeux additionnel (par rapport à celui généré par le chauffage à l'azote moyenne
pression) est généré in situ à l'extrémité inférieure des passages 4. Ces derniers
sont identiques à ceux de la figure 2, les rampes 22 sont supprimées, et les passages
5 de la figure 3 sont légèrement raccourcis vers le bas, c'est-à-dire qu'ils sont
fermés vers le bas par une barrette-entretoise 24 située à une petite distance de
l'extrémité inférieure de l'échangeur. Au-dessous de cette barrette est délimité un
compartiment 25 fermé en bas par une barrette-entretoise 26, ouvert des deux côtés
et contenant sur toute sa longueur une onde 27 à génératrices horizontales.
[0028] En fonctionnement, un fluide auxiliaire plus chaud que l'azote moyenne pression circule
en continu à travers le compartiment 25, dans lequel il entre via une boîte d'entrée
28 et d'où il ressort via une boîte de sortie 29. La température et le débit de ce
fluide sont choisis pour créer en permanence un début de vaporisation suffisant de
l'oxygène dans cette région. On pourra notamment choisir comme fluide auxiliaire :
- du "liquide riche" (air enrichi en oxygène) soutiré en cuve de la colonne moyenne
pression, et qui sera sous-refroidi dans les compartiments 25 ;
- de l'air moyenne pression, qui sera liquéfié dans ces compartiments ; ou
- de l'air basse pression sortant d'une turbine de détente et destiné à être insufflé
dans la colonne basse pression, lorsque la température de cet air à la sortie de la
turbine est suffisante.
[0029] En variante, le compartiment 25 peut être remplacé par plusieurs compartiments superposés,
permettant ainsi d'utiliser plusieurs fluides auxiliaires.
[0030] En variante également, le compartiment 25 peut être subdivisé de façon à constituer
plusieurs passes superposées, reliées en série, pour augmenter la vitesse de passage
du fluide auxiliaire et, ainsi, améliorer son coefficient d'échange thermique.
[0031] En variante encore, la configuration des figures 4 et 5 peut être utilisée pour également
injecter de l'oxygène gazeux dans les passages de vaporisation 4, comme aux figures
1 à 3. Pour cela, l'oxygène gazeux est introduit dans les compartiments 25 via la
boîte 28, la boîte 29 est remplacée par des barrettes de fermeture, et les plaques
3 sont perforées le long des compartiments 25 pour permettre le passage de l'oxygène
gazeux de ces compartiments dans les passages de vaporisation 4. Dans ce cas, il est
préférable de supprimer les ondes 27.
1. Procédé de vaporisation d'un liquide dans des premiers passages (4), ou passages de
vaporisation, sensiblement verticaux, ouverts en haut et en bas, d'un échangeur de
chaleur (1) à plaques, par échange de chaleur avec un fluide calorigène principal
circulant de haut en bas dans des seconds passages (5) de l'échangeur, caractérisé
en ce qu'on génère en continu du gaz additionnel dans la partie d'extrémité inférieure
desdits premiers passages (4).
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce qu'on injecte un flux du gaz,
provenant d'une source de gaz extérieure à l'échangeur (1), dans le liquide contenu
dans ladite partie d'extrémité inférieure.
3. Procédé selon la revendication 1 ou 2, pour la vaporisation d'un corps pur à l'état
liquide, caractérisé en ce que ledit gaz est constitué par le même corps pur à l'état
gazeux.
4. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 3, caractérisé en ce qu'on fait
circuler, dans la partie d'extrémité inférieure de l'échangeur (1), en relation d'échange
thermique avec la partie d'extrémité inférieure des premiers passages (4), un fluide
auxiliaire plus chaud que le fluide calorigène principal.
5. Procédé selon la revendication 4, pour la vaporisation d'oxygène liquide dans le vaporiseur-condenseur
principal d'une installation de distillation d'air à double colonne, caractérisé en
ce que ledit fluide auxiliaire est du liquide riche provenant de la cuve de la colonne
moyenne pression de la double colonne, de l'air moyenne pression, ou de l'air basse
pression issu d'une turbine de détente de l'installation.
6. Echangeur de chaleur du type à plaques, comprenant des premiers passages (4), ou passages
de vaporisation, sensiblement verticaux, ouverts en haut et en bas et sensiblement
exempts d'aspérités, et des seconds passages (5) de circulation d'un fluide calorigène
principal, caractérisé en ce qu'il comporte des moyens (22 ; 25) de génération de
gaz dans la partie d'extrémité inférieure desdits premiers passages (4).
7. Echangeur selon la revendication 6, caractérisé en ce que les moyens générateurs sont
constitués par une rampe (22) d'injection dudit gaz dans la partie d'extrémité inférieure
des premiers passages (4).
8. Echangeur selon la revendication 6, caractérisé en ce que les moyens générateurs sont
constitués par un compartiment (25) de circulation d'un fluide auxiliaire plus chaud
que le fluide calorigène principal prolongeant la partie d'extrémité inférieure des
seconds passages (5) en regard de celle des premiers passages (4).
9. Installation de distillation d'air à double colonne, comprenant une colonne moyenne
pression et une colonne basse pression, caractérisée en ce qu'elle comprend un vaporiseur-condenseur
principal constitué par un échangeur de chaleur (1) suivant la revendication 7, disposé
dans la cuve (2) de la colonne basse pression de la double colonne, et des moyens
(18 à 21) pour faire circuler de l'azote moyenne pression dans les seconds passages
(5).
10. Installation de distillation d'air à double colonne, selon la revendication 8, caractérisée
en ce qu'elle comprend un vaporiseur-condenseur principal constitué par un échangeur
de chaleur (1) suivant la revendication 7, disposé dans la cuve (2) de la colonne
basse pression de la double colonne, et des moyens (28, 29) pour faire circuler dans
le compartiment (25) du liquide riche provenant de la cuve de la colonne moyenne pression
de la double colonne, de l'air moyenne pression, ou de l'air basse pression issu d'une
turbine de détente de l'installation.