[0001] L'invention concerne les connecteurs électriques.
[0002] Elle concerne plus particulièrement les connecteurs présentant les caractéristiques
fonctionnelles suivantes :
― grand nombre de manoeuvres (typiquement 5000 à 50 000 manoeuvres), ce qui nécessite
de prendre des mesures pour, d'une part, éviter une usure prématurée des pièces venant
frotter les unes sur les autres et, d'autre part, pour réaliser un auto-nettoyage
des organes venant en contact électrique,
― large plage de contact, c'est-à-dire que les éléments mobiles homologues du connecteur
doivent pouvoir assurer un contact électrique satisfaisant sur toute la longueur d'une
course d'insertion relativement importante, et ce, avec des tolérances dimensionnelles
relativement élevées,
― force modérée d'insertion et de maintien en pression (en fin de course), ce qui
est généralement le cas des connecteurs pour lesquels le verrouillage en fin de course
est réalisé par un organe mécanique extérieur au connecteur proprement dit : dans
ce cas il faut que l'effort de maintien en pression soit limité (car il sera fourni
par l'organe extérieur) et, d'autre part, que le connecteur accepte des tolérances
dimensionnelles relativement larges ― ce qui ramène à la caractéristique précédente
―, car la précision mécanique de l'accostage (approche mécanique des éléments mobiles)
et celle de la course d'insertion ne dépendent pas du connecteur lui-même mais de
l'organe extérieur.
[0003] Les éléments coopérants d'un connecteur comprennent au moins un élément conducteur
rigide venant en contact mécanique et électrique avec un élément de contact souple
(c'est-à-dire élastiquement déformable) par rapport auquel il peut se déplacer d'un
mouvement relatif. Par la suite, on appellera ces éléments "élément rigide" et "élément
souple", mais dans la pratique l'élément rigide est également désigné "broche" ou
"élément mâle", l'élément souple étant alors désigné "douille" ou "élément femelle".
[0004] Dans un premier type de connecteur, illustré figure 1, l'élément rigide 1 s'étend
dans une direction longitudinale Δ et le (ou les) élément(s) de contact souple(s)
2 s'étend(ent) de façon sensiblement parallèle à cette même direction Δ. Pour réaliser
le contact électrique, on approche l'élément rigide 1 en le déplaçant selon la direction
longitudinale Δ, ce qui a pour effet de repousser l'extrémité libre du (ou des) élément(s)
souple(s) transversalement, c'est-à-dire dans une direction sensiblement perpendiculaire
à la direction Δ (position repérée en tiretés sur la figure).
[0005] Cette structure de connecteur présente plusieurs avantages.
[0006] Tout d'abord, il est possible d'obtenir sans difficulté une course importante, car
la déformation des éléments souples (écartement transversal) ne dépend que du diamètre
de l'élément rigide, donc la course selon la direction Δ, longitudinale, peut être
allongée sans difficulté lors de la conception du connecteur.
[0007] En second lieu, du fait que la longueur du chemin de contact (c'est-à-dire le lieu
des points de contact successifs sur la longueur de la course d'enfoncement) est égale
à la course du connecteur, l'auto-nettoyage du point de contact par frottement est
assuré sans difficulté.
[0008] Enfin, ce type de connecteur ne nécessite qu'une force modérée d'insertion et de
maintien: sur la figure 3, on a illustré en I la caractéristique F/d (force d'insertion/longueur
d'enfoncement) pour ce type de connecteur. Le segment curviligne OA correspond à l'effort
nécessaire pour déformer radialement les éléments souples 2 ; lorsque la position
déformée est atteinte, on arrive à un pic A, dont l'amplitude peut être limitée par
un choix approprié des formes coopérantes. Ensuite, si l'on poursuit l'enfoncement
(segment AB), la force d'enfoncement est sensiblement constante sur toute la longueur
de la course utile D.
[0009] Ce type de connecteur présente cependant l'inconvénient d'une usure prématurée, précisément
en raison du fait que le point de contact, qui est pratiquement fixe, voit défiler
une très grande longueur de l'élément rigide puisque la longueur du chemin de contact
est la même que celle de la course mécanique du connecteur.
[0010] Dans un second type de connecteur, illustré schématiquement figure 2 et qui est celui
auquel se rattache le connecteur de l'invention, l'élément de contact souple s'étend
dans une direction générale transversale, sensiblement perpendiculaire (ou fortement
oblique) par rapport à la direction Δ suivant laquelle s'étend l'élément de contact
rigide 1. La connexion se fait alors par appui simple, en bout, sur l'extrémité libre
de l'élément souple qui se courbe progressivement au fur et à mesure de l'enfoncement
de l'élément rigide 1.
[0011] La longueur du chemin de contact étant beaucoup plus limitée que dans le cas précédent,
l'usure devient beaucoup plus faible, ce qui permet une plus grande longévité. En
revanche, l'auto-nettoyage est beaucoup plus réduit, du fait de cette réduction du
chemin de contact.
[0012] Mais surtout, l'inconvénient majeur de ce type de connecteur est la force d'insertion
relativement élevée qu'il nécessite, tout particulièrement en fin de course : ainsi,
on a porté sur la figure 3, en II, la caractéristique correspondante F/d. On voit
que, après un faible effort (segment OA′) pour arriver au point A′ auquel le contact
électrique est assuré dans de bonnes conditions, lorsque l'on poursuit l'enfoncement
de l'élément rigide la force nécessaire augmente très rapidement (segment A′B′) du
fait de la résistance progressivement croissante opposée par le bras de levier de
l'élément souple, contraint de plus en plus fortement. En outre, la course utile D′
est beaucoup plus réduite que dans le cas précédent.
[0013] Ces inconvénients (force d'insertion élevée et course réduite) sont en particulier
rédhibitoires dans les applications évoquées plus haut où le maintien en pression
des deux éléments du connecteur est assuré par un organe extérieur au connecteur proprement
dit: on dépasse alors très rapidement l'effort maximal F
max permis pour le maintien en pression du connecteur dans sa position verrouillée ;
en outre, la course relativement faible D′ ne permet pas d'assurer un rattrapage satisfaisant
des tolérances dimensionnelles, et impose donc une construction très soignée de l'organe
extérieur de verrouillage, car c'est de la précision dimensionnelle de celui-ci que
dépend la qualité fonctionnelle du connecteur.
[0014] L'un des buts de la présente invention est de proposer un connecteur qui remédie
à ces différents inconvénients et procure à la fois une course longue, un faible effort
d'insertion et une très grande fiabilité (faible usure et auto-nettoyage).
[0015] Le connecteur de l'invention appartient au second type précité, c'est-à-dire qu'il
comporte au moins un élément de contact électrique souple lamellaire, élastiquement
déformable, et au moins un élément de contact électrique rigide de forme arrondie,
par exemple de section essentiellement circulaire, les deux éléments venant en contact
électrique et mécanique par le déplacement relatif de l'élément rigide en direction
de l'élément souple, cette direction intersectant l'orientation générale de l'élément
souple qui est ainsi mis en tension élastique.
[0016] Selon l'invention, l'extrémité libre de l'élément souple présente une zone cintrée
dont la concavité est tournée en direction de l'élément rigide et dont le rayon de
courbure est supérieure au rayon de la section de l'élément rigide, cette zone cintrée
étant prolongée par une zone d'accostage contrecoudée.
[0017] Avantageusement, l'élément souple, en position de repos, vient en appui contre des
épaulements d'un corps de connecteur, de manière à occulter, dans cette position,
l'ouverture du corps de connecteur recevant l'élément rigide.
[0018] On va maintenant décrire en détail l'invention, en référence aux figures annexées.
[0019] Les figures 1 et 2, précitées, illustrent schématiquement deux types généraux de
connecteurs.
[0020] La figure 3 illustre la caractéristique force d'insertion/déplacement relatif des
éléments de contact des connecteurs des figures 1 et 2.
[0021] La figure 4 est une vue d'ensemble d'un connecteur selon l'invention.
[0022] La figure 5 montre, de façon agrandie et pour plusieurs positions fonctionnelles,
les surfaces coopérantes des deux éléments du connecteur de la figure 4.
[0023] La figure 6 illustre la caractéristique force d'insertion/déplacement de ce même
connecteur.
[0024] La figure 7 illustre une variante de réalisation assurant une protection des contacts.
[0025] Sur la figure 4, on a représenté en coupe le connecteur de l'invention, qui comporte
des éléments de contact rigides 1, par exemple deux séries parallèles d'éléments de
contact rigides, portés par un corps de fiche 3. Le corps de fiche 3 vient se placer
dans un logement homologue d'un corps d'embase 4 portant les éléments de contact souples
2 venant coopérer avec les éléments de contact rigides 1.
[0026] Sur la figure 4, les éléments de contact ont été illustrés à l'instant de l'accostage,
c'est-à-dire dans la position intermédiaire d'enfoncement où les éléments arrivent
en contact mécanique, bien avant l'enfoncement complet, qui correspondra à la position
de verrouillage mécanique du connecteur.
[0027] Sur la figure 5, on a représenté en vue agrandie un élément rigide 1 et un élément
souple 2, en trois positions successives différentes : la position de droite, en trait
plein, correspond à l'accostage des deux éléments (position de la figure 4), la position
de gauche, également en trait plein, correspond à la position d'enfoncement complet,
connecteur verrouillé, tandis que la position centrale, en tiretés, est une position
intermédiaire particulière, que l'on décrira ci-dessous.
[0028] L'élément rigide 1 présente, en section, une forme d'extrémité sensiblement circulaire,
de rayon ρ1.
[0029] L'élément souple 2 est réalisé sous forme d'une lame flexible dont l'extrémité libre
présente une zone cintrée 5 tournant sa concavité vers l'élément rigide, et dont le
rayon de courbure ρ₂ est supérieur au rayon ρ₁ de la section circulaire de l'élément
rigide 1. Cette zone cintrée 5 est suivie par une zone d'accostage 6 contrecoudée,
donc tournant sa convexité vers l'élément rigide.
[0030] La cinématique d'insertion se décompose en deux phases:
― Au moment de l'accostage (position illustrée à droite de la figure), le contact
se forme entre le point 7 de l'élément rigide 1 et un point 10 de l'élément souple
situé sur la zone contrecoudée. Lorsque l'on continue à déplacer l'élément rigide
1 dans la direction Δ, le point de contact se déplacer de 7 vers 8 sur l'élément rigide
et de 10 vers 11 sur l'élément souple. On atteint alors la position illustrée en tiretés
sur la figure 5, où l'on voit que le point de contact s'est déplacé, sur l'élément
souple, de la zone contrecoudée 6 jusqu'au début de la zone cintrée 5, c'est-à-dire
sensiblement au niveau du point d'inflexion raccordant ces deux zones.
― Lorsque l'on poursuit le mouvement, le point de contact se déplace de 8 en 9 sur
l'élément fixe et de 11 en 12 sur l'élément mobile.
On voit que, dans cette seconde phase, le point de contact s'est déplacé, sur l'élément
rigide, en direction du point d'accostage initial 10 et que, sur l'élément souple,
le point de contact a parcouru toute l'étendue de la zone cintrée 5.
[0031] Ainsi, sur l'étendue D˝ de la course du connecteur, il y a eu sur l'élément rigide
un mouvement d'aller et retour du point de contact (de 7 en 8, puis de 8 en 9) tandis
que, sur l'élément souple, il y a eu un mouvement continu (de 10 en 11, puis de 11
et 12) sur un chemin relativement long, correspondant à l'étendue de la zone cintrée
5, et ce, malgré un déplacement final (la seconde phase précitée) relativement faible
dans la direction Δ. Le mouvement d'aller et retour procure en particulier un excellent
auto-nettoyage des surfaces en contact.
[0032] Du point de vue de la statique, durant cette seconde phase, du fait que le déplacement
de l'élément rigide (selon la direction Δ) est très faible, celui de l'élément souple
est également très faible et l'effort de réaction du bras de levier ne croît donc
que très lentement.
[0033] Cette propriété apparaît clairement sur la caractéristique effort/ déplacement de
la figure 6.
[0034] Sur cette figure, on a décomposé la course totale D˝ en une course préalable d₁ (entre
le point d'accostage O et le point A˝ correspondant à la force F₁ assurant une pression
suffisante pour permettre un contact électrique convenable) et une course utile d₂
(entre le point A˝ et le point d'enfoncement complet B˝ correspondant au verrouillage
du connecteur).
[0035] On voit ainsi que, entre les points A˝ et B˝, l'effort à fournir ne varie (entre
F₁ et F₂) que de façon relativement modérée malgré la course très longue : dans un
exemple de réalisation, on peut ainsi obtenir une large plage de fonctionnement, avec
une course initiale d₁ = 0,2 mm et une course utile d₂ = 1,6 mm, l'effort F ne variant,
typiquement, qu'entre F₁ = 10 N et F₂ = 25 N, ce qui procure des caractéristiques
très supérieures à celles rencontrées avec les connecteurs classiques.
[0036] Sur la figure 7, on a illustré une variante de réalisation dans laquelle l'élément
souple 2 vient en butée contre deux épaulements 13, 14 du corps d'embase 4, ce qui
permet ainsi de protéger le volume intérieur de l'embase en occultant l'orifice 15
destiné à recevoir l'élément rigide 1 ; on réalise ainsi un élément de contact protégé,
de façon très simple à partir d'éléments découpés (la lame constituant l'élément de
contact souple 2), alors que ces éléments de contact protégés étaient jusqu'à présent
principalement réalisés grâce à des pistons rétractables, imposant une fabrication
décolletée beaucoup plus coûteuse et complexe à mettre en oeuvre.