[0001] L'invention concerne un dispositif d'ancrage d'un faisceau de joncs formés de fibres
sensiblement parallèles, liées par une résine synthétique.
[0002] On connaît bien des joncs formés de fibres de verre sensiblement parallèles, liées
par une résine synthétique telle qu'une résine époxy. Il est souvent nécessaire, pour
des applications mettant en jeu des efforts importants, d'avoir recours à un faisceau
de plusieurs joncs. A cette fin, il est nécessaire d'ancrer les extrémités des joncs
à des éléments terminaux qui servent à fixer les extrémités du faisceau de joncs dans
l'application prévue. Toutefois, du fait de leur nature fortement anisotrope, ces
joncs posent un problème de fixation à leurs extrémités. Le système d'ancrage connu
consistant à insérer les extrémités des joncs dans une douille métallique cylindrique
creuse, puis à couler une masse de résine, éventuellement chargée ou armée, dans la
douille de façon qu'elle enrobe les extrémités des joncs, ne donne pas entière satisfaction
car, dans un tel système, l'ancrage de chaque jonc dans la masse de résine est assuré
par adhérence pure. Ceci limite l'utilité de ce système d'ancrage à des joncs de petit
diamètre et de résistance mécanique relativement faible.
[0003] Une amélioration connue de ce système consiste à utiliser une douille métallique
dont la partie intérieure n'est plus cylindrique mais a la forme d'un tronc de cône
ou d'une pluralité de troncs de cône successifs, afin de créer un effet de "coin"
générant des efforts de compression normaux aux joncs lorsque le faisceau de joncs
est mis sous tension, ces efforts de compression normaux étant d'autant plus intenses
que la tension appliquée aux joncs est plus importante. Cependant, compte tenu des
caractéristiques de déformation de la résine, éventuellement chargée ou armée, comparées
à celles des joncs, lesdits efforts de compression provoquent une élongation axiale
de la résine coulée qui, à son tour, cause des surtensions dans les joncs. Ce phénomène
limite le rendement de l'ancrage.
[0004] Afin d'éviter des surtensions excessives préjudiciables aux joncs, EP-A-0 025 856
et US-A-4 448 002 ont proposé de limiter l'effort de serrage sur les joncs en prévoyant
un élément compressible entre la masse de résine enrobant les joncs et une plaque
de fermeture solidaire de la douille, cet élément compressible limitant l'élongation
axiale de la masse de résine, comme le montre, par exemple, la figure 9 de ces brevets
antérieurs. Selon une variante illustrée par les figures 11 et 12, les joncs, au lieu
d'être directement enrobés par la masse de résine, sont logés dans des gaines métalliques
à fentes longitudinales. Selon une autre variante illustrée sur la figure 16, la masse
de résine enrobant les joncs est divisée en une partie centrale cylindrique en butée
contre la plaque de fermeture, et une partie périphérique formant coin et en butée
contre l'élément compressible, un élément cylindrique en métal mince, par exemple
en acier, pourvu de fentes longitudinales, étant intercalé entre ces deux parties
pour faciliter le glissement de la partie périphérique par rapport à la partie centrale.
En outre, les joncs situés dans la partie périphérique ne s'allongent pas de la même
façon que les joncs de la partie centrale.
[0005] Bien que l'ancrage décrit dans EP-A-0 025 865 et US-A-4 448 002 soit intéressant
sur le papier, sa réalisation pratique pose problème en ce qui concerne le choix de
l'élément compressible. Si trop compressible, l'effort de serrage sur les joncs sera
excessif et, si pas assez compressible, l'effort de serrage sera trop limité avec
pour conséquence un faible rendement de l'ancrage. EP-A-0 025 856 et US-A-4 448 002
ne donnent d'ailleurs pratiquement pas d'indications sur la façon de calculer l'élément
compressible.
[0006] Enfin, il convient de remarquer que le dispositif d'ancrage antérieur est d'une réalisation
plutôt complexe, d'où un coût prévisible plutôt élevé.
[0007] Il existe donc un besoin pour un dispositif d'ancrage d'un faisceau de joncs fibreux
qui assure une liaison améliorée entre les joncs et la douille terminale, tout en
étant d'une réalisation simple et peu onéreuse.
[0008] L'invention vise justement à former un tel dispositif d'ancrage amélioré.
[0009] Le dispositif d'ancrage de l'invention, contrairement aux dispositif décrits par
EP-A-0 025 856 et US-A-4 448 002, n'est pas basé sur une limitation de l'effort de
serrage par emploi d'une butée compressible, mais sur une limitation de l'élongation
axiale de la masse de résine sous les efforts de compression, grâce à l'incorporation
d'un ou plusieurs éléments de renforcement liés à la masse de résine.
[0010] Plus précisément, l'invention concerne un dispositif d'ancrage d'un faisceau de joncs
formés de fibres sensiblement parallèles, liées par une résine synthétique, qui comprend
une douille métallique entourant l'extrémité du faisceau et une masse de résine, éventuellement
armée ou chargée, coulée dans ladite douille et solidarisant les joncs entre eux et
à la douille, la surface intérieure de la douille formant au moins un tronc de cône
dont la section diminue dans le sens de l'effort de traction auquel sera soumis ledit
faisceau en service, caractérisé en ce qu'il comprend, en outre, des éléments de renforcement
s'étendant à l'intérieur de la douille, sensiblement parallèlement aux joncs, ces
éléments étant constitués d'un matériau ayant un module de traction supérieur à celui
des joncs et étant liés aux joncs et à la douille par ladite masse de résine.
[0011] Selon un mode de réalisation, les éléments de renforcement consistent en un noyau
cylindrique central et les joncs sont disposés dans un espace annulaire ménagé entre
ledit noyau et la douille. Le noyau central peut être plein ou pourvu d'un alésage
central.
[0012] Selon un autre mode de réalisation, les éléments de renforcement consistent en une
pluralité de barres ou tiges réparties, dans la douille, entre les joncs.
[0013] Selon encore un autre mode de réalisation, les éléments de renforcement consistent
en une pluralité de barres ou tiges disposées entre les joncs et la douille.
[0014] Il peut être envisagé toute combinaison des modes de réalisation décrits précédemment.
[0015] Il est à noter que la douille utilisée dans le présent dispositif ne comporte ni
plaque de fond, ni plaque formant butée destinée à recevoir ou supporter tout ou partie
de l'effort de traction appliqué aux joncs. Il n'est pas exclu, toutefois, que la
douille puisse comporter une paroi terminale de faible résistance mécanique dont le
but serait simplement de servir de coffrage lors du remplissage de la douille par
la résine lors de la coulée de celle-ci.
[0016] Le dispositif d'ancrage de l'invention peut être utilisé pour des joncs formés de
fibres de verre, de fibres d'aramide (fibres Kevlar
( R ), par exemple), de fibres de carbone, etc..
[0017] La résine synthétique coulée dans la douille peut être par exemple une résine époxy
éventuellement chargée ou armée de fibres de verre ou similaires.
[0018] Les éléments de renforcement sont habituellement constitués d'acier, mais l'emploi
de tout matériau ayant un module de traction supérieur à celui des joncs est envisageable.
[0019] La description qui va suivre faite en se référant aux dessins annexés fera bien comprendre
l'invention. Sur les dessins :
Les figures 1 et 2 sont des vues en coupe longitudinale et transversale, respectivement
d'un dispositif d'ancrage selon l'invention;
Les figures 3 et 4 sont des vues en coupe longitudinale et transversale, respectivement,
d'un autre dispositif d'ancrage selon l'invention; et
Les figures 5 et 6 sont des vues en coupe longitudinale et transversale, respectivement,
d'encore un autre dispositif d'ancrage selon l'invention.
[0020] Le dispositif d'ancrage, illustré par les figures 1 et 2, est constitué d'un noyau
cylindrique central 1, qui peut être plein ou creux, faisant office d'éléments de
renforcement, et d'une douille 2, ouverte à ses deux extrémités, dont le profil de
la surface intérieure 3 est formé de trois troncs de cône 4 successifs. Le diamètre
intérieur de la douille 2 est supérieur au diamètre extérieur du noyau 1 de façon
à ménager entre eux un espace annulaire 5 dans lequel sont insérés les joncs 6 du
faisceau de joncs à ancrer. Les joncs 6 sont liés entre eux, au noyau et à la douille,
par une masse solide 7 de résine époxy par exemple, éventuellement chargée ou armée
de fibres de verre, thermodurcie, obtenue par coulée dans l'espace annulaire 5 entre
les joncs 6 d'une composition de résine époxy par exemple, éventuellement chargée
ou renforcée de fibres de verre, thermodurcissable.
[0021] Les figures 3 et 4 représentent un autre mode de réalisation du dispositif d'ancrage
de l'invention. Dans ce mode, le faisceau de joncs 6 est inséré dans la douille 2
mais le noyau 1 est omis et remplacé par une pluralité de tiges métalliques 8, par
exemple en acier, faisant office d'éléments de renforcement, réparties entre les joncs,
parallèlement à eux. Ici encore, une masse solide 7 de résine époxy par exemple, éventuellement
chargée ou armée de fibres de verre, est utilisée pour lier les joncs et les tiges
8 entre eux et à la douille.
[0022] Les figures 5 et 6 illustrent encore un autre mode de réalisation du dispositif d'ancrage
de l'invention. Dans ce mode, les joncs 6 du faisceau sont disposés dans l'espace
central délimité par la douille 2 comme dans le mode de réalisation précédent mais
les tiges de renforcement métallique 8, au lieu d'être réparties entre les joncs,
sont disposées entre le faisceau de joncs et la douille.
[0023] La présence des éléments de renforcement améliore considérablement la résistance
mécanique du faisceau de joncs. On présente ci-après les résultats d'essais de traction
comparatifs réalisés entre un faisceau de joncs ancrés dans un dispositif d'ancrage
conforme au mode de réalisation illustré par les figures 1 et 2 et un faisceau de
joncs ancrés dans un dispositif d'ancrage de l'art antérieur constitué d'une simple
douille tronconique. Dans les deux cas, la résine thermodurcissable coulée dans la
douille pour lier les joncs était une résine époxy Araldite CW2418 à charge métallique.
Chaque faisceau comprend 19 joncs en fibres de verre ayant chacun un diamètre de 10,7
mm. La charge de rupture instantanée de chaque jonc étant de 125 kN, la charge de
rupture instantanée du faisceau était donc de 19 x 125 kN, soit 2375 kN. Le Tableau
ci-dessous résume les conditions d'essai et les résultats obtenus.

[0024] On voit que le dispositif d'ancrage de l'invention permet d'accroître considérablement
la charge supportable.
[0025] Il y a lieu de préciser que, en raison du comportement viscoélastique des joncs,
la charge de rupture instantanée ne peut être atteinte avec le type de mise sous charge
adopté pour les essais.
[0026] Le dispositif d'ancrage de l'invention est utile notamment dans les applications
où une mise en précontrainte de faisceaux de joncs à base de fibres est requise, par
exemple, dans le domaine du génie civil, pour la réalisation de tirants d'ancrage,
pour la réalisation de haubans pour ponts suspendus, etc.
[0027] Il va de soi que les modes de réalisation décrits peuvent être modifiés, notamment
par substitution de moyens techniques équivalents, sans sortir pour cela du cadre
de l'invention.
1. Un dispositif d'ancrage d'un faisceau de joncs (6) formés de fibres sensiblement parallèles,
liées par une résine synthétique, qui comprend une douille métallique (2) entourant
l'extrémité du faisceau et une masse (7) de résine, éventuellement chargée ou armée,
coulée dans ladite douille et solidarisant les joncs entre eux et à la douille, la
surface intérieure (3) de la douille formant au moins un tronc de cône (4) dont la
section diminue dans le sens de l'effort de traction auquel sera soumis ledit faisceau
en service, caractérisé en ce qu'il comprend, en outre, des éléments de renforcement
(1, 8) s'étendant à l'intérieur de la douille, sensiblement parallèlement aux joncs,
ces éléments étant constitués d'un matériau ayant un module de traction supérieur
à celui des joncs et étant liés aux joncs et à la douille par ladite masse de résine.
2. Un dispositif selon la revendication 1, caractérisé en ce que les éléments de renforcement
comportent un noyau cylindrique central et les joncs sont disposés dans un espace
annulaire ménagé entre ledit noyau et la douille.
3. Un dispositif selon la revendication 1, caractérisé en ce que les éléments de renforcement
comportent une pluralité de barres ou tiges réparties, dans la douille, entre les
joncs.
4. Un dispositif selon la revendication 1, caractérisé en ce que les éléments de renforcement
comportent une pluralité de barres ou tiges disposées entre les joncs et la douille.
5. Un dispositif selon l'une quelconque des revendications 1 à 4, caractérisé en ce que
les éléments de renforcement sont en acier.
6. Un dispositif selon l'une quelconque des revendications 1 à 5, caractérisé en ce que
les joncs sont formés de fibres de verre liées par une résine liante polymère.