[0001] La présente invention se rapporte à un procédé d'obtention d'hydroxydes métalliques
sous une forme pulvérulente aisément séparable, ainsi qu'à diverses applications de
ce procédé.
[0002] Les hydroxydes métalliques, de formule générale Me(OH)
n se préparent ordinairement par action de solution alcaline sur des sels métalliques
solubles, les hydroxydes précipités se présentant sous un aspect divisé et très souvent
gélatineux.
[0003] La forme gélatineuse obtenue ne facilite pas le lavage de l'hydroxyde et sa séparation
par filtration de la solution de départ et des eaux de lavage. Il est de la sorte
ardu de l'obtenir sous une forme pulvérulente et à un degré de pureté convenable.
[0004] Dans d'autres cas, en particulier lorsque les hydroxydes sont solubles en milieu
alcalin, par exemple ceux de métaux ayant un caractère amphotère, ils peuvent être
théoriquement obtenus comme précipités à partir d'un milieu fortement basique par
neutralisation à l'acide. Souvent, dans de nombreuses applications pratiques, on ne
récupère pas les métaux dissous dans des milieux fortement basiques et les solutions
qui les contiennent sont purement et simplement envoyées à la décharge, avec les risques
de pollution et de toxicité que cela comporte.
[0005] La présente invention va permettre de remédier à ces inconvénients et d'obtenir des
hydroxydes métalliques tant à partir de solutions acides que de solutions alcalines,
sous une forme divisée pulvérulente, facilement lavable et, par voie de conséquence,
à un degré de grande pureté.
[0006] Ce procédé se caractérise en ce qu'on provoque, par passage d'un courant électrique
à travers la solution dans laquelle le métal est dissous, la formation du précipité
d'hydroxyde contre une membrane échangeuse d'ions solide, cette membrane séparant
le compartiment anodique du compartiment cathodique.
[0007] En utilisant ci-dessus l'expression "contre une membrane échangeuse d'ions solide"
on entend signifier que la précipitation intervient sur la membrane, ou à proximité
immédiate de celle-ci, dans une zone de l'ordre de 1 mm d'épaisseur à partir de la
membrane.
[0008] Selon une première forme d'exécution, la solution est une solution acide et la membrane
est une membrane anionique, par exemple une membrane comprenant des groupes ammonium
quaternaires. Cette forme d'exécution permet la précipitation et l'isolation de l'hydroxyde
métallique à partir d'une solution acide.
[0009] Selon une deuxième forme d'exécution, la solution est une solution basique et la
membrane est une membrane cationique, par exemple une membrane comprenant des groupes
SO₃H⁻.
[0010] Dans un cas comme dans l'autre, la membrane est par exemple un polymère insoluble
dans laquelle a été inclue une résine échangeuse d'ions, ou bien une membrane en polymère
insoluble, par exemple en polytétrafluoroéthylène, qui a été irradiée de façon à pouvoir
y greffer des polystyrènes porteurs de groupes chargés, comme ceux indiqués ci-dessus.
[0011] L'invention sera mieux comprise en référence aux dessins annexés, donnés à titre
d'exemples non limitatifs. Dans ces dessins :
- la figure 1 correspond à la forme d'exécution où l'hydroxyde métallique est précipité
à partir d'une solution acide, et
- la figure 2 correspond à la forme d'exécution dans laquelle l'hydroxyde métallique
est précipité à partir d'une solution alcaline.
[0012] Sur la figure 1, on a représenté une cuve 1 dans laquelle on va faire passer un courant
électrique et qui est divisée en deux parties, un compartiment cathodique 2 et un
compartiment anodique 3, par une membrane anionique 4. Dans cette cuve sont placées
dans le compartiment cathodique 2 une cathode 5 et dans le compartiment anodique 3
une anode 6.
[0013] Le compartiment cathodique 2 est rempli du catholyte, par exemple une solution basique
de soude ou de potasse, et est muni d'une cathode 5 fait dans un métal inaltérable
en milieu alcalin, par exemple en nickel.
[0014] Le compartiment anodique 3 est rempli de l'anolyte, en l'occurrence une solution
du sel du métal Me dont on veut précipiter l'hydroxyde. L'anode est par exemple réalisée
dans ce même métal, selon la technique de l'anode soluble.
[0015] On fait passer un courant électrique, avantageusement sous une différence de potentiel
comprise entre 5 et 20 V, sous une intensité comprise de préférence entre 5 et 20
A/dm², ce qui induit les mouvements suivants.
[0016] Les ions du métal Me
n+ de l'anolyte se déplacent en direction de la cathode, mais leur passage dans le catholyte
est interdit par la présence de la membrane anionique ; les ions OH⁻ du catholyte
se déplacent en direction de l'anode, et ils rencontrent les ions Me
n+ en traversant la membrane anionique.
[0017] La formation de l'hydroxyde Me(OH)
n se fait alors sur la face anionique de la membrane, en raison de sa basicité élevée,
qui est renouvelée en permanence du fait de la régénération constante de la membrane
par l'apport continu d'ions OH⁻.
[0018] L'hydroxyde formé se détache de la membrane et tombe dans l'anolyte. Il présente
un aspect pulvérulent et sec qui permet sa filtration et son lavage sans aucune difficulté.
[0019] Il est important pour la formation de l'hydroxyde que l'anolyte soit maintenu à un
pH compris entre 0,5 et un pH inférieur à celui qui entraînerait l'hydrolyse de la
solution d'anolyte, ce qui provoquerait une précipitation intempestive de l'hydroxyde
sous forme gélatineuse. Ce pH est par exemple de l'ordre de 4,5 lorsque l'anolyte
est une solution de ZnSO₄, le précipité obtenant étant évidemment Zn(OH)₂. La concentration
de l'anolyte en métal Me est maintenue constante par dissolution de l'anode.
[0020] Dans une variante où on ne travaille pas en anode soluble, on reconstitue la concentration
de la solution traitée par addition et dissolution d'un sel du métal dont on veut
obtenir l'hydroxyde, par exemple du carbonate. L'anode, inaltérable, est par exemple
en plomb ou en titane ruthénié.
[0021] On peut ainsi préparer des hydroxydes de métaux tels que le chrome, le nickel, le
cadmium, le cobalt, le zinc ou l'uranium, ou des hydroxydes doubles ou triples tels
que l'hydroxyde double de nickel et de cadmium ou l'hydroxyde triple de nickel, cadmium
et cobalt.
[0022] Des applications de ce procédé se situent notamment dans le domaine du traitement
du minerai d'uranium pour récupérer le métal par l'intermédiaire de son hydroxyde,
la solution acide de départ contenant le sel d'uranium étant une solution d'attaque
acide d'un minerai d'uranium.
[0023] La figure 2 représente une installation analogue, comprenant une cuve 1, un compartiment
cathodique 2 avec la cathode 5 et un compartiment anodique 3 avec l'anode 6. Cette
fois-ci, les compartiments cathodique 2 et anodique 3 sont séparés par une membrane
cationique 7.
[0024] Le compartiment anodique est rempli de la solution à traiter ou anolyte dont on veut
précipiter l'hydroxyde qui, rappelons-le, est une solution du métal en milieu alcalin,
avantageusement une solution fortement concentrée en soude ou en potasse, par exemple
de la soude ou de la potasse 8N. Le compartiment cathodique est rempli du catholyte,
par exemple une solution 0,5N de potasse et les compartiments cathodique et anodique
sont respectivement équipés d'électrodes en un métal inaltérable, comme indiqué plus
haut par exemple.
[0025] Le passage du courant électrique induit les mouvements suivants.
[0026] Les cations alcalins, par exemple Na⁺ ou K⁺, cheminent du compartiment anodique 3
vers le compartiment cathodique 2 à travers la membrane cationique 7. Le catholyte
s'enrichit en alcali au fur et à mesure de ce passage et, par voie de conséquence,
l'anolyte voit son pH diminuer. Lorsque la diminution de pH est suffisante, l'hydroxyde
métallique Me(OH)
n précipite sous une forme aisément filtrable. On peut alors parler d'un phénomène
d'électro-dialyse.
[0027] Une application intéressante de cette forme d'exécution est la régénération des solutions
fortement basiques obtenues lors du formage électro-chimique des métaux, par exemple
de l'aluminium. Dans ce cas, la solution de départ contenant l'aluminium engagé sous
forme d'ions AlO₂⁻ a une concentration de 8N et perd ses propriétés lorsque la concentration
a une valeur aux environs de 2N. Il s'agit alors de reformer une solution alcaline
8N dans le compartiment cathodique et de retrouver l'aluminium sous forme d'hydroxyde,
précipité dans le compartiment anodique.
[0028] Une autre application est la régénération par la récupération des métaux dissous
dans les solutions basiques que sont les électrolytes basiques de piles d'accumulateurs,
par exemple les piles aluminium/air.
[0029] L'invention va être maintenant illustrée par quelques exemples, donnés à titre non
limitatif.
Exemples 1 à 5
[0030] En utilisant les conditions résumées sur le tableau qui suit où les % sont des pourcentages
pondéraux, on obtient les hydroxydes sous une forme aisément filtrable et purifiable,
étant bien entendu que ces hydroxydes, par suite de leur forme pulvérulente peuvent
facilement être soumis à des cycles de purification ultérieures.

1. Procédé d'obtention d'hydroxydes métalliques sous une forme pulvérulente aisément
séparable, à partir de ce métal en solution, caractérisé en ce qu'on provoque, par
passage d'un courant électrique à travers la solution, la formation du précipité d'hydroxyde
contre une membrane échangeuse d'ions solide, cette membrane séparant le compartiment
anodique du compartiment cathodique.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que la solution est une solution
acide et la membrane est une membrane anionique.
3. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que la solution est une solution
basique et que la membrane est une membrane cationique.
4. Application du procédé selon la revendication 2, à l'obtention d'hydroxydes de métaux
choisis dans le groupe comprenant le chrome, le nickel, le cambium, le cobalt, le
zinc ou l'uranium.
5. Application selon la revendication 4, à l'obtention d'hydroxydes doubles de nickel
et de cambium ou d'hydroxydes triples de nickel, cambium et cobalt.
6. Application selon la revendication 4, à l'obtention d'hydroxydes d'uranium, caractérisée
en ce que la solution acide est une solution d'attaque acide d'un minerai d'uranium.
7. Application du procédé selon la revendication 3, à la régénération de solutions basiques
de métaux par élimination du précipité d'hydroxyde formé.
8. Application selon la revendication 7, caractérisée en ce que la solution basique est
une solution de formage électrochimique des métaux.
9. Application selon la revendication 7, caractérisé en ce que la solution basique est
un électrolyte basique de piles d'accumulateurs.
10. Application selon la revendication 9, caractérisé en ce que les piles sont des piles
aluminium/air.