[0001] La présente invention concerne un procédé de fabrication d'une tôle d'acier laminée
à chaud, présentant des propriétés magnétiques élevées, en particulier des pertes
en watts très faibles.
[0002] On sait que les pertes en watts, ou pertes magnétiques, d'un acier sont constituées
par l'énergie dissipée sous forme de chaleur dans l'acier lorsque celui-ci est soumis
à un champ magnétique variable. Ces pertes se produisent dans les machines électriques
telles que les moteurs et les transformateurs, où le champ magnétique varie de façon
cyclique alternée. Les pertes en watts se décomposent en pertes par hystérésis, qui
sont proportionnelles à l'aire de la courbe d'hystérésis, et en pertes par courants
de Foucault, qui sont proportionnelles au carré de l'induction.
[0003] Les propriétés magnétiques d'un acier dépendent de ses caractéristiques tant chimiques
que physiques. La composition chimique exerce en effet une influence sensible sur
la perméabilité magnétique et le champ coercitif. L'effet des éléments d'alliage est
bien connu dans la technique. A titre d'information, on rappellera brièvement ici
l'action des éléments d'alliage le plus couramment rencontrés dans les aciers pour
tôles magnétiques. Le carbone a un effet prépondérant, qui est particulièrement marqué
pour des teneurs inférieures à 0,006 %; il diminue la perméabilité magnétique et il
augmente le champ coercitif, et donc les pertes en watts. Le carbone est d'ailleurs
néfaste non seulement sous la forme d'atomes interstitiels, mais aussi sous la forme
de carbures de fer de taille réduite et finement dispersés. L'azote joue sensiblement
le même rôle que le carbone, aussi bien s'il se trouve en solution que s'il est présent
sous la forme de fins précipités. Les éléments présents en solution solide ont des
effets variés. Le phosphore augmente les pertes magnétiques; son action est très marquée
pour des teneurs inférieures à 0,02 %. A des teneurs comprises entre 0,5 % et 5 %,
le silicium diminue les pertes magnétiques grâce à sa double action de diminution
des pertes par hystérésis et par courants de Foucault en augmentant la résistivité
de l'acier. Globalement, le manganèse diminue les pertes magnétiques totales en diminuant
les pertes par courants de Foucault par une augmentation de la résistivité, malgré
une augmentation des pertes par hystérésis. Sous sa forme fréquente de sulfure MnS,
le soufre augmente les pertes magnétiques; en revanche, s'il se trouve en solution,
le soufre contribue à réduire les pertes par courants de Foucault. L'aluminium, présent
partiellement sous forme d'oxyde (Al₂O₃) ou de nitrure (AlN), a le même effet que
le soufre. Le chrome diminue les pertes magnétiques totales, pour autant qu'il ne
forme pas de carbures.
[0004] Les propriétés magnétiques dépendent également, dans une large mesure, des hétérogénéités
présentes dans l'acier. La présence d'inclusions ou de précipités, ainsi qu'un grain
plus fin, ont pour effet d'augmenter les pertes en watts et le champ coercitif et
de diminuer la perméabilité magnétique relative. On sait en particulier que la taille
de grain optimale est d'environ 100 µm, parce que les pertes par hystérésis augmentent
et que les pertes par courants de Foucault diminuent lorsque la taille des grains
décroît. De même, les contraintes internes, les frontières cristallines et l'orientation
cristalline des grains jouent un rôle important, en raison de l'anisotropie des phénomènes.
A cet égard, la texture cristalline (100) de l'acier est la mieux appropriée pour
minimiser les pertes en watts.
[0005] Dans les conditions actuelles, un acier placé dans un environnement magnétique doit
présenter des propriétés adaptées à chaque application particulière.
[0006] Pour assurer un effet de blindage, on utilise de préférence un acier ayant une perméabilité
magnétique élevée. Par contre, dans une machine tournante, on cherchera à minimiser
les pertes en watts totales, de façon à réduire la puissance installée.
[0007] Pour atteindre ces objectifs, on utilise actuellement des aciers présentant des propriétés
magnétiques adaptées à chaque type d'application, en faisant varier la composition
chimique de l'acier, en modifiant sa texture cristalline et en recherchant une taille
de grains élevée.
[0008] La présente invention a pour objet de proposer un procédé de fabrication d'une tôle
d'acier laminée à chaud présentant des propriétés magnétiques dont non seulement les
valeurs mais aussi l'homognéité sont nettement améliorées par rapport aux aciers magnétiques
de la technique antérieure.
[0009] Conformément à la présente invention, un procédé de fabrication d'une tôle d'acier
laminée à chaud, présentant des propriétés magnétiques élevées, qui comprend une opération
de laminage de finition dans le domaine ferritique, est caractérisé en ce que l'on
réchauffe une brame d'acier jusqu'à une température inférieure ou égale à 1100°C,
en ce que l'on soumet cette brame à une opération de laminage de dégrossissage dans
le domaine austénitique jusqu'à une épaisseur intermédiaire, en ce que l'on refroidit
ladite brame jusqu'à une température inférieure à Ac₃ pour opérer la transformation
de phase de l'austénite en ferrite, en ce que l'on soumet ladite brame à une opération
de laminage de finition dans le domaine ferritique au moyen de cylindres de laminage
à chaud lubrifiés par un lubrifiant résistant à haute température, pour former une
tôle à chaud ayant une épaisseur comprise entre 0,4 mm et 10 mm, en ce que l'on bobine
cette tôle à chaud à une température inférieure à 850°C, et en ce qu'on refroidit
ensuite ladite bobine jusqu'à la température ambiante.
[0010] Pour la mise en oeuvre de ce procédé, on utilise généralement une brame d'acier coulée
en continu.
[0011] Après la coulée de la brame, on peut appliquer les techniques récentes dites de l'enfournement
chaud ou du laminage direct. Il s'est cependant avéré préférable d'enfourner la brame
à basse température dans le four de réchauffage, en vue de minimiser la dispersion
des précipités.
[0012] La température de réchauffage limitée à 1100°C permet de limiter la remise en solution
des nitrures AlN dans les aciers calmés à l'aluminium, la dissolution du sulfure MnS
dans les aciers à basse teneur en manganèse ainsi que sa reprécipitation sous forme
fine et dispersée, qui serait pénalisante pour l'objet de l'invention.
[0013] Le laminage de dégrossissage dans le domaine austénitique a pour effet de donner
au produit une épaisseur intermédiaire, qui dépend notamment de l'épaisseur de la
brame initiale et de l'épaisseur de la tôle finale. Pour la gamme précitée des épaisseurs
de tôle, l'épaisseur intermédiaire peut être comprise entre 8 mm et 40 mm.
[0014] La transformation de phase de l'austénite en ferrite s'opère pendant le transfert
du produit depuis le train de laminage de dégrossissage jusqu'au train de laminage
de finition. En général, cette transformation s'opère complètement pour les aciers
à ultra-basse teneur en carbone, sans qu'il soit nécessaire d'appliquer un refroidissement
supplémentaire. Dans certains cas, elle peut ne pas être complète, en particulier
dans des aciers dont la teneur en carbone est plus élevée; on peut alors accélérer
le refroidissement du produit par tout moyen approprié, afin d'achever la transformation
de phase avant l'entrée du produit au train de laminage à chaud de finition.
[0015] Le laminage à chaud de finition doit être réalisé pour l'essentiel dans le domaine
ferritique. L'intervalle de température optimal est compris entre Ac₃ et 650°C et
de préférence entre 850°C et 750°C. Le taux de réduction est au moins égal à 90 %
[0016] L'intervalle des températures de laminage dans le domaine ferritique ainsi que les
écrouissages réalisés dans les passes de laminage successives sont choisis de manière
optimale pour que se développent, dans la tôle bobinée, d'une part une microstructure
à gros grains ferritiques dont la taille est de préférence comprise entre 50 µm et
120 µm et d'autre part une texture cristalline (100) majoritaire.
[0017] On a cependant constaté que l'optimisation des conditions du laminage à chaud dans
le domaine ferritique n'était pas suffisante pour obtenir une tôle à chaud présentant
une taille de grains et une texture cristalline homogènes suivant l'épaisseur. On
a en effet observé que l'écrouissage de l'acier dans le domaine ferritique provoquait
une hétérogénéité de la microstructure et de la texture cristalline suivant l'épaisseur
de la tôle laminée, suivant un mécanisme qui n'est pas établi avec certitude. Il semble
bien qu'au contact des cylindres, les surfaces du produit laminé dans le domaine ferritique
soient déformées essentiellement par cisaillement, et que ce cisaillement soit d'autant
plus important que la friction au contact avec les cylindres est plus élevée. L'importance
de ce cisaillement des surfaces laminées augmente lorsque croît l'écrouissage dans
la ferrite; les hétérogénéités de la microstructure et de la texture cristalline qui
en résultent ont alors tendance à envahir le coeur du produit laminé. Le cisaillement
augmente également lorsque la température de laminage dans le domaine ferritique diminue.
Sous l'effet de ce cisaillement, il apparaît dans la surface et immédiatement sous
la surface une concentration de déformations, qui induit une recristallisation dynamique
dans les régions considérées. Il en résulte, dans la zone superficielle de la tôle,
une stabilisation d'une couche de grains très fins, très différents par leur taille
des grains produits au coeur de la tôle, qui est déformé essentiellement par compression.
Le cisaillement exerce un second effet, à savoir la production en surface d'une texture
(110) de cisaillement. Cette texture est moins favorable, en ce qui concerne les propriétés
magnétiques, que la texture (100) du coeur déformé en compression.
[0018] Le laminage dans le domaine ferritique avec des cylindres de laminage lubrifiés,
préconisé par l'invention, permet de réduire très nettement le cisaillement des surfaces
de la tôle au contact des cylindres. De ce fait, la recristallisation dynamique sous
la surface de la tôle laminée est largement évitée et la texture (110) ne se crée
plus dans cette zone. Les conditions d'application de l'agent lubrifiant ainsi que
les quantités utilisées peuvent être optimisées en fonction de la température du produit,
pour supprimer le cisaillement précité et ses conséquences, et ainsi produire une
tôle présentant une microstructure et une texture cristalline homogènes sur l'épaisseur.
[0019] De préférence, on lamine la tôle dans le domaine ferritique jusqu'à une épaisseur
comprise entre 0,4 mm et 1,5 mm.
[0020] La température de bobinage de la tôle laminée à chaud est avantageusement comprise
entre 800°C et 600°C, et de préférence encore entre 750°C et 700°C. Le bobinage dans
cette gamme de température permet, après la recristallisation de la ferrite déformée,
de réaliser la croissance des grains de ferrite jusqu'à une taille optimale. Ce bobinage
permet encore d'assurer la précipitation des carbures et des nitrures - pour les fractions
éventuellement remises en solution - sous une forme grossière, qui n'est pas pénalisante
pour les propriétés magnétiques de la tôle. Le bobinage est avantageusement effectué
immédiatement après le laminage de finition, pour éviter le risque de déformations
incontrôlées de la tôle, en particulier pour les tôles de très faible épaisseur.
[0021] Suivant une variante intéressante du procédé de l'invention, on peut bobiner la tôle
à chaud à des températures qui peuvent être nettement moins élevées, c'est-à-dire
comprises entre 650°C et 20°C, pour produire un acier non recristallisé. Celui-ci
est ensuite, sans écrouissage intermédiaire, recuit à une température élevée dans
le domaine ferritique, c'est-à-dire entre 600°C et 800°C, et de préférence entre 700°C
et 750°C, puis la tôle est refroidie jusqu'à la température ambiante. On peut ainsi
développer la microstructure optimale pour les propriétés magnétiques.
[0022] Dans le cadre de cette variante, le recuit précité de la tôle peut être réalisé soit
en continu, en y associant éventuellement un décapage des tôles par l'hydrogène, soit
en bobines.
[0023] Suivant une autre variante du procédé de l'invention, la tôle laminée à chaud, qui
se trouve en bobine à l'état recristallisé ou écroui, peut être soumise à un écrouissage
limité, dont le taux est compris entre 1 % et 35 % et de préférence entre 5 % et 20
%, puis à un recuit final suivant le processus décrit dans la variante précédente.
[0024] Le procédé de l'invention s'applique de préférence à des aciers du type ELC, c'est-à-dire
avec une teneur en carbone inférieure à 0,03 %, et de type ULC, c'est-à-dire avec
une teneur en carbone inférieure à 0,005 %. Des teneurs en carbone aussi basses sont
généralement obtenues par une opération de décarburation sous vide à l'aciérie.
[0025] Comme on l'a indiqué plus haut, il est essentiel que les aciers présentent le moins
possible de sources d'hétérogénéité, comme des inclusions ou des précipités. A cet
effet, il est préférable que leur composition chimique respecte les conditions suivantes,
en poids :
- Carbone :
- < 0,03 %, de préférence < 0,005 %
- Azote :
- < 0,004 %, de préférence < 0,002 %
- Soufre :
- < 0,010 %, de préférence < 0,003 %
- Phosphore :
- < 0,010 %
- Manganèse :
- < 0,2 %
- Silicium :
- < 0,5 %, de préférence < 0,3 %
- Aluminium total :
- < 0,05 %, de préférence < 0,003 %
- Fer :
- < reste.
[0026] Ces teneurs sont aussi basses que possible; elles peuvent ête nulles, à l'exception
de la teneur en silicium.
[0027] L'amélioration des propriétés magnétiques de tôles d'acier laminées à chaud obtenues
par le procédé de l'invention est illustrée par des exemples comparatifs rassemblés
dans le tableau 1.
[0028] Ces exemples correspondent aux conditions suivantes, reprises dans les diverses colonnes
du tableau :
| Colonne 1 : |
type d'acier : ELC - ULC |
| 2 : |
épaisseur de la tôle, en mm |
| 3 : |
obtenu suivant l'invention : OUI (+) - NON (-) |
| 4 : |
type de laminage à chaud : austénite (A) - ferrite (F) |
| 5 : |
cylindres de laminage lubrifiés : OUI (+) - NON (-) |
| 6 : |
température de bobinage; en °C |
| 7 : |
laminage à froid éventuel; taux de réduction en % |
| 8 : |
recuit éventuel; température en °C |
| 9 : |
taille des grains, en µm |
| 10 : |
orientation principale (110) dans le plan de laminage |
| 11 : |
orientation principale (100) dans le plan de laminage |
| 12 : |
orientation principale (111) dans le plan de laminage |
| 13 : |
induction magnétique maximum B50, en Tesla |
| 14 : |
pertes magnétiques W15/50, en W/kg. |
[0029] Pour des aciers ULC, les colonnes 9 à 12 comportent deux valeurs, qui traduisent
la situation respectivement en peau et au coeur d'une tôle présentant une structure
hétérogène.
[0030] L'examen de ce tableau indique que les tôles produites par le procédé de l'invention
(signe + dans la colonne 3) présentent une induction magnétique accrue (B50 - colonne
13) et des pertes magnétiques réduites (W15/50 - colonne 14) par rapport aux tôles
produites par d'autres méthodes.

1. Procédé de fabrication d'une tôle d'acier laminée à chaud, présentant des propriétés
magnétiques élevées, qui comprend une opération de laminage de finition dans le domaine
ferritique, caractérisé en ce que l'on réchauffe une brame d'acier jusqu'à une température
inférieure ou égale à 1100°C, en ce que l'on soumet cette brame à une opération de
laminage de dégrossissage dans le domaine austénitique jusqu'à une épaisseur intermédiaire,
en ce que l'on refroidit ladite brame jusqu'à une température inférieure à Ac₃ pour
opérer la transformation de phase de l'austénite en ferrite, en ce que l'on soumet
ladite brame à une opération de laminage de finition dans le domaine ferritique au
moyen de cylindres de laminage à chaud lubrifiés par un lubrifiant résistant à haute
température, pour former une tôle à chaud ayant une épaisseur comprise entre 0,4 mm
et 10 mm, en ce que l'on bobine cette tôle à chaud à une température inférieure à
850°C, et en ce qu'on la refroidit ensuite jusqu'à la température ambiante.
2. Procédé suivant la revendication 1, caractérisé en ce que ladite épaisseur intermédiaire
est comprise entre 8 mm et 40 mm.
3. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 1 et 2, caractérisé en ce que
l'on opère ledit laminage de finition à une température comprise entre Ac₃ et 650°C.
4. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que l'on
opère ledit laminage de finition à une température comprise entre 850°C et 750°C.
5. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 1 à 4, caractérisé en ce que l'on
opère ledit laminage de finition avec un taux de réduction au moins égal à 90 %.
6. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 1 à 5, caractérisé en ce que l'on
bobine la tôle à chaud à une température comprise entre 800°C et 600°C.
7. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 1 à 5, caractérisé en ce qu'on
bobine la tôle à chaud à une température comprise entre 650°C et 20°C, en ce qu'on
la recuit dans le domaine ferritique à une température comprise entre 600°C et 800°C
et en ce qu'on la refroidit jusqu'à la température ambiante.
8. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 1 à 5, caractérisé en ce que l'on
soumet la tôle à chaud, après le bobinage, à un écrouissage dont le taux est compris
entre 1 % et 35 %, en ce qu'on la recuit dans le domaine ferritique à une température
comprise entre 600°C et 800°C et en ce qu'on la refroidit jusqu'à la température ambiante.
9. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 7 et 8, caractérisé en ce que
ledit recuit est effectué en continu sous une atmosphère d'hydrogène.
10. Procédé suivant l'une ou l'autre des revendications 1 à 9, caractérisé en ce que l'on
bobine ladite tôle immédiatement après le laminage à chaud de finition.