[0001] La présente invention concerne un dispositif de régénération de l'air dans une enceinte
fermée ou quasi-fermée disposant d'une énergie de fonctionnement autonome dont la
production nécessite l'utilisation d'un matériau stocké sous forme cryogénique.
[0002] Le maintien de la qualité de l'air dans une enceinte fermée telle que l'habitacle
d'un sous-marin est une opération complexe puisqu'elle exige de produire l'oxygène
nécessaire à la respiration des hommes d'équipage, de réduire la quantité de dioxyde
de carbone dans l'air qui a tendance à nettement augmenter du fait de la respiration
humaine et d'éliminer les polluants organiques de l'air produits par l'activité humaine.
[0003] Jusqu'à maintenant, la régénération de l'air dans l'habitacle des sous-marins s'effectue
au moyen de procédés chimiques ou électrochimiques assurant les fonctions de production
d'oxygène et d'élimination du dioxyde de carbone et des polluants. L'oxygène est aussi
généré, soit par electrolyse de l'eau, soit à partir d'oxygène liquide, soit par réaction
chimique à l'aide d'un chlorate de métal alcalin ou d'un superoxyde de métal alcalin.
L'élimination du dioxyde de carbone se fait généralement à l'aide de tamis moléculaires
ou par absorption, par exemple avec des amines. Enfin, l'élimination des polluants
est effectué à l'aide d'absorbeurs à charbons actifs ou de lits catalytiques.
[0004] Cependant, les installations de régénération de l'air restent des matériels souvent
encombrants, complexes, consommant une grande quantité d'énergie. Par ailleurs les
générateurs d'oxygène électrochimique produisent également, à la suite des réactions
d'électrolyse, de grandes quantités d'hydrogène qu'il faut ensuite traiter.
[0005] Enfin, il faut signaler que l'élimination de certains polluants organiques par charbons
actifs bien que très efficace, pose quelques problèmes liés au fait que les polluants
les plus légers sont désorbés par les polluants les plus lourds. Cette propriété fait
qu'il est extrêmement difficile de déterminer un bilan "matière" précis du système
atmosphérique, d'autant que des réactions de décomposition ou de synthèse sont toujours
possibles entre les divers polluants.
[0006] Pour les installations de traitement de l'air en service, on a su s'accommoder de
ces différents inconvénients. Cependant, la plupart des systèmes actuellement développés
ne sont pas utilisables pour les sous-marins utilisant une source anaérobie d'énergie
d'origine chimique : ces systèmes sont généralement de trop grand consommateurs d'énergie
par rapport à la quantité d 'énergie embarquée.
[0007] Le but de l'invention est donc de réaliser un dispositif de régénération de l'air
présentant une consommation d'énergie très réduite, donc particulièrement adapté pour
un système anaérobie tel qu'un sous-marin ne disposant que d'une réserve d'énergie
limitée.
[0008] L'objet de l'invention est par conséquent un dispositif de régénération de l'air
dans une enceinte fermée ou quasi-fermée disposant d'une énergie de fonctionnement
autonome utilisant un matériau stocké sous forme cryogénique, comprenant un échangeur
thermique fonctionnant à la pression atmosphérique pour échanger de la chaleur entre
l'air à régénérer d'une part et le matériau cryogénique d'autre part, le réchauffement
du matériau cryogénique jusqu'à sa température de fonctionnement permettant le refroidissement
du dioxyde de carbone contenu dans l'air à régénérer de façon à faire passer le dioxyde
de carbone de l'état gazeux à l'état solide.
[0009] Le dispositif selon l'invention tel que défini ci-dessus peut ainsi être utilisé
dans un sous-marin, la source de froid étant constituée par tout ou partie de la masse
d'oxygène liquide embarquée qui possède une capacité frigorifique largement suffisante
pour refroidir l'air à régénérer et condenser le dioxyde de carbone.
[0010] Les buts, objets et caractéristiques de l'invention apparaîtront mieux à la lecture
de la description qui suit faite en référence aux dessins dans lesquels
la figure 1 représente schématiquement le principe utilisé dans le dispositif selon
l'invention, et
la figure 2 représente un schéma synoptique d'un mode de réalisation de l'invention.
[0011] Dans un sous-marin utilisant une source chimique anaérobie d'énergie, le comburant
utilisé pour la combustion est de l'oxygène stocké sous forme cryogénique dans un
réservoir, destiné à être utilisé dans des piles à combustibles, des moteurs thermiques
à combustion interne tels que moteurs Diesel, des moteurs thermiques à combustion
externe tels que moteurs Stirling ou d'autres systèmes mettant en oeuvre des réactions
d'oxydation d'un carburant. Cet oxygène qui est à une température d'environ -170°C,
doit donc être réchauffé pour pouvoir être utilisé. On élève ainsi la température
de l'oxygène gazeux jusqu'à -20°C à l'entrée du moteur du sous-marin.
[0012] En référence à la figure 1, le principe de l'invention consiste à utiliser un échangeur
thermique 10 qui reçoit d'une part l'oxygène cryogénique en provenance du réservoir
de stockage 12, et d'autre part l'air à régénérer par l'entrée d'air 14 à la pression
atmosphérique.
[0013] Dans l'échangeur 10, l'oxygène liquide perd ses frigories (ou acquiert des calories)
et donc se réchauffe pour atteindre une température d'environ -20°C à la sortie d'oxygène
16. Pendant le même temps, l'air a régénérer se refroidit dans l'échangeur 10 jusqu'à
une température d'environ -135°C et est évacué par la sortie d'air régénéré 18. La
température atteinte par l'air étant inférieure à la température de solidification
(-78,5°C) du dioxyde de carbone gazeux à la pression atmosphérique, le dioxyde de
carbone se solidifie au passage de l'air dans l'échangeur et peut donc être facilement
récupéré en sortie de ce dernier. L'air à la sortie 18 est donc débarrassé du dioxyde
de carbone en excès dû principalement à la respiration humaine dans l'enceinte fermée.
[0014] Bien que le dioxyde de carbone se solidifie (à la pression atmosphérique) à une température
de -78,5°C, il est nécessaire d'abaisser la température de l'air à une valeur bien
inférieure à -78,5°C, par exemple à -135°C Comme on vient de le voir. Cette température
inférieure est en effet nécessaire, à la pression atmosphérique, pour obtenir une
tension de vapeur de CO₂ dans l'air traité telle que la concentration en CO₂ devienne
inférieure à la concentration maximale admissible pour la durée d'exposition retenue.
[0015] La figure 2 représente schématiquement le mode de réalisation préféré de l'invention.
L'air à régénérer propulsé par un ventilateur 20 est d'abord envoyé dans un échangeur
thermique annexe ou récupérateur de froid 22 avant d'atteindre l'échangeur thermique
10. L'air qui penêtre dans ce dernier par l'entrée 14 est donc un air pré-refroidi.
Par contre l'air refroidi en sortie 18 de l'échangeur 10 est donc réchauffé au contact
de l'air à température ambiante dans le récupérateur de froid 22.
[0016] Comme précédemment, le dioxyde de carbone solide est récupéré en sortie de l'échangeur
thermique 10. Par contre l'air propulsé par le ventilateur 20 dans le récupérateur
de froid 22, se refroidit suffisamment pour que la vapeur d'eau en excès contenue
dans l'air à régénérer soit liquéfiée. L'eau liquide est récupérée à la sortie 24
du récupérateur 22 et une partie de cette eau est alors recyclée dans l'humidificateur
26 pour rétablir le degré d'humidité de l'air régénéré à la sortie, pendant que l'eau
en excès est récupérée à la sortie 30.
[0017] En plus du dioxyde de carbone, l'air à régénérer contient divers polluants qui sont,
soit solubilisés dans l'eau récupérée, soit condensés en même temps que le dioxyde
de carbone à basse température. Ces polluants sont le pentane, les hydrocarbures de
poids moléculaire supérieur, le benzène et les dérivés benzèniques, le tétrachlorure
de carbone, certains oxydes d'azote, certains fréons...
[0018] L'air régénéré à la sortie 28 peut être encore trop froid pour être envoyé dans l'habitacle.
Une solution consiste à le réchauffer avec une source chaude telle que l'eau de mer.
[0019] Bien que non représenté sur les figures 1 et 2, le transfert thermique dans l'échangeur
10 peut s'effectuer, pour des raisons de sécurité, au moyen d'un fluide intermédiaire
caloporteur de façon à éviter de faire véhiculer l'oxygène liquide à proximité des
circuits d'air.
[0020] Dans l'échangeur thermique 10, la masse de dioxyde de carbone et de polluants divers
augmente peu à peu. A la longue, cette masse peut devenir gênante. C'est pourquoi
il est utile de prévoir l'élimination de cette masse de CO₂ et de polluants. Diverses
solutions existent qui sont liées à la forme du diagramme d'équilibre des phases de
CO₂ et la présence d'un point triple.
[0021] Une première solution consiste à évacuer à l'extérieur le dioxyde de carbone : on
isole l'échangeur thermique et on stoppe l'arrivée d'oxygène. La température augmente
et la pression s'élève jusqu'à atteindre une pression suffisante pour éjecter le dioxyde
de carbone à l'extérieur ou le stocker sous une forme comprimée.
[0022] Une deuxième solution consiste à réchauffer l'échangeur isolé jusqu'à liquéfaction
du CO2, par exemple à 5 bars et -52°C. Le CO₂ liquide peut être pompé vers l'extérieur.
[0023] Dans une troisième solution, l'échangeur est réchauffé à une température comprise
entre -105°C et -75°C. A ce moment le CO₂ est gazeux à une pression comprise entre
0,1 et 1 bar. Il peut alors être comprimé vers l'extérieur au moyen d'un compresseur.
[0024] Enfin, la quatrième solution consiste à réchauffer l'échangeur à une température
telle que la pression de vapeur soit suffisante pour alimenter une pompe à vide primaire.
Par exemple à -120°C, la pression de vapeur de CO₂ est de l'ordre de 0,01 bar. Le
CO₂ peut donc être comprimé jusqu'à la pression atmosphérique puis rejeté à l'extérieur
par un compresseur. Cette solution est utilisée de préférence.
[0025] La mise en oeuvre de l'invention dans un sous-marin à propulsion par un moteur chimique
Bertin type Mesma s'appuie sur les valeurs suivantes:
consommation 0₂ du moteur: 100kg/heure
température de 0₂ à l'entrée du moteur : -20°C
nombre de personnes: 30
consommation humaine de O₂: 25 l/homme/ heure
production humaine de CO₂: 20 l/homme/heure
teneur en CO₂ dans l'habitacle: <0,7%
température moyenne: 20°C
[0026] En régime permanent, les débits à respecter sont donc les suivants:
débit de CO₂ à éliminer: 600 l/heure soit 1178g/h
débit de 0₂ au moteur: 100kg/heure
débit d'air à traiter: 600/0,007.10/9(coefficient de sécurité) soit 114 Kg/h
débit d'eau à éliminer:1809 g/h
[0027] Compte tenu des chaleurs spécifiques des différents produits impliqués dans la régénération,
les quantités de chaleur mises en jeu sont les suivantes:
1) refroidissement de l'air à régénérer d'une température de +20°C à une température
de 0°C.
air: 570 kcal/h
eau: 36 kcal/h
CO₂: négligeable
Total → 600 kcal/h
2) condensation de H₂O et élimination à 0°C
eau: 1128 kcal/h
3) refroidissement de l'air de 0°C à -135°C
air: 3848 kcal/h
4) congélation du CO₂
CO₂: 160,5 kcal/h
[0028] Ce qui correspond à un total de
5743 kcal/h. Cette valeur est nettement inférieure à la quantité de frigories disponibles pour
faire passer l'oxygène cryogénique (-70°C) à la température de - 20°C, soit vaporisation=
5000 kcal/h.
réchauffage à -20°C= 3821 kcal/h
donc un total de
8281 kcal/h
[0029] Bien que le dispositif de l'invention ait été décrit en liaison avec un sous-marin,
il peut être évidemment utilisé pour tout système comportant une enceinte fermée ou
quasi-fermée et disposant d'une source d'énergie autonome utilisant un matériau stocké
à très basse température, la source d'énergie étant utilisée pour la propulsion ou
pour autre chose. Par exemple, il est possible d'utiliser le dispositif de l'invention
dans un avion pour lequel on cherche à réduire au maximum le renouvellement de l'air
de la cabine pour des raisons d'économie en carburant. Dans ce cas la source de froid
que constitue l'atmosphère (à environ -50°C) peut être suffisante pour les polluants
et la vapeur d'eau.
[0030] Une autre application du dispositif de l'invention est son utilisation dans un aéronef
ou une navette spatiale. Dans ce type d'engin, il est prévu d'emporter une quantité
importante (plusieurs dizaines de tonnes) d'hydrogène liquide et parfois d'oxygène
liquide. Par conséquent, il est aisé d'utiliser le dispositif de l'invention pour
obtenir une régénération de l'atmosphère de la cabine fermée, grâce aux frigories
récupérées par réchauffement des matériaux cryogéniques.
1. Dispositif de régénération de l'air dans une enceinte fermée ou quasi-fermée disposant
d'une énergie de fonctionnement autonome, comprenant un réservoir (12) contenant un
matériau cryogénique utilisé pour la production de ladite énergie de fonctionnement;
ledit dispositif étant caractérisé en ce qu'il comprend un échangeur thermique principal
(10) fonctionnant à la pression atmosphérique pour échanger de la chaleur entre l'air
à régénérer (14) d'une part et le matériau cryogénique d'autre part, le réchauffement
dudit matériau cryogénique jusqu'à sa température de fonctionnement dans la production
de ladite énergie permettant le refroidissement du dioxyde de carbone contenu dans
l'air à régénérer de façon à faire passer le dioxyde de carbone de l'état gazeux à
l'état solide.
2. Dispositif selon la revendication 1 caractérisé en ce qu'il comprend en outre un échangeur
thermique annexe (22) traversé par l'air à régénérer d'une part et par l'air régénéré
d'autre part pour effectuer un échange de chaleur entre l'air à régénérer et l'air
régénéré (18) provenant dudit échangeur thermique principal (10), de sorte que l'air
à régénérer est pré-refroidi avant d'entrer dans ledit échangeur principal et l'air
régénéré est pré-chauffé avant d'être libéré dans l'enceinte.
3. Dispositif selon la revendication 2 caractérisé en ce que la liquéfaction de la vapeur
d'eau en excès dans l'air à régénérer est effectuée par le passage de l'air à régénérer
dans ledit échangeur thermique annexe (22), et en ce qu'une partie de l'eau récupérée
est envoyée à un humidificateur (26) à la sortie dudit échangeur annexe de façon à
restituer une humidité convenable à l'air régénéré.
4. Dispositif selon l'une des revendications 1 à 3 caractérisé en ce qu'il comprend en
outre un moyen d'élimination du dioxyde de carbone solide récupéré dans ledit échangeur
thermique principal (10) composé d'un moyen de réchauffement dudit échangeur en non
fonctionnement, d'une pompe à vide et d'un compresseur, le réchauffement permettant
d'obtenir une pression de vapeur du dioxyde de carbone suffisante pour alimenter ladite
pompe, et le compresseur servant à comprimer le dioxyde de carbone pour le rejeter
à l'extérieur.
5. Dispositif selon l'une quelconque des revendications précédentes caractérisé en ce
que ledit échangeur thermique principal (10) sert également à condenser les polluants
contenus dans l'air à régénérer.
6. Dispositif selon l'une quelconque des revendications précédentes caractérisé en ce
que ledit matériau cryogénique est de l'oxygène liquide.
7. Dispositif selon l'une quelconque des revendications 1 à 6 caractérisé en ce que ladite
enceinte fermée est l'habitacle d'un sous-marin propulsé par une source d'énergie
dont le comburant est de l'oxygène stocké sous forme cryogénique dans ledit réservoir
(12)
8. Dispositif selon l'une quelconque des revendications 1 à 6 caractérisé en ce que ladite
enceinte est l'habitacle d'un aéronef.