(57) L'invention vise la mise en oeuvre du procédé de microencapsulation pour obtenir
des mélanges stables de poudres chimiquement incompatibles entre elles grâce à l'utilisation
d'un produit de microencapsulation inerte vis-à-vis des autres constituants.
Les mélanges sont réalisés avec des produits chlorés dérivés de l'acide isocyanurique
et des huiles essentielles parfumées. Ces dernières sont enfermées dans les microcapsules
réalisés au moyen de produits tels que l'amidon qui forment la carapace de la microcapsule
et qui empêchent ou limitent le contact de ces huiles avec le produit chloré.
En présence d'eau, tous ces produits sont dissous et la réaction d'oxydation n'a plus
lieu. La solution ainsi constituée contient des ions hypochlorites parfumés tout comme
l'Eau de Javel prête à l'emploi dont l'odeur désagréable est masquée par le parfum.
[0001] Cette invention se situe dans le champ d'application domestique des produits chlorés
: l'exemple qui nous servira de base explicative dans notre présentation est l'Eau
de Javel ou plus précisément les poudres de dichloroisocyanurate et trichloroisocyanurate
qui, dissoutes dans l'eau, conduisent à la formation d'acide hypochloreux et d'ions
hypochlorites.
[0002] Les ions hypochlorites issus de la dissolution du chlore et de produits chlorés en
poudres sont très largement utilisés comme produit d'entretien industriel ou domestique
pour la désinfection et le blanchiment.
[0003] Dans les applications ménagères de nettoyage et de désinfection, l'opération s'effectue
en général à l'aide d'un balai et d'une serpillère ou d'une éponge. Sur des principes
analogues, on retrouve la même démarche en milieu industriel en faisant appel le plus
souvent à des machines automatiques pour laver les sols par exemple. Une application
complémentaire importante est la désinfection des outils et instruments par trempage
dans une solution d'hypochlorite de Sodium. Il existe, enfin, un dernier type d'utilisation
qui est la décoloration ou le blanchiment. Cette utilisation peut aussi être de nature
industrielle, par exemple dans le traitement des laines ou domestique lors des opérations
de lavage : dans ce dernier cas, l'application s'opère par addition de poudre ou d'Eau
de Javel dans les eaux de lavage ou de rinçage.
[0004] L'intérêt de notre procédé s'appuie tout d'abord sur une analyse comparée des produits
en poudre et des produits proposés en solution aqueuse telle que la traditionnelle
"Eau de Javel". Cette comparaison ne concerne pas l'efficacité fonctionnelle des produits
qui est, dans tous les cas, excellente. Elle concerne essentiellement les caractéristiques
de l'utilisation sur les quatre points suivants :
- l'Eau de Javel voit ses propriétés et son efficacité s'altérer dans le temps par inactivation
des produits chlorés, ce qui interdit tout stockage prolongé.
- l'Eau de Javel est un produit liquide, difficile et dangereux à manipuler : l'exemple
le plus commun de ces difficultés est celui des risques d'éclaboussures et de taches
sur les vêtements lors de la préparation de l'Eau de Javel par dilution des extraits
présentés couramment dans des berlingots en PVC souple.
- l'Eau de Javel est un produit volumineux à stocker lorsqu'il est dilué pour une utilisation
normale.
- l'Eau de Javel dégage, lors de l'utilisation, une odeur caractéristique piquante,
chlorée qui pour certains est signe de désinfection et de propreté mais pour d'autres
est considérée comme extrêmement désagréable.
[0005] Par comparaison, l'usage de produits solides ne présente que des avantages :
- volumes considérablement réduits à potentiel égal d'activité,
- stabilité dans la matière de base à l'état solide,
- simplicité d'une manipulation qui reste sans danger,
- facilité de stockage de produits compacts et peu encombrants,
avec toutefois l'inconvénient, à l'usage, de dégager l'odeur caractéristique de l'Eau
de Javel.
[0006] Cette analyse a conduit naturellement à la recherche de nouveaux produits et nous
devons évoquer l'apparition voilà quelques années de "l'Eau de Javel" proposée en
pastille à dissoudre lors de l'usage. Ces pastilles, outre le fait qu'elles nécessitent
la mise en oeuvre d'un procédé industriel coûteux, ne résolvent pas le problème des
odeurs toujours présentes à l'utilisation. Les contraintes techniques qu'imposent
un bon pastillage rendent difficiles l'addition d'adjuvants. Elles jouent même à l'encontre
d'une bonne dissolution lors de leur mise en oeuvre. Ces pastilles se dissolvent beaucoup
trop lentement.
[0007] C'est ainsi que nous avons été conduits à préconiser l'usage de poudres et à développer
une gamme originale de "Grain de Javel". Nous retrouvons les avantages de stabilité
de la matière, de simplicité de manipulation, de facilité de stockage déjà évoqués
auxquels nous pouvons ajouter la possibilité d'optimiser les performances des produits
par addition de produits complémentaires, comme par exemple :
- des produits tensio-actifs pour les nettoyages,
- des produits déplaçants la valeur du pH vers des valeurs élevées pour le blanchiment.
- des produits odorants pour combattre les odeurs désagréables du chlore.
[0008] La question incontournable est celle de la compatibilité de ces produits additifs
avec les produits de base chlorés qui sont très agressifs. Les choix sont donc extrêmement
contraignants et quelquefois, l'incompatibilité ne peut être surmontée en mélange
simple. Nous avons déjà breveté des méthodes basées sur la "compartimentation" qui
permettent de séparer les produits pendant le stockage et de ne les laisser interagir
que pendant l'utilisation (ref 90402110-2-2104 SETRIC). Ces concepts sont mis en pratique
dans le traitement des piscines par les produits chlorés. Cette méthode reste lourde
d'utilisation et ne peut être appliquée aisément dans le domaine des produits d'entretien.
[0009] Notre propos ici est de décrire un procédé original permettant de réaliser des mélanges
de poudres incompatibles qui ne seront mises automatiquement en contact qu'en solution
lors de l'utilisation. Nous baserons notre description sur un mélange particulièrement
difficile : produits chlorés - huiles parfumées.
[0010] Revenons tout d'abord à l'importance du procédé. En effet, dans l'utilisation courante,
les produits chlorés ont une odeur caractéristique, piquante, qui pour certains est
signe de propreté et de désinfection mais qui pour d'autres est considérée comme très
désagréable. La réalisation de produits parfumés doit donc être considérée comme la
base d'une argumentation commerciale mais aussi écologique de nature à préserver l'environnement
des utilisateurs.
[0011] Ce procédé que nous nous proposons d'appliquer est la microencapsulation, déjà connu
dans d'autres secteurs mais nouvellement appliqué à la réalisation de mélange des
produits incompatibles.
[0012] Les parfums utilisés pour la réalisation de formules industrielles sont des cocktails
chimiques regroupant des solvants inflammables, des molécules odorantes oxydables
et des adjuvants de stabilisation pouvant eux aussi subir des dégradations chimiques
en présence d'agents oxydants forts. La mise en forme de poudre à forte teneur en
parfum (supérieure ou égale à 5 %) avec des isocyanurates chlorés peut amener les
risques suivants :
a) Dénaturation des parfums et dégradation chimique rapide, ce qui limite la durée
de vie du produit.
b) Consommation du chlore contenu dans la poudre.
c) Les réactions chimiques observées sont exothermiques et la chaleur dégagée peut
provoquer l'initiation de la décomposition thermique du Dichloroisocyanurate de Sodium,
ce qui rend ce type de mélange dangereux.
[0013] Ces réactions résultent du fait que les molécules d'isocyanurates chlorés peuvent
produire, sous diverses contraintes (humidité, température, pression), un dégagement
de chlore gazeux ayant un fort potentiel oxydant vis-à-vis des molécules de parfum.
[0014] Ces phénomènes chimiques ont pu être objectivés par l'évaluation de mélanges de parfum
et d'isocyanurates chlorés sur lesquels ont été évalués la consommation de chlore
lors des phases de mélange et l'échauffement de la poudre dû aux réactions chimiques.
Les résultats obtenus sont regroupés dans le tableau ci-dessous.
[0015] Le parfum liquide est rendu pulvérulent par adsorption sur silice atomisée de façon
à obtenir une poudre chargée à 50 % pondéral en parfum.
[0016] La forme d'isocyanurate chloré testé est le Dichloroisocyanurate de Sodium contenant
60 % de chlore actif.
| |
Mélange parfum limette |
Mélange de parfum Pin |
Dichloroisocyanurate de Sodium |
| Pourcentage pondéral de l'additif parfumé |
5 |
10 |
30 |
5 |
10 |
30 |
0 |
| Elévation de la température observée pendant le brassage |
13°C |
16°C |
Décomposition thermique |
9°C |
14°C |
21°C |
2°C |
| Disparition du "chlore actif disponible" dans la poudre |
3,85% |
10,6% |
- |
2,5% |
4,8% |
13,64% |
0 |
[0017] L'élévation de température est le reflet de la réaction d'oxydation entre le chlore
disponible et le parfum. La chaleur qui peut être ici dissipée dans l'environnement
pour les 20 grammes de mélange réalisés ne pourrait pas l'être sur des mélanges de
plus gros tonnage et l'autoinflammation observée pour 20 grammes de poudre contenant
30 % de parfums pourra apparaître pour des concentrations inférieures à 10% de poudre
parfumée. En se référant au tableau ci-dessus, on réalise bien le risque chimique
révélé par l'augmentation de température et la disparition du chlore actif de la préparation.
[0018] La réalisation d'un mélange d'oxydants fort comme les isocyanurates chlorés avec
des parfums liquides ou solides ou des agents chimiques potentiellement incompatibles,
oblige à isoler physiquement et chimiquement les espèces incompatibles. C'est l'application
de cette idée au travers des procédés de microencapsulation qui est l'objet de l'innovation
que nous souhaitons breveter.
[0019] Les procédés de microencapsulation des parfums consistent à inclure des goutelettes
de parfums dans une gangue de produits les isolant des attaques chimiques par le chlore.
Les agents filmogènes d'encapsulation sélectionnés pour l'application du procédé avec
les isocyanurates chlorés doivent présenter des qualités particulières de résistances
chimiques aux oxydants chlorés et un pouvoir émulsifiant important pour les parfums
sélectionnés afin d'obtenir une bonne hydrodispersibilité. La taille des goutelettes
de parfum obtenue sera fonction de la dispersion formée avant la phase d'atomisation-séchage
pendant laquelle, la coque externe de la capsule sèchera et durcira pour donner l'enveloppe
protectrice. Le résultat de cette opération est une poudre sèche de granulométrie
variable composée de grains fortement chargés en parfum mais ne présentant pas sur
la face externe de grandes quantités de parfum.
[0020] Les produits sélectionnés et testés pour cette application appartiennent à la classe
chimique des sucres polymérisés tels que les dextrines, les cyclodextrines, les amidons
(modifiés ou non) ou les complexes dextroprotéiques.
[0021] Les microcapsules réalisées avec les dextrines et l'amidon modifié se présentent
sous forme de grains de forme variable, de taille inférieure à 100 microns donnant
une poudre peu coulante. Les charges en parfum liquide sur ces produits atteignent
50 % en poids de la masse finale de la poudre.
[0022] Les tests de stabilités réalisés sur ces poudres de parfum microencapsulés montrent
une meilleure protection du parfum vis-à-vis de l'évaporation, de l'oxydation par
l'oxygène atmosphérique et donc une meilleure conservation du produit.
[0023] La réalisation de mélange de ces parfums microencapsulés avec les poudres d'isocyanurates
chlorés vont nous donner les résultats suivants :
| |
Mélange parfum limette |
Mélange de parfum Pin |
Dichloroisocyanurate de Sodium |
| Pourcentage pondéral de l'additif parfumé |
5 |
10 |
30 |
5 |
10 |
30 |
0 |
| Elévation de la température observée pendant le brassage |
2,5°C |
2°C |
1°C |
2,5°C |
2°C |
2°C |
2°C |
| Disparition du "chlore actif disponible" dans la poudre |
0,8% |
0,11% |
3% |
1,3% |
3,7% |
3,7% |
0 |
[0024] Les résultats exprimés dans le tableau ci-dessus montrent l'effet de protection de
la coque de la capsule. En effet, l'absence d'échauffement de la poudre et la non
consommation du chlore actif de la poudre d'isocyanurate montrent la protection apportée
au parfum par l'agent encapsulant et cela s'explique par l'effet barrière de l'amidon
ou des dextrines sélectionnées vis-à-vis de l'agression chimique des agents chlorés.
Cette application originale des procédés de microencapsulation par atomisation séchage
permet l'adjonction dans des mélanges d'oxydants forts de parfums ou de tous autres
produits oxydables pour lesquels ces mélanges étaient théoriquement impossibles en
raison des risques chimiques qu'ils représentaient.
1. Procédé de protection d'un produit oxydable contre l'action d'un produit chloré solide
avec lequel il est mélangé, caractérisé par le fait que la protection est assurée
par les techniques de microencapsulation qui permettent d'isoler la matière oxydable
du produit chloré pendant le mélange et sa conservation.
2. Procédé selon la Revendication 1 suivant lequel le produit oxydable est un parfum
liquide fixé sur une poudre support.
3. Procédé selon les Revendications 1 et 2 suivant lequel les micro capsules sont réalisées
à l'aide d'un produit qui empêche le parfum de s'évaporer et qui est lui-même résistant
aux produits chlorés.
4. Procédé selon les Revendications 1, 2 et 3 suivant lequel le parfum micro encapsulé
est une poudre dispersible dans l'eau au même titre que les dérivés chlorés.
5. Procédé selon les Revendications 1, 2, 3 et 4 suivant lequel la solution reconstituée
à partir du mélange de poudres décrit ci-dessus permet la reconstitution d'une Eau
de Javel parfumée.
6. Procédé selon les Revendications 1, 2, 3, 4 et 5 suivant lequel ce principe de microencapsulation
permet de façon générale la réalisation de mélanges entre des produits chlorés sous
forme solide tels que des dérivés chlorés de l'acide isocyanurique et des agents microencapsulés
potentiellement incompatibles tels que des huiles essentielles parfumées.