[0001] La production d'essence reformulée répondant aux nouvelles normes d'environnement
nécessite notamment que l'on diminue leur concentration en oléfines, en aromatiques
(surtout le benzène) et en soufre.
[0002] La diminution de la concentration en oléfines est souvent obtenue par éthérification
des 2-méthyl butènes en tertioamylméthyléther voire parfois des 2-méthylpentènes et
3-méthylpentène-2 en tertiohexylméthyléther.
[0003] L'éthérification est ainsi une manière élégante de diminuer la teneur en oléfines
tout en les transformant en éthers à hauts indices d'octane recherche et moteur.
[0004] Cependant, la présence de dioléfines dans les essences de craquage catalytique entraîne
une désactivation du catalyseur d'éthérification par formation de gommes, celles-ci
provoquant également une dégradation de la qualité de l'éther produit.
[0005] On a donc développé un procédé qui permet d'hydrogéner sélectivement les dioléfines
en oléfines correspondantes, et de réaliser conjointement à l'hydrogénation des dioléfines
l'isomérisation au moins en partie des oléfines primaires et/ou secondaires en oléfines
tertiaires et par exemple l'isomérisation du 3-méthylbutène-1 non éthérifiable en
2-méthylbutène-2 éthérifiable.
[0006] On a aussi découvert qu'il est possible d'adoucir au moins en partie l'essence de
craquage catalytique par transformation des mercaptans en autre produits sulfurés
grâce aux conditions particulières de l'invention et un agencement particulier du
réacteur catalytique de la présente invention. Par adoucissement, on comprend une
réaction d'addition d'oléfine sur un mercaptan.
[0007] Plus précisément, l'invention a pour objet un procédé de traitement par hydrogénation
sélective de l'essence de craquage catalytique, par mise au contact de la coupe C₅
-210°C avec un catalyseur comprenant 0,1 à 1 % de palladium déposé sur un support,
sous une pression de 4-25 bar, à une température de 80-200 °C, avec un vitesse spatiale
horaire du liquide (LHSV) de 1 à h⁻¹.
[0008] Le catalyseur doit comporter du palladium (0,1 à 1 % poids, et de préférence 0,2-0,5
% poids) déposé sur un support contenant au moins 50% d'alumine, et de préférence
au moins 90%, et avantageusement ce support est de l'alumine pure.
[0009] Un autre métal peut être associé pour former un catalyseur bimétallique, tel que
l'or (Au/Pd exprimé en poids supérieur ou égal à 0,1 et inférieur à 1, et de préférence
compris entre 0,2 et 0,8).
[0010] Le catalyseur comporte ainsi essentiellement du palladium ou du palladium et de l'or.
[0011] Le choix des conditions opératoires est particulièrement important. On opérera le
plus généralement sous pression en présence d'une quantité d'hydrogène en faible excès
par rapport à la valeur stoechiométrique nécessaire pour hydrogéner les dioléfines.
L'hydrogène et la charge à traiter sont injectés en courants ascendants ou descendants
dans un réacteur de préférence à lit fixe de catalyseur. La température est comprise
le plus généralement entre 80 et 200 °C, en particulier entre 130 et 200 °C et de
préférence entre 150 et 170 °C.
[0012] La pression est suffisante pour maintenir la majeure partie de l'essence à traiter
en phase liquide dans le réacteur à savoir le plus généralement entre 4 et 25 bar
et de préférence au-dessus de 10 bar. Une pression avantageuse est comprise entre
10-20 bar, et de préférence entre 12-16 bar.
[0013] La vitesse spatiale est dans ces conditions établie entre 1-10 h⁻¹, de préférence
inférieure à 10 h⁻¹ et mieux entre 4 et moins de -10 h⁻¹.
[0014] On peut également injecter avec cette essence des traces d'oxygène en très faible
concentration à savoir de l'ordre de 100 à 500 ppm mole.
[0015] L'invention concerne exclusivement des essences de craquage catalytique.
[0016] Contrairement aux essences de pyrolyse qui contiennent environ 50% de dioléfines
la coupe essence de craquage catalytique contient généralement de 15 à 40 % d'oléfines
(oléfines, dioléfines et cyclooléfines) avec une teneur en dioléfines conjuguées inférieure
à 5% et généralement d'au plus 4%. Après hydrogénation, la teneur en diènes est réduite
à moins de 1000 ppm. La teneur en diène dans les coupes C5 et C6 après hydrogénation
sélective est généralement réduite à moins de 250 ppm.
[0017] La teneur en cyclopentadiène dans une essence de craquage catalytique est inférieure
à 1% pds, et généralement inférieure à 0,5% pds, alors qu'elle peut être de 20% pds
dans une essence de vapocraquage.
[0018] La teneur en mercaptan est comprise entre 1 et 300 ppm, et généralement inférieure
à 200 ppm.
[0019] Ces conditions particulières permettent d'opérer directement en aval du débutaniseur
de l'essence de craquage catalytique sans qu'il soit nécessaire d'adjoindre un préchauffeur
ou une pompe de charge, et avec de préférence un seul réacteur.
[0020] L'invention a également pour objet une installation de traitement par hydrogénation
sélective d'une essence de craquage catalytique comprenant une unité de craquage catalytique
suivie d'une unité de fractionnement pour séparer la fraction C₃-210 °C, un débutaniseur,
puis une unité de séparation choisie parmi un dépentaniseur et un déhexaniseur, ladite
installation comportant une unité d'hydrogénation sélective placée entre le débutaniseur
et l'unité de séparation.
[0021] La figure 1 schématise le procédé et l'installation selon l'invention.
[0022] De l'unité de craquage catalytique 1 , par exemple un craquage catalytique en lit
fluide, sort un effluent qui est fractionné dans une unité 2 de fractionnement en
une coupe gazole (LCO), une coupe lourde (HCO) et une coupe contenant les hydrocarbures
C₃ à 210 °C, de préférence C₃ à 180 °C et avantageusement C₃ à 160 °C et de façon
la plus préférée C₃ à <160 °C (c'est-à-dire point final de coupe de 160 °C).
[0023] Dans la figure 1, une coupe C₃-180°C est envoyée au débutaniseur 3 pour séparer la
fraction C₃-C₄.
[0024] La coupe C₅-180°C obtenue (ou la coupe C₅-160 °C ou C₅-210 °C selon le fractionnement
opéré), appelée coupe essence C
5+ de craquage catalytique, est introduite dans une zone (ou l'unité) 4 d'hydrogénation
sélective selon l'invention, de l'hydrogène est également introduit par exemple par
la conduite 5.
[0025] La coupe hydrogénée obtenue entre dans l'unité 6 de séparation qui est un dépentaniseur
(séparation C₅) ou un déhexaniseur (séparation C₅-C₆). Il est obtenu donc une fraction
C₅ ou une fraction C₅-C₆ qui est avantageusement envoyée à l'unité d'éthérification,
et une fraction C
7+ envoyée au stockage essence.
[0026] Selon une réalisation de l'invention, le réacteur catalytique d'hydrogénation 10
comprend une zone réactionnelle catalytique traversée par la totalité de la charge
et la quantité d'hydrogène nécessaire pour effectuer les réactions désirées.
[0027] Selon une réalisation préférée de l'invention, le réacteur catalytique d'hydrogénation
10 est agencé de manière particulière comme l'indique la figure 2, à savoir deux zones
catalytiques 11 et 12, la première 11 étant traversée par la charge liquide (et une
quantité d'hydrogène, amenée par une tubulure 5, inférieure à la stoechiométrie nécessaire
pour convertir toutes les dioléfines en mono oléfines) entrant par la tubulure 15;
dans cette première zone, l'adoucissement a également lieu; la seconde 12 recevant
la charge liquide provenant de la première zone (ainsi que le reste de l'hydrogène
c'est-à-dire une quantité d'hydrogène suffisante pour convertir les dioléfines restant
en mono oléfines et pour isomériser au moins en partie les oléfines primaires et secondaires
en oléfines tertiaires) par exemple injecté par une tubulure latérale 13 et dispersé
à l'aide d'un diffuseur approprié 14.
[0028] La proportion de la première zone (en volume) est tout au plus égale à 50 % de la
somme des 2 zones et de préférence de 15 à 30 %.
[0029] Puisque l'unité d'hydrogénation peut fonctionner à des pressions plus basses que
celles exigées par le débutaniseur et puisque le dépentaniseur (ou déhexaniseur) ne
demande pas une pression de 13 à 15 bar, la circulation de la charge à travers l'installation
est obtenue grâce à une légère dépressurisation à la sortie de l'unité d'hydrogénation.
Ceci permet un fonctionnement sans pompes additionnelles.
[0030] La température élevée du fond de débutaniseur et la grande activité des catalyseurs
utilisés dans l'invention permettent à l'unité d'hydrogénation sélective de coupe
C
5+ de craquage catalytique de fonctionner sans four de préchauffage de la charge et
d'être très compacte. Ceci conduit à une unité à faible investissement et à grande
flexibilité ce qui lui confère des avantages uniques.
[0031] Comparé à des unités classiques d'hydrogénation, le nouveau procédé selon l'invention
d'hydrogénation sélective de l'essence de craquage catalytique ne requiert ni pompes
de charge ou de recyclage, ni four de préchauffage. Comparé à une unité d'hydrogénation
sélective dans une colonne de distillation, le nouveau procédé offre une flexibilité
bien plus grande en isolant le catalyseur de la colonne de distillation, ce qui permet
de remplacer le catalyseur sans arrêter les unités situées en aval. Il permet aussi
au catalyseur de fournir une activité plus importante, grâce à des températures et
pressions plus élevées que celles obtenues dans le dépentaniseur.
[0032] Par ailleurs, le nouveau procédé permet de traiter simultanément les coupes C₅, C₆
et C₇-210°C. Ceci permet donc le prétraitement avant éthérification des coupes C₅
et C₆ grâce à une hydrogénation sélective flexible et peu coûteuse. Ce procédé permet
d'obtenir le maximum de précurseurs d'éthers en C₅ et C₆ et de plus diminue la quantité
d'antioxydants à utiliser dans l'essence traitée.
[0033] Il est en effet réalisé, selon la présente invention, non seulement l'hydrogénation
sélective des dioléfines mais également l'isomérisation des oléfines primaires et
secondaires en oléfines tertiaires (ex. 3-méthylbutène-1 en 2-méthylbutène-2 et 2-méthylbutène-1).
[0034] Ce procédé permet donc d'améliorer la quantité de produits éthérifiables, donc le
rendement de production d'éthers tel que le tertioamyléther par exemple. Il améliore
aussi la qualité de l'essence produite, qui présente une meilleure stabilité à l'oxydation
ainsi qu'un indice d'octane amélioré.
[0035] L'exemple ci-après illustre l'invention.
[0036] On dispose de 100 cm³ de catalyseur LD265 de la société Procatalyse contenant 0,3
% poids de palladium supporté sur l'alumine dans un tube d'acier inoxydable de 1,9
cm de diamètre. Ce catalyseur est utilisé couramment pour l'hydrogénation des coupes
C₃ et C₄ de FCC et de vapocraquage.
[0037] Le catalyseur est activé par réduction sous hydrogène à un débit de 30 l/h pendant
5 heures à 200 °C. L'installation est refroidie sous azote à 150 °C avant d'injecter
l'essence de FCC ayant les propriétés indiquées dans le tableau 1. Le réacteur est
ensuite pressurisé à 14 bar et l'essence est injectée dans le fond du réacteur (100
cm³/heure donc une VVH de 1 h⁻¹).
[0038] Une quantité d'hydrogène correspondant à un rapport molaire H₂/dioléfines de 1,6
est injecté. Le mélange charge/hydrogène traverse le lit catalytique en écoulement
ascendant. Les résultats obtenus selon l'invention sont montrés dans le tableau 2.
[0039] L'effet de la vitesse spatiale est déterminé en augmentant la VVH à 5 h⁻¹ (exemple
2) puis à 10 h⁻¹ (exemple 3) tout en gardant le rapport molaire H₂/dioléfines à 1,6.
[0040] L'effet de diminuer le rapport molaire H₂/dioléfines est montré dans l'exemple 4
où ce rapport est de 1,4 et la VVH liquide est de 10 h⁻¹.
[0041] Une autre série de tests catalytiques a été effectuée pour illustrer la présente
invention. La zone catalytique est coupée en deux lits séparés, donc 25 cm³ dans la
première zone et 75 cm³ de LD265 dans la deuxième. On procède comme précédemment décrit
dans l'exemple 4 sauf la quantité d'hydrogène injectée dans le réacteur avec la charge
représente un rapport molaire de 0,9. Un dispositif d'injection entre les deux lits
permet l'ajout d'une quantité supplémentaire d'hydrogène correspondante à un rapport
molaire de 0,5 par rapport à la quantité de dioléfines initialement présentes dans
l'essence brut de FCC, exemple 5.
[0042] On constate que l'addition étagée de l'hydrogène dans les conditions préconisées
dans la présente invention permet non seulement d'améliorer la conversion des dioléfines
(montrer par une augmentation de la période d'induction) mais également d'augmenter
la quantité de précurseurs de TAME (i.e. 2-méthylbutène-1 et 2-méthylbutène-2) et
d'adoucir, au moins partiellement, l'essence de FCC.
Tableau 1. Coupe essence brute de FCC
| Point Initial |
20°C |
| Point final |
166°C |
| S (total) |
224 ppm |
| S (mercaptan) |
72 ppm |
| Indice de brome |
67 |
| MAV |
20 |
| Paraffines |
29,9 % poids |
| Olefinés, dioléfines, cyclooléfines |
38,4 % poids |
| Naphtènes |
9,1 % poids |
| Aromatics |
22,6 % poids |
| coupe C₅, total |
29,5 % poids |
| C₅, non saturé |
15,5 % poids |
| C₅, produits éthérifiables |
6,2 % poids |
| coupe C₆, total |
22,3 % poids |
| C₆, non saturé |
9.8 % poids |
| C₆, produits éthérifiables |
3,6 % poids |
Tableau 2. Exemples selon l'invention
| Exemple numéro |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
| VVH liquide, h⁻¹ |
1 |
5 |
10 |
10 |
10 |
| rapport molaire H₂/dioléfines |
1,6 |
1,6 |
1,6 |
1,4 |
0,9+0,5 |
| S (mercaptan), ppm |
64 |
64 |
62 |
64 |
28 |
| Indice de brome |
56 |
56 |
56 |
58 |
60 |
| C₅, produits éthérifiables, % poids |
6.4 |
6.4 |
6.3 |
6.2 |
6.5 |
| C₅, rendement en éthérifiables |
103 % |
103 % |
102 % |
100 % |
105 % |
| C₆, produits éthérifiables, % poids |
3.75 |
3.75 |
3.7 |
3.65 |
3.8 |
| C₆, rendement en éthérifiables |
104 % |
104 % |
103 % |
101 % |
106 % |
| C6⁺, période d'induction (min) |
470 |
470 |
440 |
435 |
480 |
1 - Procédé de traitement par hydrogénation sélective de l'essence de craquage catalytique
ayant une teneur en dioléfines inférieure à 5%, une teneur en cyclopentadiène inférieure
à 1% et une teneur en mercaptan comprise entre 1 et 300 ppm, caractérisé en ce que
la coupe essence C₅-210°C est mise au contact, sous une pression de 4-25 bar, à une
température de 80-200 °C, avec une LHSV de 1-10 h¹, avec un catalyseur comprenant
0,1 à 1 % poids de palladium déposé sur un support contenant au moins 50% d'alumine.
2 - Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que le catalyseur contient 0,2-0,5
% poids de palladium.
3 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que le support
contient au moins 90 % d'alumine.
4 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que le support
est de l'alumine pure.
5 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que le catalyseur
contient également de l'or, dans un rapport pondéral Au/Pd supérieur ou égal à 0,1
et inférieur à 1.
6 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que la température
est comprise entre 130 et 200 °C.
7 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que la température
est comprise entre 150 et 170 °C.
8 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que la pression
est comprise entre 10 et 20 bar.
9 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que la pression
est comprise entre 12 et 16 bar.
10 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que la LHSV
est comprise entre 4 et 10 h⁻¹.
11 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que le point
final de la coupe est de 180 °C.
12 - Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que le point
final de la coupe est de 160 °C.
13 - Installation pour le traitement par hydrogénation sélective d'une essence de craquage
catalytique comprenant une unité de craquage catalytique suivie d'une unité de fractionnement
pour séparer une coupe C₃-210 °C, un débutaniseur, puis une unité de séparation choisie
parmi un dépentaniseur et un déhexaniseur, installation caractérisée en ce que une
unité d'hydrogénation sélective est placée entre le débutaniseur et l'unité de séparation.
14 - Installation selon la revendication 13, caractérisée en ce que l'unité d'hydrogénation
sélective est constituée d'un réacteur comprenant deux zones catalytiques, la première
étant traversée par la charge liquide et une quantité d'hydrogène inférieure à la
stoechiométrie, la seconde recevant la charge liquide provenant de la première zone
ainsi que le reste de l'hydrogène injecté par une tubulure latérale.