[0001] La présente invention concerne un procédé de traitement et de conditionnement d'effluents
solides ou liquides chargés en métaux lourds. Il a pour but de traiter des effluents
issus, par exemple, des procédés chimiques de traitement de surfaces, des procédés
d'incinération des déchets ou de tout autre procédé conduisant à la formation d'effluents
fortement chargés en métaux lourds et donc extrêmement toxiques. Ce procédé permet,
plus particulièrement, la récupération sélective de ces métaux lourds par rapport
au chlore ou aux métaux alcalins ou alcalino-terreux.
[0002] Les déchets solides produits par ces différents procédés chimiques sont particulièrement
toxiques pour l'environnement car ils présentent une fraction soluble assez importante
qui interdit leur entreposage en décharge.
[0003] Par ailleurs, dans l'industrie du traitement de surfaces par voie chimique par exemple,
les volumes d'effluents liquides formés sont généralement très importants. A titre
d'exemple, une entreprise de taille moyenne travaillant dans ce type d'industrie peut
générer jusqu'à une tonne par an de boues concentrées en métaux. Ceci représente une
pollution extrêmement importante sur l'ensemble du territoire national.
[0004] La technique d'épuration de ce type d'effluents consiste généralement à effectuer
un traitement classique de neutralisation et de précipitation, de façon à former des
boues susceptibles d'être entreposées dans les décharges de classe "I" (c'est-à-dire
un site imperméable destiné à recevoir des déchets industriels spéciaux).
[0005] On peut citer également, à titre d'exemple, les résidus formés par les procédés d'incinération
de déchets ménagers. Ces déchets ou ces résidus comprennent environ 30 % en poids
du produit initial de mâchefers, 3 % en poids du produit initial de cendres volantes
et des produits de déchloruration des fumées (dénommés ci-après REFIOM, c'est-à-dire
des REsidus de Fumée d'Incinération d'Ordures Ménagères), le reste étant constitué
par des produits incondensables. Les mâchefers sont relativement inertes chimiquement
et peuvent être utilisés après conditionnement dans la construction de route ou être
entreposés dans des décharges de classe "II" (c'est-à-dire un site semi-perméable
destiné à recevoir des déchets industriels banaux), voire même dans des décharges
de classe III, (c'est-à-dire un site perméable recevant uniquement des déchets inertes)
. En revanche, les cendres volantes, constituées par de fines particules entraînées
par les gaz de combustion et par les produits de neutralisation des gaz, présentent
des caractéristiques fortement polluantes, dues au taux élevé de la fraction soluble
à forte teneur en composés métalliques lourds lixiviables.
[0006] Enfin, à titre d'exemple, les installations d'incinération françaises ont ainsi produit
en 1991 environ 240 000 tonnes de REFIOM. En général, les constituants de ces REFIOM
sont les suivants :
- calcium 10 à 30 % ;
- chlore 10 à 25 % ;
- sulfate 15 à 25 % ;
- silicium 3 à 15 % ;
- aluminium 2 à 6 % ;
- potassium 1 à 7 % ;
- sodium 1 à 4 % ; et
- métaux lourds 3 à 4%.
[0007] La fraction polluante est essentiellement constituée par les métaux lourds dont les
plus courants sont le zinc, le plomb, le cadmiun et le chrome.
[0008] Toutefois, la composition de ces "REFIOM" est très variable et dépend des techniques
mises en oeuvre pour l'épuration des fumées issues des procédés d'incinération (techniques
par voies sèche, semi-humide ou humide).
[0009] A titre d'exemple, dans les procédés d'incinération en voie sèche ou semi-humide
les REFIOM pourront être lavés à l'eau ce qui permet d'entraîner la fraction soluble
contenant la majorité des métaux lourds. Les lixiviats sont traités par de la soude
qui permet d'une part la précipitation de ces métaux sous forme d'hydroxyde et leur
recyclage avec la partie insoluble issue de l'opération préliminaire de lavage, l'ensemble
pouvant être vitrifié, et d'autre part la production d'un effluent sodique contenant
les anions et les cations non toxiques à traiter ultérieurement. Les procédés par
voie humide peuvent fonctionner de façon similaire, excepté le lavage, puisque l'effluent
récupéré est déjà sous la forme d'une suspension qui subit les mêmes traitement de
précipitation que précédemment décrit. Le résidu solide obtenu pourra aussi être vitrifié.
[0010] On connaît déjà d'après l'art antérieur de nombreux procédés de traitement de ces
"REFIOM", associés ou non à un traitement ultérieur de vitrification. De tels procédés
consistent généralement à précipiter ou à fixer les métaux lourds en traitant l'effluant
liquide lui-même ou une solution de lavage des "REFIOM" dans une colonne échangeuse
d'ions, (voir par exemple US4873065 ou US5041398).
[0011] Les procédés connus présentent de nombreux inconvénients, tels que l'extraction incomplète
des métaux lourds, la formation d'un résidu final insuffisamment stabilisé se présentant
sous forme de boues uniquement susceptibles d'être stockées dans des décharges contrôlées
(classe I) ou encore la quantité importante d'additifs à mettre en oeuvre qui entraîne
des coûts d'exploitation élevés.
[0012] De plus, la mise en oeuvre de la vitrification impose le respect d'un certain nombre
de critères. Ainsi, les éléments vitrifiés doivent être digestibles dans le verre,
de façon à éviter la formation de phases hétérogènes ou de précipités en grande quantité.
Les anions (Cl, F, PO₄, SO₄) sont les éléments les plus gênants du fait de leur faible
solubilité dans le verre qui provoque des séparations de phases. Les verres alors
obtenus sont non homogènes et de mauvaise qualité, car la phase de sels fondus qui
n'est pas vitrifiée contient une proportion non négligeable de cations toxiques. De
plus, les phases de sel fondu étant plus légères que le verre lui-même, la volatilité
assez grande de ces sels est encore accrue par leur contact avec l'atmosphère gazeuse.
En outre, les déchets et le verre doivent être compatibles.
[0013] Par ailleurs, quelques soient les effluents traités, c'est-à-dire des effluents liquides
ou des cendres volantes, un traitement de déchloruration sera nécessaire. Dans le
cas des "REFIOM", le traitement en vue du confinement par vitrification nécessite
toujours une opération préliminaire de lixiviation chimique destinée à extraire le
chlorure. La fraction insoluble est constituée essentiellement de silice et d'alumine,
ainsi que de quelques oxydes métalliques aisément vitrifiables.
[0014] Enfin, les effluents traités peuvent contenir une forte proportion, (c'est-à-dire
plus de 50 % en poids), de sels de métaux alcalins, (sodium et potassium) ou des sels
de métaux alcalino-terreux (magnésium et calcium). Ces sels ne présentent pas de nuisances
particulières pour l'environnement et il n'est pas nécessaire de les rendre inertes
dans une matrice spécifique.
[0015] Malgré tous les inconvénients et exigences précités, la technique de vitrification
reste extrêmement intéressante.
[0016] En conséquence, l'invention a pour but de réaliser un procédé de traitement et de
conditionnement d'effluents solides ou liquides chargés en métaux lourds qui permettent
de séparer sélectivement de l'effluent, le chlore et les métaux alcalins ou alcalino-terreux
afin de rendre vitrifiable la fraction résiduelle toxique de l'effluent contenant
les métaux lourds.
[0017] Selon une caractéristique de l'invention, ce procédé comprend les étapes consistant
à :
a) réduire chimiquement à l'aide d'un agent réducteur l'effluent liquide ou l'effluent
solide traité de façon à se présenter sous forme liquide, l'ajuster en pH pour obtenir.une
solution réduite ;
b) mettre, dans un premier appareil d'extraction, cette solution mère en contact avec
un solvant organique contenant essentiellement un extractant organophosphoré et un
hydrocarbure capable d'extraire sélectivement les métaux lourds, des anions et des
métaux alcalins et alcalino-terreux ;
c) mettre, dans un deuxième appareil d'extraction, la solution organique chargée en
métaux lourds et issue du premier appareil d'extraction, en contact avec une solution
aqueuse capable d'extraire les métaux lourds de la phase organique ;
d) mettre en contact la solution aqueuse issue de l'appareil d'extraction avec un
agent de précipitation capable de précipiter la totalité des métaux lourds contenus
dans la solution aqueuse sous la forme d'espèces chimiques insolubles et vitrifiables
;
e) filtrer la suspension obtenue, puis laver le précipité solide à l'eau afin de le
séparer des eaux mères de lavage ; et
f) vitrifier le précipité lavé filtré.
[0018] Ce procédé s'applique au traitement de divers effluents et notamment des effluents
solides ou liquides issus des procédés chimiques de traitement de surface ou des procédés
d'incinération de déchets. Le procédé selon l'invention permet une récupération sélective
des métaux lourds par rapport au chlore et aux métaux alcalins ou alcalino-terreux
et ce sous une forme solide convenant parfaitement à la vitrification. On récupère
également des sels inertes vis-à-vis de l'environnement et qui peuvent être utilisés
en technique routière par exemple.
[0019] Pour extraire les métaux de façon sélective, le solvant contenant un extractant et
un hydrocarbure doit être choisi de façon appropriée.
[0020] Le choix de l'extractant est lié à la présence ou non de calcium dans l'effluent
à traiter. Ainsi, en présence de calcium, on utilisera avantageusement l'acide bis-(2,4,4-trimethylpentyl)-monothiophosphinique
du fait de son bon pouvoir d'extraction et de sa bonne sélectivité vis-à-vis des métaux
alcalins et alcalino-terreux ou encore l'acide di-(2-éthylhexyl)-monothiophosphorique
malgré une sélectivité légèrement moins bonne. Au contraire, en l'absence de calcium,
on utilisera avantageusement l'acide di-(2-éthylhexyl)-phosphorique, l'acide di-(2,4,4-trimethylpentyl)-phosphinique,
le mono(2-ethylhexyl) ester de l'acide (2-éthylhexyl)-phosphonique.
[0021] L'hydrocarbure utilisé est en général le tétrapropylène hydrogéné (TPH). Dans certains
cas, l'ajout d'un agent empêchant la séparation de l'extractant et du diluant, par
exemple un alcool lourd en C10 à C14, peut s'avérer nécessaire.
[0022] Au cours des diverses étapes d'extraction du procédé, il est souhaitable d'une part
de concentrer fortement les métaux extraits et d'autre part d'éviter la formation
d'émulsions difficiles à décanter et qui nuiraient au bon fonctionnement hydrodynamique
des appareils d'extraction. Il convient donc de veiller d'une part à utiliser un solvant
très concentré et d'autre part à ce que la phase organique soit plus légère que la
phase aqueuse. C'est la raison pour laquelle on doit diluer l'extractant organophosphoré
pur, (par exemple l'acide bis-(2,4,4-triméthylpentyl)-monothiophosphinique ; densité
0,93 et viscosité 195 centipoises, par un hydrocarbure liquide moins dense par exemple
le TPH ; densité 0,76).
[0023] Toutefois, le facteur de dilution ne doit pas être trop important afin de pouvoir
concentrer fortement les métaux et de ne pas avoir à augmenter la taille de l'appareil
d'extraction. En pratique, on dilue de préférence le solvant jusqu'à ce qu'il titre
0,2 à 1,0 mole d'extractant organophosphoré par litre d'hydrocarbure ou mieux 0,6
mole par litre. On diminue ainsi la densité de la viscosité du solvant organique tout
en augmentant sa tension interfaciale avec les solutions aqueuses de contact. De ce
fait, la première étape d'extraction peut avoir lieu à température ambiante (20 à
25°C), ce qui réduit son coût.
[0024] Au cours des deux étapes d'extraction du procédé, des précipitations de sels métalliques,
suivies de leur redissolution sont possibles. Dans un mélangeur décanteur, ces précipités
se rassemblent au fond des bacs de décantation et deviennent inaccessibles au solvant.
Aussi, de façon avantageuse, les deux étapes d'extractions sont effectuées dans une
colonne pulsée car ces appareils sont peu sensibles à la présence de matières solides.
Ceci permet d'éviter le problème précité.
[0025] La qualité de l'extraction est fortement dépendante du pH de la phase aqueuse. Or,
au cours de l'extraction des métaux qui s'effectue par échange de cations, l'acidité
de la phase aqueuse augmente. On veillera donc à maintenir la valeur du pH la plus
constante possible par des injections d'un agent neutralisant à des positions prédéterminées
dans l'appareil d'extraction. Le pH de la phase aqueuse est de préférence maintenu
à une valeur comprise entre 4,5 et 6,5, ou mieux entre 5,0 et 6,0 en fonction de l'extractant
utilisé. De façon avantageuse, l'agent neutralisant mis en oeuvre pour ajuster le
pH est une solution d'hydroxyde de sodium concentré.
[0026] Bien que la deuxième étape d'extraction puisse être réalisée à température ambiante
(20 à 25°C environ), il est préférable de l'effectuer à chaud, c'est-à-dire entre
40 et 60°C environ, de préférence 50°C, si l'on souhaite épurer le solvant de la totalité
des métaux avant son recyclage dans le premier appareil d'extraction. Ce traitement
à chaud présente aussi l'avantage d'éviter la précipitation du chlorure de plomb dont
la solubilité est plus limitée dans le deuxième appareil d'extraction.
[0027] L'étape de précipitation permet de transformer les métaux en carbonates insolubles,
c'est-à-dire une forme chimique convenant à la vitrification. On utilise avantageusement
le carbonate de sodium pulvérulant ou en solution à 200 g/l ou encore du carbonate
de calcium pulvérulant qui précipitent de façon quantitative les métaux lourds les
plus gênants, tels que le cadmium, le nickel, le plomb et le zinc. De préférence,
le pH de précipitation est choisi à une valeur comprise entre 8 et 10, ou mieux 9,
pour limiter la redissolution des hydroxydes d'aluminium et de chrome notamment. Cette
étape de précipitation est généralement effectuée entre 40 et 60°C ou mieux environ
50°C, ce qui accroît la vitesse de formation et de mûrissement des précipités et permet
d'éviter la précipitation intempestive de chlorure de plomb.
[0028] Enfin, lorsque l'effluent à traiter est sous forme solide, le procédé selon l'invention
comprend une première série d'étapes ayant pour but de rendre cet effluent liquide.
Ceci est réalisé :
- en mettant dans un dispositif de lixiviation l'effluent solide à traiter en contact
avec une solution de lixiviation et un acide minéral dilué avec une solution aqueuse
et capable de solubiliser la fraction soluble de l'effluent solide pour former une
suspension ;
- en introduisant cette suspension dans un dispositif de filtration, afin de la séparer
en un solide résiduel insoluble et en un effluent liquide à introduire dans le premier
appareil d'extraction ; et
- en lavant le solide résiduel insoluble par de l'eau.
[0029] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention ressortiront mieux à la lecture
de la description suivante, donnée à titre d'exemple illustratif et non limitatif
et faite en faisant référence à la figure unique jointe, représentant de façon schématique
l'installation nécessaire à la mise en oeuvre du procédé selon l'invention.
[0030] Comme illustré sur la figure jointe, l'installation nécessaire à la mise en oeuvre
du procédé selon l'invention comprend six équipements de génie chimique, à savoir
deux appareils d'extraction, référencés respectivement 2 et 4, du type colonne pulsée,
un appareil de précipitation 6, du type murisseur-épaississeur, un appareil de filtration
8, du type filtre continu sous vide à tambour ou à bandes ou du type filtre discontinu
à presse et un équipement de vitrification 10. De façon facultative, ce dispositif
peut également comprendre un équipement de concentration 12.
[0031] Lorsque l'effluent à traiter est sous forme liquide, cette installation est suffisante.
Toutefois, lorsque l'effluent à traiter se présente sous forme solide, l'installation
précitée est complétée par un dispositif de lixiviation 14, constitué avantageusement
d'un appareil du type à cuves agitées, montées en cascade et dont le volume et le
nombre est adapté au débit des déchets à traiter et par un dispositif de filtration
16, du type filtre continu sous vide à tambour ou à bandes, ou du type filtre discontinu
à presse.
[0032] Le fonctionnement de ce dispositif va maintenant être décrit plus en détail, dans
le cas d'effluents à traiter se présentant sous forme solide. L'effluent solide 18
est introduit avec de l'acide chlorhydrique concentré 20 dans le dispositif de lixiviation
14 où la réaction a lieu entre 40 et 80°C. Un contrôle du pH de la suspension solide-liquide
22 sortant du dispositif de lixiviation permet d'ajuster le débit d'acide chlorhydrique
20. Le pH est maintenu entre 0,5 et 3,0. La suspension solide-liquide 22 est introduite
dans le dispositif de filtration 16. Le gâteau solide est lavé par de l'eau 24 et
le filtrat 26 liquide est récupéré. Les eaux mères de lavage 28 sont recyclées dans
le dispositif de lixiviation 14 où elles constituent la solution de lixiviation. De
façon avantageuse, le débit de l'eau de lavage 24 est adapté au débit des déchets
solides, de façon à obtenir un filtrat 26 contenant entre 5 et 20 % en poids de solides
et un solide résiduel lavé 30 contenant moins de 1 % de chlorures.
[0033] La description qui va suivre est commune au traitement du filtrat 26 issu du dispositif
de filtration 16 ou à un effluent à traiter se présentant directement sous forme liquide.
[0034] On ajoute au filtrat 26 (ou effluent liquide) un agent réducteur 32 et un filtrat
34 issu du dispositif de filtration 8 comme cela sera décrit ultérieurement de façon
à former une solution mère 36. Celle-ci est introduite à l'une des extrémités de l'appareil
d'extraction 2, dans lequel les cations non alcalins et non alcalino-terreux sont
extraits de façon sélective des anions, à contre-courant d'un solvant organique d'extraction
38 introduit à l'autre extrémité de l'appareil. L'agent réducteur 32 est par exemple
le bisulfite de sodium, le métabisulfite de sodium, le sulfate ferreux ou le dioxyde
de soufre.
[0035] Le pH de la phase aqueuse est ajusté par des injections d'un agent neutralisant en
différents points, référencés respectivement 40, 42 et 44. Le débit relatif des deux
solutions est ajusté de telle façon que le raffinat 46 sortant du premier appareil
d'extraction contiennent moins de 15,0 mg/l de métaux lourds.
[0036] De façon avantageuse, mais non obligatoire, le solvant 38 provient du deuxième appareil
d'extraction 4. La solution organique chargée en métaux lourds 48 sortant du premier
appareil d'extraction 2 pénètre dans le deuxième appareil d'extraction 4 où elle est
traitée à contre-courant et à chaud par une solution aqueuse d'acide chlorhydrique
50. Le titre en acide de cette solution aqueuse d'acide chlorhydrique est tel que
le solvant 38 sortant du deuxième appareil d'extraction 4 est suffisamment déchargé
pour ne pas générer de fuites en métaux lourds et en particulier en cadmium supérieures
à 0,2 mg/l dans le raffinat 46.
[0037] La solution aqueuse d'extraction 52 chargée en métaux lourds, issus de l'appareil
d'extraction 4, est introduite à chaud dans l'appareil de précipitation 6 où elle
est traitée à l'aide d'un agent de précipitation 54 qui peut être avantageusement
du carbonate de sodium ou de calcium. Ce carbonate maintient un pH suffisamment alcalin
pour lequel les métaux lourds sont ainsi précipités sous forme de carbonates, les
anions chlorures restant en solution.
[0038] La suspension solide-liquide 56 issue de l'appareil de précipitation 6 est introduite
dans l'appareil de filtration 8 et le filtrat obtenu est recyclé en 34. Le précipité
solide 64 est lavé par introduction d'eau en 58, tandis que les eaux mères de lavage
sortant 60 sont recyclées dans l'appareil d'extraction 4. Le débit d'eau de lavage
mis en oeuvre est au moins égal au débit nécessaire à la dilution de l'acide chlorhydrique
62 introduit. Les eaux mères de lavage 60 et l'acide chlorhydrique forment la solution
aqueuse 50 introduite dans le deuxième appareil d'extraction 4. De préférence, la
solution aqueuse 50 contient entre 0,1 et 6,0 mol/l d'acide chlorhydrique. Les débits
relatifs de l'eau de lavage 58 et de l'acide chlorhydrique sont en outre ajustés pour
que le solvant 38 contienne moins de 50 mg/l de métaux lourds.
[0039] Ensuite, le précipité lavé contenant moins de 1 % de chlorures 64 est traité avec
le solide résiduel 30 dans le dispositif de vitrification 10 pour produire un verre
inerte 66.
[0040] De façon facultative, le raffinat 46 peut être traité dans le dispositif de concentration
8 afin de récupérer, d'une part, de l'eau recyclable 68, des sels 70 cristallisés
ou sous forme de saumûre.
[0041] On donne ci-après, des exemples de mise en oeuvre du procédé conforme à l'invention.
Exemple 1
[0042] Dans une installation analogue à celle qui vient d'être décrite, on traite un "REFIOM"
par une solution d'acide chlorhydrique 1,5 N, le filtrat 26 obtenu présente la composition
suivante :
[C1⁻] = 41,5 g/l [Ca²⁺] = 28 g/l
[Na⁺] = 1,66 g/l [K⁺] = 3,25 g/l
[Cd²] = 21 mg/l [Zn²⁺] = 1 060 mg/l
[Pb²] = 380 mg/l [Cr
VI] = 4,3 mg/l
[Fe³] = 100 mg/l [Mn²⁺] = 22,0 mg/l
[Mg²] = 600 mg/l [Ba²⁺] = 8,0 mg/l
et divers autres éléments à moindre concentration, tels que Ni, Co et V. Le pH est
égal à 1,7.
[0043] On ajoute du métabisulfite de sodium à raison de 50 mg/l. La solution mère 36 et
le solvant organique 38 sont introduits dans le premier appareil d'extraction 2 avec
un débit de solvant égal à 0,2 fois le débit de phase aqueuse. On contrôle le pH à
5,5 par ajout de NaOH 1,0 N.
[0044] Le solvant organique 38 titre 0,6 M/l d'acide bis-(2,4,4-triméthylpentyl)-monothiophosphinique
dans le TPH.
[0045] Le raffinat 46 obtenu présente la composition suivante :
[C1⁻] = 39,5 g/l [Ca²⁺] = 26,3 g/l
[Na⁺] = 1,64 g/l [K⁺] = 3,22 g/l
[Cd²⁺] ≦ 1 mg/l [Zn²⁺] ≦ 1 mg/l
[Pb²⁺] ≦ 1 mg/l [Cr³⁺] = 1,4 mg/l
[Fe²⁺] = 95 mg/l [Mn²⁺] ≦ 1 mg/l
[Mg²⁺] = 590 mg/l [Ba²⁺] = 6,5 mg/l
[0046] La solution organique chargée en métaux lourds 48 est traitée dans le deuxième appareil
d'extraction 4, à contre-courant d'une solution d'acide chlorhydrique 3 N dont le
débit volume est cinq fois plus faible que le débit de phase organique.
[0047] La première opération d'extraction 2 est réalisée à une tempérture moyenne de l'ordre
de 22°C, tandis que la deuxième opération d'extraction 4 est réalisée à la température
moyenne de l'ordre de 50°C.
[0048] Le solvant désextrait 38 récupéré contient moins de 15 mg/l de métaux lourds résiduels.
[0049] La solution aqueuse d'extraction 52 présente la composition suivante :
[C1⁻] = 107 g/l [Ca²⁺] = 38,1 g/l
[Na⁺] ≦
1 g/l [K⁺] ≦ 1 g/l
[Cd²⁺] = 530 mg/l [Zn²⁺] = 26,3 g/l
[Pb²⁺] = 9,2 g/l [Cr³⁺] = 71 mg/l
[Fe³⁺] ≦ 105 mg/l [Mn²⁺] = 540 mg/l
[Mg²⁺] ≦ 1 g/l [Ba²⁺] = 31 mg/l
[0050] Elle est précipitée par du carbonate de sodium et les eaux mères de lavage 60 récupérées
après filtration contiennent moins de 15 mg/l de métaux lourds.
Exemple 2
[0051] Dans une installation analogue à celle qui vient d'être décrite, on traite un effluent
d'une usine de traitement de surface qui présente la composition suivante :
[C1⁻] = 410 mg/l [NH₄⁺] = 15 mg/l
[Na⁺] = 105 mg/l [K⁺] = 30 mg/l
[Cr
VI] = 45 mg/l [Zn²⁺] = 125 mg/l
[Fe³⁺] = 45 mg/l [Cu²⁺] = 10 mg/l
[Co²⁺] = 5 mg/l [Ni²⁺] = 10 mg/l
et divers autres éléments en moindre concentration, tels que Al et F. Le pH est égal
à 1,8.
[0052] On ajoute du métabisulfite de sodium à raison de 20 mg/l. La solution mère 36 et
le solvant organique 38 sont introduits dans le premier appareil d'extraction 2 avec
un débit de solvant égal à 0,2 fois le débit de phase aqueuse. On contrôle le pH à
5,5 par ajout de NaOH 1,0 N.
[0053] Le solvant organique 38 titre 0,6 M/l d'acide di-(2-éthylhexyl)-manothiophosphorique
dans le TPH.
[0054] Le raffinat 46 présente la composition suivante :
[C1⁻] = 410 mg/l [NH₄⁺] = 15 mg/l
[Na⁺] = 105 mg/l [K⁺] = 30 mg/l
[Cr³⁺] ≦ 1 mg/l [Zn²⁺] ≦ 1 mg/l
[Fe²⁺] ≦ 1 mg/l [Cu²⁺] ≦ 1 mg/l
[Co²⁺] ≦ 1 mg/l [Ni²⁺] ≦ 1 mg/l
[0055] La solution organique chargée en métaux lourds 48 est traitée dans le deuxième appareil
d'extraction 4, à contre-courant d'une solution d'acide chlorhydrique 3 N dont le
débit volume est 5 fois plus faible que le débit de phase organique.
[0056] La première opération de d'extraction 2 est réalisée à une température moyenne de
l'ordre de 22°C, tandis que la deuxième opération d'extraction 4 est réalisée à une
température moyenne de 50°C.
[0057] Le solvant désextrait 38 récupéré contient moins de 15 mg/l de métaux lourds résiduels.
[0058] La solution aqueuse d'extraction 52 présente la composition suivante :
[C1⁻] = 100 g/l [NH⁴⁺] ≦ 1 mg/l
[Na⁺] ≦ 1 mg/l [K⁺] ≦1 mg/l
[Cr³⁺] = 1,10 g/l [Zn²⁺] = 3,15 g/l
[Fe²⁺] = 1,16 g/l [Cu²⁺] = 243 mg/l
[Co²⁺] = 103 mg/l [Ni²⁺] = 238 mg/l
[0059] Elle est précipitée par du carbonate de sodium et les eaux mères de lavage 60 récupérées
après filtration contiennent moins de 15 mg/l de métaux lourds.
1. Procédé de traitement et de conditionnement d'effluents solides ou liquides chargés
en métaux lourds, caractérisé en ce qu'il comprend les étapes consistant à :
a) réduire chimiquement à l'aide d'un agent réducteur (32), l'effluent liquide (26)
ou l'effluent solide (18) traité de façon à se présenter sous forme liquide, pour
obtenir une solution mère (36) ;
b) mettre, dans un premier appareil d'extraction (2), cette solution mère (36) en
contact avec un solvant organique (38) contenant essentiellement un extractant organophosphoré
et un hydrocarbure capable d'extraire sélectivement les métaux lourds, des anions
et des métaux alcalins et alcalino-terreux ;
c) mettre, dans un deuxième appareil d'extraction (4), la solution organique chargée
en métaux lourds et issue du premier appareil d'extraction (2), en contact avec une
solution aqueuse (50) capable d'extraire les métaux lourds de la phase organique ;
d) mettre en contact, la solution aqueuse (52) issue du deuxième appareil d'extraction
(4), avec un agent de précipitation (54) capable de précipiter la totalité des métaux
lourds contenus dans la solution aqueuse (52) sous forme d'espèces chimiques insolubles
et vitrifiables ;
e) filtrer la suspension (56) obtenue et récupérer le filtrat (34) afin de le recycler
avec la solution mère (36), puis laver le précipité solide (64) à l'eau afin de le
séparer des eaux mères de lavage (60) ; et
f) vitrifier le précipité lavé filtré (64).
2. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que l'agent réducteur (32) est choisi parmi le bisulfite de sodium, le métabisulfite
de sodium et le sulfate ferreux ou le dioxyde de soufre.
3. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que l'extractant organophosphoré peut être choisi parmi l'acide bis-(2,4,4-trimethylpentyl)-monothiophosphinique
ou l'acide di-(2-éthylhexyl)-monothiophosphorique, en présence de calcium dans la
solution mère, ou parmi l'acide di-(2-éthylhexyl)-phosphorique, l'acide di-(2,4,4-trimethylpentyl)-phosphinique
ou le mono(2-éthylhexyl) ester de l'acide (2-éthylhexyl)-phosphonique, en l'absence
de calcium dans la solution mère (36).
4. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que l'hydrocarbure est le tétrapropylène hydrogéné (TPH).
5. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que le solvant organique (38) est constitué par un mélange contenant 0,2 à 1,0
mole par litre d'extractant organophosphoré dilué dans l'hydrocarbure.
6. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que le solvant organique (38) introduit dans le premier appareil d'extraction
(2) est issu du deuxième appareil d'extraction (4).
7. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce qu'au moins l'un des appareils d'extraction (2, 4) est une colonne pulsée.
8. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que le traitement réalisé dans le premier appareil d'extraction (2) est effectué
à un pH compris entre 4,5 et 6,5 environ.
9. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que le traitement réalisé dans le premier appareil d'extraction (2) est effectué
à une température comprise entre 20 à 25°C environ.
10. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que le traitement réalisé dans le deuxième appareil d'extraction (4) est effectué
à une température comprise entre 40 et 60°C environ.
11. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que le traitement de précipitation est effectué à une température comprise entre
40 et 60°C environ.
12. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que l'agent de précipitation (54) est du carbonate de sodium ou du carbonate
de calcium.
13. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que la solution aqueuse (50) introduite dans le deuxième appareil d'extraction
(4) est obtenue à partir des eaux mères de lavage (60) issues de la filtration (8)
et ajustée en continu par une solution d'acide chlorhydrique (62) de façon à contenir
entre 0,1 et 6,0 mol/l d'acide chlorhydrique.
14. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que le raffinat (46) issu du premier appareil d'extraction (2) est concentré
de façon à former des sels (70) et une phase aqueuse (68).
15. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 1, caractérisé
en ce que le traitement de l'effluent solide (18) de façon à le rendre liquide est
effectué :
- en mettant dans un dispositif de lixiviation (14) l'effluent solide à traiter (18)
en contact avec une solution de lixiviation (28) et un acide minéral (20) dilué avec
une solution aqueuse et capable de solubiliser la fraction soluble de l'effluent solide
(18), pour former une suspension (22) ;
- en introduisant cette suspension (22) dans un dispositif de filtration (16), afin
de la séparer en un solide résiduel insoluble (30) et en un effluent liquide (26)
à introduire dans le premier appareil d'extraction (2) ; et
- en lavant le solide résiduel insoluble obtenu par de l'eau (24).
16. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 15, caractérisé
en ce que le traitement de lixiviation est effectué à une température comprise entre
40 et 80°C environ.
17. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 15, caractérisé
en ce que la solution de lixiviation (28) est constituée par l'eau mère de lavage
issue du dispositif de filtration (16), additionnée d'acide chlorhydrique de façon
à ajuster le pH de la suspension à une valeur comprise 0,5 et 3,0 environ.
18. Procédé de traitement et de conditionnement selon la revendication 15, caractérisé
en ce que la quantité d'eau de lavage (24) mise en oeuvre dans le dispositif de filtration
(16) est telle qu'après recyclage dans le dispositif de lixiviation (14), la suspension
(22) obtenue contienne entre 5 et 20 % en poids de matière solide.