[0001] Cette invention concerne une méthode de protection des poudres magnétiques et des
aimants permanents de type métal de transition - métal de terre rare contre l'oxydation
et la corrosion atmosphérique par introduction de fluor gazeux lors du traitement
des poudres. Elle s'applique plus particulièrement aux poudres et aimants de la famille
métal de transition - terre rare, où le métal est essentiellement du cobalt, et la
terre rare essentiellement du samarium et/ou du néodyme et/ou du praséodyme et/ou
du cérium.
[0002] Il est connu par le brevet FR 2003246, un procédé pour traiter les poudres à magnétisme
permanent contenant des terres rares et des métaux de transition afin d'en augmenter
la force coercitive; ce procédé consiste à traiter lesdites poudres par un liquide
de mordançage à base d'une solution aqueuse d'acide chlorhydrique, sulfurique ou fluorhydrique.
[0003] Par ailleurs, l'état de l'art sur ces poudres et aimants a été récemment décrit de
manière exhaustive par K.J. STRNAT "Rare Earth-Cobalt Permanent Magnets" dans "Ferromagnetic
Materials", p.131 à p.209 Vol.4, Editeur E.P. WOHLFARTH et K.H. BUSCHOW, North-Holland
Amsterdam 1988.
[0004] On distingue essentiellement deux familles selon la quantité de terre rare contenue
:
- la famille de formule moléculaire SmCo5 (contenant 33,8% en poids de terre rare) ne tolérant que peu de substitution du cobalt
par un autre métal de transition comme le fer, mais où le samarium peut être remplacé
en partie ou en totalité par le praséodyme, en partie par d'autres terres rares dont
les préférées sont le néodyme, le cérium, le mish-metal, le gadolinium selon la propriété
technique ou économique recherchée
- la famille de formule moléculaire Sm2Co17 (contenant 23,1% en poids de terre rare) où, de plus, le cobalt peut être substitué
plus largement par d'autres métaux comme le fer, le cuivre, le vanadium, le zirconium,
le niobium, le titane, le manganèse, le chrome. La substitution du Co par le fer permet
en particulier d'accroître la densité d'aimantation spécifique.
[0005] Ces deux famille sont couramment utilisées par l'industrie électrotechnique car leur
haute température de Curie permet leur usage à des températures de fonctionnement
élevées. La pratique la plus souple pour leur préparation est la Métallurgie des Poudres
où l'on broie finement des alliages, on aligne les grains en présence d'un champ magnétique,
on comprime à la forme requise, on fritte à haute température en appliquant ensuite
un traitement thermique durcissant, on usine selon les spécifications requises.
[0006] La revue citée plus haut souligne un sérieux problème (p. 158), de stabilité des
poudres et des aimants due à l'affinité particulière de la terre rare pour l'oxygène
de l'air, surtout en présence d'humidité. L'évolution naturelle est vers la formation
de l'oxyde, par exemple Sm
2 O
3 et/ou de l'hydroxyde qui sont des composés non magnétiques entraînant une diminution
de la densité d'aimantation et pouvant gêner la densification; de plus, leur formation
consomme du samarium, décale donc la stoechiométrie d'origine pour faire évoluer la
formule vers une composition qui peut être défavorable aux propriétés.
[0007] Par exemple, un schéma théorique comme:

génère dans le matériau fritté une fine dispersion de Sm
2 Co
17 qui conduit immédiatement à un effondrement de la coercitivité (résistance à la désaimantation).
[0008] Aussi les plus grandes précautions sont-elles prises lors de l'élaboration de ces
produits, quand ils sont à l'état de poudres très fines (quelques microns en mesure
Fischer), pour les produire, les stocker, les manipuler à l'abri de l'air et de l'humidité,
ou quand, mis en forme à la presse, ils doivent être activés thermiquement pour se
densifier par frittage, dans l'emploi de fours discontinus ou continus placés sous
vide ou sous gaz inerte.
[0009] Pour les Sm Co
5 , le record a été obtenu, et seulement au laboratoire, par Narasimham (5th International
Workshop on Rare Earth-Cobalt Permanent Magnets and their Applications, June 1981,
Ed. University of Dayton, Ohio, USA, p.629 et suiv.) qui, procédant au maximum à l'abri
de l'air, a réussi à n'avoir que 1000 ppm en poids d'oxygène, ce qui consomme quand
même 0,6% en poids de samarium et génère 0,7% en poids de Sm
2 O
3. Il a pu obtenir, dans de bonnes conditions d'alignement magnétique, une densité
d'aimantation Br = 1060 mT, une énergie spécifique de (BH)
max = 220 kJ/m3.
[0010] Les techniques industrielles ne peuvent atteindre un tel niveau de précaution, et
doivent se contenter, pour des coûts raisonnables, de se maintenir pour Sm Co
5 vers 6000 ppm en poids d'oxygène; en particulier, il est très difficile d'éliminer
par pompage les espèces gazeuses contenues dans un comprimé. Aussi les meilleurs aimants
de cette famille ne dépassent-ils pas Br = 950 mT et (BH)
max = 175 kJ/m
3 .
[0011] Les mêmes causes produisent les mêmes effets dans la famille Sm
2 Co
17 où le cobalt est substitué, à un degré moindre cependant, car la teneur en samarium
plus réduite entraîne une plus faible affinité pour l'oxygène. On y trouve cependant
sur aimants finis des teneurs voisines de 4000 ppm en poids d'oxygène; il est suspecté
que des petites variations autour de cette moyenne entraînent des variations nuisibles
sur la rectangularité de la courbe J (H), car le durcissement magnétique de ces alliages
résulte d'une structure polyphasée où se ségrègent préférentiellement les atomes et
dont l'obtention est délicate.
[0012] Après avoir examiné différents moyens pour contrôler les prises et départs d'oxygène,
et en particulier après avoir estimé les quantités chimi-sorbées définitivement et
physi-sorbées temporairement dans les différentes étapes du procédé, la demanderesse
a conclu qu'il fallait chercher à piéger les sites actifs par un atome plus électronégatif
que l'oxygène rendant celui-ci plus labile pour son évacuation. Il s'est avéré qu'un
apport de fluor pouvait être efficace, car un atome de fluor ou d'oxygène bloque respectivement
un tiers d'atomes de Samarium ou deux tiers d'atomes de samarium dans les molécules
Sm F
3 et Sm
2 O
3.
[0013] De plus, la demanderesse a trouvé que ce simple rapport théorique pouvait être largement
dépassé par un procédé particulier consistant à introduire lors d'une étape de broyage
fin, quand elle est exécutée dans un broyeur à jet de gaz, un mélange d'azote et de
fluor gazeux dans le courant de gaz inerte (azote, argon) par exemple habituellement
employé dans ces broyeurs. Les proportions pondérales du mélange N
2 + F
2 et son mode d'introduction ont été déterminés expérimentalement de façon à ne pas
générer des problèmes de sécurité pour les équipements et l'environnement. La teneur
en fluor du gaz de broyage est généralement inférieure à 250 ppm (en volume).
[0014] Il a été trouvé qu'un optimum se situait dans une plage allant de 600 ppm à 3000
ppm en poids de fluor dans la poudre ou retenu dans l'aimant fritté, cet optimum étant
légèrement différent pour la famille Sm Co
5 et la famille Sm
2 Co
17; la plage préférentielle s'étend de 600 à 2000 ppm et peut atteindre 600-1500 ppm
pour les Sm
2 Co
17. Les teneurs en fluor sur poudres et sur produits frittés ont été déterminées selon
la méthode consistant à mettre en solution acide le produit à analyser, à distiller
le fluor de manière assistée et à le doser par électrode spécifique.
[0015] On utilise de préférence le gaz fluor. Avec d'autres conditions expérimentales, il
peut être remplacé par d'autres donneurs comme l'acide fluorhydrique HF ou le trifluorure
d'azote NF
3; mais le premier est beaucoup plus agressif et difficile à maîtriser, le second est
beaucoup plus cher.
[0016] On a constaté que :
- en dessous de 600 ppm, il n'y a pas assez de sites actifs neutralisés quand on manipule
de grosses quantités de poudres fines, le procédé est instable;
- en dessus de 3000 ppm, il y a trop de fluor actif, qui se transforme en fluorure de
samarium, déplaçant donc la composition métallurgique locale par appauvrissement en
samarium.
[0017] Enfin, la demanderesse a trouvé que les résultats pouvaient encore être légèrement
améliorés si l'étape d'homogénéisation au mélangeur, qui suit normalement tout broyage
en broyeur à jets de gaz pour une question de réduction des ségrégations de broyage,
était effectuée sous la même atmosphère de mélange azote plus fluor.
[0018] En particulier, le stockage à l'air humide montre une évolution plus lente des reprises
en oxygène.
[0019] Pour étayer son invention, la demanderesse s'appuie sur les figures et les exemples
suivants.
[0020] La figure 1 montre les plages connues d'évolution de la prise d'oxygène dans la fabrication
classique des aimants Sm Co
5.
[0021] Les teneurs en oxygène sont établies sur l'appareil commercial LECO équipé du four
idoine. Les étapes du procédé sont les suivantes : (1) matières premières; (2) prébroyage
grossier (50 µm); (3) broyage fin (5 µm); (4) stockage intermédiaire; (5) après frittage.
[0022] La figure 2 donne les résultats des caractéristiques magnétiques (rémanence Br, coercitivité
d'induction H
cB, champ de rigidité limite Hk) et la masse volumique p en fonction de la teneur en
terres rares du mélange de poudres et de la température de frittage (Δ 1115°C; x :
1125°C; o : 1135°C) selon l'art antérieur.
[0023] La figure 3 schématise un exemple de réalisation technique de l'invention.
[0024] La figure 4 illustre, par comparaison avec la figure 2, le glissement sensible obtenu
selon l'invention vers des optima plus élevés se situant vers des teneurs en terres
rares plus basses, en particulier en dessous de 36% pour les compositions type Sm
Co
5.
[0025] La figure 5 illustre un gain similaire obtenu dans la famille des Sm
2 Co
17, en particulier sur la rectangularité de la courbe (gain en champ de rigidité limite
Hk), Hk correspondant au champ démagnétisant réduisant l'induction à 90% de Br. La
courbe (1) est représentative de l'art antérieur, la courbe (2) est représentative
de l'invention.
Exemple 1 (selon l'art antérieur)
[0026] Deux alliages ont été approvisionnés à l'extérieur pour constituer:
- la base à 34,2% de terre rare (analyse fournisseur).
- l'additif amenant l'excès de terre rare à 41,2% (analyse fournisseur).
[0027] Ces alliages ont été broyés mécaniquement à environ 50 µm (passant tamis) puis mélangés
pour fournir les teneurs portées en abcisse de la figure 2. Ces mélanges ont été broyés
finement (4 à 5 µm Fischer), comprimés sous champ magnétique, frittés sous vide aux
températures indiquées sur la figure 2, puis revenus vers 875°C pour 4 heures et trempés
énergiquement, comme le prescrit le traitement classique de ce matériau (voir K.J.
STRNAT).
[0028] Une des compositions a été suivie en teneur en oxygène aux différentes étapes, pour
donner les valeurs moyennes de la figure 1. Sur produit fritté, aux incertitudes de
mesures près, on se place dans le niveau courant des 6000 à 6500 ppm en poids d'oxygène.
[0029] Les grandeurs physiques intéressantes sont reportées sur la figure 2. Quoique les
alliages utilisés ne soient pas de la qualité maximale que délivre de temps en temps
les fournisseurs, on retrouve le comportement habituel d'une situation extrêmement
critique. Densité, rémanence et coercitivité d'induction plafonnent pour une teneur
moyenne de 36,5% de Sm et sont un peu sensibles à la température de frittage; par
contre, à cette teneur, le champ de rigidité limite H
k, gage de la stabilité thermique, est déjà effondré. Et les quatre grandeurs sont
effrondrées à 36%. On se rend compte ainsi de la criticité de la fabrication, qui
s'alignera sur un taux moyen de 37%, mais qui est à la merci d'une prise intempestive
de 800 ppm en poids d'oxygène.
[0030] L'explication classique de la littérature est que l'oxygène présent dans le matériau
est labile et capture le samarium des phases présentes pour se stabiliser en Sm
2 O
3 réfractaire. Il n'y a plus alors suffisamment de samarium libre résiduel pour assister
la densification grain à grain de la phase principale, ladite coalescence des grains
pouvant même être gênée par les oxydes intergranulaires.
Exemple 2 (selon l'invention).
[0031] Les mêmes alliages ont été traités selon la procédure revendiquée. Après le broyage
grossier, les mélanges ont été traités en alimentation continue dans un broyeur à
jet de gaz d'azote où, selon le schéma de la figure 3, on introduisait dans l'azote
principal débité à 100 m3/h une faible quantité d'azote chargé à 10% de fluor au moyen
d'un ajutage calibré. Quelques expériences préliminaires sont nécessaires pour que
le produit final contienne de 600 à 2000 ppm en poids de fluor. La suite des opérations
est identique à celle de l'exemple 1, et dans les résultats présentés à la figure
4, on avait un niveau de 1000 ppm de fluor dans le produit fini. Il a été surprenant
de constater que:
- le produit final avait capté beaucoup moins d'oxygène, 3500 ppm environ.
- ceci entraînait un glissement des fonctions de réponse vers les basses teneurs en
terre rare (optimum à 35% en poids), avec un gain conséquent de 20 à 30 mT sur la
rémanence.
- et surtout, une bien plus grande stabilité du procédé en ce qui concerne les autres
grandeurs.
[0032] On peut avancer une hypothèse explicative dans le blocage temporaire de sites actifs
de samarium dénudés au broyage par la fixation d'un atome de fluor. Celui-ci empêche
alors l'approche et la physi-sorbtion d'une molécule à deux oxygènes, laquelle pourrait
faire évoluer vers l'oxyde néfaste Sm
2 O
3. Au contraire, la présence simultanée de samarium, de fluor et d'oxygène favoriserait,
sous vide et haute température vers 900-1000°C, l'évolution vers un oxyfluorure stable
Sm O F, dont la formation conserve de la mobilité au samarium dans l'opération de
frittage.
Exemple 3 (selon l'invention)
[0033] Avant d'être comprimés, les produits broyés finement de l'exemple 2 ont été homogénéisés
par agitation sous atmosphère de N
2 contenant 200 ppm de fluor. Un léger gain sur la teneur en oxygène a été constaté,
puisqusa teneur est tombée à 3000 ppm. Cela n'est pas suffisant pour se répercuter
de façon sensible sur les propriétés finales. Mais la tenue en air humide a pu être
augmentée passant de quelques heures à quelques jours.
Exemple 4 (selon l'invention)
[0034] De toutes les terres rares, le praséodyme dans Pr Co
5 présente la plus forte aimantation (1200 mT) contre 1100 mT pour Sm Co
5. Mais les tentatives pour utiliser cet élément plus abondant ont toujours échoué,
probablement en liaison avec une oxydabilité accrue. Aussi ne l'utilise-t-on qu'en
substitution partielle quand on veut monter légèrement l'aimantation, au prix d'une
instabilité technique accrue.
[0035] Comme pour l'exemple 2, on a répété la préparation à partir d'un alliage de base
Sm Co
5 substitué à 33% par du praséodyme. Les mêmes avantages ont été obtenus, comme le
tableau I l'illustre pour la rémanence (en compression isostatique).
TABLEAU 1
| |
Art antérieur |
Selon l'invention |
| Alliage de base Sm Co5 |
Br = 0,92 - 0,95 T |
0,96 - 0,98 T |
| Alliage de base (Sm2/3 Pr 1/3 Co5) |
Br = 0,99 - 1,01 T |
1,02 - 1,05 T |
[0036] Ces gains modestes en absolu sont très importants pour les applications. Bien plus
importantes sont la fiabilité et la souplesse apportées en fabrication des produits,
avec des traitements thermiques moins critiques, dont les vitesses de trempe, surtout
quand on veut utiliser des teneurs en praséodyme plus élevées.
Exemple 5 (selon l'invention)
[0037] On a également appliqué le procédé à des alliages de la famille des Sm
2 Co
17. Pour cela, on a choisi une composition riche en Fe et pauvre en Sm avec l'espoir
de monter la rémanence.
[0038] Pour la composition en poids %
Sm = 25 Fe = 22 Cu = 4.5 Zr = 2.4 Co = solde
[0039] Le procédé habituel permet d'obtenir les excellentes performances de la figure 5,
avec Br = 1160 mT, H
cJ = 1070 kA/m, H
cB = 770 kA/m, (BH)
max = 240 kJ/m3. Mais ce produit est handicapé par le manque de rectangularité de la
courbe, se traduisant par un H
k de 620 kA/m seulement. Un tel aimant comporte environ 4000 ppm d'oxygène.
[0040] Avec le procédé selon l'invention, et à un niveau de 700 ppm de fluor, il a été possible
de ramener la teneur en oxygène à 2000 ppm et d'abaisser le samarium à 24,7% en poids.
Deux effets bénéfiques ont été obtenus:
- la montée de la rémanence à 1180 - 1190 mT
- la meilleure rectangularité à Hk = 850 kA/m
1. Magnetische Pulver oder Permanentmagnete der Gruppe Sm-Co vom Typ SmCo5 oder Sm2Co17,
dadurch gekennzeichnet, daß
sie 600 bis 3000 ppm (gewichtsbezogen) Fluor enthalten.
2. Magnetische Pulver oder Permanentmagnete nach Anspruch 1, dadurch gekennzeichnet,
daß sie 600 bis 2000 ppm (gewichtsbezogen) Fluor enthalten.
3. Magnetische Pulver oder Permanentmagnete nach Anspruch 1 oder 2 vom Typ Sm2Co17, dadurch gekennzeichnet, daß sie 600 bis 1500 ppm (gewichtsbezogen) Fluor enthalten.
4. Magnetische Pulver und Permanentmagnete nach Anspruch 1 oder 2, die weniger als 36
Gew.-% Seltenerdmetalle in den Legierungen vom Typ SmCo5 enthalten.
5. Magnetische Pulver und Permanentmagnete nach Anspruch 3, dadurch gekennzeichnet, daß
sie weniger als 25 Gew.-% Seltenerdmetalle enthalten.
6. Verfahren zur Herstellung von magnetischen Pulvern oder Permanentmagneten nach einem
der Ansprüche 1 bis 5, dadurch gekennzeichnet, daß in die Zerkleinerungsvorrichtung
und/oder beim Schritt der Homogenisierung der Pulver ein Gasgemisch zugeführt wird,
das weniger als 250 ppm (volumenbezogen) gasförmiges Fluor enthält.