[0001] L'invention concerne un procédé de fabrication de pâte à papier à partir de matières
premières lignocellulosiques à base de plantes annuelles ou pérennes. Par "plante
annuelle", on entend dans la suite toute plante ayant une durée de développement d'environ
une année (coton, chanvre, lin, céréale, canne à sucre, sorgho, ...) ; par "plantes
pérennes", on entend des plantes dont le développement s'étend sur des périodes beaucoup
plus longues (bambou, roseau, sisal, bois feuillus ou résineux, ...) ; les matières
premières lignocellulosiques visées par l'invention peuvent contenir les plantes dans
leur totalité, ou des parties seulement de ces plantes (tiges, feuilles, etc...),
ou des coproduits de ces plantes (paille, bagasse...).
[0002] On sait qu'il existe à l'heure actuelle essentiellement quatre types de pâtes à papier
obtenues à partir de plantes pérennes ou annuelles :
- pâtes de très basse qualité obtenues avec des rendements supérieurs à 90 % : pâtes
mécaniques, thermomécaniques et chimicothermomécaniques,
- pâtes de basse qualité obtenues avec des rendements compris entre 80 et 90 % : pâtes
chimicomécaniques ou mécanochimiques,
- pâtes de qualité moyenne obtenues avec des rendements compris entre 70 et 80 % : pâtes
mi-chimiques,
- pâtes de bonne qualité obtenues avec des rendements compris entre 45 et 55 % : pâtes
chimiques. (Par "rendement", on entend de façon habituelle dans le domaine des pâtes
à papier, la proportion pondérale de pâte obtenue rapportée au poids initial de matière
végétale).
[0003] Les coûts de fabrication vont en croissant depuis les pâtes de très basse qualité
jusqu'aux pâtes de bonne qualité, en raison des pertes croissantes de matières premières,
des dépenses croissantes d'énergie sous forme mécanique ou thermique, et de la consommation
croissante des produits chimiques utilisés.
[0004] Dans le cas des pâtes à papier fabriquées à partir de plantes annuelles, seules les
pâtes chimiques obtenues avec de faibles rendements (inférieurs à 55 %) présentent
de hautes résistances mécaniques correspondant à des longueurs de rupture supérieures
ou égales de 5 500 à 6 000 mètres ; dans le cas de pâtes fabriquées à partir de plantes
pérennes, certaines pâtes mi-chimiques peuvent atteindre ces valeurs de résistances.
On sait que la longueur de rupture représente la longueur d'une bande de largeur quelconque
mais uniforme, supposée suspendue par une de ses extrémités, se rompant sous l'effet
de son propre poids. Cette longueur de rupture se calcule par la formule

où :
- RT est la résistance à la rupture par traction exprimée en newtons par mètre (norme
NFQ 03002),
- G est le grammage de la pâte (masse par m2) et,
- g est l'accélération de la pesanteur (9,8 m/s/s).
[0005] Il existe par ailleurs des procédés de traitement de plantes en vue de fabriquer
à partir de celles-ci des composants d'aliments pour le bétail. Un de ces procédés,
dit de vapocraquage, consiste à soumettre la matière première lignocellulosique à
une pression et une température élevées (de l'ordre de 20 à 30 bars et de 210° C à
240° C) puis à lui faire subir une brusque décompression en vue de déstructurer le
végétal par cette détente explosive et ainsi d'améliorer sa digestibilité. De par
sa nature même, un tel procédé conduit à une dégradation importante des matières lignocellulosiques,
c'est-à-dire à une rupture importante des fibres due à la brusque détente et une hydrolyse
intense des constituants hémicellulosiques et cellulosiques de la matière végétale.
[0006] Ce procédé de vapocraquage a été proposé pour réaliser des pâtes à papier de très
basse ou de basse qualité essentiellement à partir du bois ; les unités expérimentales
réalisées permettent de fabriquer ce type de pâtes avec des rendements supérieurs
à 80 %. Dans certaines unités, le vapocraquage est combiné à un traitement au sulfite
de sodium Na
2SO
3 et également parfois à la soude avec des teneurs en soude faibles, inférieures ou
égales à 2 % (proportion pondérale de soude rapportée à la matière sèche lignocellulosique).
Il convient de souligner que le procédé de vapocraquage, qui impose des contraintes
mécaniques très élevées à la matière lignocellulosique, réalisant une rupture importante
des fibres, paraît a priori incompatible avec l'obtention de pâtes de bonne qualité
ayant des longueurs de rupture supérieures ou égales à 5 500 mètres, car l'obtention
d'une telle qualité exige que les fibres soient préservées. Ainsi, toutes les propositions
d'utilisation du vapocraquage pour réaliser des pâtes à papier se cantonnent à la
fabrication de pâtes de très basse ou basse qualité du type purement mécanique ou
chimicomécanique.
[0007] Il faut noter par exception aux observations ci-dessus que deux études ont été menées
sur les possibilités d'obtenir une pâte de bonne qualité en utilisant le procédé de
vapocraquage : "B.V. KOKTA et al., Cellulose Chem. Technol, 26, 107-123 (1992)" et
brevet US-A-4.798.651, d'une part ; "H. MAMERS et al., TAPPI JOURNAL, Vol. 64 n° 7,
93-96 (juillet 1981)", d'autre part.
[0008] La première étude (KOKTA) paraît montrer que l'obtention de pâte de bonne qualité
par vapocraquage est possible mais en utilisant une forte proportion de sulfite de
sodium (16 %), de sorte que ce procédé est soumis aux défauts des procédés chimiques
: grande quantité de produits chimiques utilisés rendant onéreux leur recyclage. Le
brevet US-4.798.651 évoque une proportion plus modérée de sulfite de sodium, mais
ce procédé demeure soumis aux problèmes de recyclage particulièrement difficiles à
résoudre, que posent ce composé.
[0009] L'autre étude (MAMERS) décrit un procédé dans lequel le vapocraquage au moyen d'une
vapeur saturée est réalisé avec introduction d'une pression d'azote de façon à forcer
la matière à passer à travers un faisceau de buses de décharge ("discharge nozzle
arrangements") qui soumet ladite matière à un cisaillement mécanique très puissant
lorsqu'elle est expulsée du réacteur par l'explosion. Dans ces conditions, les fibres
lignocellulosiques sont fortement dégradées et une partie de la matière est fragmentée
en fines et est perdue : c'est ce qui explique, en partie, que le rendement du procédé
décrit dans cet article est faible (entre (33,6 % et 52,5 %) jusqu'à être inférieur
au rendement des procédés chimiques comme cela est indiqué au point 4 des conclusions
de cet article. Il est à noter que cet article indique que l'explosion est effectuée
en présence de soude dont la fonction n'est pas précisée.
[0010] A l'heure actuelle, les seuls procédés effectivement mis en oeuvre sur le plan industriel
pour obtenir des pâtes de bonne qualité à partir de plantes annuelles (longueurs de
rupture supérieures ou égales à 5 500 mètres) sont les procédés chimiques, traditionnels
ou dérivés, qui utilisent des proportions très élevées de produits chimiques (en particulier
14 à 18 % de soude pour les procédés chimiques traditionnels) et qui présentent de
faibles rendements compris entre 45 % et 55 %. En ce qui concerne les plantes pérennes,
certains procédés mi-chimiques permettent d'atteindre ces valeurs mais uniquement
avec certains bois (résineux), les performances étant beaucoup plus faibles avec d'autres
bois ou avec les plantes annuelles.
[0011] La présente invention se propose de fournir un procédé de fabrication de pâte à papier
à partir de plantes annuelles ou pérennes, qui conduise à des pâtes de bonne qualité
(en particulier longueur de rupture au moins égale à 5 500 mètres), qui utilise des
quantités de réactifs chimiques modérées très inférieures à celles nécessaires dans
les procédés chimiques, et qui bénéficie d'un rendement de 60 à 70 %, très supérieur
au rendement d'obtention des pâtes chimiques de qualité analogue ou au rendement du
procédé proposé par MAMERS et al.. L'invention vise un procédé qui permette d'obtenir
ces performances quelle que soit la nature des plantes utilisées et qui est donc particulièrement
intéressant dans le cas de plantes annuelles pour fournir un nouveau débouché à ces
plantes.
[0012] A cet effet, le procédé de fabrication de pâte à papier conforme à l'invention comprend
les étapes suivantes:
- on imprègne une matière première lignocellulosique à base de plantes annuelles, ou
pérennes ou de résidus de ces plantes au moyen d'une solution aqueuse de soude de
façon que la proportion pondérale de soude contenue dans ladite matière lignocellulosique
soit sensiblement comprise entre 3,5 % et 10 % rapportée à la matière sèche et que
le taux pondéral d'hydratation de ladite matière cellulosique après imprégnation soit
au moins égal à sensiblement 40 %,
- on soumet ensuite la matière lignocellulosique ainsi imprégnée à un vapocraquage,
en assurant en enceinte fermée une montée en pression et en température de la matière
lignocellulosique imprégnée par introduction d'une vapeur saturée, en réalisant une
cuisson desdites matières dans l'enceinte à la température et à la pression ainsi
atteintes, puis en soumettant les matières à une détente brusque par ouverture d'une
vanne à passage direct, associée à ladite enceinte et pourvue d'un passage libre adapté
pour permettre la sortie des matières en l'absence de cisaillements mécaniques notables,
- et on sépare la fraction solide constituant la pâte à papier, de la phase aqueuse
et des produits hydrosolubles.
[0013] Le procédé de l'invention est issu de la constatation surprenante suivante : lorsqu'on
réalise un vapocraquage de matières lignocellulosiques en présence d'une proportion
pondérale de soude comprise entre 3,5 % et 10 % et préférentiellement entre 5 % et
8 %, avec un taux d'hydratation suffisant (supérieur à 40 %), on évite une dégradation
des fibres lignocellulosiques et on préserve la qualité papetière de celles-ci malgré
les contraintes élevées subies lors de l'explosion, et ce, quel que soit le type de
plantes (annuelles ou pérennes). On obtient ainsi des pâtes très résistantes de qualité
correspondant à celle des pâtes chimiques, avec un rendement très supérieur à celui
des procédés chimiques (rendement de l'ordre de 60 à 70 % dans les expérimentations
effectuées). L'invention permet ainsi, par rapport aux procédés chimiques traditionnels
ou dérivés, d'une part d'obtenir un poids de pâte supérieur rapporté au même poids
de matière première lignocellulosique, d'autre part d'utiliser des quantités beaucoup
plus faibles de produits chimiques (moins de 10 % de soude) ; ces quantités moindres
de soude utilisées représentent un avantage économique essentiel en pratique puisqu'elles
conduisent à une réduction considérable des coûts de recyclage de ce produit. Il faut
souligner que l'utilisation de la soude représente un avantage essentiel par rapport
à d'autres réactifs chimiques proposés tel que le sulfite, car la soude est, par nature,
facile à recycler chimiquement (transformation en carbonate de sodium, incinération
et caustification à la chaux).
[0014] Les mécanismes par lesquels la soude, en quantité appropriée, vient se combiner au
vapocraquage pour réaliser le défibrage tout en préservant la qualité papetière des
fibres sont difficiles à expliquer ; les hypothèses suivantes peuvent toutefois être
avancées :
1) Une partie de la soude introduite dans les proportions visées réagit avec les acides
organiques libérés par hydrolyse des constituants les plus fragiles de la matière
sous l'effet de la température. La soude et les acides libérés se neutralisent et
le milieu de cuisson reste légèrement basique grâce à la soude n'ayant pas réagi.
Le phénomène d'autohydrolyse dans ces conditions de pH basique est inhibé, ce qui
se traduit par une augmentation de rendement en pâte et une préservation des fibres
de cellulose qui ne sont pas attaquées.
2) La quantité de soude restante (soude n'ayant pas réagi avec les acides organiques)
permet quant à elle une légère solubilisation des hémicelluloses et des lignines qui
constituent le liant essentiel entre les fibres de sorte que la matière première imprégnée
qui est soumise au vapocraquage présente une élasticité très supérieure à son élasticité
d'origine et supporte mieux la brusque détente ; dans ces conditions, cette détente
est apte à réaliser une libération des fibres (le taux d'hydratation prévu autorisant
cette libération) tout en limitant les ruptures dégradantes de ces dernières. Au contraire,
dans les procédés de vapocraquage connus, mis en oeuvre en l'absence de soude ou avec
des proportions inférieures ou égales à 2 % (généralement comprises entre 0,5 % et
1 %), la matière première très structurée bénéficie d'une élasticité moindre et subit
l'explosion dans des conditions très dommageables pour les fibres.
[0015] Il convient de souligner qu'il est essentiel que les fibres lignocellulosiques ne
subissent pas de contraintes mécaniques notables après explosion à la sortie de l'enceinte,
car de telles contraintes rendraient inopérant le rôle de protection de la soude qui
a été explicité plus haut, et conduiraient à une fragmentation des cellules de la
matière lignocellulosique, ce que cherche précisément à éviter le procédé de l'invention
; ainsi, le procédé proposé par MAMERS et al. recherche des effets diamétralement
opposés à ceux de l'invention (comme cela est indiqué au point 3 des conclusions de
l'article du TAPPI JOURNAL : fragmentation des cellules et des fibres).
[0016] Le procédé de l'invention peut être mis en oeuvre à partir de plantes, parties de
plantes ou mélanges de plantes du groupe suivant :
- plantes annuelles (coton, chanvre, lin...),
- pailles de céréales (blé, orge, seigle, avoine, triticale, riz...),
- plantes pérennes (bambou, roseau, sisal, feuillu, résineux ...),
- résidus agricoles (bagasse de canne à sucre, bagasse de sorgho sucrier...).
[0017] Le procédé est particulièrement intéressant pour les plantes annuelles, car il permet
une excellente valorisation de produits considérés aujourd'hui comme de seconde catégorie,
et ce, sans présenter les défauts des procédés chimiques.
[0018] De préférence, on réalise un hachage préalable de la matière lignocellulosique de
façon à la réduire en fragments de longueur sensiblement comprise entre 0,5 et 15
centimètres. On augmente ainsi la surface spécifique de contact des matières premières
avec la soude et la vapeur saturée.
[0019] Il semble que l'on obtienne une qualité de pâtes maximale et une amélioration optimale
du rendement en ajustant les paramètres de la façon suivante :
- proportion pondérale de soude sensiblement comprise entre 5 % et 8 %,
- taux d'hydratation sensiblement compris entre 60 % et 85 %.
[0020] Selon un premier mode de mise en oeuvre, l'imprégnation est réalisée par immersion
de durée comprise entre 10 et 30 minutes, dans une solution aqueuse de soude de concentration
sensiblement comprise entre 5 et 15 g/l, avec un hydrovolume (poids de solution/poids
sec de matière lignocellulosique) sensiblement compris entre 8 et 20. Ce mode de mise
en oeuvre conduit à des équipements simples et peu onéreux.
[0021] Selon un autre mode de mise en oeuvre, l'imprégnation est réalisée par pulvérisation
sur la matière première cellulosique d'une solution aqueuse de soude de concentration
sensiblement comprise entre 10 et 25 g/l en quantité appropriée pour atteindre la
proportion pondérale et le taux d'hydratation précités, la matière lignocellulosique
subissant un malaxage au cours de ladite pulvérisation.
[0022] L'imprégnation peut être réalisée à température ambiante. Une légère augmentation
de température favorise cette imprégnation et, en pratique, il est possible de choisir
une température d'imprégnation comprise entre 40° C et 60° C.
[0023] Les conditions générales de mise en oeuvre du vapocraquage sont en elles-mêmes connues
: celui-ci est avantageusement effectué en assurant en enceinte fermée une montée
en pression et en température de la matière lignocellulosique imprégnée, par introduction
d'une vapeur saturée à une pression sensiblement comprise entre 12 et 22 bars (12.10
5 et 22.10
5 pascals), et à une température sensiblement comprise entre 140 °C et 230 °C, puis
après un temps de cuisson, en décompressant le milieu pour le ramener à la pression
atmosphérique en moins de 4 secondes, ceci étant effectué, comme déjà indiqué, à travers
une vanne à passage direct de nature à limiter les contraintes subies par les fibres
lignocellulosiques à la sortie de l'enceinte.
[0024] Le temps de vapocraquage (montée en température et en pression, cuisson, détente)
est de préférence ajusté entre sensiblement 4 et 8 minutes, ce qui permet un bon défibrage
sans dégradation sensible des fibres.
[0025] Selon un mode de mise en oeuvre préféré, préalablement au vapocraquage, on réalise
un préchauffage de la matière imprégnée pour l'amener à une température comprise entre
60° et 100° C, ledit préchauffage étant combiné à une opération d'homogénéisation
mécanique. Le vapocraquage s'effectue ensuite dans des conditions optimales (meilleure
productivité).
[0026] L'invention s'étend aux pâtes à papier fabriquées à partir de plantes annuelles par
mise en oeuvre du procédé défini précédemment ; ces pâtes à papier peuvent être caractérisées
par :
- une longueur de rupture sensiblement comprise entre 5 500 m et 9 000 m,
- un indice KAPPA sensiblement compris entre 60 et 65,
- un indice CMT (Concora Medium Test) sensiblement compris entre 1,5 et 2,5 N.m2/g,
- et une répartition pondérale suivante de la cellulose, des hémicelluloses et des lignines
: cellulose entre 55 % et 80 %, hémicelluloses entre 12 % et 25 %, et lignines entre
8 % et 12 %.
[0027] La longueur de rupture est mesurée selon la norme NFQ 03002, l'indice KAPPA selon
la norme NFT 12-018 et l'indice CMT selon la norme NFQ 03044.
[0028] De telles pâtes à papier n'ont jamais été obtenues jusqu'à présent : elles se caractérisent
par de très bonnes propriétés mécaniques, associées à un taux de lignine très élevé.
Dans les pâtes connues, de bonnes propriétés mécaniques sont toujours associées à
un faible taux de lignine (indice KAPPA de l'ordre de 30), ce qui traduit un faible
rendement lors de l'obtention des pâtes (perte de lignine).
[0029] Le procédé de l'invention est illustré par les exemples qui suivent, pour lesquels
le vapocraquage a été mis en oeuvre dans une installation de type de celle représentée
en coupe schématique aux figures 1 et 2 des dessins ; sur ces dessins :
- la figure 1 est une vue schématique de l'installation,
- la figure 2 est une coupe de la sortie du réacteur pourvu de la vanne de sortie à
passage direct.
[0030] Le protocole mis en oeuvre dans les exemples est le suivant :
La matière première lignocellulosique est d'abord débarrassée des éléments étrangers
indésirables (poussière, sable, terre, feuilles...) par des procédés traditionnels.
Elle est ensuite hachée en brins de 0,5 à 15 cm au moyen d'une ensileuse 12 couteaux.
[0031] L'étape d'imprégnation est effectuée par immersion totale de la matière première
dans une solution aqueuse de soude à une température de 40° C. Le taux de soude fixé
et le taux d'hydratation sont ajustés par réglage des paramètres suivants : concentration
de la solution en soude, durée du trempage, mode d'agitation et d'égouttage (l'égouttage
étant réalisé par des presses à vis).
[0032] La matière première imprégnée est ensuite introduite dans un mélangeur/préchauffeur
tel que symbolisé en 1 à la figure des dessins. Dans ce dispositif, la matière est
chauffée à une température d'environ 90° C par admission de vapeur à 3 bars ; la durée
de séjour de la matière est de 10 minutes.
[0033] La matière imprégnée, homogénéisée et préchauffée est ensuite introduite dans un
réacteur de vapocraquage 2.
[0034] La première phase du vapocraquage consiste en une mise en pression de vapeur saturée
du réacteur et une montée en température des matières. Cette phase est de courte durée
(de l'ordre de 1 à 2 minutes) grâce à l'utilisation d'une chaudière à fort débit de
vapeur.
[0035] Lorsque la pression désirée est atteinte, la phase suivante du vapocraquage est réalisée
; elle consiste en une cuisson isotherme et isobare des matières. Le maintien en pression
et en température est réalisé grâce à une boucle de régulation 3 qui alimente le réacteur
en vapeur au fur et à mesure que la vapeur du réacteur se condense.
[0036] La dernière phase est la phase de détente brusque et est opérée en ouvrant brusquement
une vanne de purge 4 à passage direct située au pied du réacteur. En l'exemple, cette
vanne est une vanne à guillotine qui, lorsqu'elle est ouverte, dégage entièrement
la sortie du réacteur et assure une continuité de passage de la matière, sans aucun
obstacle. Sous l'effet de la brusque détente, l'eau sous pression condensée dans le
végétal se transforme en vapeur et libère l'énergie nécessaire au défibrage de la
matière végétale. La matière est expulsée à travers la vanne à passage direct sans
contraintes de cisaillement notables.
[0037] Après l'opération de vapocraquage, un cyclone 5 permet de séparer et de récupérer
la phase aqueuse et solide (sortie 6) de la phase gazeuse générée lors de l'explosion
(sortie 7).
[0038] 5 exemples ont été mis en oeuvre avec des pailles de céréales, respectivement blé
(exemple 1), triticale (exemple 2), seigle (exemple 3), avoine (exemple 4), orge de
printemps (exemple 5).
[0039] Les caractéristiques mécaniques papetières obtenues ont été mesurées après mise en
forme des pâtes selon les normes suivantes :
- Grammage : NF Q 03 019
- Epaisseur : NF Q 03016
- Résistance à la traction et allongement : NF Q 03 002
- Résistance au déchirement : NF Q 03 011
- Résistance à l'éclatement : NF Q 03 053
- Résistance à la compression à plat ou CMT : NF Q 03 044
- Ring Crush Test ou RCT : TAPPI T822 om 87
[0040] Les tableaux ci-après résument les conditions opératoires et les résultats obtenus.

[0041] L'analyse des constituants de la pâte obtenue à l'exemple 1 a donné les résultats
suivants (répartition pondérale) :
- cellulose : 58,4 %
- hémicelluloses : 17,3 %
- lignines : 10,5 %
[0042] L'indice KAPPA des exemples a varié entre 62 et 65, l'indice moyen étant 64.
1. Procédé de fabrication de pâte à papier, comprenant les étapes suivantes :
- on imprègne une matière première lignocellulosique à base de plantes annuelles,
ou pérennes ou de résidus de ces plantes au moyen d'une solution aqueuse de soude
de façon que la proportion pondérale de soude contenue dans ladite matière lignocellulosique
soit sensiblement comprise entre 3,5 % et 10 % rapportée à la matière sèche et que
le taux pondéral d'hydratation de ladite matière cellulosique après imprégnation soit
au moins égal à sensiblement 40 %,
- on soumet ensuite la matière lignocellulosique ainsi imprégnée à un vapocraquage,
en assurant en enceinte fermée une montée en pression et en température de la matière
lignocellulosique imprégnée par introduction d'une vapeur saturée, en réalisant une
cuisson desdites matières dans l'enceinte à la température et à la pression ainsi
atteintes, puis en soumettant les matières à une détente brusque par ouverture d'une
vanne à passage direct, associée à ladite enceinte et pourvue d'un passage libre adapté
pour permettre la sortie des matières en l'absence de cisaillements mécaniques notables,
- et on sépare la fraction solide constituant la pâte à papier, de la phase aqueuse
et des produits hydrosolubles.
2. Procédé selon la revendication 1, dans lequel on réalise un hachage préalable de la
matière lignocellulosique de façon à la réduire en fragments de longueur sensiblement
comprise entre 0,5 et 15 centimètres.
3. Procédé selon l'une des revendications 1 ou 2, dans lequel l'imprégnation est réalisée
de façon que la proportion pondérale de soude dans la matière lignocellulosique soit
sensiblement comprise entre 5 % et 8 % et son taux d'hydratation sensiblement compris
entre 60 % et 85 %.
4. Procédé selon l'une des revendications 1, 2 ou 3, caractérisé en ce que l'imprégnation
est réalisée par immersion de durée comprise entre 10 et 30 minutes, en utilisant
une solution aqueuse de soude de concentration sensiblement comprise entre 5 et 15
g/l, avec un hydrovolume, défini par le rapport du poids de solution au poids sec
de matière lignocellulosique, sensiblement compris entre 8 et 20.
5. Procédé selon l'une des revendications 1, 2 ou 3, caractérisé en ce que l'imprégnation
est réalisée par pulvérisation sur la matière première cellulosique d'une solution
aqueuse de soude de concentration sensiblement comprise entre 10 et 25 g/l en quantité
appropriée pour atteindre la proportion pondérale et le taux d'hydratation précités,
la matière lignocellulosique subissant un malaxage au cours de ladite pulvérisation.
6. Procédé selon l'une des revendications 1, 2, 3, 4, 5, caractérisé en ce qu'on effectue
l'imprégnation au moyen d'une solution aqueuse de soude à une température comprise
entre 40° C et 60° C.
7. Procédé selon l'une des revendications 1, 2, 3, 4, 5 ou 6, dans lequel le vapocraquage
est effectué en assurant en enceinte fermée une montée en pression et en température
de la matière lignocellulosique imprégnée par introduction d'une vapeur saturée à
une pression sensiblement comprise entre 12 et 22 bars (12.105 et 22.105 pascals), et à une température sensiblement comprise entre 140 °C et 230 °C, puis
après le temps de cuisson, en décompressant le milieu pour le ramener sensiblement
à la pression atmosphérique en moins de 4 secondes à travers la vanne à passage direct.
8. Procédé selon la revendication 7, caractérisé en ce que le vapocraquage de la matière
lignocellulosique imprégnée, comprenant la montée en température et en pression, la
cuisson et la détente, est réalisé en un temps sensiblement compris entre 4 et 8 minutes.
9. Procédé selon l'une des revendications 7 ou 8, caractérisé en ce que, préalablement
au vapocraquage, on réalise un préchauffage de la matière imprégnée pour l'amener
à une température comprise entre 60° et 100° C, ledit préchauffage étant combiné à
une opération d'homogénéisation mécanique.
10. Procédé selon l'une des revendications 1 à 9, dans lequel on utilise comme matière
première lignocellulosique des plantes, partie de plantes ou mélanges de plantes du
groupe suivant : plantes annuelles, pailles de céréales, plantes pérennes, résidus
agricole.
11. Pâte à papier fabriquée à partir de plantes annuelles par mise en oeuvre du procédé
conforme à l'une des revendications 1 à 10 présentant une longueur de rupture sensiblement
comprise entre 5 500 m et 9 000 m, caractérisée par :
(1) un indice KAPPA sensiblement compris entre 60 et 65,
(2) un indice CMT (Concora Medium Test) sensiblement compris entre 1,5 et 2,5 N.m2/g,
(3) la répartition pondérale suivante : cellulose entre 55 % et 80 %, hémicelluloses
entre 12 % et 25 %, et lignines entre 8 % et 12 %.
1. Verfahren zur Herstellung von Papierzellstoff, umfassend die folgenden Schritte:
- Imprägnieren einer Lignozellulose-Primärmasse auf der Basis von ein- oder mehrjährigen
Pflanzen oder von Rückständen solcher Pflanzen mit einer wäßrigen Sodalösung, so daß
der Gewichtsanteil des Soda in der genannten Lignozellulosemasse im wesentlichen 3,5
bis 10% bezogen auf die Trockenmasse beträgt und das Hydratationsgewichtsverhältnis
der genannten Zellulosemasse nach der Imprägnation im wesentlichen wenigstens 40%
entspricht,
- Unterziehen der auf diese Weise imprägnierten Lignozellulosemasse einem Dampfcrackingvorgang,
wobei in einem geschlossenen Raum ein Aufbau von Druck und Temperatur der imprägnierten
Lignozellulosemasse durch Einführen eines gesättigten Dampfes erzielt wird, wobei
die genannten Massen in dem Raum auf dem/der so erreichten Druck und Temperatur kochen
gelassen und dann rasch entspannt werden, indem ein Schieberventil geöffnet wird,
das mit dem genannten Raum in Verbindung steht und eine freie Passage gewährt, so
daß die Masse ohne nennenswerte mechanische Schubkräfte entweichen kann,
- und Trennen der den Papierzellstoff bildenden Feststofffraktion von der wäßrigen
Phase und von wasserlöslichen Produkten.
2. Verfahren nach Anspruch 1, bei dem die Lignozellulosemasse vorher zerschnitten wird,
um sie in Längenfragmente von im wesentlichen 0,5 bis 15 cm zu zerkleinern.
3. Verfahren nach einem der Ansprüche 1 oder 2, bei dem die Imprägnation so erfolgt,
daß der Gewichtsanteil des Soda in der Lignozellulosemasse im wesentlichen 5 bis 8%
beträgt und sein Hydratationsverhältnis im wesentlichen zwischen 60 und 85% liegt.
4. Verfahren nach einem der Ansprüche 1, 2 oder 3, dadurch gekennzeichnet, daß die Imprägnation
durch Eintauchen für eine Zeitdauer von 10 bis 30 Minuten in eine wäßrige Sodalösung
mit einer Konzentration von im wesentlichen 5 bis 15 g/l mit einem Hydrovolumen erfolgt,
das durch das Verhältnis zwischen dem Gewicht der Lösung und dem Trockengewicht der
Lignozellulosemasse definiert wird und im wesentlichen zwischen 8 und 20 liegt.
5. Verfahren nach einem der Ansprüche 1, 2 oder 3, dadurch gekennzeichnet, daß die Imprägnation
durch Pulverisierung auf der Zelluloseprimärmasse einer wäßrigen Sodalösung mit einer
Konzentration im wesentlichen zwischen 10 und 25 g/l in einer Menge erfolgt, die geeignet
ist, um den obengenannten Gewichtsanteil und das obengenannte Hydratationsverhältnis
zu erzielen, wobei die Lignozellulosemasse während der genannten Pulverisierung geknetet
wird.
6. Verfahren nach einem der Ansprüche 1, 2, 3, 4, 5, dadurch gekennzeichnet, daß die
Imprägnation mit einer wäßrigen Sodalösung mit einer Temperatur zwischen 40 und 60°C
erfolgt.
7. Verfahren nach einem der Ansprüche 1, 2, 3, 4, 5 oder 6, bei dem das Dampfcracken
in einem geschlossenen Raum bei einem Aufbau von Druck und Temperatur der imprägnierten
Lignozellulosemasse durch Einleiten eines gesättigten Dampfes mit einem Druck im wesentlichen
zwischen 12 und 22 Bar (12x105 bis 22x105 Pascal) und mit einer Temperatur im wesentlichen zwischen 140 und 230°C erfolgt,
dann nach dem Kochenlassen das Medium entspannt wird, um es innerhalb von weniger
als 4 Sekunden durch das Schieberventil im wesentlichen auf atmosphärischen Druck
zurückzubringen.
8. Verfahren nach Anspruch 7, dadurch gekennzeichnet, daß das Dampfcracken der imprägnierten
Lignozellulosemasse, das den Aufbau von Temperatur und Druck, das Kochenlassen und
Entspannen beinhaltet, innerhalb eines Zeitraums von im wesentlichen 4 bis 8 Minuten
durchgeführt wird.
9. Verfahren nach einem der Ansprüche 7 oder 8, dadurch gekennzeichnet, daß die imprägnierte
Masse vor dem Dampfcracken vorerhitzt wird, um sie auf eine Temperatur zwischen 60
und 100°C zu bringen, wobei das genannte Vorerhitzen mit einem mechanischen Homogenisierungsvorgang
kombiniert wird.
10. Verfahren nach einem der Ansprüche 1 bis 9, bei dem als Lignozelluloseprimärmasse
Pflanzen, Pflanzenteile oder Pflanzenmischungen der folgenden Gruppe verwendet werden:
einjährige Pflanzen, Getreidestroh, mehrjährige Pflanzen, landwirtschaftliche Rückstände.
11. Papierzellstoff, hergestellt auf der Basis von einjährigen Pflanzen durch Anwenden
eines Verfahrens nach einem der Ansprüche 1 bis 10 unter Vorlage einer Reißlänge im
wesentlichen zwischen 5500 m und 9000 m, gekennzeichnet durch:
(1) einen KAPPA-Index im wesentlichen zwischen 60 und 65,
(2) einen CMT- (Concora Medium Test) Index im wesentlichen zwischen 1, 5 und 2,5 N.m2/g,
(3) die folgende Gewichtsverteilung: Zellulose - 55 bis 80%, Hemizellulose - 12 bis
25%, und Lignine - 8 bis 12%.
1. Process for manufacturing paper pulp, comprising the following stages:
- a lignocellulosic raw material based on annual or perennial plants or residues from
these plants is impregnated with an aqueous sodium hydroxide solution so that the
proportion of sodium hydroxide by weight contained in the said lignocellulosic material
is substantially comprised between 3.5 % and 10 % based on the dry matter and so that
the degree of hydration by weight of the said cellulosic material after impregnation
is substantially at least equal to 40 %,
- the lignocellulosic material thus impregnated is then subjected to steam cracking,
by providing a rise in pressure and temperature of the impregnated cellulosic material
in a closed chamber by introducing saturated steam, by cooking the said materials
in the chamber at the temperature and pressure thus reached, and then by subjecting
the materials to a sudden reduction in pressure by opening a sliding valve associated
with the said chamber and provided with a free passage adapted so as to enable the
materials to leave without appreciable mechanical shear,
- and the solid fraction constituting the paper pulp is separated from the aqueous
phase and the water soluble products.
2. Process according to claim 1, wherein the lignocellulosic material is first chopped
so as to reduce it into pieces with a length substantially comprised between 0.5 and
15 centimetres.
3. Process according to either of claims 1 or 2, wherein impregnation is carried out
so that the proportion by weight of sodium hydroxide in the lignocellulosic material
is substantially comprised between 5 % and 8 % and the degree of hydration of the
said material is substantially comprised between 60 % and 85 %.
4. Process according to one of claims 1, 2 or 3 characterized in that impregnation is
carried out by immersion for a period comprised between 10 and 30 minutes, while using
an aqueous sodium hydroxide solution with a concentration substantially comprised
between 5 and 15 g/l, with a hydrovolume, defined by the ratio of the weight of solution
to the dry weight of lignocellulosic material, substantially comprised between 8 and
20.
5. Process according to one of claims 1, 2 or 3 characterized in that impregnation is
carried out by spraying the cellulosic raw material with an aqueous sodium hydroxide
solution having a concentration substantially comprised between 10 and 25 g/l in a
suitable quantity to achieve the aforementioned weight proportion and degree of hydration,
the lignocellulosic material being mixed during the said spraying.
6. Process according to one of claims 1, 2, 3, 4, 5, characterized in that impregnation
is carried out by means of an aqueous sodium hydroxide solution at a temperature comprised
between 40°C and 60°C.
7. Process according to one of claims 1, 2, 3, 4, 5 or 6, wherein steam cracking is carried
out by providing a rise in pressure and temperature of the impregnated cellulosic
material in a closed chamber by introducing saturated steam at a pressure substantially
comprised between 12 and 22 bar (12×105 and 22×105 pascals) and at a temperature substantially comprised between 140°C and 230°C, and
then following the period of cooking, reducing the pressure of the medium so as to
return it substantially to atmospheric pressure in less than 4 seconds through the
sliding valve.
8. Process according to claim 7, characterized in that steam cracking of the impregnated
lignocellulosic material, comprising the rise in temperature and pressure, cooking
and pressure reduction, is carried out in a time substantially comprised between 4
and 8 minutes.
9. Process according to either of claims 7 or 8, characterized in that, prior to steam
cracking, the impregnated material is preheated so as to bring it to a temperature
comprised between 60°C and 100°C, the said preheating being combined with an operation
of mechanical homogenization.
10. Process according to one of claims 1 to 9, wherein plants, parts of plants or mixtures
of plants from the following group: annual plants, cereal straw, perennial plants
and agricultural residues, are used as the lignocellulosic raw material.
11. Paper pulp manufactured from annual plants by putting into practice the process according
to one of claims 1 to 10, having a breaking length substantially comprised between
5500 m and 9000 m, characterized by:
(1) A KAPPA index substantially comprised between 60 and 65,
(2) a CMT (Concora Medium Test) index substantially comprised between 1.5 and 2.5
N.m2/g,
(3) the following distribution by weight: cellulose between 55 % and 80 %, hemicelluloses
between 12 % and 25 % and lignins between 8 % and 12 %.