[0001] La présente invention concerne un acier maraging sans cobalt ayant une limite d'élasticité
élevée et une bonne ductilité à l'état vieilli après écrouissage à froid.
[0002] Les aciers maraging sont des aciers autotrempants susceptibles d'acquérir par refroidissement
à l'air une structure martensitique douce qui peut être considérablement durcie par
un traitement thermique de vieillissement engendrant la formation de précipités intermétalliques.
Pour l'essentiel, ces aciers contiennent de 10 % à 30 % de nickel destiné à permettre
d'obtenir une structure martensitique par refroidissement à l'air, une faible teneur
en carbone pour obtenir une martensite douce et des éléments d'addition destinés à
permettre un durcissement par formation de précipités intermétalliques. Les éléments
d'addition destinés à obtenir le durcissement par précipitation sont notamment le
titane, l'aluminium et le molybdène dont les effets sont sensiblement renforcés par
la présence de cobalt. On peut également ajouter du niobium afin de fixer le carbone
et ainsi adoucir la structure martensitique non vieille
[0003] La principale difficulté à laquelle se heurtent les concepteurs de ces aciers est
l'obtention simultanée d'une très haute limite d'élasticité et d'une bonne ductilité.
Dans un premier temps, la bonne ductilité a été obtenue par une addition simultanée
de plusieurs % de cobalt et de molybdène. Cependant, le cobalt est un élément d'alliage
coûteux et dont les conditions d'approvisionnement ne sont pas fiables. Afin de se
dégager de la contrainte imposée par le cobalt, on a mis au point des aciers maraging
sans cobalt (c'est à dire sans les additions massives citées ci-dessus) contenant
de 17 % à 26 % de nickel, de 0,2 % à 4 % de molybdène, de 1 % à 2,5 % de titane, moins
de 1 % d'aluminium, éventuellement du niobium, le reste étant du fer et des impuretés
résultant de l'élaboration. Ces aciers sont décrits notamment dans le brevet GB 1
355 475 et dans le brevet US 4,443,254. Ils permettent d'obtenir sur du métal homogénéisé
à haute température puis refroidi et vieilli une résistance à la traction élevée (de
l'ordre de 1800 MPa) et une ductilité satisfaisante.
[0004] Cependant, pour certaines applications, il est souhaitable de pouvoir obtenir une
limite d'élasticité supérieure à 1900 MPa avec un allongement à rupture supérieur
à 6,5 % sur du métal vieil directement après laminage à froid. C'est le cas, notamment,
lorsque l'acier maraging est utilisé sous forme de bandes minces destinées à fabriquer
des pièces d'horlogerie ou des courroies.
[0005] Le but de la présente invention est de proposer un acier maraging ayant les propriétés
indiquées ci-dessus, en particulier lorsqu'il est utilisé sous forme de bandes minces
laminées à froid.
[0006] A cet effet, l'invention a pour objet un acier maraging sans cobalt dont la composition
chimique comprend, en poids :
18 % ≤ Ni ≤ 23 %
4,5 % ≤ Mo ≤ 8 %
1 % ≤ Ti ≤ 2 %
0 % ≤ Al ≤ 0,3 %
C ≤ 0,01 %
le reste étant du fer et des impuretés ; la composition chimique satisfaisant, en
outre, les conditions suivantes :
23 ≤ Ni + Mo ≤ 27 %
et:
Ni + 3 x Mo + 20 x Ti + 10 x Al ≥ 60 %
[0007] Cet acier a une limite d'élasticité Re supérieure ou égale à 1900 MPa et un allongement
supérieur ou égal à 6,5 % à l'état vieilli après écrouissage à froid, le taux d'écrouissage
étant compris entre 0% et 50 %, et de préférence entre 10 % et 45 %.
[0008] L'invention va maintenant être décrite plus en détails et illustrée par des exemples.
[0009] L'acier maraging contient d'une part de 18 % à 23 %, et de préférence plus de 19
% de nickel, d'autre part de 4,5 % à 8 % , et de préférence plus de 5 %, de molybdène,
la somme des teneurs en nickel et en molybdène étant comprise entre 23 % et 27 %,
et de préférence entre 24 % et 26 %, de façon a avoir une température de début de
transformation martensitique qui ne soit ni trop haute ni trop basse, et pour obtenir
un effet durcissant suffisant du molybdène.
[0010] L'acier contient également de 1 % à 2 %, et de préférence moins de 1,6 % de titane,
ainsi que de 0 % à 0,3 % d'aluminium, afin d'obtenir un effet de durcissement par
précipitation tout en limitant les risques de défaut lors du laminage à chaud.
[0011] La teneur en carbone est limitée à 0,01 % au maximum pour obtenir une martensite
suffisamment douce avant vieillissement. Le reste de la composition est constitué
de fer et d'impuretés résultant de l'élaboration.
[0012] Cet acier est élaboré puis coulé et laminé à chaud conformément à l'état de l'art.
En outre il peut être laminé à froid, par exemple pour obtenir une bande de moins
de 1,5 mm d'épaisseur. Lorsqu'il est laminé à froid, selon l'épaisseur du produit
de départ et l'épaisseur finale visée, le laminage à froid peut être exécuté en plusieurs
étapes séparées par des recuits à une température supérieure ou égale à 800 °C. On
peut, notamment, prévoir que la dernière étape de laminage à froid corresponde à un
taux d'écrouissage compris entre 0 % et 50 %, et de préférence entre 10 % et 45 %,
et mieux encore, inférieur à 35 %. Dans ce cas, après vieillissement entre 450 °C
et 510 °C, la limite d'élasticité Re obtenue est supérieure à 1900 MPa et l'allongement
à rupture A % est supérieur à 6,5 %.
[0013] A titre d'exemple on a réalisé les coulées 1 à 7 conformes à l'invention, et à titre
de comparaison la coulée A conforme à l'art antérieur. Avec ces coulées on a fabriqué
des bandes laminées à froid avec des taux d'écrouissage variables au cours de la dernière
étape de laminage à froid, celle-ci étant précédée d'un recuit au défilé à 1020 °C.
Ces bandes ont alors été durcies par vieillissement à 480 °C pendant 4 heures, puis
on a mesuré les caractéristiques mécaniques par un essai de traction.
[0014] Les compositions chimiques des aciers étaient, en % en poids :
échantillon |
Ni |
Mo |
Ti |
Al |
C |
Fe |
1 |
19,66 |
4,84 |
1,34 |
0,14 |
0,0021 |
bal. |
2 |
19,30 |
5,07 |
1,42 |
0,1 |
0,0015 |
bal. |
3 |
19,86 |
4,62 |
1,29 |
0,11 |
<0,001 |
bal. |
4 |
20,28 |
5,06 |
1,24 |
0,11 |
<0,001 |
bal. |
5 |
20,81 |
4,61 |
1,28 |
0,12 |
<0,001 |
bal. |
6 |
18,86 |
6,58 |
1,23 |
0,13 |
0,0087 |
bal. |
7 |
19,84 |
6,55 |
1,23 |
0,13 |
0,0015 |
bal. |
A comparaison |
18,13 |
2,92 |
1,36 |
0,14 |
0,0031 |
bal. |
[0015] Les résultats des essais mécaniques ont été les suivants :
Echantillon 1 (invention) :
[0016]
écrouissage % |
0 % |
25 % |
50 % |
75 % |
Re (MPa) |
1859,5 |
1934,5 |
2001,5 |
2138,5 |
A % |
7,13 |
7,67 % |
7 % |
3,54 % |
Echantillon 2 (invention) :
[0017]
écrouissage % |
0 % |
7,4 % |
24,1 % |
45,9 % |
72,9 % |
Re (MPa) |
1946 |
1979,1 % |
2029,5 |
2120,2 |
2268 |
A % |
6,88 % |
7,3 % |
7,07 % |
6,65 % |
2,87 % |
Echantillon 3 (invention) :
[0018]
écrouissage % |
0 % |
5,4 % |
22,7 % |
48,2 % |
74,6 % |
Re (MPa) |
1887,4 |
1932,3 |
1912 |
1994,8 |
2127,5 |
A % |
7,65 % |
7,96 % |
7,47 % |
6,83 % |
2,57 % |
Echantillon 4 (invention) :
[0019]
écrouissage % |
0 % |
3 % |
19,2 % |
44,6 % |
71,2 % |
Re (MPa) |
1840,6 |
1967,6 |
1967,6 |
2001,2 |
2198,2 % |
A % |
9,48 % |
10,08 % |
8,85 % |
8,24 % |
7,79 % |
Echantillon 5 (invention):
[0020]
écrouissage % |
0 % |
4 % |
22 % |
48,4 % |
74,5 % |
Re (MPa) |
1852,1 |
1908,8 |
1970,7 |
2032,5 % |
2197,2 % |
A % |
8,99 % |
8,17 % |
7,39 % |
5,59 % |
3,32 % |
Echantillon 6 (invention):
[0021]
écrouissage % |
0 % |
8 % |
25,2 % |
49,8 % |
74 % |
Re (MPa) |
1956,3 |
2043,6 |
2097 |
2216,1 |
2318,6 |
A % |
9,64 % |
9,02 % |
8,65 % |
7,93 % |
6,32 % |
Echantillon 7 (invention) :
[0022]
écrouissage % |
0 % |
8,8 % |
23,5 % |
48,8 % |
74,3 % |
Re (MPa) |
1696,7 |
1836,5 |
2012,5 |
2151,1 |
2336,7 |
A % |
9,93 % |
8,37 % |
8,25 % |
7,05 % |
3,98 % |
Echantillon A (comparaison) :
[0023]
écrouissage % |
0 % |
25 % |
50 % |
75 % |
Re (MPa) |
1724 |
1771 |
1861 |
1965,5 |
A % |
9,3 % |
8,94 % |
10,16 % |
6,1 % |
[0024] L'ensemble de ces résultats montre d'une part, qu'avec un acier conforme à l'invention,
il est possible d'obtenir à la fois une limite d'élasticité supérieure à 1900 MPa
et un allongement supérieur à 6,5 % lorsque le traitement de vieillissement est effectué
directement après un écrouissage à froid compris entre 0 % et 50 %, alors qu'avec
l'acier selon l'art antérieur ce n'est pas possible.
1. Acier maraging sans cobalt caractérisé en ce que sa composition chimique comprend,
en poids :
18 % ≤ Ni ≤ 23 %
4,5 % ≤ Mo ≤ 8 %
1 % ≤ Ti ≤ 2 %
0 % ≤ Al ≤ 0,3 %
C ≤ 0,01 %
le reste étant du fer et des impuretés, la composition chimique satisfaisant, en
outre, les conditions suivantes :
23 ≤ Ni + Mo ≤ 27 %
et:
Ni + 3 x Mo + 20 x Ti + 10 x Al ≥ 60 %
2. Acier maraging sans cobalt selon la revendication 1 caractérisé en ce que :
Mo ≥ 5 %
3. Acier maraging sans cobalt selon la revendication 1 ou la revendication 2 caractérisé
en ce que :
Ni ≥ 19 %
4. Acier maraging sans cobalt selon l'une quelconque des revendications 1 à 3 caractérisé
en ce que :
24 ≤ Ni + Mo ≤ 26 %
5. Acier maraging sans cobalt selon l'une quelconque des revendications 1 à 4 caractérisé
en ce que :
Ti ≤ 1,6 %
6. Acier maraging sans cobalt selon l'une quelconque des revendications 1 à 5 caractérisé
en ce qu'il a une limite d'élasticité Re supérieure ou égale à 1900 MPa et un allongement
supérieur ou égal à 6,5 % à l'état vieilli après écrouissage à froid, le taux d'écrouissage
étant compris entre 0 % et 50 %.
7. Acier maraging selon la revendication 6 caractérisé en ce que le taux d'écrouissage
est comprise entre 10 % et 45 %.
8. Acier maraging selon la revendication 7 caractérisé en ce que le taux d'écrouissage
est inférieur à 35 %.