[0001] La présente invention se rapporte à un procédé d'élargissement du diagramme de rayonnement
d'une antenne, et à une antenne le mettant en oeuvre.
[0002] L'invention s'applique en particulier aux antennes-réseau à balayage électronique
à commande de phase. Lorsque l'on désire élargir le diagramme de rayonnement de telles
antennes, l'élargissement désiré est généralement obtenu en appliquant à leurs éléments
rayonnants un signal dont la phase depuis la normale à l'ouverture vers la périphérie
de cette ouverture suit une loi de variation quadratique. Cette technique donne des
résultats d'autant meilleurs que la loi d'évolution de l'amplitude du signal, considérée
de la même façon que la phase, a une allure gaussienne. Par contre, si cette loi de
variation de l'amplitude est uniforme, le lobe principal du diagramme élargi présente
des oscillations pouvant être préjudiciables au fonctionnement correct de l'antenne.
[0003] Par ailleurs, on peut montrer qu'on ne peut annuler la courbure axiale du diagramme
de rayonnement (courbure au voisinage de l'axe du faisceau de l'antenne), c'est-à-dire
annuler le terme à la puissance 2 de l'expression mathématique de la loi de variation
de ce diagramme, puisque, du fait de la symétrie des antennes utilisées, les termes
impairs n'existent pas dans cette expression mathématique, c'est-à-dire encore qu'on
ne peut obtenir un diagramme de rayonnement dont la loi de variation en fonction de
la distance angulaire à l'axe ne contienne pas de termes à la puissance 2 (cette loi
de variation serait alors, à peu de chose près, du 4è degré) qu'en annulant les variations
du gain axial. Dans le chapitre 13 de l'ouvrage de référence de S. SILVER « Microwave
antenna theory and design », décrivant différentes techniques de « façonnage » du
diagramme de rayonnement d'une antenne à réflecteur, il est fait état d'une méthode
consistant à inverser, à l'aide d'un moyen mécanique (translation d'un quart de longueur
d'onde d'une partie du réflecteur) la phase du champ rayonné sur la partie correspondante
de l'ouverture rayonnante, permettant ainsi d'obtenir un diagramme de rayonnement
d'allure « sectorale ». Les indications fournies sont purement qualitatives et ne
permettent donc pas de se faire une idée, même approchée, des performances auxquelles
on peut s'attendre.
[0004] La présente invention a pour objet un procédé permettant, pour une antenne dont on
peut commander la loi de variation de phase en fonction de la distance angulaire des
éléments rayonnants à l'axe, d'élargir de façon simple le diagramme de rayonnement,
sans risque d'apparition d'oscillations, en particulier dans le lobe principal du
diagramme de rayonnement.
[0005] La présente invention a également pour objet une antenne à balayage électronique
par commande de phase présentant un diagramme de rayonnement élargi, cette antenne
étant simple à réaliser et pas plus onéreuse qu'une antenne similaire à diagramme
non élargi.
[0006] Le procédé conforme à l'invention consiste à déterminer, à l'intérieur du contour
de l'ouverture rayonnante de l'antenne, un second contour homothétique de celui-ci
et concentrique, et à appliquer aux éléments se trouvant à l'intérieur du second contour
des signaux ayant une première phase donnée fonction de la déviation désirée du faisceau
rayonné, et à ceux se trouvant entre les deux contours une phase décalée de 180° par
rapport à la première.
[0007] La présente invention sera mieux comprise à la lecture de la description détaillée
d'un mode de mise en oeuvre, pris à titre d'exemple non limitatif et illustré par
le dessin annexé, sur lequel :
- la figure 1 est une vue en plan du contour d'une antenne à ouverture elliptique, montrant
le contour virtuel d'une ellipse homothétique du contour de l'ouverture, définissant
le lieu géométrique des sauts de phase entre éléments rayonnants voisins, conformément
au procédé de l'invention, et
- la figure 2 est un ensemble de divers diagrammes de rayonnement, montrant les avantages
de celui obtenu par le procédé de l'invention par rapport à ceux obtenus par les procédés
connus.
[0008] L'invention est décrite ci-dessous en référence à une antenne-réseau de radar à balayage
électronique à ouverture elliptique, mais il est bien entendu qu'elle n'est pas limitée
à cette seule application, et qu'elle peut être mise en oeuvre pour des antennes d'équipements
autres que des radars, fonctionnant à des fréquences pouvant être très différentes
de celles des radars (par exemple des sonars) à condition que ces antennes comportent
des éléments rayonnants dont les signaux de commande puissent avoir des phases différentes
selon les éléments rayonnants. Les réseaux constituant ces antennes peuvent être périodiques
ou non. L'ouverture de ces antennes peut ne pas être elliptique : elle peut par exemple
être circulaire ou rectangulaire, par exemple.
[0009] On a représenté en figure 1, de façon simplifiée, le contour elliptique 1 de l'ouverture
d'une antenne-réseau de radar. Le procédé de l'invention vise à résoudre le problème
suivant. Il s'agit de trouver le paramètre sur lequel on peut agir et la façon d'agir
sur ce paramètre pour satisfaire simultanément les trois conditions suivantes : distribution
équiamplitude du champ sur toute la section de l'ouverture, diagramme le plus plat
possible au voisinage de l'axe du faisceau et gain de l'antenne maximisé.
[0010] Selon l'invention, le paramètre sur lequel on agit est la phase des signaux envoyés
aux différents éléments rayonnants de l'antenne et la façon d'agir sur cette phase
est la suivante. Soit une ellipse 2 (figure 1) homothétique de l'ellipse 1, plus petite
que cette dernière et concentrique avec elle. Selon l'invention, tous les éléments
rayonnants se trouvant à l'intérieur de l'ellipse 2 reçoivent des signaux ayant la
même phase ϕ
1, tandis que tous les éléments se trouvant entre les deux ellipses 1 et 2 reçoivent
des signaux ayant une phase ϕ
2 telle que ϕ
2 = ϕ
1 ± 180°.
[0011] Pour déterminer le rapport d'homothétie des ellipses 1 et 2, on procède de la façon
suivante. On recherche la fonction mathématique a(t), définie sur l'intervalle [0,1]
vérifiant les trois conditions énoncées ci-dessus.
1°) gain axial maximum : on maximise la fonction :

2°) pour aplanir le diagramme de rayonnement au voisinage de l'axe du faisceau :

3°) pour obtenir une distribution équiamplitude du champ:

[0012] Ce problème d'optimisation se résout facilement par la méthode des multiplicateurs
de Lagrange. On trouve ainsi, d'abord, que la loi de variation de phase est nécessairement
constante par morceaux (« piecewise » en anglais), avec un saut de phase de 180° d'un
morceau au suivant. On trouve ensuite que le nombre de morceaux conduisant à un gain
maximal dans l'axe du faisceau se réduit à deux. Le calcul montre ensuite que le saut
de phase se produit le long de l'ellipse 2 (ou du cercle) présentant un rapport d'homothétie
d'environ ½
¼ = 0,84 avec l'ellipse 1 (ou un cercle, si le contour de l'ouverture de l'antenne
est circulaire). La perte de gain correspondante, par rapport à la même antenne sans
élargissement de son diagramme, est de 7, 7 dB.
[0013] Sur la figure 2, on a représenté trois demi-diagrammes de rayonnement (étant donné
que ces diagrammes sont tous symétriques par rapport à l'axe du faisceau rayonné)
correspondant respectivement
- à l'antenne initiale sans élargissement (diagramme 4)
- à l'antenne initiale avec élargissement selon l'invention (diagramme 5)
- à l'antenne initiale, avec élargissement selon l'art antérieur,
c'est-à-dire avec une phase suivant une loi dont la variable de plus faible exposant
est une variable à la puissance 2 (diagramme 6), avec un gain, dans l'axe du faisceau,
égal à celui de l'antenne du diagramme 5.
[0014] L'axe des ordonnées, représentant le gain G, est gradué en dB, et l'axe des abscisses
est gradué en valeurs de variable angulaire normalisée ν = η d/λ sin θ,
λ étant la longueur d'onde de fonctionnement de l'antenne, θ l'angle que fait la
direction de rayonnement par rapport à la normale au plan de l'ouverture (en l'absence
de déflexion du faisceau, θ = 0°), et d la longueur du grand axe (ou du petit axe,
si le plan du diagramme passe par un petit axe) de l'ouverture elliptique de l'antenne.
[0015] On notera que si la loi d'illumination n'est pas uniforme en amplitude, la valeur
du rapport d'homothétie optimal est liée à la loi particulière envisagée.
[0016] Le procédé de l'invention permet ainsi d'obtenir un diagramme de rayonnement dont
le lobe principal (de section elliptique dans le présent exemple) décroît de façon
monotone depuis le maximum axial (correspondant à la variable v = 0 sur la figure
2) jusqu'à pratiquement zéro (gain nettement inférieur à -30 dB). Par suite de l'annulation
de la variable quadratique, ce diagramme présente autour de son axe un méplat remarquable,
recherché pour certaines applications. En outre, puisque la loi d'illumination (loi
de variation de la distribution du champ électromagnétique sur la surface de l'ouverture
de l'antenne) est réelle et paire, le diagramme de rayonnement associé, qui est la
transformée de Fourier de cette illumination, est équiphase, ce qui est également
recherché pour certaines applications. Enfin, le caractère réel de la loi d'illumination
assure une pente du flanc du lobe principal nettement plus accentuée que celle que
produit une loi à phase variable. Aucune de ces propriétés ne peut être obtenue avec
les procédés d'élargissement de diagramme de rayonnement de l'art antérieur (sauf
pour les cas de faibles élargissements, nettement inférieurs à un facteur multiplicatif
de 2, ce qui ne présente pratiquement aucun intérêt). Le procédé de l'invention est
particulièrement avantageux si la répartition du champ de l'ouverture de l'antenne
est équiamplitude, comme c'est par exemple le cas pour une antenne-réseau à modules
actifs en classe C, en régime d'émission.
1. Procédé d'élargissement du diagramme de rayonnement d'une antenne-réseau à balayage
électronique à commande de phase, caractérisé en ce qu'il consiste à déterminer, à
l'intérieur du contour (1) de l'ouverture rayonnante de l'antenne, un second contour
(2) homothétique de celui-ci et concentrique et à appliquer aux éléments se trouvant
à l'intérieur du second contour des signaux ayant une première phase donnée, fonction
de la déviation désirée du faisceau rayonné, et à ceux se trouvant entre les deux
contours une phase décalée de 180° par rapport à la première.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que le rapport d'homothétie entre
les deux contours est déterminé de façon à maximiser le gain de l'antenne dans la
direction de l'axe du faisceau rayonné, à aplanir la courbure du diagramme de rayonnement
au voisinage de l'axe du faisceau et à obtenir une loi d'illumination déterminée.
3. Procédé selon la revendication 2, caractérisé en ce que la loi d'illumination est
équiamplitude.
4. Procédé selon la revendication 3, caractérisé en ce que l'ouverture rayonnante étant
une ellipse, ou un cercle, le rapport d'homothétie est de 0,84 environ.
5. Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que l'antenne
est une antenne-réseau.
6. Antenne-réseau à balayage électronique à commande de phase, caractérisé en ce que
la phase de ses éléments rayonnants est déterminée selon le procédé de l'une des revendications
1 à 5.