[0001] La présente invention concerne les systèmes de combustion à combustible liquide et
à comburant comportant d'environ 20% jusqu'à 100% en volume d'oxygène (air, air enrichi
en oxygène, oxygène industriellement pur). Dans ce type de brûleur, la stabilité de
la flamme est une
condition sine qua non de fonctionnement. La présente invention permet de définir la géométrie des brûleurs
de ce type pour assurer la stabilité de la flamme ainsi qu'un positionnement correct
de la flamme engendrée par ledit brûleur.
[0002] De nombreux procédés à haute-température (four à verre, four de réchauffage, four
d'incinération, etc.) utilisent la combustion et en particulier la combustion à l'aide
de combustibles liquides. Une des étapes clés dans la combustion de combustible liquide
est la pulvérisation : le jet de liquide doit d'abord être transformé en gouttes qui
vont se vaporiser puis brûler. Plusieurs moyens sont disponibles pour fabriquer ces
gouttes. Un premier exemple est la pulvérisation mécanique dans l'air ambiant essentiellement
constituée par l'impact du liquide sur un gaz au repos. Un autre exemple consiste
à utiliser l'intervention d'un gaz de pulvérisation en mouvement, tel que l'air, l'oxygène,
la vapeur, ou tout autre gaz disponible. Pour plus de détails sur les différentes
catégories de pulvérisateur, on pourra se reporter à l'ouvrage de A. Lefebvre intitulé
:
"Atomization and Sprays ", 1989, publié chez Taylor & Francis, p. 136 et suivantes.
[0003] Le pulvérisateur est en général placé dans un ouvreau (typiquement en matériau réfractaire)
dans lequel s'écoule un gaz comburant. Si rien ne s'oppose en théorie à ce que le
pulvérisateur soit positionné en retrait du plan de sortie de l'ouvreau, personne
n'a pu jusqu'à présent mettre en évidence une relation quelconque entre la stabilité
de la flamme et le positionnement de cet injecteur dans ledit ouvreau.
[0004] Par flamme stable, on entend ,selon la présente invention, une flamme dont la position
moyenne de sa racine ne varie pas sensiblement dans le temps. Cette position sera
typiquement repérée par rapport à l'injecteur.
[0005] En combustion gazeuse, la stabilité de la flamme est gouvernée par les structures
de recirculation formées à la frontière du jet gazeux (voir l'article de JE Broadwell,
WJA Dahm et MG Mungal,
"Blowout of turbulent diffusion flames" publié dans le
20th Symposium (International)on Combustion; par The Combustion Institute, pp 303-310, année 1984). La combustion qui a lieu au
coeur de ces zones de recirculation va fournir l'énergie nécessaire à la stabilisation
de la flamme.
[0006] On a constaté que le problème de la stabilité est plus délicat dans le cas d'une
flamme à combustible liquide que dans le cas d'une flamme à combustible gazeux. En
effet la vaporisation des gouttes va consommer de l'énergie. Cette énergie ne sera
plus disponible pour entretenir la combustion et stabiliser la flamme. On a donc mis
en évidence qu'il fallait tenir compte, pour ce type de flamme, d'un facteur supplémentaire
pour la stabilité : les gouttes de petites tailles. En effet, celles-ci répondent
à deux critères. D'abord elles ont la capacité de suivre l'écoulement gazeux. Il est
alors possible de les piéger dans les zones de recirculation. Ensuite, elles s'évaporent
rapidement et peuvent donc alimenter en combustible gazeux ces zones de recirculation
et ainsi permettre l'accrochage de la flamme selon les mêmes mécanismes que pour les
flammes gazeuses.
[0007] Un moyen de s'assurer de la stabilité d'une flamme est de créer des zones de recirculation
additionnelles (différentes des zones de recirculation "naturellement" créées le long
du jet). En combustion gazeuse, il est connu de US 5645413 de créer une recirculation
interne, tandis qu'il est connu de US 4536152 et US 5791893 d'ajouter au brûleur un
accroche flamme.
[0008] Les pulvérisateurs à combustible liquide munis d'un accroche flamme (ou stabilisateur)
sont décrits par exemple dans US 4203719 ("disk-shapped baffle") et US 4836772, ("stabilizing
ring").
[0009] Toutefois, l'utilisation de pièces accroche-flamme dans les flammes à l'air enrichi
ou à l'oxygène pur est généralement impossible car la tenue en température de ce type
de pièce dans ce type de flamme serait fortement compromise.
[0010] Selon l'invention, on détermine le retrait nécessaire de l'extrémité de l'injecteur
par rapport à l'extrémité avale de l'ouvreau dans le sens de l'écoulement des gaz,
pour obtenir la stabilité et un positionnement viable de la flamme, en fonction de
caractéristiques génériques du système combustible, comburant, pulvérisateur, ouvreau.
[0011] D'une manière générale, on sait qu'il est possible d'analyser la stabilité d'une
flamme diphasique (liquide et gaz) à l'aide de trois temps caractéristiques. Ces temps
sont un temps chimique, un temps de vaporisation et un temps caractéristique du mélange.
On peut trouver des définitions de ces termes dans l'article de D. Stepowski, A. Cessou
et P. Goix
("Flame stabilization and OH fluorescence mapping of the combustion structures in
the near field of a spray jet", Combustion and Flame, volume 99, page 516-522, année 1994).
[0012] Dans le cadre de la présente invention, deux paramètres sont définis, un paramètre
de stabilité ("S") et un paramètre d'attachement ("A"'). Ces nombres correspondent
respectivement au rapport entre un temps de vaporisation et un temps de mélange et
au rapport entre un temps chimique et un temps de mélange.
[0013] Il existe deux grandes catégories de pulvérisateur à combustible liquide. Pour chacune
de ces deux catégories, on définit une vitesse équivalente
Véquivalent. représentative de la vitesse moyenne du brouillard de goutte.
[0014] Pour les pulvérisateurs dits assistés, il est possible d'associer une vitesse de
pulvérisation, notée ci-après,
Vpulvérisation. Cette vitesse est la vitesse de l'écoulement gazeux qui assure la pulvérisation.
Typiquement, les pulvérisateurs internes ont des vitesses de pulvérisation faibles
(mini 50 m/s) et les pulvérisateurs externes ont des vitesses de pulvérisation élevées
(maxi 250 m/s). La vitesse équivalente est alors reliée à la vitesse de pulvérisation
par la relation :

[0015] Dans le cas des pulvérisateurs dits mécaniques, la vitesse équivalente du brouillard
en fonction du diamètre "d" (défini Fig. 1) et du débit de liquide (noté
ṁ, en kg/s ) est donné par la formule :

[0016] Un ordre de grandeur typique pour les pulvérisateurs mécaniques est une vitesse équivalente
de 50 m/s..
[0017] Il est possible d'introduire une composante tangentielle dans la vitesse d'injection
du liquide ou dans la vitesse d'injection du gaz comburant ("swirl") ce qui tend à
réduire la vitesse équivalente.
[0018] Selon l'invention, le procédé de combustion à l'aide d'un combustible liquide et
d'un comburant gazeux comportant de 20% à 100% vol. d'oxygène dans lequel le combustible
est injecté à l'aide d'un injecteur (2) de hauteur interne d placé à l'intérieur d'un
ouvreau (1) de hauteur interne D à son extrémité correspondant à l'éjection du mélange
gazeux vers la zone de chauffage d'une charge est caractérisé en ce que l'on maintient
le coefficient S défini par la relation :

avec
a1 = 2.5 · 10-11
a2 = 2·10-9
a3 = 0.00875γ + 0.525
à une valeur inférieure ou égale à 1 pendant sensiblement toute la durée de la combustion,
de manière à assurer la stabilité de la flamme,
[0019] L étant défini comme la distance entre l'extrémité de l'injecteur de combustible liquide
et l'extrémité avale dans le sens d'écoulement des fluides de l'ouvreau (1),
V
équivalent étant définie soit comme la vitesse équivalente représentative de la vitesse moyenne
du brouillard de gouttes de combustible liquide dans le cas de pulvérisateurs mécaniques
et étant égale à 2,4 m/(ρπd
2), soit une vitesse égale à 0,5 fois
Vpulvérisation, dans les autres cas.
[0020] γ étant défini comme le pourcentage global (volumique) en oxygène des gaz à la sortie
de l'ouvreau (1). Dans le cas de brûleurs à flamme étagée ou injections séparées,
on ne triendra compte, pour le calcul de γ, que des gaz alimentant la zone primaire
de la flamme ou entourant l'injection séparée de combustible.
[0021] De manière générale, une flamme stable peut être :
1. attachée au nez de l'injecteur,
2. détachée, mais stable dans l'ouvreau,
3. détachée à l'extérieur de l'ouvreau
[0022] La flamme détachée (cas 2 et 3) va se stabiliser à une certaine distance de l'injecteur.
Si cette distance augmente, les risques de souffler la flamme augmentent également,
mettant en cause l'intégrité de l'installation.
[0023] Le procédé selon l'invention, pour maintenir une flamme attachée au nez de l'injecteur
ou détachée mais stable, sans risque que cette flamme soit soufflée est caractérisé
en ce que le paramètre défini par la formule

est inférieur à
Amax avec

[0024] Afin d'obtenir pendant sensiblement toute la combustion une flamme attachée au nez
de l'injecteur, on maintiendra le paramètre A à une valeur inférieur ou égale à 1.
[0025] Dans le cas où la flamme est utilisée dans un environnement chaud, c'est à dire un
four de température ≥ 1100°C environ, on pourra utiliser un système de combustion
avec un coefficient A compris entre 1 et Amax.
[0026] L'invention sera mieux comprise à l'aide des exemples de réalisation suivant, donnés
à titre non limitatif, conjointement avec les figures qui représentent :
[0027] La figure 1, une coupe verticale d'un système (ouvreau/pulvérisateur).
[0028] Les figures 2 à 7, différentes courbes définissant les zônes de stabilité du brûleur.
[0029] Sur la figure 1, le pulvérisateur (2) est confiné dans l'ouvreau (1). La figure 1
représente aussi bien le cas d'une géométrie axysymétrique que le cas d'un ouvreau/pulvérisateur
parallélepipédique. Quatre longueurs géométriques sont définies de manière intrinsèque
: d, L, D et D
int. Le diamètre "d" est mesuré à la sortie du pulvérisateur. La longueur "L" est la
distance qui sépare le plan d'injection du pulvérisateur (2) et le plan de sortie
de l'ouvreau (1). D
int et D sont respectivement les distances caractéristiques en entrée et sortie d'ouvreau
(diamètre, pour une géométrie axysymétrique).
Exemple 1:
[0030] On réalise un dispositif de combustion comportant un injecteur de liquide combustible
de diamètre d=2,7mm, dans un ouvreau sensiblement cônique d'ouvrant dans le sens d'écoulement
des fluides et ayant un diamètre d'ouverture avale D égale à 86mm. Pour injecter le
liquide combustible, on utilise un dispositif de type "pulvérisation interne" tel
que défini ci-avant. la vitesse de pulvérisation du fluide est de 50m/s ce qui donne
une vitesse équivalent (telle que définie ci-avant) de 25m/s.
[0031] La figure 2 représente deux courbes de variation du coefficient S en fonction du
paramètre L/10D, pour deux valeurs différentes du coefficient y (respectivement 20%
et 100%). Lorsqu'on fait varier la position de l'injecteur dans l'ouvreau, de telle
manière que le rapport L/10D varie entre 0 et 0,6, le coefficient S conserve une valeur
inférieure à 0,35 (γ=100%) et à 0,65 (γ=20%) respectivement et l'on vérifie en pratique
la stabilité correspondante de la flamme.
Exemple 2:
[0032] Toutes conditions par ailleurs étant égales à celles de l'exemple 1, on réalise un
système de combustion avec une injection de liquide combustible pour pulvérisation
externe avec une vitesse de pulvérisation de liquide égale à 250m/s, soit une vitesse
équivalente (définie ci-avant) d'environ 125m/s.
[0033] On trace les courbes S=f (L/10D) (figure 3) pour γ=20% et γ=100% (comme précédemment)
et l'on vérifie par l'expérience que la flamme n'est jamais stable par γ=20% et n'est
stable qu'au delà d'une valeur L/10Dd'environ 0,55 pour γ=100%.
Exemple 3:
[0034] Dans les mêmes conditions que dans l'exemple 1, à l'aide d'un dispositif de pulvérisation
mécanique et une vitesse équivalente de 50m/s, on obtient les résultats représentés
sur la figure 4. Si pour γ= 100%, on ne remarque pas de problème de stabilité, par
contre la flamme commence à devenir instable dès que L/10D est inférieur à 0,2.
Exemple 4:
[0035] Dans les mêmes conditions que dans l'exemple 1, on a fait varier le pourcentage en
oxygène γ entre 20% et 100%vol.
[0036] On constate (figure 5) que pour L/10D=0, la flamme reste attachée pour une valeur
de y comprise entre 100% et environ 88% et pour une valeur de L/10D=1, jusqu'à une
valeur d'environ 65% de γ. La flamme est détachée mais dans les limites acceptables
de stabilité dans les deux cas.
[0037] On constate cependant que le système de combustion avec L/10D=0 n'est pas acceptable
s'il fonctionne avec de l'air. Le dispositif décrit dans le présent exemple est particulièrement
bien adapté à l'utilisation d'oxygène provenant d'un appareil à adsorption du type
VSA (Vacuum Swing Adsorption) dont la pureté peut varier entre environ 88% d'oxygène
jusqu'à 98% O2, le complément étant essentiellement de l'argon, avec un peu d'azote
résiduel.
Exemple 5:
[0038] Cet exemple est réalisé dans les mêmes conditions que l'exemple 2. Dans cet exemple,
on constate (figure 6) que la flamme n'est jamais attachée mais qu'elle reste dans
une zone acceptable avec de l'air enrichi en oxygène (plus de 30% environ).
Exemple 6:
[0039] Les conditions de réalisation de cet exemple sont similaires à celles de l'exemple
3 et les résultats sont représentés sur la figure 7.
[0040] D'autres variantes appartiennent clairement à l'homme de métier. Ainsi, de préférence
on évitera de positionner l'injecteur de liquide combustible trop en retrait par rapport
à l'extrémité avale de l'ouvreau, de manière à éviter que le jet de fines goutellettes
de combustible liquide viennent au contact direct de parois internes de l'ouvreau.
De par la théorie des jets, on sait que l'angle du jet va être de l'ordre de 12° ce
qui permet par simple calcul de préférer ainsi un rapport L/10D<0,6.