[0001] L'invention concerne un nouveau procédé pour fixer des charges minérales sur des
fibres cellulosiques en suspension aqueuse. La fixation des charges minérales par
exemple le calcium, sur les fibres peut se faire au moyen d'une réaction chimique
entraînant la précipitation d'un composé chimique insoluble par exemple le carbonate
de calcium, qui vient se fixer sur les fibres et fibrilles de cellulose. Les fibres
cellulosiques sur lesquelles sont solidement fixées ces charges minérales sont utilisées
pour la fabrication de papier.
[0002] Tout le domaine industriel papetier est concerné. L'invention peut en effet s'appliquer
à la fabrication des papiers habituellement chargés en matières minérales tels que
les papiers d'impression et écriture comme le papier couché, les papiers de presse
comme le papier journal et le papier couché léger (destiné aux magazines), les papiers
minces comme le papier à cigarettes.
[0003] L'invention peut également s'appliquer à la fabrication d'autres types de papiers
tels que les papiers absorbants à usage sanitaire et domestique qui ne sont pas classiquement
chargés en matières minérales.
[0004] Les fibres cellulosiques sont des fibres papetières, courtes ou longues. Les suspensions
aqueuses de fibres sont préparées à partir de tout type de pâte : pâte chimique, blanchie
ou écrue, pâte mécanique ou thermomécanique ou les mélanges de ces différentes pâtes.
La pâte peut aussi être obtenue par un procédé de désencrage de vieux papiers ou papiers
de récupération.
[0005] On peut directement ajouter des charges minérales dans la fabrication d'une feuille
de papier.
[0006] Parmi les charges minérales classiquement ajoutées, les carbonates de calcium (CaCO
3), naturels ou synthétiques, sont le plus souvent utilisés. On les ajoute aux fibres
papetières pour améliorer les caractéristiques et propriétés des produits papetiers.
Les charges minérales peuvent fournir différentes propriétés au papier. Du fait de
leur structure cristalline et leur morphologie particulière, elles apportent au papier,
la blancheur, l'opacité, améliore l'épaisseur etc... Elles sont d'une utilisation
intéressante sur le plan économique, diminuant le coût des matières premières, étant
moins chères que les fibres.
[0007] Mais toute la difficulté réside dans la fixation de ces charges aux fibres cellulosiques
et en particulier dans la solidité de la liaison charges-fibres. Habituellement, les
charges ne restent pas au contact des fibres lors du procédé de fabrication d'une
feuille de papier. En effet, les particules fines minérales ont tendance à ne pas
rester dans le matelas fibreux formé par la feuille et une partie de ces particules
se retrouve dans les eaux du procédé, récupérées et/ou rejetées.
[0008] Ce phénomène est classique lors de la fabrication de papiers absorbants tels que
la ouate de cellulose, qui sont des papiers de faible grammage fabriqués à grande
vitesse soit par un procédé conventionnel, c'est-à-dire séchés et crêpés, soit par
un procédé utilisant un séchage par soufflage traversant.
[0009] En outre, dans le cas où une partie des charges minérales est retenue dans le matelas
fibreux, elles se répartissent de manière irrégulière dans l'épaisseur de la feuille
de papier.
[0010] Afin de résoudre ce problème, on a ajouté des agents de rétention pour mieux retenir
les charges minérales sur les fibres.
[0011] Depuis 1945, de nombreuses publications et brevets antérieurs décrivent des procédés
de précipitation de charges minérales sur des fibres afin d'améliorer la rétention
des charges et éviter l'addition d'agents de rétention. Ces procédés reposent sur
des réactions chimiques telles que des réactions d'addition ou de double décomposition.
Certains procédés visent plus particulièrement la précipitation de charges minérales
dans la partie creuse des fibres afin de ne pas modifier les propriétés mécaniques
des fibres et donc du papier, qui sont généralement diminuées par la présence des
charges.
[0012] En règle générale, le procédé de fixation consiste à introduire dans une suspension
aqueuse relativement concentrée en fibres, un premier réactif à base de l'un des cations
formant le futur précipité, par exemple l'oxyde de calcium ou hydroxyde de calcium
ou de la chaux éteinte.
[0013] Suivant les procédés décrits par les demandes de brevet JP-A-60-297382 (HOHUETSU
SEISHI) et FR-B1-2 689 530 (AUSSEDAT REY), après la dilution de la suspension aqueuse
concentrée en fibres et en hydroxyde de calcium, on injecte du gaz carbonique pour
précipiter le carbonate de calcium.
[0014] La demande internationale WO 92/15754 propose au contraire d'injecter le dioxyde
de carbone sous pression au contact de la suspension aqueuse de fibres très concentrée
pour fixer les précipités à la fois à l'intérieur des fibres, sur les parties creuses
internes des fibres, et dans les parois des fibres.
[0015] D'autres demandes de brevet ou brevets révèlent des procédés plus complexes à base
de sels de calcium. Une étape supplémentaire est prévue pour éliminer l'un des produits
de la réaction de double décomposition. C'est le cas des brevets américains US 4 510
020 (GREEN) et US 2 583 548 (GRAIG).
[0016] Ce dernier brevet décrit un procédé consistant à d'abord imprégner les fibres de
chlorure de calcium, puis faire réagir ce sel avec du carbonate de sodium et effectuer
ensuite un lavage afin d'éliminer le chlorure de sodium.
[0017] Le brevet américain US 3 029 181 (THOMSEN) divulgue un procédé similaire utilisant
du carbonate d'ammonium.
[0018] Un grand nombre de charges minérales, précipitables suivant un procédé utilisant
une réaction du type double décomposition, sont données dans la description de la
demande internationale WO 91/04138.
[0019] Mais tous les procédés de précipitation connus et décrits antérieurement font appel
à des moyens chimiques et physiques qui nécessitent des étapes annexes de préparation,
telles que la solubilisation des réactifs utilisés, la dilution ou la concentration
des suspensions aqueuses de fibres, la filtration ou le lavage pour créer les conditions
de précipitation.
[0020] Ces étapes alourdissent considérablement les procédés de fabrication du papier.
[0021] En effet, il est nécessaire d'ajouter des équipements industriels périphériques afin
de mettre en oeuvre ces étapes : bacs de mélange, réacteurs à forte agitation fonctionnant
en discontinu, filtres, etc...
[0022] Les temps de réactions chimiques souvent longs impliquent l'utilisation de tels équipements.
De ce fait, il est généralement nécessaire de construire une unité de production pour
la préparation de fibres chargées, à côté des installations classiques pour la mise
en oeuvre du procédé de fabrication du papier.
[0023] Par conséquent, les procédés de l'art antérieur décrits précédemment ne sont pas
habituellement utilisés industriellement et ne peuvent pas concurrencer les préparations
"ex situ" des charges.
[0024] La plupart des procédés actuels de fabrication de papier continuent d'utiliser des
suspensions de matières minérales déjà préparées avant leur adjonction à la suspension
de fibres. Dans ce cas, des agents de rétention sont incorporés afin de retenir les
charges sur les fibres au cours du procédé de fabrication du papier.
[0025] L'invention a pour but de proposer un procédé qui permette de résoudre les problèmes
rencontrés avec les procédés de l'art antérieur.
[0026] L'invention a pour but de supprimer l'addition d'agents de rétention et d'éliminer
toute étape annexe de préparation afin d'intégrer la fixation des charges en ligne
ou "in situ" dans le procédé général de fabrication du papier.
[0027] Pour ce faire, l'invention a pour solution d'utiliser comme milieu réactionnel les
eaux du procédé de fabrication du papier, à savoir l'eau contenue dans la suspension
aqueuse de fibres, pour l'étape de fixation des charges minérales sur les fibres cellulosiques.
[0028] En effet, ces eaux sont un réservoir d'ions et de minéraux qui peuvent potentiellement
précipiter.
[0029] L'invention consiste donc à utiliser ce réservoir d'ions présents en équilibre ionique
dans la suspension aqueuse de fibres. On considère que l'ensemble des eaux du procédé
de fabrication du papier forme un seul milieu réactionnel de précipitation.
[0030] Dans la description qui suit, on définira ces eaux par l'expression "une suspension
aqueuse de fibres cellulosiques issue d'une fabrication papetière".
[0031] Ce nouveau procédé permet une intégration en ligne de l'étape de précipitation des
charges minérales sur les fibres dans le procédé plus général de fabrication du papier.
Il utilise toute la quantité des eaux du procédé sans les traiter particulièrement.
Il est tout à fait applicable industriellement et évite l'utilisation d'agents supplémentaires
de rétention.
[0032] Selon une caractéristique essentielle de l'invention, le procédé pour fixer une charge
minérale sur des fibres cellulosiques en suspension aqueuse, consiste à utiliser comme
milieu réactionnel une suspension aqueuse de fibres cellulosiques issue d'une fabrication
papetière, comprenant au moins des hydrogénocarbonates, carbonates ou silicates de
métaux alcalins et/ou alcalino-terreux et à ajouter audit milieu réactionnel, un hydroxyde
de la charge minérale, pour précipiter des carbonates ou silicates de la charge minérale
sur les fibres.
[0033] Selon une caractéristique préférée de l'invention, la suspension aqueuse de fibres
cellulosiques comprend des hydrogénocarbonates de sodium.
[0034] Selon une autre caractéristique de l'invention, la suspension aqueuse de fibres cellulosiques
comprend de plus des hydrogénocarbonates de calcium et/ou de magnésium.
[0035] Selon encore une caractéristique de l'invention, le titre alcalimétrique complet
de la suspension aqueuse est compris entre 2 et 30° F.
[0036] Selon une autre caractéristique de l'invention, l'hydroxyde de la charge minérale
est un hydroxyde de calcium.
[0037] L'invention a également pour objet un procédé de fabrication d'une feuille de papier.
[0038] Selon une caractéristique essentielle de l'invention, ce procédé consiste à :
a) préparer ou fournir une composition de fabrication à base d'eau et d'une pâte de
fibres papetières chimique blanchie ou écrue, d'une pâte mécanique ou thermomécanique,
ou de leurs mélanges, comprenant en équilibre ionique au moins des ions de métaux
alcalins et/ou alcalino-terreux et des ions hydrogénocarbonates, carbonates ou silicates
;
b) ajouter à ladite composition de fabrication, un hydroxyde d'une charge minérale
pour fixer ladite charge minérale sur les fibres papetières, et
c) former une feuille de papier humide sur une machine à papier à partir des fibres
papetières ainsi chargées en suspension et sécher ladite feuille.
[0039] Selon une caractéristique supplémentaire de l'invention, le procédé consiste de plus
à :
d) récupérer les eaux d'égouttage de l'étape c) et injecter dans celles-ci un gaz
comprenant du dioxyde de carbone pour neutraliser et stabiliser le pH desdites eaux,
et
e) recycler les eaux ainsi traitées dans la composition de fabrication de l'étape
a).
[0040] Selon une caractéristique avantageuse de l'invention, la composition de fabrication
est obtenue à partir d'une pâte issue d'un procédé de désencrage de vieux papiers.
[0041] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention apparaîtront à la lecture de
la description détaillée qui suit, illustrée par le dessin annexé dans lequel :
- la figure 1 représente le schéma fonctionnel d'un procédé de fabrication d'une feuille
de papier selon l'invention.
[0042] L'invention repose donc sur l'utilisation des eaux issues de la fabrication de la
pâte ou du papier à l'intérieur du procédé de fabrication du papier, comme réservoir
d'ions et même de charges minérales, potentiellement précipitables.
[0043] Généralement, les eaux présentes dans un procédé de fabrication de papier, telles
que la composition de fabrication qui est une suspension aqueuse de fibres cellulosiques,
comprennent un grand nombre d'ions en équilibre ionique. Les plus fréquents sont les
suivants : H
+, OH
-, HCO
3- (ions hydrogénocarbonates), CO
32- (ions carbonates), (nSiO
2)O
2- (ions silicates), Na
+ (ion sodium), Ca
2+ (ion calcium), Mg
2+ (ion magnésium).
[0044] Ces eaux comprennent également du dioxyde de carbone provenant soit du dioxyde de
carbone atmosphérique, soit des eaux de la nappe souterraine ou nappe phréatique qui
sont utilisées dans la suspension, soit d'une neutralisation chimique par du dioxyde
de carbone industriel ou récupéré.
[0045] Les eaux contiennent donc habituellement des carbonates (CO
32-), des hydrogénocarbonates (HCO
3-), et du dioxyde de carbone dissous, selon la valeur du pH.
[0046] Les eaux récupérées ou recyclées dans les procédés de fabrication du papier contiennent
des ions minéraux. Dans le cas particulier des eaux issues d'un procédé de désencrage,
les ions sodium sont en quantités plus importantes et sont sous la forme d'hydrogénocarbonates
lorsque les neutralisations inhérentes au procédé de désencrage sont effectuées à
partir de dioxyde de carbone. Dans ce cas, le rapport molaire des ions sodium par
rapport à d'autres ions de métaux alcalino-terreux, est souvent supérieur à deux.
L'ion sodium participe de ce fait de manière très active aux équilibres ioniques.
[0047] D'une manière générale, la suspension aqueuse de fibres cellulosiques issue d'une
fabrication papetière comprend :
- entre 20 et 1000 ppm (parties par million) d'ions sodium,
- entre 5 et 200 ppm d'ions calcium, et
- entre 5 et 200 ppm d'ions magnésium.
[0048] Les cations sont équilibrés en majorité par la présence des ions hydrogénocarbonates.
Celle-ci est mesurée par le titre alcalimétique complet (ou TAC). Ce titre est compris
entre 2 et 30° F. Les eaux issues d'un procédé de désencrage de vieux papiers, se
caractérisent par un TAC relativement élevé, du fait de la présence d'une quantité
importante d'ions sodium en équilibre avec les ions hydrogénocarbonates.
[0049] Des exemples de composition de suspension aqueuse de fibres cellulosiques pouvant
être utilisées dans l'invention, sont donnés ci-après.
[0050] Une suspension aqueuse de fibres obtenue à partir de pâte vierge et d'eaux provenant
de nappe souterraine, a la composition suivante :
- 20 à 100 ppm ou plus d'ions sodium
- 8 à 20 ppm ou plus d'ions magnésium
- 20 à 80 ppm ou plus d'ions calcium
- 100 à 400 ppm ou plus de dioxyde de carbone sous la forme de dioxyde de carbone dissous,
ions carbonates et ions hydrogénocarbonates.
[0051] Une suspension aqueuse de fibres obtenue à partir des eaux issues d'un procédé de
désencrage, a la composition suivante :
- 150 à 250 ppm ou plus d'ions sodium
- 20 à 80 ppm ou plus d'ions calcium
- 8 à 20 ppm ou plus d'ions magnésium
- 200 à 800 ppm ou plus de dioxyde de carbone sous la forme de dioxyde de carbone dissous,
ions carbonates et ions hydrogénocarbonates.
[0052] L'invention propose d'utiliser les équilibres ioniques de la suspension aqueuse à
base de fibres cellulosiques pour fixer des charges minérales sur les fibres par insolubilisation
ou précipitation.
[0053] Elle vise plus particulièrement l'utilisation des propriétés des ions hydrogénocarbonates
de métaux alcalins et/ou alcalino-terreux qui, en présence d'un hydroxyde de calcium
(l'unique réactif), réagissent pour former un précipité de carbonate de calcium qui
vient se fixer sur les fibres et fibrilles de cellulose.
[0054] Plus précisément, l'invention consiste à utiliser les ions hydrogénocarbonates en
équilibre avec les ions sodium, et à un degré moindre avec les ions calcium et magnésium
comme source d'ions carbonates (CO
32-), afin de précipiter un complexe à base essentiellement de carbonate de calcium par
addition d'hydroxyde de calcium.
[0055] Entre autres, les réactions suivantes se réalisent après addition d'hydroxyde de
calcium, au contact des fibres cellulosiques :
a) 2Na HCO3 + Ca (OH)2 + fibres → Na2CO3 + 2H2O + CaCO3 - fibres
b) Na2 CO3 + Ca (OH)2 → 2 Na OH + CaCO3
[0056] Les réactions secondaires suivantes peuvent également apparaître :
c) Ca (HCO3)2 + Ca(OH)2 + fibres → 2H2O + 2CaCO3 - fibres
d) Mg (HCO3)2 + 2 Ca(OH)2 → Mg(OH)2 + 2H2O + 2CaCO3
[0057] D'autres composés peuvent également précipiter sous la forme de silicates ou de carbonates
métalliques selon la composition des eaux utilisées, et venir se fixer sur les fibres.
[0058] L'hydroxyde de calcium est ajouté sous forme soluble ou de préférence sous forme
de lait (lait de chaux) très concentré. Le lait comprend des particules d'hydroxyde
de calcium d'un diamètre moyen inférieur à 6 µm.
[0059] Le volume d'hydroxyde de calcium ajouté sous forme de lait, peut être très faible,
dans un rapport pouvant aller jusqu'à 1 pour 1000. Cette concentration facilite l'intégration
de cette étape en ligne, dans le procédé de fabrication du papier et a surtout un
effet bénéfique sur la répartition des cristaux sur l'ensemble des fibres. En effet,
grâce à la réaction quasi instantanée de ce faible volume avec la suspension des fibres,
on a une forte basicité temporaire concentrée au contact des fibres, qui favorise
l'accrochage chimique du précipité sur les fibres.
[0060] Une fois la réaction de précipitation terminée, le pH de la suspension aqueuse de
fibres est généralement modifié ainsi que les conditions ioniques propres à la formation
de la feuille. Il est donc éventuellement nécessaire d'ajuster le pH en le neutralisant
et le stabilisant.
[0061] Pour ce faire, on ajoute un acide tel que du dioxyde de carbone pour amener le pH
à la valeur souhaitée. Ceci n'a pas d'influence notable sur les composés précipités.
[0062] Cette addition de dioxyde de sodium permet en outre de regénérer des hydrogénocarbonates
alcalins. La suspension aqueuse retrouve ainsi un équilibre ionique.
[0063] Industriellement, on peut injecter des gaz contenant du dioxyde de carbone récupéré
des gaz de combustion de chaudière par exemple, éventuellement enrichi de dioxyde
de carbone pur. En effet, en milieu alcalin, le dioxyde de carbone dilué réagit instantanément.
[0064] Les réactions suivantes s'effectuent :
e) Na2 CO3 + H2O + CO2 → 2 Na HCO3
f) 2Na OH + CO2 → Na2CO3 + H2O
[0065] Et si le gaz est ajouté en excès, les réactions suivantes se produisent :
g) Mg (OH)2 + 2 CO2 → Mg(HCO3)2
h) Ca (OH)2 + 2CO2 → Ca(HCO3)2
[0066] L'ensemble de ces réactions permet donc de stabiliser le pH aux valeurs souhaitées.
[0067] Il est à noter que les ions sodium, recyclés avec les eaux issues d'une fabrication
papetière, ont une fonction essentielle. Ils fournissent d'abord des ions hydrogénocarbonates
pour la précipitation instantanée du carbonate de calcium (réaction a)), puis captent
de manière instantanée les ions hydrogénocarbonates provenant du dioxyde de carbone
injecté (réaction e)) afin de stabiliser le pH et regénérer les équilibres ioniques.
[0068] Au moyen du procédé selon l'invention, on peut fixer beaucoup de minéraux au contact
des fibres et participer à une amélioration du recyclage des eaux issues des procédés
de fabrication du papier.
[0069] L'invention a également pour objet un procédé de fabrication d'une feuille de papier
intégrant parmi ses étapes essentielles, une étape de fixation de charges minérales
sur les fibres, telle que décrite précédemment.
[0070] Ce procédé est illustré par le schéma fonctionnel de la figure 1.
[0071] De manière classique, un procédé de fabrication d'une feuille de papier consiste
à :
- préparer ou fournir une composition de fabrication à base d'eau et d'une pâte de fibres
papetières chimique blanchie ou écrue, d'une pâte mécanique ou thermomécanique, ou
de leurs mélanges, et
- former une feuille de papier en déposant les fibres sur une toile pour former une
nappe de fibres qui, dans le cas du papier en ouate de cellulose, est ensuite séchée
de manière conventionnelle sur un cylindre chauffé ou encore Yankee puis crêpée, ou
séchée suivant un procédé dit de soufflage traversant.
[0072] La composition de fabrication de départ comprend en équilibre ionique au moins des
ions de métaux alcalins et/ou alcalino-terreux, et des ions hydrogénocarbonates, carbonates
ou silicates.
[0073] De préférence, la composition de fabrication comprend en équilibre des ions hydrogénocarbonates
et des ions sodium et alcalino-terreux.
[0074] Selon l'invention, le procédé de fabrication d'une feuille de papier comprend après
l'étape de préparation ou de fourniture de la composition de fabrication, une étape
d'addition d'un hydroxyde d'une charge minérale pour fixer la charge minérale sur
les fibres papetières, avant l'étape de formation de la feuille.
[0075] Le cas échéant, afin de neutraliser et stabiliser le pH de la composition de fabrication
après fixation de la charge minérale, un gaz contenant du dioxyde de carbone est injecté.
[0076] Cet ajustement du pH peut avoir lieu dans la suspension aqueuse de fibres où les
charges minérales sont fixées sur les fibres, avant la formation de la feuille.
[0077] Mais industriellement, cet ajustement a lieu de préférence après la formation de
la feuille, dans les eaux blanches ou eaux d'égouttage récupérées lors de l'étape
de formation de la feuille. Ces eaux d'égouttage contiennent des fibres fines et des
charges minérales.
[0078] On injecte alors le gaz contenant du dioxyde de carbone dans le silo des eaux d'égouttage.
Les fibres sont ensuite récupérées à raison d'environ 5 % et les eaux regénérées sur
le plan ionique comportant à nouveau des ions hydrogénocarbonates sont recyclées à
raison de 95 % dans la composition de fabrication de départ.
[0079] Les étapes relatives au procédé de fixation des charges minérales sur les fibres
sont donc intégrées dans le procédé "in situ" de fabrication d'une feuille de papier
sans modification de l'équipement ni installations supplémentaires.
[0080] De ce fait, ce procédé est très avantageux et permet de fixer des charges minérales
sur les fibres directement au cours du procédé de fabrication d'une feuille de papier.
[0081] Les exemples qui suivent résultent d'essais en laboratoire et illustrent le procédé
de fixation d'une charge minérale sur des fibres papetières à partir de suspensions
aqueuses de différentes origines.
Exemple 1
[0082] On prépare une suspension aqueuse de fibres cellulosiques à partir de fibres vierges
mises en suspension dans une eau de nappe phréatique.
[0083] Dans un réacteur de 100 litres, on introduit 100 litres de la suspension aqueuse
de fibres ayant la composition chimique suivante : (ppm = parties par million)
- Fibres : 2300 ppm
- Hydrogénocarbonates : 210 ppm
- Calcium : 60 ppm
- Sodium : 25 ppm
- Magnésium : 8 ppm
- Dioxyde de carbone dissous : 5 ppm
[0084] Le pH est voisin de 8.
[0085] Puis sous agitation moyenne, on ajoute 100 grammes d'un lait de chaux concentré à
20 %, soit 20 g de Ca(HO)
2 ou 10,8 g de calcium. Les particules d'hydroxyde de calcium ont un diamètre moyen
inférieur à 6 microns. En moins de 60 secondes, le pH se stabilise vers 10,7.
[0086] Après précipitation, la suspension aqueuse (sans tenir compte de la très faible dilution)
a la composition suivante :
- Fibres : 2300 ppm
- Carbonates de calcium : 305 ppm (fixé sur les fibres et fibrilles de cellulose)
- Hydrogénocarbonates/carbonates : 25 ppm
- Calcium : 45 ppm
- Sodium : 25 ppm
- Magnésium : 5 ppm
- Dioxyde de carbone dissous : traces
[0087] On prélève un échantillon pour fabriquer une formette de papier selon la méthode
classique (Formette Franck). A partir de cette suspension, on peut fabriquer des formettes
riches en carbonate de calcium fixé. On trouve un taux de rétention proche de 90 %,
à partir d'un grammage de 25 g/m
2, ceci sans ajouter d'agent de rétention. Au-delà de 80 g/m
2, le taux de rétention devient proche de 100 %. La formette contient environ 11,7
% de carbonate de calcium.
[0088] On peut ramener le pH vers des valeurs plus faibles en injectant dans la suspension
un gaz contenant 10 % de dioxyde de carbone ou plus, en neutralisant la soude, l'hydroxyde
de magnésium et l'hydroxyde de calcium soluble.
[0089] Après injection du dioxyde de carbone pour obtenir un pH voisin de 8, la suspension
aqueuse a la composition suivante :
- Fibres : 2300 ppm
- Carbonates de calcium : 325 ppm (fixé sur les fibres et fibrilles de cellulose)
- Hydrogénocarbonates/carbonates : 120 ppm
- Calcium : 40 ppm
- Sodium : 25 ppm
- Magnésium : 8 ppm
- Dioxyde de carbone dissous : 30 ppm
[0090] De la même manière que précédemment, on peut fabriquer des formettes contenant un
peu plus de charges, environ 12,5 %, car le calcium neutralisé s'est déposé sur les
fibres. Une injection supplémentaire de dioxyde de carbone permet de retrouver les
principales qualités initiales de l'eau, en particulier la composition en calcium
et hydrogénocarbonates.
Exemple 2 :
[0091] On prépare une suspension aqueuse de fibres cellulosiques à partir d'une suspension
de fibres issues d'un procédé de recyclage ou désencrage de vieux papiers.
[0092] Dans un réacteur de 100 litres, on introduit 100 litres de la suspension ayant la
composition suivante : (ppm = parties par million) :
- Fibres : 2300 ppm
- Hydrogénocarbonates : 450 ppm
- Calcium : 60 ppm
- Sodium : 160 ppm
- Magnésium : 8 ppm
- Dioxyde de carbone dissous : 20 ppm
[0093] Le pH est voisin de 8.
[0094] Puis sous agitation moyenne, on ajoute 100 grammes d'un lait de chaux concentré à
20 %, soit 20 g de Ca(OH)
2 ou 10,8 g de calcium. Les particules d'hydroxyde de calcium dans le lait de chaux
ont un diamètre moyen inférieur à 6 microns.
[0095] En moins de 60 secondes, le pH se stabilise vers 9,8.
[0096] Après précipitation, la suspension aqueuse (sans tenir compte de la très faible dilution)
a la composition suivante :
- Fibres : 2300 ppm
- Carbonates de calcium : 370 ppm (fixé sur les fibres et fibrilles de cellulose)
- Hydrogénocarbonates/carbonates : 250 ppm
- Calcium : 20 ppm
- Sodium : 160 ppm
- Magnésium : 5 ppm
- Dioxyde de carbone dissous : traces
[0097] On prélève un échantillon pour fabriquer une formette de papier selon la méthode
classique (Formette Franck). A partir de cette suspension, on peut fabriquer des formettes,
riches en carbonate de calcium fixé. On trouve un taux de rétention proche de 90 %,
à partir d'un grammage de 25 g/m
2, ceci sans ajouter d'agent de rétention. Au-delà de 80 g/m
2, le taux de rétention devient proche de 100 %. La formette contient environ 13,5
% de carbonate de calcium.
[0098] On peut ramener le pH vers des valeurs plus faibles en injectant dans la suspension
un gaz contenant 10 % de dioxyde de carbone ou plus, en neutralisant les éléments
alcalins, essentiellement la soude.
Exemple 3 :
[0099] On prépare une suspension aqueuse de fibres cellulosiques à partir d'une composition
de fabrication contenant de l'hydrogénocarbonate de sodium.
[0100] Dans un réacteur de 100 litres, on introduit 100 litres de la suspension ayant la
composition chimiques suivante : (ppm = parties par million).
- Fibres : 2280 ppm
- Hydrogénocarbonates : 950 ppm
- Calcium : 65 ppm
- Sodium : 300 ppm
- Dioxyde de carbone dissous : 5 ppm
[0101] Le pH est voisin de 8,4.
[0102] Puis sous agitation moyenne, on ajoute 100 grammes d'un lait de chaux concentré à
20 %, soit 20 g de Ca(HO)
2 ou 10,8 g de calcium.
[0103] Le pH se stabilise rapidement vers 8,8.
[0104] Après précipitation, la suspension aqueuse (sans tenir compte de la très faible dilution)
a la composition suivante :
- Fibres : 2300 ppm
- Carbonates de calcium : 420 ppm (fixé sur les fibres et fibrilles de cellulose)
- Hydrogénocarbonates/carbonates : 700 ppm
- Calcium : 3 ppm
- Sodium : 300 ppm
- Dioxyde de carbone dissous : traces
[0105] On prélève un échantillon pour fabriquer une formette de papier selon la méthode
classique (Formette Franck). A partir de cette suspension, on peut fabriquer des formettes,
et selon le taux de rétention des particules fines de cellulose riches en carbonate
de calcium fixé, on trouve un taux de rétention des charges minérales proche de 90
%, à partir d'un grammage de 25 g/m
2, ceci sans ajouter d'agent de rétention. Au-delà de 80 g/m
2, le taux de rétention devient proche de 100 %. La formette contient environ 15 %
de carbonate de calcium.
[0106] Si l'on souhaite obtenir un pH inférieur à 8, on injecte du dioxyde de carbone dilué
dans l'air jusqu'à 10 %. On récupère le dioxyde de carbone des fumées de combustion
de chaudière. Le dioxyde de carbone reforme essentiellement de l'hydrogénocarbonate
de sodium.
1. Procédé pour fixer une charge minérale sur des fibres cellulosiques en suspension
aqueuse, caractérisé en ce qu'il consiste à utiliser comme milieu réactionnel une
suspension aqueuse de fibres cellulosiques issue d'une fabrication papetière, comprenant
au moins des hydrogénocarbonates, carbonates ou silicates de métaux alcalins et/ou
alcalino-terreux et à ajouter audit milieu réactionnel, un hydroxyde de la charge
minérale, pour précipiter des carbonates ou silicates de la charge minérale sur les
fibres.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que la suspension aqueuse de fibres
cellulosiques comprend des hydrogénocarbonates de sodium.
3. Procédé selon la revendication 2, caractérisée en ce que la suspension aqueuse de
fibres cellulosiques comprend de plus des hydrogénocarbonates de calcium et/ou de
magnésium.
4. Procédé selon l'une des revendications 2 à 5, caractérisé en ce que le titre alcalimétrique
complet de la suspension aqueuse est compris entre 2 et 30° F.
5. Procédé selon l'une des revendications 2 à 5, caractérisé en ce que la suspension
aqueuse comprend entre 20 et 1000 ppm d'ions sodium (Na+).
6. Procédé selon l'une des revendications 3 à 6, caractérisé en ce que la suspension
aqueuse comprend entre 5 et 200 ppm d'ions calcium (Ca 2+) et/ou entre 5 et 200 ppm d'ions magnésium (Mg 2+).
7. Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que l'hydroxyde
de la charge minérale est un hydroxyde de calcium.
8. Procédé selon la revendication 7, caractérisé en ce que l'hydroxyde de calcium est
ajouté sous forme de lait concentré ou sous forme soluble.
9. Procédé selon la revendication 8, caractérisé en ce que ledit lait comprend des particules
d'hydroxyde de calcium d'un diamètre moyen inférieur à 6 µm.
10. Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce qu'après l'étape
de précipitation des carbonates ou silicates de la charge minérale sur les fibres,
on injecte dans la suspension aqueuse, un gaz comprenant du dioxyde de carbone afin
de neutraliser et stabiliser le pH de la suspension aqueuse de fibres cellulosiques.
11. Procédé selon l'une des revendications précédentes, caractérisé en ce que la suspension
aqueuse de fibres cellulosiques issue d'une fabrication papetière est obtenue à partir
d'une pâte de fibres papetières chimique blanchie ou écrue, d'une pâte mécanique ou
thermomécanique ou de leurs mélanges.
12. Procédé de fabrication d'une feuille de papier, caractérisé en ce qu'il consiste à
:
a) préparer ou fournir une composition de fabrication à base d'eau et d'une pâte de
fibres papetières chimique blanchie ou écrue, d'une pâte mécanique ou thermomécanique,
ou de leurs mélanges, comprenant en équilibre ionique au moins des ions de métaux
alcalins et/ou alcalino-terreux, et des ions hydrogénocarbonates, carbonates ou silicates
;
b) ajouter à ladite composition de fabrication, un hydroxyde d'une charge minérale
pour fixer ladite charge minérale sur les fibres papetières, et
c) former une feuille de papier humide sur une machine à papier à partir des fibres
papetières ainsi chargées en suspension et sécher ladite feuille.
13. Procédé selon la revendication 12, caractérisé en ce qu'il consiste de plus à :
d) récupérer les eaux d'égouttage de l'étape c) et injecter dans celles-ci, un gaz
comprenant du dioxyde de carbone pour neutraliser et stabiliser le pH desdites eaux,
et
e) recycler les eaux ainsi traitées dans la composition de fabrication de l'étape
a).
14. Procédé selon la revendication 12 ou 13, caractérisé en ce que la composition de fabrication
comprend en équilibre ionique des ions sodium et des ions hydrogénocarbonates.
15. Procédé selon l'une des revendications 12 à 14, caractérisé en ce que la composition
de fabrication est obtenue à partir d'une pâte issue d'un procédé de désencrage de
papiers de récupération.