[0001] L'invention concerne le domaine de l'obtention des huiles essentielles. Plus précisément,
l'invention concerne l'extraction et du fractionnement des huiles essentielles d'origine
végétales.
[0002] L'invention trouve notamment son application dans les domaines cosmétiques, pharmaceutiques
et alimentaires.
[0003] Les huiles essentielles sont, de façon classique, produites par entraînement à la
vapeur, par hydrodistillation ou par toute autre méthode, variante des précédentes.
Les huiles essentielles d'agrumes constituent une exception puisqu'elles peuvent également
être produites par pressage des écorces des fruits.
[0004] Les constituants des huiles essentielles peuvent être classés en fonction de leur
degré de fonctionnalisation et en fonction de la nature des fonctions chimiques qu'ils
portent. On distingue ainsi les hydrocarbures non fonctionnalisés qui sont le plus
souvent des hydrocarbures monoterpéniques et des hydrocarbures sesquiterpéniques.
Les fonctions chimiques les plus courantes, substituant les squelettes hydrocarbonés
des constituants des huiles essentielles sont :
- la fonction aldéhyde (ex : citral, benzaldéhyde)
- la fonction cétone (ex : pulégone, carvone)
- la fonction ester ou lactone (ex : acétate de lynalyle, tridécanolide)
- la fonction éther ( ex : eucalyptol, anéthol)
- la fonction hydroxyle (ex : citronellol, menthol), qualifiée de phénolique lorsqu'elle
substitue un motif hydrocarboné aromatique (ex : thymol, eugénol)
[0005] Il est souvent nécessaire de fractionner les huiles essentielles, c'est-à-dire de
séparer les différentes fractions qui les constituent. FR-A-2 771 408 divulgue un
procédé de production d'extraits ou d'huiles de fleurs. FR-A-1 311 766 A divulgue
un procédé de fabrication de concentrés de parfumerie.
[0006] Ainsi, certaines applications exigent des qualités particulières d'huiles essentielles.
Il peut s'agir, par exemple, d'augmenter l'intensité aromatique de l'huile essentielle.
Dans ce cas, l'huile essentielle est soumise à une opération de déterpénation consistant
à séparer les hydrocarbures terpéniques et les composés fonctionnalisés dont les notes
aromatiques sont plus intéressantes. Il peut également s'agir d'éliminer divers constituants
nocifs ou toxiques. La thujone, par exemple est une substance neurotoxique présente
dans diverses huiles essentielles utilisées à des fins alimentaires ou aromathérapiques
par exemple. Les psoralènes sont des composés photosensibilisants présents dans les
huiles essentielles de la plupart des agrumes et plus particulièrement dans l'huile
essentielle de bergamote. Ces composés doivent être absolument éliminés avant incorporation
de l'huile essentielle dans des compositions cosmétiques.
[0007] Les procédés les plus couramment employés pour le fractionnement des huiles essentielles
sont la distillation, l'adsorption-désorption ou le traitement par CO
2 supercritique.
[0008] L'un des inconvénients de la distillation est qu'elle soumet les constituants les
plus labiles à des températures suffisamment élevées pour conduire à des réactions
de dégradation. Dans le cas de l'adsorption-désorption, ce sont l'utilisation des
solvants organiques, la faible productivité et le coût du procédé qui constituent
les principaux inconvénients.
[0009] Les solvants organiques sont en outre concernés par diverses réglementations. A titre
d'exemple, on retiendra l'existence de listes positives de solvants concernant des
applications alimentaires. On retiendra également la réglementation relative à l'émission
de composés organiques volatils (COV), qui risque d'induire, à brève échéance, des
contraintes importantes pour les industriels.
[0010] Ces contraintes réglementaires proviennent du caractère soit nocif soit toxique des
solvants organiques utilisés. Cette nocivité et cette toxicité se manifestent à des
teneurs généralement faibles en solvants résiduels dans les extraits obtenus. Afin
de supprimer les risques sanitaires, il est donc nécessaire de mettre en oeuvre des
procédés de désolvantisation qui présentent plusieurs inconvénients. En effet, outre
le surcoût qu'ils induisent, ces procédés de désolvantisation peuvent avoir, selon
les conditions opératoires appliquées, une incidence négative sur la qualité des extraits
produits.
[0011] Le traitement au CO
2 supercritique offre le double avantage d'être une méthode de fractionnement sans
solvant organique et de soumettre la charge à des températures inférieures à celles
imposées par la distillation. En revanche, il requiert des équipements spécifiques
représentant des investissements lourds.
[0012] L'objectif principal de la présente invention est de proposer un procédé de fractionnement
d'huiles essentielles ne présentant pas les inconvénients des procédés de l'état de
la technique.
[0013] Cet objectif est atteint grâce à l'invention qui concerne un procédé de fractionnement
d'huiles essentielles ou de fractions d'huiles essentielles caractérisé en ce qu'il
comprend une étape consistant à mettre en contact lesdites huiles essentielles avec
un extractant contenant au moins un solvant fluoré de façon à obtenir une phase fluorée
et une phase non fluorée et une étape de séparation des fractions d'huiles essentielles
contenues dans ladite phase fluorée et dans ladite phase non fluorée.
[0014] Selon la matière première mise en oeuvre, les conditions opératoires appliquées et
les solvants fluorés utilisés, le procédé décrit permet de satisfaire aux exigences
techniques de divers traitements appliqués aux huiles essentielles ou fractions d'huiles
essentielles, tant à l'échelle du laboratoire qu'à l'échelle de la production industrielle.
Parmi les applications du procédé proposé, on trouve notamment la déterpénation d'huiles
essentielles ou l'élimination de certains composés nocifs ou toxiques.
[0015] Selon l'invention, ces solvants fluorés peuvent être préférentiellement :
- des perfluoroalcanes aliphatiques caractérisés par la formule générale CnF2n+2 (5≤n≤15)
- des perfluoroalcanes possédant un motif cyclique et caractérisés par la formule générale
CnF2n (5≤n≤15)
- des perfluoroalcanes possédant deux motifs cycliques et caractérisés par la formule
générale CnF2n-2 (8≤n≤15)
- la perfluoro N-méthylmorpholine de formule générale C5ONF11
- des hydrofluoroéthers (HFE) caractérisés par la formule générale CnF2n+1OCmH2m+1 où 3≤n≤8 et 1≤m≤6
[0016] Les solvants perfluorés plus particulièrement concernés par la présente invention
sont la perfluoro N-méthylmorpholine (également connu dans le commerce sous la dénomination
PF5052), les n-perfluoropentane (PF5050) , n-perfluorohexane (PF5060), n-perfluoroheptane
(PF5070) et n-perfluorooctane (PF5080) ainsi que leurs isomères. Les hydrofluoroéthers
plus particulièrement concernés par la présente invention sont le méthoxynonafluorobutane
(C
4F
9-O-CH
3), également appelé HFE7100, et l'éthoxynonafluorobutane (C
4F
9-O-C
2H
5), également appelé HFE7200, ainsi que leurs isomères.
[0017] Par rapport aux solvants traditionnels d'extraction, les solvants fluorés précités
bénéficient de nombreux avantages :
- ils sont ininflammables et n'imposent pas, de ce fait, l'utilisation d'équipements
particuliers de production et de protection. Cette caractéristique est particulièrement
intéressante dans des perspectives de production à l'échelle industrielle puisqu'elle
a une incidence directe sur le coût des produits finis ;
- ils ne présentent pas de risque pour l'écosystème et sont en conformité avec les réglementations
environnementales les plus strictes. Ils ne sont pas inscrits à la liste des composés
organiques volatils (COV), leur potentiel de destruction de la couche d'ozone est
nul et leur contribution à l'effet de serre est très faible ;
- ils sont chimiquement inertes, inodores, incolores et sans saveur. Ils n'ont donc
aucune incidence négative sur les propriétés des extraits ou des formulations qui
les contiennent ou qu'ils ont servi à préparer ;
- même à fortes doses, ils sont atoxiques par inhalation, adsorption ou contact répétés.
Cette absence de toxicité a d'ailleurs été mise à profit pour incorporer les HFE dans
des formules cosmétiques (demandes de brevet WO 99/26594 et WO 99/26600) ;
- ils ont une capacité calorifique et une chaleur latente de vaporisation faibles comparativement
à celles des solvants organiques couramment utilisés en extraction. Les coûts énergétiques
de mise en oeuvre et de retraitement sont donc notablement allégés ;
- ils ont des tensions de vapeurs élevées qui facilitent la désolvantisation des extraits
.
Un autre avantage réside dans leur sélectivité exceptionnelle, particulièrement dans
le cas des solvants perfluorés. Le demandeur a en effet constaté qu'ils solubilisent
les hydrocarbures préférentiellement aux dérivés fonctionnalisés. Parmi les dérivés
fonctionnalisés, il a également été observé que les dérivés à fonctions non protiques
(éther, ester, cétone, aldéhyde...) sont, de façon générale, solubilisés préférentiellement
aux dérivés à fonctions protiques (alcools, phénols) et que parmi les dérivés à fonctions
hydroxyles libres, les alcools sont solubilisés préférentiellement aux phénols. Il
a encore été observé que parmi les hydrocarbures, les monoterpènes sont solubilisés
préférentiellement aux sesquiterpènes.
[0018] Selon l'invention, en mettant en contact une huile essentielle et un extractant contenant
au moins un solvant fluoré, il est ainsi possible d'obtenir deux phases dont les compositions
dépendront notamment de l'huile essentielle traitée, des solvants fluorés utilisés
et de la température de traitement.
[0019] En règle générale, la phase contenant le solvant fluoré est enrichie principalement
en hydrocarbures monoterpéniques et, dans une moindre mesure, en hydrocarbures sesquiterpéniques.
Egalement en règle générale, la phase non solubilisée par les solvants fluorés (phase
non fluorée) est principalement enrichie en constituants fonctionnalisés à fonctions
protiques (alcools, phénols) et dans une moindre mesure en composés fonctionnalisés
à fonctions non protiques (esters, éthers, aldéhydes, cétones ...).
[0020] Les constituants de la phase fluorée peuvent être récupérés par évaporation de l'extractant,
de préférence sous pression réduite afin de réduire la température de traitement.
La phase non fluorée, qui ne contient qu'une faible quantité d'extractant, peut être
traitée de la même façon. La phase non fluorée peut, le cas échéant, être refroidie
afin de provoquer une démixtion ou une précipitation des constituants les moins solubles.
Ces derniers peuvent alors être facilement récupérés et désolvantisés. Le cas échéant,
la phase fluorée peut également être traitée par refroidissement comme indiqué ci-dessus.
[0021] On notera que le fractionnement peut être effectué en mode discontinu, en mode semi-continu
ou en mode continu. Si la solubilité des hydrocarbures dans un solvant fluoré donné
est jugée trop faible, le mode semi-continu sera préféré. Il aura l'avantage, par
exemple, de satisfaire aux exigences de productivité lors d'une mise en oeuvre du
procédé dans un cadre industriel.
[0022] Dans le cas d'une mise en oeuvre en mode semi-continu, l'huile essentielle est maintenue
dans une enceinte dont la température est fixée à une valeur considérée comme optimale
pour l'extraction. Le solvant fluoré, distribué sous forme de gouttelettes, traverse
la couche d'huile essentielle de bas en haut sous l'effet de la différence de densité
des deux phases liquides. La phase fluorée, chargée en extrait, est collectée en bas
de l'étage d'extraction et dirigée ensuite vers un étage de séparation de l'extractant
et des constituants extraits, par distillation. L'extractant ainsi régénéré est recyclé
en direction de l'étage d'extraction.
[0023] Selon les nécessités, diverses améliorations peuvent être apportées au procédé. Il
est possible, en particulier, d'inerter au préalable l'extractant en le soumettant
à tout procédé de dégazage (barbotage par un gaz inerte, ébullition à reflux, sonication,
dégazage sur membrane...). Cette opération d'inertage réduit la teneur en oxygène
dissous, ordinairement élevée dans les solvants fluorés et limite ainsi les risques
de dégradation des composés les plus oxydables, tels que les aldéhydes. On peut également,
durant l'opération de fractionnement, maintenir une atmosphère inerte, statique ou
dynamique, dans l'enceinte d'extraction.
[0024] Si la température d'extraction doit être maintenue à une valeur optimale précise,
la température de l'extractant provenant de l'étage de recyclage peut alors être amenée
à cette même valeur, par passage de l'extractant dans un échangeur thermique avant
sa distribution dans la charge à traiter.
[0025] Afin d'augmenter les débits d'extractant ou de réduire la température d'ébullition
de l'extrait dans l'étage de recyclage, il est possible de mettre en oeuvre le procédé
à une pression inférieure à la pression atmosphérique. Il est alors nécessaire d'équiper
le condenseur de l'étage de recyclage d'un système de réfrigération ayant une puissance
suffisante pour limiter les pertes en extractant.
[0026] Afin d'ajuster la sélectivité requise pour le fractionnement à effectuer, il est
possible d'ajouter à l'extractant fluoré un co-solvant constitué d'au moins un solvant
organique. On préfèrera cependant utiliser un extractant constitué uniquement de solvants
fluorés pour les avantages cités plus haut.
[0027] Les exemples décrits ci-dessous illustrent quelques possibilités d'applications de
la présente invention. Ils concernent les huiles essentielles de clou de girofle,
de bergamote et d'origan. Ces exemples ne sont pas limitatifs. En effet, le fractionnement
d'huiles essentielles par solvants fluorés peut être appliqué à de nombreuses autres
huiles essentielles, pour des utilisations à des fins notamment cosmétiques, pharmaceutiques
ou alimentaires.
Exemple 1 - Fractionnement d'huile essentielle de clou de girofle
[0028] Cet exemple est destiné à quantifier le coefficient de partage des principaux traceurs
de l'huile essentielle de clou de girofle entre un solvant fluoré et l'huile essentielle
elle-même. Les solvants fluorés testés sont le perfluorohexane (PF5060), le perfluorooctane
(PF5080) et la perfluoro N-méthylmorpholine (PF5052). L'huile essentielle de clou
de girofle a été choisie en raison de sa richesse en eugénol, composé comprenant un
hydroxyle phénolique libre et un hydroxyle phénolique engagé dans une liaison éther.
[0029] Le fractionnement de 100 g d'huile essentielle est effectué avec 100 g de solvant
fluoré. Le mélange est agité pendant 20 minutes à 25°C. Après décantation, les deux
phases liquides sont volumées et analysées par chromatographie en phase gazeuse.
[0030] Le tableau 1 ci-dessous précise pour chaque solvant fluoré testé :
- le volume initial d'huile essentielle (Vi HE)
- le volume initial de solvant fluoré (Vi SF)
- le volume de l'huile essentielle surnageante à l'équilibre (Veq HE)
- le volume de la phase fluorée à l'équilibre (Veq SF)

[0031] Le tableau 2 ci-dessous précise, pour chaque solvant fluoré testé, le coefficient
de partage (K
eq), entre les deux phases à l'équilibre, des principaux traceurs de l'huile essentielle
; K est défini comme le rapport des concentrations de chaque traceur dans la phase
fluorée et dans l'huile essentielle surnageante lorsque le système biphasique est
à l'équilibre. Le tableau précise en outre, pour chaque traceur, sa teneur initiale
dans l'huile essentielle (C
i) ainsi que sa famille chimique d'appartenance ou sa fonctionnalisation.

[0032] Ces résultats indiquent que les solvants fluorés utilisés sont sélectifs et qu'ils
solubilisent les espèces hydrocarbonées préférentiellement aux phénols à fonctions
hydroxyles libres ou bloquées. Le fait que l'humulène ne soit pas détecté dans la
phase fluorée et dû, d'une part, à sa faible teneur initiale dans l'huile essentielle
et, d'autre part, à un autre aspect de la sélectivité des solvants fluorés qui se
manifeste entre hydrocarbures monoterpéniques et sesquiterpéniques.
Exemple 2 - Fractionnement d'huile essentielle de bergamote
[0033] Cet exemple est destiné à quantifier le coefficient de partage des principaux traceurs
de l'huile essentielle de bergamote entre un solvant fluoré et l'huile essentielle
elle-même. Les solvants fluorés testés sont le perfluorohexane (PF5060), le perfluorooctane
(PF5080) et la perfluoro N-méthylmorpholine (PF5052). L'huile essentielle de bergamote
a été choisie pour les raisons suivantes :
- sa richesse en linalol, composé comprenant un hydroxyle non phénolique
- sa teneur élevée en psoralènes (composés photosensibilisants de la famille des coumarines)
- la présence de flavonoïdes due au mode de production par pressage de l'huile essentielle
; ces flavonoïdes sont fortement fonctionnalisés et portent des fonctions phénoliques
dont certaines peuvent être glycosylées, estérifiées ou éthérifiées
[0034] Le fractionnement de 100 g d'huile essentielle est effectué avec 100 g de solvant
fluoré. Le mélange est agité pendant 20 minutes à 25°C. Après décantation, les deux
phases liquides sont volumées et analysées par chromatographie en phase gazeuse.
[0035] Le tableau 3 ci-dessous précise pour chaque solvant fluoré testé :
- le volume initial d'huile essentielle (Vi HE)
- le volume initial de solvant fluoré (Vi SF)
- le volume de l'huile essentielle surnageante à l'équilibre (Veq HE)
- le volume de la phase fluorée à l'équilibre (Veq SF)

[0036] Le tableau 4 ci-dessous précise, pour chaque solvant fluoré testé, le coefficient
de partage (K
eq), entre les deux phases à l'équilibre, des principaux traceurs de l'huile essentielle
; K est défini comme le rapport des concentrations de chaque traceur dans la phase
fluorée et dans l'huile essentielle surnageante lorsque le système biphasique est
à l'équilibre. Le tableau précise en outre, pour chaque traceur, sa teneur initiale
dans l'huile essentielle (C
i) ainsi que sa famille chimique d'appartenance ou sa fonctionnalisation.

[0037] Ces résultats indiquent que les solvants fluorés utilisés sont sélectifs et qu'ils
solubilisent les espèces hydrocarbonées préférentiellement aux espèces à fonctions
hydroxyles libres non phénoliques. On notera en particulier que le linalol n'est pas
détecté en dépit d'une teneur pourtant non négligeable dans l'huile essentielle (14%).
La sélectivité vis-à-vis de l'acétate de lynalyle est en revanche moins marquée que
dans le cas du linalol et traduit le caractère moins polaire des esters. On notera
cependant que le coefficient de partage de l'acétate de lynalyle reste significativement
inférieur à ceux des hydrocarbures terpéniques.
Exemple 3 - Fractionnement d'huile essentielle d'origan
[0038] Cet exemple est destiné à quantifier le coefficient de partage des principaux traceurs
de l'huile essentielle d'origan entre un solvant fluoré et l'huile essentielle elle-même.
Les solvants fluorés testés sont le perfluorohexane (PF5060) , le perfluorooctane
(PF5080) et la perfluoro N-méthylmorpholine (PF5052). L'huile essentielle d'origan
a été choisie pour sa teneur élevée en carvacrol, composé comprenant un hydroxyle
phénolique libre.
[0039] Le fractionnement de 100 g d'huile essentielle est effectué avec 100 g de solvant
fluoré. Le mélange est agité pendant 20 minutes à 25°C. Après décantation, les deux
phases liquides sont volumées et analysées par chromatographie en phase gazeuse.
[0040] Le tableau 5 ci-dessous précise pour chaque solvant fluoré testé :
- le volume initial d'huile essentielle (Vi HE)
- le volume initial de solvant fluoré (Vi SF)
- le volume de l'huile essentielle surnageante à l'équilibre (Veq HE)
- le volume de la phase fluorée à l'équilibre (Veq SF)

[0041] Le tableau 6 ci-dessous précise, pour chaque solvant fluoré testé, le coefficient
de partage (K
eq), entre les deux phases à l'équilibre, des principaux traceurs de l'huile essentielle
; K est défini comme le rapport des concentrations de chaque traceur dans la phase
fluorée et dans l'huile essentielle surnageante lorsque le système biphasique est
à l'équilibre. Le tableau précise en outre, pour chaque traceur, sa teneur initiale
dans l'huile essentielle (C
i) ainsi que sa famille chimique d'appartenance ou sa fonctionnalisation.

[0042] Ces résultats indiquent que les solvants fluorés utilisés sont sélectifs et que,
de façon générale, ils solubilisent les espèces hydrocarbonées terpéniques préférentiellement
aux espèces à fonctions hydroxyles libres. On notera en particulier que le carvacrol
n'est que très faiblement représenté dans la phase fluorée alors qu'il est le constituant
largement majoritaire (70%) de l'huile essentielle.
[0043] Dans le cas du traitement par le PF5052, le linalol constitue une exception avec
une distribution dans la phase fluorée plus élevée que celles de la grande majorité
des hydrocarbures.
Exemple 4 - Fractionnement d'huile essentielle d'origan en mode semi-continu
[0044] Le fractionnement de l'huile essentielle d'origan en mode semi-continu a été effectué
avec le perfluorohexane (PF5060) dont la température d'ébullition à pression atmosphérique
est de 56°C.
[0045] L'extraction est effectuée dans un extracteur liquide/liquide fonctionnant en semi-continu.
L'étage d'extraction contenant l'huile essentielle est équipé d'une jaquette alimentée
par un fluide de thermostatisation. L'étage d'extraction est alimenté en PF5060 (perfluorohexane)
provenant de l'étage de recyclage et distribué sous forme de gouttelettes dans la
couche d'huile essentielle. La phase fluorée, chargée en extrait, est renvoyée au
bouilleur de l'étage de recyclage par un système de trop-plein. Le débit de solvant
fluoré recyclé est fixé en ajustant la puissance de chauffage du bouilleur.
[0046] 40.5 g d'huile essentielle d'origan ont été traités de cette façon, à 20°C et par
un volume total de 7.2 litres (12.2 kg) de perfluorohexane. En fin d'extraction, le
raffinat et l'extrait sont désolvantisés et analysés par chromatographie en phase
gazeuse.
[0047] Le tableau 7 ci-dessous indique la teneur massique en principaux traceurs de l'huile
essentielle d'origan initiale, du raffinat en fin de traitement et de l'extrait obtenu.
TABLEAU 7
| principaux traceurs |
famille chimique |
% dans l'huile initiale |
% dans le raffinat |
% dans l'extrait |
| α-thujène |
monoterpène |
1.1 |
0.3 |
4.2 |
| α-terpinène |
1.0 |
0.3 |
3.4 |
| β-myrcène |
2.3 |
0.7 |
7.8 |
| γ-terpinène |
4.1 |
1.0 |
14.8 |
| p-cymène |
13.0 |
4.0 |
42.8 |
| β-caryophyllène |
sesquiterpène |
3.1 |
0.7 |
11.0 |
| linalol |
alcool monoterpénique |
2.1 |
2.6 |
0.4 |
| carvacrol |
phénol à OH unique libre et stériquement encombré |
67.1 |
86.0 |
5.3 |
[0048] Le bilan massique pour chaque famille de molécule et pour chacune des fractions récupérées
est résumé dans le tableau 8 ci-dessous.
TABLEAU 8
| famille chimique |
masse dans l'huile initiale (g) |
masse dans le raffinat (g) |
masse dans l'extrait (g) |
| monoterpènes / sesquiterpènes |
9.9 |
1.9 |
5.25 |
| alcool monoterpénique |
0.8 |
0.7 |
0.02 |
| phénol à OH unique libre et stériquement encombré |
27 |
24 |
0.33 |
[0049] Ces résultats indiquent que le traitement par le perfluorohexane extrait majoritairement
des monoterpènes et des sesquiterpènes non fonctionnalisés, et augmente ainsi la teneur
en composé aromatique dans le raffinat.
[0050] Le raffinat obtenu est donc enrichi à 86% en carvacrol contre 67% dans l'huile essentielle
de départ par extraction de 80 % des hydrocarbures terpéniques.
1. Procédé de fractionnement d'huiles essentielles ou de fractions d'huiles essentielles
caractérisé en ce qu'il comprend une étape consistant à mettre en contact lesdites huiles essentielles
avec un extractant contenant au moins un solvant fluoré de façon à obtenir une phase
fluorée et une phase non fluorée et une étape de séparation des fractions d'huiles
essentielles contenues dans ladite phase fluorée et dans ladite phase non fluorée,
et
en ce que ledit solvant fluoré est choisi parmi :
- les perfluoroalcanes aliphatiques de formule générale CnF2n+2 avec 5≤n≤15 ;
- les perfluoroalcanes possédant un motif cyclique, de formule générale CnF2n avec 5≤n≤15 ;
- les perfluoroalcanes possédant deux motifs cycliques, de formule générale CnF2n-2 avec 8≤n≤15 ; ou est,
- la perfluoro N-méthylmorpholine de formule C5ONF11.
2. Procédé selon la revendication 1, caractérisé en ce que ledit extractant comprend au moins un co-solvant organique.
3. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 ou 2 caractérisé en ce qu'il est mené dans au moins une enceinte chauffée et thermostatée à une température
prédéterminée.
4. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 3 caractérisé en ce que ladite étape de séparation est effectuée par évaporation.
5. Procédé selon la revendication 4 caractérisé en ce que ladite évaporation est effectuée sous pression réduite.
6. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 5 caractérisée en ce qu'il comprend une étape de recyclage dudit solvant fluoré.
7. Procédé selon les revendications 3 et 6 caractérisé en ce ledit solvant fluoré recyclé est amené à ladite température prédéterminée.
8. Procédé selon l'une quelconque des revendications 3 à 7 caractérisée en ce que ladite phase liquide et/ou ladite phase non fluorée sont refroidies avant de procéder
à la séparation de la ou des fractions d'huiles essentielles qu'elles contiennent.
9. Procédé selon l'une quelconque des revendication 1 à 8 caractérisée en ce qu'il comprend une étape de désolvantisation des fractions d'huiles essentielles obtenues.
10. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 9 caractérisé en ce qu'il comprend une étape consistant à rendre inerte ledit solvant fluoré.
11. Procédé selon l'une quelconque des revendications 1 à 10 caractérisé en ce qu'il consiste à placer ladite huile essentielle dans une enceinte chauffée et thermostatée,
à distribuer ledit extractant contenant ledit solvant fluoré sous forme de goutelettes
dans l'huile essentielle, à collecter ladite phase fluorée dans la partie inférieure
de ladite enceinte.
1. Verfahren zum Fraktionieren ätherischer Öle oder von Fraktionen ätherischer Öle,
dadurch gekennzeichnet, dass es einen Schritt umfasst, bei dem die besagten ätherischen Öle mit einem Extraktionsmittel
in Berührung gebracht werden, das mindestens ein fluoriertes Lösungsmittel enthält,
um eine fluorierte Phase und eine nicht-fluorierte Phase zu erhalten, sowie einen
Schritt zum Abtrennen der in der fluorierten und in der nicht-fluorierten Phase enthaltenen
Fraktionen der ätherischen Öle,
und dass das fluorierte Lösungsmittel unter den folgenden Substanzen gewählt wird:
- aliphatische Perfluoralkane mit der allgemeinen Formel CnF2n+2 mit 5 ≤ n ≤ 15;
- Perfluoralkane mit einer zyklischen Einheit der allgemeinen Formel CnF2n mit 5 ≤ n ≤ 15;
- Perfluoralkane mit zwei zyklischen Einheiten der allgemeinen Formel CnF2n-2 mit 8 ≤ n ≤ 15, oder
- Perfluoro-N-Methylmorpholin der Formel C5ONF11.
2. Verfahren nach Anspruch 1, dadurch gekennzeichnet, dass das Extraktionsmittel mindestens ein organisches Co-Lösungsmittel enthält.
3. Verfahren nach einem der Ansprüche 1 oder 2, dadurch gekennzeichnet, dass es in mindestens einem geheizten und thermostatisch bei einer vorgegebenen Temperatur
gehaltenen Raum erfolgt.
4. Verfahren nach einem der Ansprüche 1 bis 3, dadurch gekennzeichnet, dass der Trennungsschritt durch Verdampfen erfolgt.
5. Verfahren nach Anspruch 4, dadurch gekennzeichnet, dass das erwähnte Verdampfen bei verringertem Druck erfolgt.
6. Verfahren nach einem der Ansprüche 1 bis 5, dadurch gekennzeichnet, dass es einen Schritt zum Rezyklieren des fluorierten Lösungsmittels umfasst.
7. Verfahren nach den Ansprüchen 3 und 6, dadurch gekennzeichnet, dass das rezyklierte fluorierte Lösungsmittel auf die besagte vorgegebene Temperatur gebracht
wird.
8. Verfahren nach einem der Ansprüche 3 bis 7, dadurch gekennzeichnet, dass die flüssige Phase und/oder die nicht-fluorierte Phase vor dem Abtrennen der enthaltenen
Fraktion oder Fraktionen der ätherischen Öle gekühlt wird bzw. werden.
9. Verfahren nach einem der Ansprüche 1 bis 8, dadurch gekennzeichnet, dass es einen Schritt zum Entfernen der Lösungsmittel aus den erhaltenen Fraktionen der
ätherischen Öle umfasst.
10. Verfahren nach einem der Ansprüche 1 bis 9 dadurch gekennzeichnet, dass es einen Schritt zur Inertisierung des fluorierten Lösungsmittels umfasst.
11. Verfahren nach einem der Ansprüche 1 bis 10, dadurch gekennzeichnet, dass das ätherische Öl in einen geheizten und thermostatisch überwachten Raum eingebracht
wird, dass das Extraktionsmittel, welches das fluorierte Lösungsmittel enthält, in
Form von Tröpfchen im ätherischen Öl verteilt und, dass die fluorierte Phase im unteren
Teil des besagten Raumes gesammelt wird.
1. A method for fractionating essential oils or fractions of essential oils,
characterized in that it comprises a step consisting of contacting said essential oils with an extracting
agent containing at least one fluorinated solvent in order to obtain a fluorinated
phase and a non-fluorinated phase and a step for separating the fractions of essential
oils contained in said fluorinated phase and in said non-fluorinated phase, and
in that said fluorinated solvent is selected from:
- aliphatic perfluoroalkanes with general formula CnF2n+2 with 5 ≤ n ≤ 15;
- perfluoroalkanes having a cyclic unit, with general formula CnF2n with 5 ≤ n ≤ 15;
- perfluoroalkanes having two cyclic units, with general formula CnF2n-2 with 8 ≤ n ≤ 15; or is
- perfluoro-N-methylmorpholine with formula C5ONF11.
2. The method according to claim 1, characterized in that said extracting agent comprises at least one organic co-solvent.
3. The method according to any of claims 1 or 2, characterized in that it is conducted in at least one heated and thermostatized enclosure at a pre-determined
temperature.
4. The method according to any of claims 1 to 3, characterized in that said separation step is carried out by evaporation.
5. The method according to claim 4, characterized in that said evaporation is carried under reduced pressure.
6. The method according to any of claims 1 to 5, characterized in that it comprises a recycling step of said fluorinated solvent.
7. The method according to claims 3 and 6, characterized in that said recycled fluorinated solvent is brought to said predetermined temperature.
8. The method according to any of claims 3 to 7, characterized in that said liquid phase and/or said non-fluorinated phase are cooled before proceeding
with the separation of the fraction(s) of essential oils which they contain.
9. The method according to any of claims 1 to 8, characterized in that it comprises a step for desolventizing the obtained fractions of essential oils.
10. The method according to any of claims 1 to 9, characterized in that it comprises a step consisting of inertizing said fluorinated solvent.
11. The method according to any of claims 1 to 10, characterized in that it consists of placing said essential oil in a heated and thermostatized enclosure,
distributing said extracting agent containing said fluorinated solvent as droplets
in the essential oil, collecting said fluorinated phase in the lower portion of said
enclosure.