[0001] L'invention concerne un réservoir tout-composite de stockage de gaz naturel comprimé
à haute pression à bord d'un véhicule.
[0002] Le stockage de gaz naturel sous forme de gaz comprimé à haute pression à bord d'un
véhicule, représente un bon compromis d'un point de vue :
- du ratio masse du réservoir/capacité en eau (exprimé en kg/litre),
- et du coût.
[0003] La réglementation concernant les réservoirs haute pression pour le stockage à bord
des véhicules automobiles du gaz naturel utilisé comme combustible, reconnaît 4 types
de réservoirs de forme cylindrique :
- 1. les réservoirs entièrement métalliques (1 kg/litre) ;
- 2. les réservoirs frettés dont le "liner" ou chemise intérieure (partie en contact
avec le gaz) assure à lui seul la résistance mécanique ; l'enroulement filamentaire
autour de la chemise n'assure qu'un complément de sécurité par rapport à la rupture
(0,8 kg/litre) ;
- 3. les réservoirs entièrement renforcés, constitués d'une chemise métallique assurant
l'étanchéité et d'un renfort bobiné sur les parties cylindriques ainsi que sur les
extrémités (0,4 kg/litre) ;
- 4. les réservoirs "tout-composites" constitués d'une chemise en matière plastique
et bobinés sur les parties cylindriques ainsi que sur les extrémités (0,35 kg/litre).
De tels réservoirs sont connus par exemple par les documents US 5025943 et US 5499.739 et EP 0 353 850.
[0004] Ces 4 types de réservoirs répondent aux spécifications données par la réglementation
et font l'objet de contrôles rigoureux pendant leur durée de vie. Soumis à des essais
particulièrement sévères (statique, fatigue, impact de projectiles basse et haute
énergie, feu), ils présentent le même niveau de sécurité.
[0005] La substitution d'un réservoir en acier (type 1) par un réservoir "tout-composite"
(type 4) est donc une réponse à l'allégement du stockage de gaz, embarqué à bord d'un
véhicule.
[0006] Pour obtenir l'équivalent énergétique d'un carburant liquide (essence ou gasoil)
contenu dans un volume V, il faut stocker, à 200 bar, un volume de gaz naturel égal
à 4 fois le volume de carburant liquide (soit 4V).
[0007] De plus, le temps de remplissage d'un carburant gazeux est plus long que celui d'un
carburant liquide, si la station n'est pas dimensionnée en conséquence.
[0008] A titre d'exemple, le temps nécessaire au remplissage d'un réservoir de gaz naturel
à 200 bar d'une capacité égale à 100 litres (en eau) peut varier de 8 heures pour
une station domestique (débit de remplissage: 3 m
3(n)/h), à 3 minutes pour une station-service utilisant un stockage tampon (débit de
remplissage : 600 m
3(n)/h).
[0009] Ainsi, le remplissage rapide (remplissage dont la durée est équivalente à celle nécessaire
pour effectuer le remplissage d'un carburant liquide) est possible, mais à condition
que le réservoir dissipe correctement les calories du gaz engendrées par la compression
dans un temps très court, vers l'extérieur. Or tel n'est pas le cas dans les réservoirs
tout-composites connus. La substitution d'un réservoir en acier (type 1) par un réservoir
tout-composite (type 4) n'est donc pas aujourd'hui la bonne solution pour réaliser
un remplissage rapide.
[0010] Autrement dit, si on compare les réservoirs de type 1 (entièrement métalliques) et
de type 4 (tout-composites), le bénéfice de l'allégement obtenu avec les seconds est
perdu par des propriétés thermiques inférieures à celles des premiers.
[0011] Le but de l'invention est de proposer un réservoir tout-composite présentant des
qualités thermiques améliorées et vraiment apte au remplissage rapide.
[0012] Le but de l'invention est atteint grâce à un réservoir tout-composite, présentant
une chemise interne en plastique, destinée à être en contact avec le gaz, dont la
résistance mécanique est assurée par un bobinage filamentaire noyé dans une matrice
de résine et caractérisé par la présence de charges conductrices thermiquement dans
la matière plastique de la chemise interne. Ces charges participent à la dissipation
des calories du gaz naturel vers l'ambiante. La chemise devient ainsi conductrice
thermiquement et ne constitue plus une barrière thermique.
[0013] Avantageusement, la résine de la matrice du bobinage filamentaire est elle-même chargée
en matière thermiquement conductrice, qui confère au bobinage un rôle conducteur ou
renforce ce rôle dans le cas où la fibre filamentaire du bobinage est déjà conductrice
(comme la fibre de carbone par exemple).
[0014] Les produits qui peuvent être utilisés au titre de charge conductrice du plastique
de la chemise et de la résine de la matrice sont avantageusement choisis parmi le
groupe contenant : les poudres et paillettes métalliques (le métal étant l'aluminium,
le fer, le cuivre, l'argent, etc.) ; les microbilles de verre métallisées, recouvertes
de cuivre ou d'autre métal ; les particules de 10 à 500 µm de carbone (noir de carbone)
; de la fibre de carbone courte (coupée ou autre) ; des poussières de graphite ; de
la mousse métallique ; de la mousse de fibres composites en petits fragments.
[0015] Avantageusement, la charge conductrice est une poudre métallique ajoutée dans une
proportion de l'ordre de 10 à 30% en volume, et de préférence voisine de 20%, ce qui
permet d'augmenter considérablement la conductivité sans pénaliser la masse totale
de manière critique.
[0016] Les matières plastiques utilisées pour la chemise et les résines et les fibres utilisées
pour la couche de bobinage sont les matières bien connues de l'homme du métier. La
chemise peut notamment être en matière thermoplastique de type haute densité (P.H.D.E.)
et moyenne densité (P.M.D.E.), et la résine être de type polyester, époxy, ou polyuréthanne.
L'enroulement filamentaire peut être de toutes les fibres composites connues (carbone,
aramide, verre, ...).
[0017] D'autres caractéristiques et avantages de l'invention ressortiront à la lecture de
la description qui va suivre, en référence aux dessins annexés sur lesquels :
- la figure 1 est un graphe de simulation de l'évolution de la température du gaz dans
un réservoir de 100 litres lors d'un remplissage rapide et lent, en fonction du temps
t,
- la figure 2 est un graphe montrant l'évolution de la température T0,008;t de la paroi extérieure (extrados) de la chemise intérieure d'un réservoir, d'épaisseur
0,008 m, en fonction du temps t, pour deux types de réservoir, à savoir un réservoir
tout-composite et un réservoir en aluminium à iso-capacité en eau.
- la figure 3 est un graphe montrant l'évolution de la température du gaz en fonction
du temps dans les réservoirs de la figure 2,
- la figure 4 est une vue schématique d'un réservoir tout-composite conforme à l'invention.
[0018] Ainsi, comme il a été dit précédemment, la substitution d'un réservoir entièrement
métallique de gaz comprimé par un réservoir "tout-composite" permet d'alléger le stockage
embarqué à bord du véhicule, sans concessions sur les caractéristiques mécaniques
(iso-niveau de sécurité), mais les caractéristiques thermiques des réservoirs métalliques
et en matériaux composites sont par contre très différentes.
[0019] Pour obtenir un temps de remplissage comparable à celui d'un carburant liquide, il
faut augmenter le débit de remplissage de la station avec les conséquences suivantes
:
- lors de la compression du gaz dans le réservoir, celui-ci s'échauffe d'autant plus
vite que le remplissage est rapide : la densité du gaz et la masse de carburant embarquée
est donc inférieure à celle qui le serait dans le cas d'un remplissage lent (plusieurs
heures) à même seuil d'arrêt (> 200 bars). L'autonomie du véhicule ayant ravitaillé
dans une station à remplissage rapide est alors inférieure à celle indiquée dans le
carnet de bord.
Dans l'hypothèse où le réservoir n'évacuerait pas la chaleur engendrée par la compression
adiabatique (et c'est d'autant plus vrai que le remplissage est rapide), le graphe
de la figure 1 montre l'évolution de la température du gaz dans celui-ci selon que
le remplissage est isotherme (la température finale T est égale à la température initiale
T1, par exemple 15°C, un remplissage rapide à 540 Nm3/h et un remplissage lent à 3 Nm3/h (la température T du gaz varie entre la température initiale T1 correspondant à 1 bar et une température maximale correspondant à 200 bar, par exemple
de l'ordre de 150 °C) :
- La surface d'échange d'un réservoir de forme cylindrique (rapport surface/volume faible)
étant déjà faible, le réservoir "tout-composite" à chemise plastique donne naissance
à l'effet bouteille "Thermos"® (bouteille isotherme) s'il ne dissipe pas suffisamment
vite les calories engendrées par la compression du gaz. Ces calories non dissipées
engendrent un échauffement de la matière plastique de la chemise et donc une perte
des propriétés mécaniques de celle-ci (passage d'un comportement élastique plastique
à un comportement élastique caoutchouteux).
- Pour compenser la chute de densité du gaz, l'exploitant de la station de remplissage
augmente la pression de remplissage ; par là même, l'énergie nécessaire à la compression
est plus importante et donc la dépense énergétique est accrue.
[0020] La diffusivité (rapport entre la conductibilité thermique et la chaleur calorifique
d'un m
3 de matériau) caractérise la capacité d'un matériau à conduire la chaleur.
[0021] Le tableau annexé montre que les propriétés thermiques entre les matériaux métalliques
et les matières plastiques sont très différentes. Il en résulte des comportements
thermiques très différents des réservoirs de type 3 et 4 qui sont comparés sur les
graphes des figures 2 et 3. On constate qu'à iso-épaisseur et iso-chargement thermique
(la température finale du gaz T
s après un chargement rapide inférieur à 30s est fixée, par exemple à 140 °C et correspond
à la température maximale du gaz à 200 bar), l'évolution de la température extérieure
de la chemise intérieure est différente selon que le réservoir est de type 3 (chemise
en aluminium) ou de type 4 (chemise en polyéthylène), comme le montre la figure 2
[0022] Les températures de la surface extérieure des chemises (extrados) évoluent asymptotiquement
mais celle-ci est sensiblement atteinte beaucoup plus tardivement dans le cas de la
chemise en plastique que dans le cas de la chemise en aluminium, du fait de la faible
diffusivité du matériau plastique.
[0023] Cette différence de comportement thermique entre les deux types de réservoirs a les
conséquences suivantes :
- le réservoir "tout-composite" monte plus vite en pression sous l'effet des calories
non dissipées ; la pression-seuil correspondant à l'arrêt de la station est atteinte
plus rapidement et la masse de gaz embarquée est plus faible ;
- le réservoir à chemise en aluminium permet d'assurer un refroidissement plus efficace
du gaz. Si on fait abstraction du temps, le mode de conduction/convection en régime
permanent, permet en effet, de décomposer la résistance thermique d'un réservoir en
:
- une résistance cylindrique faisant intervenir la conductibilité thermique du matériau
λ et ses caractéristiques géométriques ;
- une résistance due à la convection entre la surface externe du réservoir et l'air
ambiant (constant quel que soit le type de matériau).
[0024] Le graphe de la figure 3 représente l'évolution de température du gaz naturel après
remplissage, dans les deux cas étudiés :
[0025] On y voit que la nature du matériau a une influence sur la température du gaz après
l'opération ; pour que la température du gaz revienne à 65°C (limite admissible en
régime stabilisé), il faut :
- 30 minutes pour un réservoir à chemiser en plastique ;
- 24 minutes pour un réservoir à chemise en aluminium.
[0026] Le réservoir constitué d'une chemise en aluminium et entièrement bobiné par de la
fibre de carbone (type. 3) représente donc apparemment la meilleure solution technique
car il est performant d'un point de vue :
- Allégement (2,5 fois plus léger qu'un réservoir en acier à iso-capacité en eau);
- thermique (7 fois plus "diffusant" que l'acier).
[0027] Néanmoins, cette solution est coûteuse du fait de la fabrication de la chemise en
aluminium, comparée à celle de la chemise en plastique.
[0028] C'est pourquoi l'invention propose un réservoir cylindrique 1 (cf. figure 4) comportant
une chemise intérieure en plastique 2 entourée par une couche 3 d'enroulement filamentaire
noyé dans une matrice de résine, le réservoir déterminant une capacité intérieure
de remplissage 4 accessible par une ouverture 5, dans lequel la chemise en plastique
2 ainsi que, de préférence, la résine de la couche 3 ont été chargées par des matières
conductrices, les additifs conducteurs apportés ne modifiant pas le processus de fabrication
du réservoir et améliorant la conductibilité thermique du réservoir sans pénaliser
les fonctions d'étanchéité du plastique de la chemise et de liant de la résine de
la couche d'enroulement filamentaire.
[0029] Les charges conductrices permettent de conférer au réservoir 1 sur toute son épaisseur
une conductibilité suffisante sans augmentation prohibitive de masse ; en effet, un
ajout de 20%, par exemple, d'aluminium (en volume) accroît de 100% la conductibilité
thermique de la résine ainsi chargée et dégrade seulement de 10% la masse du réservoir.
[0030] La solution de l'invention ne modifie pas les procédés de fabrication de la chemise
plastique car il s'agit d'un ajout de charges conductrices ni de l'enroulement filamentaire
qui peut toujours être réalisé par voie sèche ou par voie humide.
[0031] En fin de production, la méthode de contrôle par potentionmétrie permet de s'assurer
de la faible résistance thermique de la chemise interne : par application d'une tension
électrique sur l'épaisseur du plastique, on mesure l'efficacité de la présence des
charges conductrices grâce à une chute de tension variant dans le même sens que la
thermoconductivité.
TABLEAU
| |
Masse volumique ρ (kg/m3) |
Chaleur spécifique Cp (J/kg.K) |
Conductibilité thermique λ (w/m.K) |
Diffusivité |
| Caractéristiques |

|
| Matériaux |
|
| |
Acier |
7 900 |
490 |
47 |
1,2.10-5 |
| Métalliques |
Aluminium |
2 600 |
879 |
204 |
8,9.10-5 |
| |
Cuivre |
8 800 |
394 |
384 |
1,1.10-4 |
| Plastique |
Polyéthylène |
950 |
1800 |
0,45 |
2.6.10-7 |
1. Réservoir tout-composite du type présentant une chemise interne (2) en plastique destinée
à être en contact avec le gaz, entourée par un bobinage filamentaire (3) noyé dans
une matrice de résine, caractérisé en ce que la matière plastique de la chemise interne (2) contient des charges conductrices
thermiquement.
2. Réservoir selon la revendication 1, caractérisé en ce que la résine de la matrice du bobinage filamentaire (3) contient des charges conductrices
thermiquement.
3. Réservoir selon l'une quelconque des revendications 1 ou 2, caractérisé en ce que les charges thermiquement conductrices sont choisies parmi le groupe contenant :
les poudres et paillettes métalliques ; les microbilles de verre métallisées, les
particules de 10 à 500 µm de carbone ; de la fibre de carbone courte ; des poussières
de graphite ; de la mousse métallique ; de la mousse de fibres composites en petits
fragments.
4. Réservoir selon l'une quelconque des revendications 1 à 3, caractérisé en ce que la charge conductrice est une poudre métallique ajoutée dans une proportion de l'ordre
de 10 à 30% en volume.
1. All-composite tank of the type having an internal plastic liner (2) designed to be
in contact with the gas, surrounded by a filamentary winding (3) embedded in a resin
matrix, characterized in that the plastic of the internal liner (2) contains thermally conductive fillers.
2. Tank according to Claim 1, characterized in that the resin of the matrix of the filamentary winding (3) contains thermally conductive
fillers.
3. Tank according to either of Claims 1 and 2, characterized in that the thermally conductive fillers are selected from the group containing: metal powders
and flakes; metallized glass microspheres; 10 to 500 µm carbon particles; carbon fibre
wool; graphite powder; metal sponge; small fragments of composite fibre foam.
4. Tank according to any one of Claims 1 to 3, characterized in that the conductive filler is a metal powder added in a proportion of the order of 10
to 30% by volume.
1. Tank aus Vollverbundmaterial des Typs, der eine innere Auskleidung (2) aus Kunststoff
aufweist, die dazu bestimmt ist, mit dem Gas in Kontakt zu sein, die von einer Faserwicklung
(3) umschlossen ist, die in eine Harzmatrix getaucht ist, dadurch gekennzeichnet, dass das Kunststoffmaterial der inneren Auskleidung (2) thermisch leitende Füllstoffe
enthält.
2. Tank nach Anspruch 1, dadurch gekennzeichnet, dass das Harz der Matrix der Faserwicklung (3) thermisch leitende Füllstoffe enthält.
3. Tank nach einem der Ansprüche 1 oder 2, dadurch gekennzeichnet, dass die thermisch leitenden Füllstoffe ausgewählt sind aus der Gruppe, enthaltend: metallische
Pulver und Plättchen; metallisierte Glasmikrokugeln, 10 bis 500 µm große Kohlenstoffteilchen;
kurze Kohlenstofffaser; Graphitstaub; metallischen Schaum; Schaum aus Verbundfasern
in kleinen Fragmenten.
4. Tank nach einem der Ansprüche 1 bis 3, dadurch gekennzeichnet, dass der leitende Füllstoff ein metallisches Pulver ist, das in einem Anteil in einer
Größenordnung von 10 bis 30 Vol.-% zugefügt wird.