[0001] La présente invention concerne une pièce d'horlogerie à sonnerie comportant un mobile
de centre faisant un tour par heure et pourvu d'un premier limaçon et d'une surprise
associée à celui-ci, un deuxième limaçon, une pièce à crémaillère reliée à une commande
de sonnerie et agencée pour pivoter à partir d'une position de repos lorsque ladite
commande est actionnée, la pièce à crémaillère étant pourvue d'un palpeur agencé pour
buter contre le deuxième limaçon lorsque la commande de sonnerie est actionnée, un
sautoir de surprise agencé pour s'appuyer contre la surprise sous l'effet d'un ressort
pour faire pivoter la surprise sur le premier limaçon, et un dispositif isolateur
de surprise agencé pour tenir le sautoir de surprise à l'écart de la surprise lorsque
la pièce à crémaillère est en position de repos.
[0002] Rappelons que pratiquement toutes les pièces d'horlogerie capables de sonner les
quarts et les minutes (ou les intervalles de cinq minutes) comportent une came escamotable
appelée "surprise", qui est associée au limaçon des minutes (ou des cinq minutes).
L'extrémité de chacune des quatre branches de ce limaçon doit être rétrécie pour permettre
au palpeur des minutes d'atteindre l'échelon le plus proche du centre du limaçon,
quand quatorze minutes doivent être sonnées. Il en résulte que l'échelon extérieur
du limaçon, qui correspond à zéro minute de sonnerie, s'étend sur un angle inférieur
à la valeur normale de 6° correspondant à la rotation du mobile de centre en une minute.
Les quatre branches de la surprise servent à agrandir temporairement cet échelon au
début de chaque quart d'heure. Le sautoir de surprise commande le pivotement de la
surprise sur le limaçon en s'appuyant contre l'extrémité d'une des branches de la
surprise. Dans les anciennes pièces d'horlogerie, cet appui était continu durant les
dernières minutes d'un quart d'heure et les premières minutes du quart d'heure suivant.
Le frottement du sautoir sur la surprise pendant cette durée produisait une usure
notable des pièces en contact et tendait à ralentir le mouvement d'horlogerie.
[0003] Pour pallier cet inconvénient, on a inventé il y a plus d'un siècle des dispositifs
isolateurs de surprise, qui maintiennent le sautoir hors de prise de la surprise tant
que la sonnerie des minutes n'est pas demandée. On trouve une description détaillée
d'un exemple d'un isolateur de surprise aux pages 175 à 181 de la troisième édition
du livre de F. Lecoultre intitulé "Les montres compliquées" et publié par Chs. Rohr
& Cie SA, Bienne (Suisse) en 1985 (ISBN 2-88175-000-1). Ce dispositif est formé par
un levier supplémentaire à deux branches, dont l'une s'appuie contre la commande de
sonnerie lorsque celle-ci est au repos, pour que l'autre branche tienne pendant ce
temps le sautoir de surprise à distance de la surprise, contre la force du ressort
agissant sur le sautoir. La commande de sonnerie agit d'une part sur la pièce à crémaillère
et d'autre part sur l'isolateur de surprise.
[0004] Dans le brevet CH 11660, il est décrit un isolateur de surprise comportant aussi
un levier supplémentaire, mais agencé différemment. Dans ce cas, l'un des bras du
levier isolateur prend appui sur la pièce à crémaillère pour que le levier garde une
position telle que son autre bras retienne le sautoir de surprise. La commande de
sonnerie agit sur le premier bras pour faire pivoter le levier de façon à pousser
la pièce à crémaillère et libérer pendant ce temps le sautoir de surprise. Par contre,
dans ce mécanisme le palpeur des heures n'est pas monté sur la pièce à crémaillère.
[0005] Dans les deux dispositifs susmentionnés, la fonction d'isolateur de surprise nécessite
un levier supplémentaire relativement grand, qui est gênant dans un mécanisme déjà
très compliqué. La présente invention permet d'éviter cet inconvénient grâce à une
construction très simple et peu encombrante.
[0006] A cet effet, l'invention concerne une pièce d'horlogerie à sonnerie du genre indiqué
ci-dessus en préambule, caractérisée en ce que le dispositif isolateur de surprise
comporte un élément saillant fixé à la pièce à crémaillère et agencé pour coopérer
avec le sautoir de surprise pour écarter celui-ci de la surprise.
[0007] Selon un mode de réalisation préféré de l'invention, ledit élément saillant, qui
peut être formé par une goupille agencée pour s'appuyer contre un bord du sautoir
de surprise, est disposé sur ledit palpeur, lequel est formé de préférence par un
bras de la pièce à crémaillère qui croise le sautoir de surprise. Ledit palpeur peut
être soit le palpeur des heures, agencé pour palper un limaçon des heures, soit un
autre palpeur disposé sur une pièce à crémaillère et agencé pour palper par exemple
un limaçon des quarts.
[0008] D'autres caractéristiques et avantages de la présente invention apparaîtront dans
la description suivante d'un mode de réalisation préféré, présenté à titre d'exemple
non limitatif en référence aux dessins annexés, dans lesquels :
- la figure 1 est une vue en plan montrant le dispositif isolateur de surprise selon
l'invention et les éléments auxquels il est associé dans le mécanisme de sonnerie
d'une montre à grande sonnerie, dans une position de repos de ce mécanisme;
- la figure 2 représente les éléments de la figure 1 dans une position où la commande
de sonnerie vient d'être actionnée, et
- la figure 3 représente les mêmes éléments que la figure 1, à une échelle agrandie.
[0009] Le mécanisme représenté dans les dessins représente un mobile de centre 1 entraîné
par le mouvement d'horlogerie pour faire un tour par heure dans le sens de la flèche
A. Le mobile 1 comporte une chaussée 2, un limaçon des quarts 3 et un limaçon des
minutes 4 équipé d'une surprise 5. Chaque branche 4a, 4b, 4c et 4d du limaçon des
minutes comporte quinze échelons, dont le premier 6a, situé le plus à l'extérieur
et correspondant à la première minute d'un quart d'heure, est plus étroit que les
autres. La surprise a pour fonction de prolonger cet échelon lorsqu'elle est dans
sa position active 5a représentée en traits interrompus dans la figure 1. La position
de la surprise 5 dessinée en traits continus est sa position escamotée. Elle est maintenue
par un ressort de rappel (non représenté) s'appuyant sur le limaçon 4.
[0010] Un sautoir de surprise 8 est formé par un levier monté de manière pivotante en 9
et sollicité par un ressort 10 qui s'appuie contre une goupille 11 du sautoir 8 pour
le pousser en direction de la surprise 5, le sautoir ayant un bec 12 en V qui présente
un plan incliné 13 servant à faire pivoter la surprise 5 dans le sens de la flèche
A contre la force du ressort de rappel susmentionné. Une butée fixe 15 retient le
sautoir 8 quand il est avancé sans pouvoir s'appuyer contre la surprise.
[0011] Un limaçon des heures 16, formant une came à douze échelons 17, est fixé par une
vis 18 à une étoile 19 qui est entraînée pas à pas par le mouvement d'horlogerie de
façon à effectuer un tour en douze heures. Un sautoir 20 sollicité par un ressort
21 maintient l'étoile 19 dans chacune de ses douze positions.
[0012] Une pièce à crémaillère 22 est montée de manière pivotante en 23 et comporte une
goupille 24 contre laquelle s'appuie un ressort 25 qui tend à faire pivoter la pièce
22 dans le sens de la flèche B. Un bras de la pièce 22 constitue un palpeur des heures
26 dont l'extrémité 27 va buter contre l'un des échelons 17 du limaçon des heures
16 lorsque la pièce 22 pivote dans le sens de la flèche B. La pièce 22 comporte en
outre une crémaillère 28 en arc de cercle, centrée en 23 et s'engrenant sur un pignon
de crémaillère 29 monté de manière librement rotative sur un mobile de centre de sonnerie
30 pourvu d'un plateau d'entraînement 31. Le mobile de centre de sonnerie 30 comporte
un pignon (non représenté) qui est en prise avec un barillet de sonnerie tendant à
le faire tourner dans le sens de la flèche C. Le pignon de crémaillère 29 fait partie
d'un mobile appelé tourelle, qui est rotatif autour du mobile 30 et comporte en outre
un rochet à dents de loup 33 et un rochet des heures 34 destiné à actionner le marteau
des heures (non représenté). Le plateau 31 porte un crochet 36 sollicité par un ressort
37 pour s'accrocher aux dents de loup du rochet 33 afin d'empêcher que la tourelle
comprenant le pignon 29 ne tourne sous l'effet de la crémaillère 28 et du ressort
25.
[0013] La commande de sonnerie ne sera pas décrite en détail ici. Il suffit de mentionner
que pour mettre en action le mécanisme qui vient d'être décrit, elle comporte une
roue dentée 40 montée sous le plateau 31 de façon à pouvoir pivoter dans une mesure
limitée par rapport à celui-ci, la roue 40 ayant une goupille de commande 41 qui peut
s'appuyer contre un pan incliné 42 du crochet 36 pour dégager celui-ci des dents du
rochet 33.
[0014] Dans la position de repos illustrée par les figures 1 et 3, le mobile de centre 1
tourne avec l'aiguille des minutes de la montre, tandis que l'étoile des heures 19
avance d'un pas par heure. Toutes les autres pièces représentées restent immobiles
tant que la commande de sonnerie n'est pas actionnée, car le mobile de centre de sonnerie
30 est alors bloqué par la pièce des minutes (non représentée), qui bloque en fin
de course le rouage de sonnerie.
[0015] Le crochet 36 immobilise la tourelle formée par les éléments 29, 33 et 34, ce qui
retient la pièce à crémaillère 22 à l'encontre de la force du ressort 25. Dans cette
position de repos, une goupille 44, disposée en saillie sur le palpeur des heures
26 qui croise le sautoir de surprise 8, s'appuie contre un bord 45 du sautoir 8 et
maintient celui-ci à l'écart de la trajectoire 46 des extrémités des bras de la surprise
5. Ainsi, le palpeur 26 et sa goupille 44 constituent un dispositif isolateur de surprise
47.
[0016] Lorsque la commande de sonnerie est actionnée, la roue dentée 40 tourne de quelques
degrés dans le sens de la flèche C par rapport au plateau d'entraînement 31, de sorte
que sa goupille 41 soulève le crochet 36 et libère la tourelle comprenant les éléments
29, 33 et 34. Cette tourelle est alors entraînée en rotation par la pièce à crémaillère
22 pivotant sous l'action du ressort 25. Dès le début de ce pivotement, la goupille
44 laisse le sautoir de surprise 8 pivoter en direction du mobile de centre 1. Si
à ce moment-là l'une des branches 4a à 4d du limaçon des minutes 4 se trouve à proximité
d'un des pans inclinés 12 et 13 du bec du sautoir 8, ce pan s'appuie contre la branche
correspondante de la surprise 5 et met celle-ci dans la position appropriée, de manière
connue. La pièce à crémaillère 22 continue de pivoter jusqu'à ce que l'extrémité 27
de son palpeur 26 bute contre le limaçon des heures 16, ce qui arrête l'action du
rochet des heures 34. Ensuite, le mécanisme représenté est ramené à la position de
repos de la figure 1 par l'action du barillet de sonnerie entraînant le mobile de
centre de sonnerie 30. La goupille 44 de l'isolateur de surprise 47 soulève de nouveau
le sautoir de surprise 8 et le tiendra à l'écart de la surprise 5 tant que la commande
de sonnerie ne sera pas actionnée à nouveau.
[0017] La description qui précède montre que la présente invention permet de réaliser un
dispositif isolateur de surprise sans aucune pièce mobile supplémentaire, simplement
grâce à l'adjonction d'un élément saillant 44 sur une partie de la pièce à crémaillère
22 qui se déplace au voisinage d'un bord du sautoir de surprise 8. On notera que cet
élément saillant n'est pas nécessairement disposé sur le palpeur des heures 26, mais
pourrait se trouver sur un autre bras de la pièce 22 et présenter toute autre configuration
apte à coopérer avec le sautoir 8, par exemple sous la forme d'un crochet ou d'un
rebord plié à angle droit.
[0018] Bien que l'exemple décrit ci-dessus se rapporte au cas d'une surprise associée au
limaçon des minutes, il faut rappeler qu'un dispositif isolateur de surprise selon
l'invention peut aussi bien coopérer avec une surprise associée à un autre limaçon,
notamment un limaçon des quarts ou des cinq minutes.
[0019] L'invention est utilisable dans toute pièce d'horlogerie pourvue d'une sonnerie,
notamment une montre à répétition minutes ou à grande sonnerie.
1. Pièce d'horlogerie à sonnerie comportant :
- un mobile de centre (1) faisant un tour par heure et pourvu d'un premier limaçon
(4) et d'une surprise (5) associée à celui-ci,
- un deuxième limaçon (16),
- une pièce à crémaillère (22) reliée à une commande de sonnerie (40, 41) et agencée
pour pivoter à partir d'une position de repos lorsque ladite commande est actionnée,
la pièce à crémaillère étant pourvue d'un palpeur (26) agencé pour buter contre le
deuxième limaçon (16) lorsque la commande de sonnerie est actionnée,
- un sautoir de surprise (8) agencé pour s'appuyer contre la surprise sous l'effet
d'un ressort (10) pour faire pivoter la surprise (5) sur le premier limaçon (4),
- et un dispositif isolateur de surprise (47) agencé pour tenir le sautoir de surprise
(8) à l'écart de la surprise lorsque la pièce à crémaillère est en position de repos,
caractérisée en ce que le dispositif isolateur de surprise (47) comporte un élément saillant (44) fixé à
la pièce à crémaillère (22) et agencé pour coopérer avec le sautoir de surprise (8)
pour écarter celui-ci de la surprise.
2. Pièce d'horlogerie selon la revendication 1, caractérisée en ce que ledit élément saillant (44) est disposé sur ledit palpeur (26).
3. Pièce d'horlogerie selon la revendication 2, caractérisée en ce que ledit palpeur (26) est formé par un bras de la pièce à crémaillère (22) qui croise
le sautoir de surprise.
4. Pièce d'horlogerie selon l'une des revendications précédentes, caractérisée en ce que ledit élément saillant est formé par une goupille (44) agencée pour s'appuyer contre
un bord (45) du sautoir de surprise.
5. Pièce d'horlogerie selon l'une des revendications précédentes, caractérisée en ce que le premier limaçon est un limaçon des minutes (4) ou des cinq minutes.
6. Pièce d'horlogerie selon l'une des revendications précédentes, caractérisée en ce que le deuxième limaçon est un limaçon des heures (16).