[0001] La présente invention concerne les véhicules destinés à sécuriser les itinéraires
en provoquant l'explosion des mines antichar à pression.
Il existe plusieurs types de mines antichar déclenchées par pression. Elles représentent
une menace pour tous les types de véhicules. De telles mines provoquent des destructions
importantes du train de roulement et de la caisse des véhicules à roues ou à chenilles.
Dans l'un des types, la mine est déclenchée lorsque la force totale exercée par la
pression d'une roue sur un plateau de grande taille, dont le diamètre peut aller jusqu'à
celui de la mine c'est-à-dire environ 400 mm pour les mines les plus larges connues,
dépasse un seuil déterminé, qui correspond souvent à une pression inférieure à 1 bar.
[0002] Dans un autre type, la mine est munie de plusieurs pions en saillie présentant un
diamètre et une hauteur de un à quelques cm (souvent d'environ 3cm) pouvant chacun
être activés par une force dépassant un seuil qui est souvent de l'ordre de 1500 Newton.
[0003] On a déjà proposé des systèmes de leurrage des mines à pression, destinés à activer
les capteurs à plateau et à pions de façon à faire exploser la mine au passage du
système, qui est prévu pour que sa remise en ordre de marche après une explosion soit
facile.
[0004] Un premier système utilise des rouleaux, charrues ou fléaux poussés par un char.
Ces moyens sont très lourds et ne sont pas adaptés au traitement rapide de voies de
circulation que l'on souhaite ne pas dégrader systématiquement en déminant.
[0005] En conséquence, le système de leurrage le plus répandu est constitué par un véhicule
ayant un châssis portant des gueuses de lestage et muni de roues à pneumatiques. Un
tel véhicule peut être déplacé assez rapidement. Les pneumatiques permettent de suivre
les irrégularités du sol. Le véhicule ne dégrade pas systématiquement la chaussée
à sécuriser.
[0006] La charge du châssis doit être suffisante pour que la force verticale appliquée au
sol par les pneus dépasse le seuil de déclenchement des capteurs de mine à pions.
On adopte généralement une charge au sol d'environ 2000 Newtons.
[0007] Pour sécuriser provisoirement un itinéraire en vue du passage d'un convoi dont tous
les véhicules ont la même voie entre roues d'un essieu, il suffit de faire exploser
les mines qui se trouvent sur deux traces parallèles ayant chacune environ un mètre
de large. Mais cela impose que les véhicules du convoi suivent exactement celui qui
a ouvert la voie. Pour rendre l'itinéraire sûr, toute la largeur de la voie de roulement
doit être dégagée. Pour cela, il faut que les roues du véhicule, dans leur ensemble,
balayent la totalité de la voie ce qui oblige à utiliser des pneumatiques larges pour
diminuer leur nombre. Pour que le véhicule de déminage puisse franchir des obstacles,
les roues doivent avoir un diamètre élevé. Dans la pratique, pour remplir les critères
habituels, les roues doivent avoir pour cela au moins un mètre de diamètre. Du fait
de ce diamètre et de leur largeur, les roues ont une surface de contact avec le sol
élevée, supérieure à celle des mines à plateau, ce qui oblige à charger très fortement
les châssis pour arriver à déclencher à coup sûr les mines. Cela implique à l'heure
actuelle, dans le cas d'une voie de 4 mètres, le passage de 10 pneumatiques ayant
chacun 40 cm de largeur.
[0008] A titre d'autre exemple, on peut indiquer qu'un train de déminage utilisé à l'heure
actuelle comporte trois remorques pesant au total 22 tonnes, permettant de sécuriser
une voie de 3,10 mètres de large et comportant 11 pneumatiques ayant chacun environ
270 mm de largeur.
[0009] La présente invention vise à fournir un véhicule de déminage par leurrage des mines
antichar répondant mieux que ceux antérieurement connus aux exigences de la pratique,
notamment en ce qu'il permet de réduire notablement la masse du véhicule.
[0010] Dans ce but l'invention propose notamment un véhicule de leurrage de mines à pression,
ayant un châssis destiné à être attelé à un véhicule d'entraînement, et porté par
au moins un train de roues caractérisé en ce que chaque train de roues comporte un
croisillon, monté en rotation par rapport au châssis autour d'un axe de rotation,
et dont les bras portent chacun une roue porteuse tournant autour d'un axe d'un moyeu,
deux roues opposées, par rapport à l'axe de rotation du croisillon, étant alignées
dans le sens de roulement et décalées des deux autres roues, dans le sens des axes
de rotation des roues et du croisillon, d'une longueur sensiblement égale à la largeur
commune des roues. Avantageusement, le châssis est porté par au moins un train de
roulement ayant une traverse munie à chaque extrémité d'un train de roues.
[0011] Cette disposition permet d'utiliser des roues qui sont encore larges, mais ont un
diamètre réduit, ce qui réduit la longueur, et donc la surface d'appui au sol, permettant
de déminer une même largeur avec des véhicules ayant une masse beaucoup plus faible.
Le problème que pose l'impossibilité de franchir les obstacles par une roue de diamètre
réduit est écarté grâce à l'utilisation d'un croisillon portant 4 roues, avec un décalage
correspondant sensiblement à la largeur d'un pneu entre deux roues successives dans
le sens circonférentiel. Les roues seront généralement libres en rotation autour de
leurs moyeux. L'ensemble est ainsi simple et le remplacement d'une roue endommagée
par suite de l'explosion d'une mine est rapide.
[0012] Les roues sont généralement à pneumatique dont la bande de roulement a un diamètre
compris entre 600 et 800 mm, notamment environ 700 mm à l'heure actuelle lorsque les
mines dont la présente est suspectée sont de type habituel, et une largeur comprise
entre 200 et 300 mm, notamment environ 250 mm ou 9,7 pouces.
Avantageusement chaque croisillon est tel que l'écartement entre les axes de rotation
de deux roues successives d'un même croisillon, en direction circonférentielle autour
de l'axe de rotation du croisillon est au moins sensiblement égal au diamètre des
roues.
[0013] L'invention propose également un train de déminage comportant un véhicule d'entraînement
et plusieurs véhicules entraînés, du genre ci-dessus défini, dont les trains de roues
des véhicules entraînés ont des voies différentes et adjacentes. Les deux croisillons
du dernier train, ou du premier, peuvent être placés à l'extérieur du jeu de 4 roues
qu'ils portent, de façon que les roues puissent être directement adjacentes. La disposition
peut d'ailleurs être inversée, les roues les plus rapprochées étant placées à l'avant
; le premier ou le dernier train peut comporter un seul jeu de roues.
[0014] Le premier véhicule du train porte avantageusement un râteau en saillie vers l'avant,
permettant de faire sauter les mines piégées sans dommage pour ce véhicule.
[0015] Le véhicule d'entraînement peut pousser le véhicule (ou les véhicules) de leurrage,
de façon traditionnelle. Il est cependant avantageux d'utiliser un véhicule tracteur
« furtif », c 'est à dire prévu pour ne pas faire exploser les mines antichar sur
lesquelles il roule.
[0016] Les caractéristiques ci-dessus ainsi que d'autres apparaîtront mieux à la lecture
de la description qui suit d'un mode particulier de réalisation de l'invention, donné
à titre d'exemple non limitatif. La description se réfère aux dessins qui accompagnent,
dans lesquels :
- La figure 1 est une vue simplifiée, en coupe suivant un plan vertical médian, d'un
véhicule de déminage tracté conforme à un mode particulier d'exécution de l'invention
;
- la figure 2 est une vue en perspective du train de roulement du véhicule de la figure
1 ;
- la figure 3 est une vue de coté du train de roulement de la figure 2 ;
- la figure 4 est une demi vue de face du train de roulement selon la figure 2 ;
- la figure 5 est une vue de dessus de la figure 2 ;
- la figure 6 est un schéma destiné à montrer la disposition relative de deux roues
successives des jeux de roues en contact avec le sol, de chaque côté du plan vertical
médian du véhicule.
[0017] Le véhicule 10 dont la constitution générale est montrée sur la figure 1 comporte
un châssis 12 destiné à être attelé à un véhicule tracteur 14 et pouvant supporter
des charges, constituées par exemple par des gueuses, de poids suffisant pour assurer
la pression au sol requise. Le châssis 12 est porté, dans le cas illustré, par un
seul train de roulement. Ce train présente une plate-forme 16 sur lequel s'appuie
le châssis, relié par des moyens de suspension à une traverse 18. Dans le mode de
réalisation illustré, ces moyens de suspension sont constitués par deux ressorts à
lames placés de part et d'autre de la plate-forme, dont les extrémités sont reliées
à la plate-forme et dont la partie médiane présente un sabot 20 s'appuyant sur la
traverse 18. La traverse, qui sera généralement constituée en plusieurs pièces assemblées,
présente à ses extrémités des paliers 22 sur lesquels tournent des croisillons respectifs
24. Les croisillons sont montés de façon à pouvoir tourner librement et indépendamment
l'un de l'autre. Chaque bras du croisillon porte un moyeu 26 sur lequel peut tourner
une roue respective. Les roues sont munies de pneumatiques prévus pour être gonflés
à une pression suffisante pour exercer une force de l'ordre de 2000 Newtons sur une
surface d'appui de 12 cm
2, afin d'enfoncer un pion en saillie appartenant à une mine à pressions.
[0018] Sur chaque croisillon, deux des bras 28 sont disposés de façon sensiblement radiale.
Les deux autres bras 30, interposés entre les premiers, sont coudés de façon que les
roues 32 qu'ils portent soient décalées vers l'extérieur par rapport aux roues 34
portées par les bras 28. Le décalage est sensiblement égal à la largeur d'appui au
sol des pneumatiques. Les bras ont toute la même longueur radiale,
[0019] En marche sur un sol libre d'obstacles, deux roues 32 et 34 sont en contact avec
le sol. La poussée qu'elles exercent au sol est équilibrée par la rotation libre du
croisillon autour de son palier 22. Cet équilibrage s'effectue aussi bien lorsque
les irrégularités du sol sont transversales que lorsqu'elles sont longitudinales.
Lorsqu'une roue rencontre un obstacle trop haut pour qu'elle puisse le franchir, à
cause de son diamètre relativement réduit, le croisillon bascule et amène la roue
suivante sur l'obstacle ou au-delà, de sorte que cet obstacle est franchi.
[0020] Il faut relever que non seulement cette disposition permet l'emploi d'un diamètre
plus réduit que la disposition classique à essieu, mais encore que l'obstacle est
franchi plus facilement qu'avec une roue de grand diamètre, car l'élévation du centre
de gravité imposée au châssis est plus faible.
[0021] Il faut encore remarquer que la disposition ci-dessus est complètement différente,
dans ses effets, de l'emploi de deux roues jumelées qu'on a proposé pour éviter l'emploi
de pneus très larges de grand diamètre. En effet l'emploi de roues jumelées n'écarte
nullement le problème que pose la présence d'un obstacle au sol à côté du capteur
d'une mine à pression. Si en effet une des roues jumelées passe sur une bosse, la
pression au sol exercée par l'autre roue diminue dans des proportions qui peuvent
empêcher le déclenchement d'une mine par leurrage.
[0022] En résumé, la disposition suivant l'invention permet de franchir des obstacles en
utilisant des roues de diamètre nettement inférieur à celui des roues couramment utilisées,
tout en égalisant les efforts exercés au sol par les roues.
[0023] A titre d'exemple, on peut indiquer qu'un véhicule suivant l'invention peut dégager
la même largeur de piste qu'un véhicule de constitution habituelle, en remplaçant
chaque roue unique de 500 mm de largeur par quatre roues ayant chacune une largeur
de 250 mm. La surface de contact au sol est pratiquement divisée par 3, ce qui permet
de diviser également par 3 la masse du véhicule.
[0024] Du point de vue de la circulation, le train de roulement a un comportement qui se
rapproche de celui d'un bogie. Le train de roulement peut d'ailleurs être monté sur
le châssis par des moyens lui permettant de s'orienter, comme le ferait un bogie auto
directeur.
[0025] Plusieurs véhicules du type décrit ci-dessus peuvent être attelés les uns aux autres
de façon à constituer un train ayant un nombre de roues suffisant pour qu'une roue
au moins passe sur n'importe quel point de la largeur de l'itinéraire à dégager.
[0026] Lorsque le train est poussé, il peut être utile de le munir d'un attelage de direction
comportant des bielles d'orientation forcée à partir du véhicule pousseur. Mais une
solution plus avantageuse consiste à utiliser un véhicule tracteur muni d'un râteau
avant destiné à faire exploser, en avant du véhicule, les mines anti-char piégées
et éventuellement aussi les mines anti-personnel. Ce râteau peut avoir diverses constitutions.
Il peut être constitué par une potence portée par le véhicule porteur, faisant saillie
vers l'avant et supportant une rangée de câbles ou de chaînes traînant au sol. Il
peut être constitué par des couronnes de tiges ou rayons qui tournent sur un portique
articulé sur le véhicule et prennent appui au sol. Le véhicule peut également porter
un générateur de champ magnétique destiné à faire exploser les mines à capteur magnétique
en avant du véhicule.
1. Véhicule de leurrage de mine à pression, ayant un châssis (12) destiné à être attelé
à un véhicule d'entraînement (14), et porté par au moins un train de roues caractérisé en ce que chaque train de roues comporte un croisillon (24), monté en rotation par rapport
au châssis (12) autour d'un axe de rotation, et dont les bras (28, 30) portent chacun
une roue porteuse (32, 34) tournant autour d'un axe d'un moyeu (26), deux roues opposées,
par rapport à l'axe de rotation du croisillon (24), étant alignées dans le sens de
roulement et décalées des deux autres roues (32, 34), dans le sens des axes de rotation
des roues et du croisillon, d'une longueur sensiblement égale à la largeur commune
des roues (32, 34).
2. Véhicule suivant la revendication 1, caractérisé en ce que le châssis (12) est porté par au moins un train de roulement ayant une traverse (18)
munie à chaque extrémité d'un train de roues.
3. Véhicule suivant la revendication 1 ou 2, caractérisé en ce que les roues (32, 34) sont à pneumatique dont la bande de roulement a un diamètre compris
entre 600 et 800 mm, et une largeur comprise entre 200 et 300 mm.
4. Véhicule suivant la revendication 1, 2 ou 3, caractérisé en ce que la bande de roulement a un diamètre d'environ 700 mm et une largeur d'environ 250
mm.
5. Véhicule suivant l'une quelconque des revendications 1 à 4, caractérisé en ce que chaque croisillon (24) est tel que l'écartement entre les axes de rotation de deux
roues successives (32, 34) d'un même croisillon (24) en direction circonférentielle
autour de l'axe de rotation du croisillon (24), est au moins sensiblement égal au
diamètre des roues (32,34).
6. Train de déminage comportant un véhicule d'entraînement (14) et plusieurs véhicules
entraînés (10), caractérisé en ce que chacun des véhicules entraînés est suivant l'une quelconque des revendications 1
à 5 précédentes, et en ce que les trains de roues des véhicules entraînés (10) ont des voies différentes et adjacentes.