DOMAINE DE L'INVENTION
[0001] La présente invention se rapporte au domaine de la préparation d'acides gras à partir
des lipides contenus dans les graines de certains végétaux.
ETAT DE LA TECHNIQUE
[0002] Les acides gras sont des acides carboxyliques ayant divers degrés d'insaturation
et une grande variété de poids moléculaires. Les acides gras sont utilisés dans la
fabrication d'une grande variété de produits, tels que les savons et les tensioactifs,
les lubrifiants, les peintures et les revêtements, ou encore les bougies, ainsi que
dans une grande diversité d'autres produits de l'agriculture et de l'industrie, notamment
dans le domaine agroalimentaire.
[0003] Classiquement, les acides gras sont produits par hydrolyse chimique d'une huile,
par exemple par l'action de la chaleur et de la pression en présence d'eau, afin de
rompre les liaisons entre l'acide et l'alcool constitutifs des lipides contenus dans
les huiles.
[0004] Bien que les acides gras ont été produits par synthèse chimique, une partie importante
de ces derniers est préparée à partir d'huiles naturelles.
[0005] On connaît aussi des procédés de préparation d'acides gras par hydrolyse d'un milieu
contenant des lipides sous l'action d'une lipase capable d'hydrolyser les lipides
respectivement en acides gras et alcools, principalement le glycérol. L'hydrolyse
de l'huile d'olive en utilisant la lipase de
Candida rugosa a été décrite par LINFIELD et al. (
LINFIELD W M et al., 1984, J. AM. Oil Chem. Soc. vol. 61:1067-1071). Cependant, l'hydrolyse nécessitait un traitement préalable de l'huile substrat
de départ avec une terre de blanchiment.
[0007] Le brevet américain publié sous le n°
US 5,932,458 décrit un procédé d'hydrolyse d'une huile à l'aide d'une lipase immobilisée. Notamment,
la lipase peut être obtenue par broyage de graines d'avoine, puis élimination des
lipides par extraction avec un solvant Pour effectuer la réaction d'hydrolyse, la
lipase immobilisée est ensuite mise en contact avec de l'huile de soja dans un solvant
organique, le 2,2,4-triméthylpentane.
[0008] RAO et al. (
RAO KSVA et al., 1992, Res. Ind., vol.37 :36) décrivent une méthode d'hydrolyse utilisant un broyat de graines de ricin, .dans
lequel la lipase endogène de la graine, qui est libérée des sphérosomes intracellulaires
par le broyage des graines, est utilisée pour hydrolyser les lipides endogènes de
ces graines broyées. De même, JACHMANlAN et al. (
JACHMANIAN I et al., 1995, J Agric. Food Chem. vol. 43(11): 2992-2996) ont étudié l'hydrolyse des lipides d'un broyat de graines de colza germées, sous
l'action de la lipase endogène.
[0009] Le brevet américain n°
US 3,640,725 décrit un procédé de préparation d'un extrait de protéines à partir de graines de
soja. Le procédé de ce document antérieur comprend notamment une étape d'incubation
d'une pâte obtenue à partir de graines de soja broyées avec une composition d'enzymes
protéolytiques.
[0010] Toutefois, ces études d'hydrolyse des lipides par les lipases endogènes impliquent
de choisir précisément le stade de développement des graines utilisées, puisque les
lipases ne sont produites qu'au moment de la germination.
[0011] De plus, ces études visent exclusivement à montrer que les graines entières sont
des sources de lipase. Aucun essai d'extraction des acides gras et des alcools n'est
donc décrit.
DESCRIPTION DE l'INVENTION
[0012] Le demandeur s'est attaché à mettre au point un procédé amélioré de préparation d'acides
gras, par hydrolyse des lipides contenus dans les graines d'une plante, qui soit simple,
rapide, et qui permette l'obtention d'un haut rendement d'hydrolyse. En particulier,
le demandeur s'est attaché à mettre au point un procédé amélioré ne nécessitant pas
une étape d'extraction de l'huile préalable à la mise en contact de la lipase avec
les lipides dont l'hydrolyse, respectivement en acides gras et alcools, est recherchée.
[0013] De manière surprenante, on a montré selon l'invention qu'une hydrolyse quasi-complète
des lipides contenus dans des graines de plantes pouvait être obtenue en faisant agir
une lipase exogène dans un milieu réactionnel hétérogène solide/liquide dans lequel
le substrat lipidique est présent.
[0014] Plus précisément, on a montré selon l'invention, qu'une lipase exogène placée dans
un milieu réactionnel substrat hétérogène solide/liquide, lequel milieu réactionnel
est soumis à un traitement d'homogénéisation drastique à haute pression ou par ultrasons,
conserve son activité catalytique d'hydrolyse des lipides contenus dans la solution
substrat ainsi traitée.
[0015] On a également montré selon l'invention qu'une lipase exogène était capable d'effectuer
une hydrolyse complète ou quasi-complète des lipides présents, dans ce milieu réactionnel
hétérogène solide/liquide, sous la forme d'une émulsion constituée de gouttelettes
d'huile dispersées dans un milieu aqueux, et que les acides gras résultant de l'hydrolyse
des lipides contenus dans ladite émulsion pouvaient être facilement récupérés, par
exemple par simple extraction.
[0016] Il a enfin été montré selon l'invention qu'un traitement de graines de plantes par
broyage et homogénéisation permettait de rendre accessible la plus grande partie des
lipides initialement contenus dans les graines à l'action d'une lipase exogène.
[0017] La présente invention a pour objet un procédé de préparation d'acides gras par hydrolyse
in situ des lipides contenus dans les graines d'une plante, caractérisé en ce qu'il comprend
les étapes suivantes :
- a) broyage des graines en milieu aqueux jusqu'à l'obtention d'une suspension de particules
solides d'un diamètre inférieur à 500 µm ;
- b) ajout d'une lipase exogène dans la suspension obtenue à l'étape a) ;
- c) homogénéisation de la suspension contenant la lipase jusqu'à l'obtention d'un homogénat
constitué d'une émulsion des lipides contenus initialement dans les graines, en mélange
avec les particules solides des graines ;
- d) hydrolyse des lipides contenus dans l'homogénat obtenu à l'étape c) à une température
comprise entre 15°C et 55°C, pendant une durée comprise entre 15 minutes et 5 heures
;
- e) récupération des acides gras résultant de l'hydrolyse des lipides réalisée à l'étape
d).
Etape de broyage des graines
[0018] Selon le procédé ci-dessus, l'étape a) de broyage est réalisée à l'aide d'un broyeur
à couteauxde type « Waring Blendor » dans un milieu aqueux. En général, l'obtention
de particules solides d'un diamètre moyen inférieur à 500 µm peut être obtenu par
une durée de broyage des graines dans le milieu aqueux de quelques minutes, de préférence
entre 1 et 10 minutes et de manière tout à fait préférée entre 2 et 7 minutes, par
exemple pendant une durée de 5 minutes.
[0019] Le milieu aqueux de broyage est préférentiellement de l'eau mais peut être également
toute solution tampon, telle que par exemple les deux solutions tampons ci-dessous
:
- Tampon phosphate 0,1M obtenu à partir du dihydrogénophosphate de sodium dihydrate
NaH2 PO4, 2H2O et équilibré à pH 7,0 avec l'hydroxyde de sodium Na OH.
- Tampon tris (hydroxyméthyl) aminométhane ajusté à pH 7 avec de l'acide chlorhydrique.
[0020] Autres milieux d'hydrolyse : réactivité en milieu NaCl 0,1M.
[0021] Toutefois, le recours à une solution tampon n'est pas privilégiée car une solution
tampon est susceptible d'introduire des composés contaminants indésirables qu'il est
difficile ou long d'éliminer, dans la suite du procédé.
[0022] De préférence, lors de l'étape a) de broyage, les graines sont ajoutées au milieu
aqueux à raison d'une proportion inférieure à 20%, de préférence inférieure à 15%,
en poids total du milieu aqueux contenant les graines.
[0023] Pour une proportion de graines supérieure à 20% en poids total du milieu aqueux,
l'étape a) de broyage est difficile, voire impossible à réaliser, du fait d'une viscosité
trop grande du milieu aqueux. De plus, pour une proportion des graines supérieure
à 20% en poids total du milieu aqueux contenant les graines, l'étape e) de récupération
des acides gras est difficile à réaliser de manière optimale, du fait d'une proportion
de phase solide trop élevée.
[0024] De préférence, la proportion en poids des graines, par rapport au poids total du
milieu aqueux contenant les graines, est inférieure à 15%.
[0025] En revanche, si les limites supérieures en proportion de poids des graines indiquées
ci-dessus sont respectées, une cinétique optimale de la réaction d'hydrolyse et un
degré d'hydrolyse d'au moins 95% des lipides sont obtenus quelle que soit la proportion
en poids de graines utilisées, pour un rapport poids de lipase/poids de graines donné.
Ainsi, on a montré que la cinétique d'hydrolyse et le degré d'hydrolyse des lipides
contenus dans les graines était identique avec un milieu aqueux de broyage contenant
respectivement 10% et 13,5 % en poids de graines, par rapport au poids total du milieu
aqueux contenant les graines, pour un rapport poids de lipase/poids de graines identique.
[0026] La lipase exogène, ajoutée à l'étape b) dans la suspension hétérogène liquide/solide
obtenue à la fin de l'étape a), peut être de toute nature. Elle peut être une lipase
obtenue à partir de microorganismes des genres
Rhizopus, Mucor, Alcaligenes, Candida, Aspergillus, Pseudomonas, Humicola, Thermomyces ou encore
Penicillium ou à partir des lipases des végétaux.
[0027] A titre illustratif, on peut utiliser la lipase obtenue à partir de
Candida rugosa, comme décrit dans les exemples.
[0028] De préférence, la lipase exogène est ajoutée à raison de 100 à 500 unités, de préférence
de 150 à 400 unités de lipase, par gramme du poids des graines traitées à l'étape
a).
[0029] Une unité de lipase correspond à la quantité de lipase requise pour libérer 1 µmole
d'acide gras à partir de glycéride, par minute, en conditions optimales d'activité
catalytique de l'enzyme.
[0030] On a en effet montré selon l'invention qu'une bonne cinétique d'hydrolyse était obtenue
avec une quantité de lipase d'environ 100 unités par gramme de graines de départ et
que le degré d'hydrolyse obtenu avec ce rapport lipase/graines atteignait environ
75% d'hydrolyse des lipides contenus initialement dans les graines.
[0031] Pour des rapports lipase/graines supérieurs, la cinétique d'hydrolyse est encore
améliorée et l'hydrolyse des lipides est presque complète. Ainsi, un degré d'hydrolyse
des lipides supérieur à 90% est obtenu avec un rapport lipase/graines de 166 unités
de lipase par gramme de poids de graines traitées à l'étape a).
[0032] Pour des rapports encore supérieurs lipase/graines, bien que la cinétique d'hydrolyse
soit accrue, le degré d'hydrolyse n'est pas significativement amélioré. Ainsi, pour
un rapport lipase/graines de 333 unités de lipase par gramme du poids de graines traitées
à l'étape a), un degré d'hydrolyse des lipides d'environ 95% est obtenu.
Etape d'homogénéisation de la suspension de broyat de graines contenant la lipase
exogène.
[0033] A l'étape c), l'homogénéisation de la suspension liquide/solide contenant initialement
des particules grossières de graines inférieures à 500 µm est réalisée jusqu'à l'obtention
d'un homogénat constitué d'une émulsion des lipides contenus initialement dans les
graines, en mélange avec les particules solides des graines.
[0034] L'étape c) d'homogénéisation de la suspension hétérogène liquide/solide et contenant
la lipase exogène peut être réalisée par tout moyen connu en soi.
[0035] De préférence, l'étape c) d'homogénéisation est réalisée par homogénéisation sous
pression ou encore par homogénéisation par sonication.
Homogénéisation sous pression
[0036] Pour réaliser l'étape c) par homogénéisation sous pression, on peut utiliser un homogénéisateur
à haute pression tel que l'homogénéisateur du type Lab 1000 commercialisé par la Société
APV (Evreux, France), selon les recommandations du fabricant.
[0037] De préférence, l'homogénéisation sous pression est réalisée à une pression comprise
entre 25 et 1000 bars, de préférence entre 100 et 500 bars, par exemple à 150 bars.
[0038] Le saut de pression provoqué au milieu produit une onde de choc contribuant à la
désintégration des cellules de la graine et disperse les lipides contenus dans la
graine.
[0039] De manière tout à fait préférée, l'étape c) d'homogénéisation sera réalisée par deux
cycles successifs d'homogénéisation sous pression.
[0040] De manière surprenante, l'homogénéisation sous pression n'affecte pas l'activité
spécifique de la lipase exogène.
[0041] De plus, il a été observé que la réalisation de plusieurs cycles d'homogénéisation
sous pression accroît le rendement final d'extraction des acides gras, même si un
tel traitement inhibe faiblement l'activité de la lipase exogène.
[0042] Ainsi, bien que l'étape c) d'homogénéisation peut être effectuée par 1 à 4 cycles
de passages dans un homogénéisateur à haute pression, des résultats optimaux sont
obtenus avec deux cycles d'homogénéisation à haute pression. Dans ce cas, le rendement
d'extraction des acides gras à la fin du procédé est accru sans affecter drastiquement
l'activité de la lipase exogène.
Homogénéisation par sonication
[0043] Selon une alternative avantageuse, l'étape c) d'homogénéisation de la suspension
contenant la lipase exogène peut être réalisée par sonication de ladite suspension
jusqu'à l'obtention d'un homogénat constitué d'une émulsion des lipides contenus initialement
dans les graines, en mélange avec les particules solides des graines.
[0044] Pour réaliser l'étape c) d'homogénéisation par sonication, la suspension particules
solides à laquelle a été ajoutée la lipase exogène est traitée par des ultrasons à
une puissance supérieure à 20 Watts.
[0045] La fréquence des ultrasons ne semble pas un paramètre essentiel du traitement.
[0046] Pour réaliser l'étape d'homogénéisation par sonication, on peut utiliser notamment
le générateur d'ultrasons de type Vibracell commercialisé par la Société Bioblock
Scientific (Illkirsch, France).
[0047] On a montré selon l'invention qu'une bonne cinétique d'hydrolyse des lipides ainsi
qu'un haut degré d'hydrolyse étaient obtenus avec une puissance d'ultrasons supérieure
à 20 Watts. Ainsi, pour une puissance d'ultrasons de 28 Watts, le degré d'hydrolyse
après 120 minutes de réaction enzymatique atteint presque 90%. Pour des puissances
d'ultrasons supérieures, la cinétique d'hydrolyse des lipides est encore accrue et
le degré d'hydrolyse augmente encore. Par exemple, un degré d'hydrolyse des lipides
d'environ 95% est obtenu avec une puissance d'ultrasons de 82 Watts.
[0048] De préférence, on utilise une puissance d'ultrasons comprise entre 20 et 200 Watts,
et de manière tout à fait préférée entre 20 et 100 Watts.
[0049] La durée de l'étape d'homogénéisation par sonication est avantageusement comprise
entre 10 secondes et 10 minutes, de préférence entre 30 secondes et 5 minutes. Pour
une durée de sonication de 30 secondes à la puissance de 64 Watts, on a observé une
cinétique moyenne d'hydrolyse des lipides conduisant à un degré d'hydrolyse après
120 minutes de réaction supérieur à 85%. Dans les mêmes conditions, une durée de sonication
de 1 minute améliore considérablement la cinétique réactionnelle et un degré d'hydrolyse
supérieur à 90% est atteint après 120 minutes de réaction.
[0050] Des durées supérieures de sonication accroissent encore la cinétique réactionnelle
sans augmenter significativement le degré d'hydrolyse final.
[0051] Quelle que soit la nature de l'étape c) d'homogénéisation, par homogénéisation à
haute pression ou par homogénéisation par sonication, les degrés d'hydrolyse des lipides
obtenus à la fin du procédé sont comparables. Ils sont en général supérieurs à 95%,
dans les conditions optimales indiquées ci-dessus.
[0052] De même, les résultats obtenus dans les exemples montrent que le rendement final
d'extraction des acides gras résultant de l'hydrolyse des lipides est sensiblement
le même, que l'étape c) d'homogénéisation ait été réalisée par homogénéisation sous
pression ou encore par homogénéisation par sonication.
[0053] On remarque toutefois qu'une homogénéisation sous pression produit des résultats
légèrement supérieurs à ceux obtenus avec une homogénéisation par sonication. Le rendement
total de l'extraction des acides gras à la fin du procédé est, dans le cas d'une homogénéisation
sous pression, supérieur de 6,5% au rendement observé lorsque l'étape c) d'homogénéisation
a été réalisée par sonication.
[0054] L'observation au microscope de l'homogénat obtenu à l'étape c) montre que cet homogénat
est formé de gouttelettes lipidiques qui s'agrègent en petits amas formant une émulsion,
l'homogénat contenant en outre de nombreux débris solides des graines, notamment des
débris de coque des graines ainsi que des débris cellulaires. La taille des gouttes
grasses est en moyenne comprise entre 5 et 15 µm et leur surface apparaît fine et
lisse, ce qui suggère que la stabilisation de l'interface huile/eau des gouttelettes
ne fait pas intervenir de particules solides.
[0055] Ainsi, l'homogénat contient les lipides contenus initialement dans les graines sous
la forme d'une émulsion liquide/liquide avec l'eau présente dans le milieu aqueux
que constitue ledit homogénat.
Etape d'hydrolyse des lipides
[0056] L'étape d) d'hydrolyse des lipides contenus dans l'homogénat obtenu à l'étape c)
est réalisée par l'incubation de l'homogénat à une température comprise entre 15°C
et 55°C, pendant une durée comprise entre 15 minutes et 5 heures.
[0057] Durant cette étape, la lipase exogène catalyse la réaction d'hydrolyse des lipides,
notamment des triglycérides, contenus sous la forme d'une émulsion liquide/liquide
dans l'homogénat, respectivement en les différents acides gras constitutifs desdits
lipides, d'une part, et des divers alcools, notamment le glycérol, avec lesquels lesdits
acides gras étaient estérifiés dans les sphérosomes des graines.
[0058] Pour une température de 22°C, on observe une bonne cinétique d'hydrolyse des lipides
associée à un degré d'hydrolyse supérieur à 85%. Lorsque l'on augmente la température
de réaction, la cinétique d'hydrolyse des lipides s'accroît, ainsi que le degré d'hydrolyse
final. Toutefois, un degré d'hydrolyse d'environ 95% est déjà obtenu après 120 minutes
de réaction à la température de 27°C. A des températures supérieures, la cinétique
réactionnelle augmente, alors que le degré d'hydrolyse n'est pas significativement
amélioré.
[0059] Le procédé de préparation d'acides gras par hydrolyse
in situ de l'invention peut donc être réalisé à température ambiante sans nécessiter un chauffage
du milieu réactionnel constitué de l'homogénat obtenu à l'étape c), ce qui rend ce
procédé simple de mise en oeuvre et en outre peu onéreux.
[0060] En outre, la possibilité de réaliser l'étape d) d'hydrolyse à basse température,
par exemple entre 20°C et 30°C permet d'éviter, ou à tout le moins de réduire, l'hydrolyse
simultanée d'autres composés indésirables tels que les glucosinolates, dont les produits
d'hydrolyse soufrés engendrent des troubles thyroïdiens chez l'homme et l'animal.
En effet, à une température égale ou inférieure à 30°C, la myrosinase, qui est l'enzyme
responsable de l'hydrolyse des glucosinolates , est peu active, l'activité catalytique
optimale de cette enzyme se situant entre 40°C et 70°C.
[0061] De plus, le fait qu'une bonne cinétique d'hydrolyse des lipides associée à un haut
degré d'hydrolyse final soient atteints pour de larges plages de températures de l'étape
d) d'hydrolyse, rend le procédé de l'invention particulièrement simple à réaliser,
puisqu'aucune régulation précise de la température de réaction n'est requise.
[0062] Avantageusement, la durée de l'étape d) d'hydrolyse des lipides peut être adaptée
en fonction de la température de réaction choisie. Toutefois, elle peut être réalisée
de manière optimale pour une durée comprise entre 60 et 120 minutes à une température
de réaction égale ou supérieure à 27°C.
[0063] Le procédé de préparation d'acides gras par hydrolyse
in situ des lipides contenus dans les graines d'une plante ci-dessus est très reproductible.
On a montré que la différence de degré d'hydrolyse entre 0 et 15 minutes de réaction
varie de manière linéaire avec le rapport pondéral lipase exogène/poids des graines.
[0064] Sans vouloir être lié par une quelconque théorie, le demandeur pense que le haut
niveau d'hydrolyse des lipides obtenus grâce au procédé de l'invention est due notamment
à la nature spécifique de l'homogénat obtenu à l'issue de l'étape c) dudit procédé.
L'étape c) d'homogénéisation permet en effet une rupture physique de la structure
macroscopique des graines et une libération dans le milieu aqueux des lipides contenus
initialement dans les sphérosomes, qui sont des vésicules intracellulaires entourées
d'une membrane. Le demandeur pense qu'au cours de l'étape c) d'homogénéisation, la
lipase se localise sur toute la surface de l'interface huile/eau des gouttelettes
lipidiques générées ce qui permet une hydrolyse rapide et aussi complète que possible
desdits lipides substrats qui sont facilement accessibles à l'enzyme.
Etape de récupération des acides gras
[0065] L'étape e) de récupération des acides gras résultant de l'hydrolyse des lipides réalisés
à l'étape d) peut être effectuée par toute méthode d'extraction des lipides connus
de l'homme du métier.
[0066] De préférence, l'étape e) de récupération des acides gras comprend les étapes suivantes
:
e1) séparation des acides gras des autres constituants de l'homogénat obtenu à l'étape
d), sous la forme d'une émulsion ;
e2) extraction des acides gras à partir de l'émulsion, avec un solvant.
[0067] Selon un mode de réalisation préféré de l'étape e1), les acides gras sont séparés
des autres constituants de l'homogénat obtenu à l'étape d) par obtention d'un milieu
liquide à trois phases, respectivement une phase solide, une phase aqueuse et une
phase d'émulsion lipidique, par centrifugation de l'homogénat, puis récupération de
la phase d'émulsion lipidique. L'obtention du milieu liquide triphasique est préférentiellement
réalisée par centrifugation du milieu hétérogène liquide/solide réactionnel à la fin
de l'étape d) d'hydrolyse. Le cas échéant, plusieurs centrifugations successives peuvent
être réalisées afin d'améliorer le rendement du procédé.
[0068] A l'issue de la ou des centrifugations, on obtient un milieu triphasique comprenant
respectivement (i) un culot solide comprenant essentiellement les débris solides des
graines, coques ou débris cellulaires, (ii) une phase aqueuse et (iii) une phase huileuse
sous la forme d'une émulsion.
[0069] La phase huileuse sous la forme d'une émulsion constitue la phase enrichie en acides
gras résultant de l'hydrolyse des lipides initialement contenus dans les graines.
Cette phase huileuse représente environ 7 à 10% en poids du poids total du milieu
réactionnel obtenu à la fin de l'étape d) d'hydrolyse.
[0070] La phase d'émulsion huileuse est séparée des deux autres phases respectivement aqueuses
et solides, par exemple par simple prélèvement à la surface du milieu triphasique
obtenu après centrifugation. Lorsque plusieurs centrifugations successives sont réalisées,
les fractions d'émulsions huileuses sont réunies en vue de procéder à l'étape e2)
d'extraction des acides gras avec un solvant.
[0071] De préférence, l'extraction des acides gras est réalisée avec un solvant choisi parmi
l'eau, un alcool, un ester, un carbonate organique ou une cétone.
[0072] On a préférentiellement recours à l'eau pour l'extraction des acides gras sous forme
d'une émulsion.
[0073] On a préférentiellement recours à l'éthanol pour l'extraction des acides gras et
l'obtention de concentrats, ainsi que pour la transformation ultérieure des acides
gras en esters éthyléniques, pour des applications diverses, notamment dans des solvants,
des lubrifiants, des cosmétiques, des conservateurs, etc...
[0074] On a préférentiellement recours à un ester ou à un carbonate organique pour la transformation
ultérieure des acides gras,
in situ ou
ex situ.
[0075] Le solvant précipite les protéines et les phospholipides contenus dans l'émulsion
et solubilise les acides gras. La fraction de composés précipités et la fraction d'acides
gras solubilisés peuvent être aisément séparées, par exemple par centrifugation.
[0076] Afin d'améliorer encore le rendement final du procédé, on procédera avantageusement
à plusieurs cycles d'extraction avec le solvant, les fractions d'intérêt contenant
les acides gras obtenus à la fin de chaque cycle d'extraction étant ensuite réunies.
[0077] De préférence, le solvant utilisé est l'éthanol, qui peut être par exemple ajouté
à l'émulsion contenant les acides gras à raison de 1,5 à 2 volumes d'éthanol par volume
d'émulsion.
[0078] L'étape e2) d'extraction des acides gras à partir de l'émulsion à l'aide d'un solvant
est avantageusement suivie d'une étape e3) de séchage de la solution d'extraction
contenant les acides gras.
[0079] Avantageusement, l'étape de séchage peut être réalisée par simple évaporation, à
pression atmosphérique ou encore sous vide jusqu'à atteindre un séchage complet des
acides gras.
[0080] Selon une autre alternative, l'étape e3) de séchage peut être une étape de séchage
modéré dans lequel seul le solvant est éliminé, le milieu aqueux résiduel étant conservé.
[0081] Le cas échéant, lorsque l'étape e3) de séchage des acides gras est réalisée de la
manière modérée indiquée ci-dessus, le mélange acides gras/eau peut être séparé par
centrifugation. Selon ce mode de mise en oeuvre spécifique de l'étape e3) du procédé,
la qualité des acides gras obtenus à la fin du procédé est la meilleure, car l'eau
retient d'éventuelles impuretés tels que des peptides solubles dans l'alcool ou encore
des traces de phospholipides.
[0082] La présente invention est en outre illustrée, sans pour autant être limitée, par
les figures et les exemples suivants.
FIGURES
[0083]
La Figure 1 illustre la cinétique d'hydrolyse enzymatique in situ des lipides endogènes de la graine de colza par la lipase issue de Candida rugosa avec une étape d'homogéinisation réalisée par sonication.
La Figure 2 illustre les cinétiques d'hydrolyse enzymatique in situ des lipides endogènes de la graine de colza par la lipase issue de Candida rugosa : comparaison des outils de cassage cellulaire, sonication ou homogénéisation haute
pression.
La Figure 3 illustre le pourcentage cumulé des lipides totaux extraits par centrifugation des
milieux issus de l'hydrolyse enzymatique in situ de l'huile de colza, après sonication ou homogénéisation
La Figure 4 illustre les cinétiques comparatives d'hydrolyse enzymatique in situ des lipides endogènes de la graine de colza par la lipase issue de Candida rugosa (1) :effet de la teneur en matière sèche dans le milieu
La Figure 5 illustre les cinétiques comparatives d'hydrolyse enzymatique in situ des lipides endogènes de la graine de colza par la lipase issue de Candida rugosa (2) : effet de la puissance ultrasonore dissipée dans le milieu.
La Figure 6 illustre les cinétiques comparatives d'hydrolyse enzymatique in situ des lipides endogènes de la graine de colza par la lipase issue de Candida rugosa (3) : effet de la durée du traitement ultrasonore.
La Figure 7 illustre les cinétiques comparatives d'hydrolyse enzymatique in situ des lipides endogènes de la graine de colza par la lipase issue de Candida rugosa (4) : effet de la température sur la vitesse de réaction.
La Figure 8 illustre les cinétiques comparatives d'hydrolyse enzymatique in situ des lipides endogènes de la graine de colza par la lipase issue de Candida rugosa (5) : effet de la quantité de lipase introduite dans le milieu.
La Figure 9 illustre l'hydrolyse enzymatique in situ des lipides endogènes de la graine de colza par la lipase issue de Candida rugosa : effet de la quantité de lipase introduite dans le milieu sur son activité spécifique
et la vitesse initiale.
La Figure 10 est un cliché photographique de microscopie photonique (grossissement x100) de l'homogénat
à la fin de l'étape d'hydrolyse des lipides.
La Figure 11 est un cliché photographique de microscopie photonique (grossissement x1000) de l'homogénat
à la fin de l'étape d'hydrolyse des lipides
La Figure 12 est un cliché photographique de microscopie photonique (grossissement x400) de l'homogénat
à la fin de l'étape d'hydrolyse des lipides
EXEMPLES
EXEMPLE 1 : Homogénéisation par sonication
A. MATERIEL ET METHODES
1. Prétraitement par broyage humide
[0084] Les graines de colza sont additionnées d'eau de manière à obtenir les proportions
1 : 8 en masses, respectivement. Ce mélange est alors versé dans un mixeur ménager
de type « Warring blendor ». Le broyage est alors effectué pendant 5 minutes en ayant
soin de ramener dans le fond du bol les particules qui adhèrent aux parois. Parallèlement,
la lipase issue de Candida rugosa (Lipolyve, Lyven, Cagny, France) est solubilisée
dans l'eau de manière à obtenir une concentration de 10 mg /ml. Quatre-vingt-dix grammes
du broyat de graine précédemment obtenu sont additionnées de 10 grammes de solution
enzymatique dans un bécher à double enveloppe de 150 ml. A ce stade, le milieu contient
10 % en masse de graines de colza et une quantité de lipase correspondant à 300 UL
/ g de graines.
2. Traitement par les ultrasons et mesure des cinétiques
[0085] Le mélange obtenu après broyage à sec ou en présence d'eau est ensuite traité par
les ultrasons (Vibracell, Bioblock Scientific, Illkirch, France) 5 minutes à 59 W
(70% de période active). Le milieu est refroidi pendant la sonication par circulation
d'eau froide dans la paroi du bécher. Après cette étape, le courant d'eau froide est
immédiatement remplacé par celui provenant d'un bain thermostaté à 37°C. On laisse
alors le milieu évoluer sous agitation magnétique (250 rpm) pendant 120 minutes. Le
suivi de la réaction est assuré par une série de prélèvement réalisés à des temps
prédéterminés. Lors de ceux-ci, 1,5 ml dé milieu sont transférés dans un tube contenant
1 ml d'acide chlorhydrique et 5 ml de chloroforme. Après agitation vigoureuse, la
phase organique est prélevée, séchée avec Na
2SO
4 anhydre, puis diluée 10 fois avant d'être injectée en CPG pour analyse dans une colonne
capillaire BPX5 (SGE) dimensions 12m x 0,32 mm ; épaisseur du film : 0,25 µm. Température
du four: Gradiant de 80°C pendant 1 min (10°C/min) 16°C jusqu'à 140°C ; 7°C/min jusqu'à
300°C ; 15°C/min jusqu'à 360°C maintenu pendant 10 min. Température du détectant 365°C.
B. RESULTATS ET DISCUSSION
[0086] Les cinétiques d'hydrolyse obtenues sont présentées sur la figure 1.
[0087] Les résultats montrent qu'une bonne cinétique d'hydrolyse des lipides est obtenue,
puisque la réaction d'hydrolyse atteint un plateau après seulement 120 minutes de
réaction. Le degré d'hydrolyse atteint 90%.
EXEMPLE 2 : Homogénéisation sous pression. Comparaison avec l'homogénéisation par
sonication.
[0088] La présence d'amas cellulaires ne libérant pas la totalité des lipides inclus dans
les cellules qu'ils contiennent nous a amené à chercher un autre outil de remplacement
assurant une rupture plus complète des cellules de la graine. Déjà utilisé dans des
domaines variés en agro-alimentaire, l'homogénéiseur haute pression nous est paru
être une alternative envisageable. Wäsche
et al. (
1993, Wäsche A., Luck T. Holley W, 1993. « Influence of technological parameters and
protein properties on the aqueous extraction and demulsification of oil from rapeseed
» In Food proteins : Structure and functionality developed from the 4th Symposium
on food, Schwenke K.D. (Ed.) Weinheim 198-200), ont par ailleurs décrit ce procédé comme efficace pour l'extraction aqueuse d'huile
de colza. Cet outil a été choisi pour sa compatibilité avec le travail à l'échelle
industrielle en plus de sa robustesse. Son principe de fonctionnement consiste à forcer
le liquide à émulsionner au moyen d'une pompe à débit constant, au travers de l'espace
de quelques µm laissé libre par une vanne de contre-pression. La pression en amont
de cette dernière devient alors très forte, et la décompression brutale en aval de
cette vanne entraîne la rupture des macrostructures telles que les cellules. La description
détaillée du mode de fonctionnement de ce type d'appareil a été par ailleurs décrite
en détail par
Lecluse W.J. (1979, Homogénéisations à haute pression, préparation d'émulsions et
de dispersions. Information Chimie 191, 1-8). Ce procédé a pour avantage d'être continu et d'obliger le traitement homogène de
tout le milieu, contrairement à la sonication pour laquelle les particules ne passent
dans la zone active que périodiquement.
A. MATERIEL ET METHODES
[0089] La lipase est ajoutée au milieu après broyage 5 minutes des graines en présence d'eau.
L'étape de sonication est quant à elle remplacée par deux cycles d'homogénéisation
par un homogénéisateur Lab 1000 (APV, Evreux, France) muni de deux étages d'homogénéisation.
La pression du premier étage d'homogénéisation est réglée à 150 bars, celle du second
étage étant fixée à 20 bars, en accord avec les résultats publiés par Wäsche et al.(1993)
et avec les recommandations du fournisseur. La teneur en graine du milieu est de 13,5%
en masses et le rapport lipase / graines est fixé à 333 UL /g de graines, afin de
pouvoir comparer les cinétiques mesurées avec celles déjà obtenues auparavant avec
l'utilisation des ultrasons. Comme lors des précédents essais, le chronomètre est
déclenché à l'addition de la lipase, soit juste avant le début du passage du milieu
dans l'homogénéisateur.
B. RESULTATS
[0090] La comparaison des cinétiques obtenues avec sonication ou homogénéisation, tous les
autres paramètres restant par ailleurs identiques, peut être effectuée au moyen de
leur représentation graphique présentée sur la figure 2.
[0091] Les deux cinétiques obtenues ont un profil similaire, mais ne sont cependant pas
superposables. En effet, la courbe obtenue suite aux essais faisant intervenir l'homogénéisation
montre une hydrolyse moins rapide que lors de l'utilisation des ultrasons. Cependant,
il est à noter que le maximum de degré d'hydrolyse (DH) obtenu après deux heures de
réaction est similaire dans les deux cas.
[0092] L'obtention d'un DH de l'ordre de 95% en 2 heures montre clairement que l'homogénéisation
est capable de générer des conditions adéquates pour l'hydrolyse enzymatique
in situ des lipides du colza. Il aurait été possible que la violence du traitement subi par
le milieu dégrade la lipase, la rendant inactive. Par ailleurs, les essais de ce nouveau
matériel ont été réalisés sans aucune optimisation. La vitesse d'hydrolyse mesurée
ne représente donc pas
a priori un optimum de réactivité, et la gamme de pressions d'homogénéisation possibles pour
l'appareil utilisé est assez étendue. Ainsi, il est possible de faire varier la pression
d'homogénéisation, mais aussi sur le nombre de passages effectués ou la pression du
second étage d'homogénéisation.
Conclusion
[0093] Les premiers résultats cinétiques obtenus lors de l'hydrolyse enzymatique des lipides
du colza assistée par l'homogénéisation montrent que celle-ci est possible dans ces
conditions de procédé. Même si sa vitesse initiale est inférieure à celle obtenue
lorsque la réaction est réalisée après sonication, le DH final reste identique.
EXEMPLE 3 : Analyse des caractéristiques physico-chimiques de l'homogénat obtenu à
l'étape c) du procédé
1. Définitions et abréviations
[0094]
AG : acides gras
MG : monoglycérides
DG : diglycérides
TG : triglycérides
UL : Unité Lipase, correspondant à la quantité de lipase nécessaire pour libérer 1 µmol.
d'acide gras par minute, à partir de glycérides en conditions optimales de fonctionnement.
Inhibition : perte réversible ou irréversible d'une partie de l'activité d'une enzyme suite à
un phénomène physique ou du fait d'une interaction avec une ou plusieurs molécules
US : ultrasons
CPG : chromatographie en phase gazeuse
DH : degré d'hydrolyse, défini comme étant le pourcentage de liaisons ester rompues lors
de l'hydrolyse de l'huile en acides gras.
AS : Activité spécifique, définie comme la vitesse de formation des acides gras rapportée
à la quantité de préparation enzymatique introduite.
2. Caractérisation de l'émulsion
2.1 Préparation d'hydrolysat et d'émulsion
Protocole de préparation de l'hydrolysat :
[0095] Un litre de milieu à 15 % en masse est préparé par passage de 5 minutes au mixer
de 150g de graines de colza dans 850mL d'H
2O. Après passage au mixer, la quantité de milieu récupérée est pesée afin d'estimer
la quantité de graines (15 % de la masse récupérée). L'hydrolyse est réalisée avec
l'enzyme « LIPOLYVE CC » dont la concentration est 30 unités/mg.
[0096] La solution d'enzyme est préparée dans de l'eau afin d'obtenir après mélange avec
le milieu une concentration d'enzyme de l'ordre de 300 unités par gramme de graines
et une concentration de graines dans le milieu de l'ordre de 13.5 % en masse.
[0097] La solution d'enzyme est ajoutée au milieu et le tout est passé à l'homogénéisateur
2 cycles à 350 bars. L'homogénat (milieu passé à l'homogénéisateur) ainsi récupéré
est placé dans un réacteur à 37°C avec agitation à 250 rpm durant deux heures. L'hydrolysat
(homogénat après 2 heures d'hydrolyse à 37°C) est finalement conservé à 4°C.
Protocole de récupération de l'émulsion :
[0098] L'émulsion est préparée à partir de l'hydrolysat par centrifugation. Après agitation,
l'hydrolysat est centrifugé 5 minutes à vitesse maximale. Lors de la dernière préparation
d'émulsion, l'hydrolysat a été centrifugé 5 minutes à 7600 G. Lors de la centrifugation,
les différentes phases sont séparées et il est possible de récupérer l'émulsion par
filtration sur une maille fine. Le culot est ensuite remis en suspension dans la phase
aqueuse avant d'être centrifugé une deuxième fois dans les mêmes conditions. L'émulsion
formée est ainsi récupérée deux autres fois.
[0099] Après trois centrifugations, seule l'émulsion est conservée et stockée à 4°C. De
cette manière, il est possible de récupérer 75g d'émulsion à partir de 1000g d'hydrolysat.
2-2 Calcul de la densité de l'émulsion
[0100] Les calculs de densité ont été réalisés par pesée de volumes précis (pesée de 5mL
dans une fiole jaugée). Le résultat obtenu est une moyenne de trois mesures réalisées
sur des émulsions indépendantes.

2-3 Détermination de la matière sèche
[0101] La détermination de la matière sèche permet de calculer la quantité d'eau contenue
dans l'émulsion. La quantité de matière sèche est calculée par pesée d'un certain
volume d'émulsion (environ 4mL) avant et après passage de 6 heures dans une étuve
à 103°C. Pour éviter des pertes d'émulsion par projections, le volume d'émulsion pesé
est mélangé à du sable avant d'être placé à l'étuve. Toujours pour éviter les pertes,
les pesées sont effectuées avec la coupelle en aluminium contenant l'émulsion, avec
le sable et avec la spatule ayant servi à mélanger le sable et l'émulsion.
[0102] La quantité restante après 6 heures à 103°C représente la matière sèche. La différence
de poids nous renseigne sur la quantité d'eau contenue dans l'émulsion.
[0103] Ce test à été effectué sur trois émulsions indépendantes.

2-4 Détermination de la teneur en acide
[0104] On attend par l'huile la quantité d'acides gras issus de l'hydrolyse des triglycérides
des lipides des graines broyées.
[0105] La teneur en huile de notre émulsion est déterminée selon une "méthode simplifiée
par extraction à l'hexane" (Norme V 03-908). Pour des raisons de sécurité, il a été
utilisé du cyclohexane et non de l'hexane.
[0106] Cette teneur est déterminée sur la matière sèche nous ayant permis de calculer la
quantité d'eau contenue dans l'émulsion. Pour éviter de fausser les résultats, la
coupelle en aluminium contenant la matière sèche ainsi que la spatule ont été placées
dans la cartouche du soxhlet.
[0107] Après 6 heures d'extraction à chaud, les soxhlets sont démontés et le cyclohexane
évaporé sous vide.

m
0 : tare du ballon en grammes
m
1 : masse ballon après évaporation du cyclohexane en grammes
m
essai : masse d'émulsion, en grammes, utilisée pour obtenir la matière sèche

2-5 Dosage des protéines selon la méthode Kjeldahl
[0108] Le dosage des protéines contenues dans l'émulsion se fait indirectement par dosage
de l'azote selon la méthode Kjeldahl: minéralisation et distillation à la vapeur.
[0109] Le protocole suivi pour le dosage des protéines sur l'émulsion dérive de la note
d'application fournie avec le système de minéralisation « TECATOR 2020 Digestor »
:
- prise d'essai d'environ 300mg (pesée au mg près) placée dans tube de minéralisation
- ajout de deux « Kjeltabs CK » (Thompson & Capper LTD, Ref. AA17)
- ajout de 12mL d'H2SO4 95% puis légère agitation
- fixation de la tête d'aspiration sur les tubes, aspiration maximum
- tubes introduits dans bloc de minéralisation « TECATOR 2020 Digestor » à 420°C
- au bout de 5 minutes, réglage de l'aspiration pour conserver les vapeurs acides à
l'intérieur de la tête d'aspiration en ayant une position correcte de l'anneau de
condensation
- minéralisation poursuivie pendant une heure pour obtenir une solution limpide de couleur
bleu/vert
- après 20 minutes de refroidissement, la distillation est réalisée avec l'appareil
Kjeltec 1026
- introduction dans le distillateur d'une fiole conique contenant 25mL de solution d'indicateur
(acide borique 4 %, vert de bromocrésol 1x10-3%, rouge de méthyle 7x10-4%)
- distillation sur l'appareil Kjeltec 1026 avec les réglages suivants : Alkali 2 (3
volumes sont parfois nécessaires), Delay 2 et Steam 36
- titration du distillat avec une solution d'acide chlorhydrique 0.0136 N
[0110] Deux dosages de l'azote ont été réalisés sur chacune des trois émulsions indépendantes.

V : volume HCl utilisé pour la titration en mL
m : masse d'échantillon d'émulsion en milligrammes

F : facteur de conversion de l'azote en protéines, dans notre cas 6.25

2-6 Dosage du phosphore contenu dans l'émulsion
[0111] Dosage colorimétrique du phosphore contenu dans l'émulsion selon la Norme NF-T 60-227
« Méthode Vanadomolybdique » :
Tableau 1 :
| Préparation de la gamme étalon pour le dosage du phosphore |
| [PO42] mg/mL |
0.4 |
0.2 |
0.1 |
0.05 |
0 |
| Vanadate 0.25% (µL) |
800 |
800 |
800 |
800 |
800 |
| Molybdate 5% (µL) |
800 |
800 |
800 |
800 |
800 |
| HNO3 6N (µL) |
240 |
320 |
360 |
380 |
400 |
| H2PO4, HNO3 6N (µL) |
160 |
80 |
40 |
20 |
0 |
- de la même manière les échantillons sont préparés directement dans les cuves avec
400µL de cendres dissoutes dans l'acide, 800µL de Vanadate 0.25% et 800µL de Molybdate
5%
- après 20 minutes (formation du complexe vanadomolybdique), l'absorbance de la gamme
étalon et des échantillons est mesurée à 460nm
- avec la courbe étalon, on obtient pour chaque échantillon une concentration en phosphore
dans les cendres dissoutes
- la teneur en phosphore de l'émulsion est finalement calculée avec la masse d'émulsion
connue
[0112] Le dosage du phosphore a été réalisé sur trois émulsions indépendantes.

[PO
42-] : concentration en phosphore des cendres dissoutes en mg/mL
m : masse de la prise d'essai en grammes

[0113] Il est aussi possible avec ce dosage d'estimer le pourcentage en masse des phospholipides
en multipliant la teneur en phosphore par un facteur 26. Nous obtenons donc ainsi
:

2-7 Caractéristiques de l'émulsion
[0114] Nous pouvons maintenant faire une synthèse des composants de l'émulsion avec leurs
proportions respectives.
| L'émulsion est composée de : |
... 32,5 % d'H2O +/- 0,6% |
| |
58,3 % d'huile +/- 1,3% |
| |
7,24 % de protéines +/- 0,47% |
| |
3,8 % de phospholipides +/. 0,1 % |
L'émulsion a une densité de 0,943 +/- 0,004%
EXEMPLE 4: Extraction des acides gras après hydrolyse des lipides.
A. MATERIEL ET METHODES
[0115] Les milieux utilisés pour réaliser ces essais sont obtenus par homogénéisation sous
pression ou par homogénéisation par sonication, comme indiqué dans les Exemples 1
et 2
L'homogénéisation par sonication a été réalisée par sonication continue à la puissance
de 82 W.
[0116] Quarante grammes de milieu hydrolysé sont centrifugés 5 min à 2500 g. La phase aqueuse
et l'émulsion sont transférés dans une ampoule à décanter où elles sont mélangées
avec 30 ml de méthanol puis 30 ml de chloroforme.
[0117] Cette mixture est centrifugée 5 minutes, puis la phase chloroformique est prélevée,
tandis que le reste est extrait une seconde fois par 30 ml de chloroforme. La masse
de matière grasse ainsi extraite est pesée après évaporation sous vide du chloroforme.
[0118] Pour sa part, le culot est pesé avant d'être complété avec de l'eau distillée jusqu'à
obtention de la masse initiale de milieu traité. L'ensemble est ensuite homogénéisé
par agitation vigoureuse 30 secondes. Cette nouvelle suspension est alors traitée
comme le milieu initial par centrifugation puis extraction de la matière grasse des
phases supérieures au solvant. Au total, 4 cycles sont effectués de cette manière,
le dernier culot obtenu étant lui aussi extrait par le chloroforme et le méthanol
après avoir été remis en suspension dans 15 ml d'eau distillée. Un bilan sur les lipides
pourra ainsi être réalisé.
[0119] Chaque essai a été réalisé à trois reprises pour déterminer l'erreur sur la valeur
expérimentale
B. RESULTATS
[0120] Si l'étude cinétique de la réaction d'hydrolyse
in situ des lipides du colza après mise en interaction des glycérides et de la lipase par
homogénéisation donne une bonne idée des possibilités de ce type de procédé en terme
de réactivité, l'étude de l'extractibilité des acides gras formés est primordiale.
En effet, c'est surtout en vue d'améliorer le rendement d'extraction des lipides que
l'homogénéisation a été testée en tant qu'outil de cassage cellulaire. Ces essais
vont donc permettre de comparer l'extractibilité à l'eau des lipides suivant le type
de procédé utilisé.
[0121] Le pourcentage cumulé des lipides totaux extraits après chaque cycle de lavage est
présenté sur la figure 3. La comparaison des résultats obtenus pour une hydrolyse
faisant intervenir la sonication ou l'homogénéisation nous montre une extractibilité
des lipides identique lors du premier cycle. Cependant, le pourcentage total des lipides
extraits au cours des cycles suivants est nettement plus élevé si le milieu a subi
un traitement d'homogénéisation sous pression. En effet, une différence de 6,5% est
observée sur le rendement total.
[0122] Cette différence montre que l'homogénéisation du milieu à haute pression libère une
plus grande quantité d'acides gras sous forme d'émulsion. Ceci suggère que la rupture
des parois cellulaires est plus étendue que lors des expériences faisant intervenir
la sonication.
[0123] La similitude entre les rendements d'extraction lors du premier cycle de centrifugation
semblerait indiquer que les interactions entre les particules de l'émulsion et les
débris cellulaires sont à peu près équivalentes dans les deux cas.
Conclusion
[0124] La préparation des milieux d'hydrolyse par broyage suivi d'homogénéisation permet
d'améliorer nettement le rendement total d'extraction des acides gras produits lors
de la réaction. La différence mesurée après 4 cycles de lavage / centrifugation est
de 6,5%. Par contre, l'extractibilité observée après le premier cycle d'extraction
aqueuse laisse penser que les interactions entre les gouttelettes d'émulsion et les
débris cellulaires du culot sont du même ordre dans le cas de l'utilisation des ultrasons
ou de l'homogénéisation sous pression.
EXEMPLE 5 : Conditions optimales de quantités de graines dans le milieu de broyage
de départ
A. MATERIEL ET METHODES.
Quantité de graines.
[0125] La proportion de graines introduites dans le milieu conditionne directement le taux
de remplissage du réacteur en substrat glycéridique. En effet, lors de l'augmentation
de la teneur en graines du milieu, celui-ci est logiquement enrichi en glycérides
et en protéines, qui représentent respectivement 46,5 et 18 % de la masse fraîche
des graines de colza utilisées .En conséquence, on a fait varier la quantité de graines
dans le milieu dans la limite des possibilités du matériel. La réponse mesurée au
cours de cette étude est l'évolution du degré d'hydrolyse (DH) au cours du temps.
Procédé
[0126] Le protocole de mesure des cinétiques réactionnelles est réalisé avec utilisation
du broyage humide comme étape de prétraitement avant sonication. Afin que cette dernière
étape du procédé ne soit pas limitante, la sonde à ultrasons a été réglée à sa puissance
maximale, soit 82 W avec une période active de 100 %. Deux teneurs en graines ont
été testées : 10 et 13,5%. Au delà, la sonde à ultrasons s'échauffe, ce qui présente
un risque de détérioration du matériel. Comme précédemment, chaque essai a été réalisé
à trois reprises afin de s'assurer de la reproductibilité.
B. RESULTATS
[0127] Les cinétiques obtenues, présentées sur la figure 4, sont superposables, aux erreurs
expérimentale près. La vitesse d'hydrolyse y est rapide pendant les 30 premières minutes,
pour se ralentir ensuite progressivement jusqu'à atteindre un pallier après 60 minutes
de réaction, pour une valeur optimale de DH de 95%.
[0128] De toute évidence, l'efficacité de la lipase ne semble pas être affectée par cette
variation de la teneur en matière sèche. Ceci semble logique car si la proportion
de graines introduite dans le milieu diffère, le rapport enzyme / graine ne varie
pas. Ceci signifie que ni le ratio glycérides / lipase ni la proportion de protéines
par rapport à l'enzyme n'ont évolué. Ainsi, l'apport de composés potentiellement inhibiteurs
est contrebalancé par l'ajout en parallèle d'une proportion identique de lipase. Le
seul paramètre qui aurait pu être limitant est la quantité d'eau disponible pour que
la réaction ait lieu. Les résultats expérimentaux montrent que ce n'est pas le cas.
[0129] Cependant, le type de procédé utilisé ne permet guère d'augmenter plus la quantité
de graine présente dans le milieu, car la sonde à ultrasons s'échauffe rapidement.
Par ailleurs, le broyage devient impossible à réaliser dès 20% de teneur en graines
pour cause de trop forte viscosité. Enfin, la décantation centrifuge n'est plus possible
si la proportion de phase solide (culot) est trop élevée.
Conclusion
[0130] La réactivité ne semble pas affectée par l'augmentation de la teneur en matière sèche
dans le réacteur. Cependant, la viscosité du milieu croissant rapidement avec la proportion
de graines, notre matériel ne permet pas de réaliser des essais avec un milieu comportant
une quantité plus élevée de graines.
EXEMPLE 6: Conditions optimales de l'homogénéisation par sonication - Puissance des
ultrasons
[0131] On a montré que l'efficacité de la lipase lors de l'hydrolyse des glycérides dépend
étroitement des interactions que ces deux familles de molécules parviennent à établir
entre elles. Les ondes ultrasonores étant l'outil de cette mise en contact par le
biais de la création d'interface, il est donc raisonnable de penser que de leur intensité
va dépendre la réactivité dans le milieu.
Procédé
[0132] Un mélange contenant 15 % de graines de colza dans l'eau distillée est broyé pendant
5 minutes dans un mixeur ménager de type « Warring blendor ». Parallèlement, la lipase
issue de
Candida rugosa (Lipolyve, Lyven, Cagny, France) est solubilisée dans l'eau de manière à obtenir
une concentration de 10 mg / ml. Quatre-vingt-dix grammes du broyat de graine précédemment
obtenu sont additionnées de 10 grammes de solution enzymatique dans un bécher à double
enveloppe de 150 ml. A ce stade, le milieu contient 13,5 % en masse de graines de
colza et une quantité de lipase correspondant à 333 UL / g de graines. Le mélange
est ensuite traité par les ultrasons (Vibracell, Bioblock Scientific, Illkirch, France)
5 minutes à 12, 28, 47, 64 ou 82 W (100% de période active) selon les essais. Le milieu
est refroidi pendant la sonication par circulation d'eau froide dans la paroi du bécher.
Après cette étape, le courant d'eau froide est immédiatement remplacé par celui provenant
d'un bain thermostaté à 37°C. On laisse alors le milieu évoluer sous agitation magnétique
(250 rpm) pendant 120 minutes. Le suivi de la réaction est assuré par une série de
prélèvement réalisés à des temps prédéterminés. Lors de ceux-ci, 1,5 ml de milieu
sont transférés dans un tube contenant 1 ml d'acide chlorhydrique et 5 ml de chloroforme.
Après agitation vigoureuse, la phase organique est prélevée, séchée avec Na
2SO
4 anhydre, puis diluée 10 fois avant d'être injectée en CPG pour analyse. Chaque essai
a été réalisé à trois reprises pour déterminer l'erreur sur la valeur expérimentale
B. RESULTATS
[0133] L'effet de la puissance ultrasonore dissipée dans le milieu réactionnel est présenté
sur la Figure 5. La superposition des courbes de cinétique d'hydrolyse en fonction
du temps nous permet une comparaison des différents résultats obtenus. Il apparaît
de suite sur ce graphique que plus la puissance ultrasonore utilisée est forte, plus
la vitesse de réaction est élevée.
[0134] Cette observation vérifie l'importance du rôle de l'étape de sonication du milieu.
En effet, elle conditionne en grande partie la réactivité, et ces essais montrent
que le contrôle de la puissance ultrasonore dissipée est primordial. Nous avions vu
que les ultrasons permettent de briser les parois cellulaires et ainsi de libérer
les lipides que renferme la graine. Le mécanisme de cette rupture cellulaire est lié
à la cavitation engendrée par les ultrasons. L'intensité de celle-ci dépendant de
la puissance des ondes, acoustiques qui la génère, il semble donc logique que l'augmentation
de la puissance fournie par la sonotrode se concrétise au sein du milieu par une meilleure
mise en interaction des lipides et de la lipase. Il s'ensuit alors une exaltation
de la réactivité, que l'on peut observer au travers de l'amélioration des cinétiques
de croissance du DH lors de l'augmentation de la puissance de sonication utilisée.
[0135] Ainsi, les résultats obtenus confirment l'importance de la mise en interaction de
la lipase et des lipides pour que l'hydrolyse des glycérides ait lieu de manière optimale.
Conclusion
[0136] La comparaison des cinétiques d'hydrolyse
in situ des lipides de la graine pour différentes puissances de sonication utilisées durant
la préparation du milieu nous permet de montrer une influence positive de la puissance
ultrasonore utilisée. L'augmentation de celle-ci permet un meilleur cassage des cellules
de la graine, ce qui améliore la mise en interactions des lipides et de la lipase.
Ces résultats confirment donc l'hypothèse de travail selon laquelle la réactivité
du milieu réactionnel est étroitement liée aux interactions lipides /lipase.
EXEMPLE 7 : Conditions optimales de l'homogénéisation par sonication - Durée de la
sonication.
[0137] Nous venons de montrer que la puissance de sonication influe fortement sur la cinétique
réactionnelle. Ce paramètre est également à coupler avec la durée de traitement ultrasonore
appliqué. Dans cet exemple, on vise à déterminer l'influence du temps de sonication.
Procédé
[0138] La période de sonication a été fixée tour à tour à 30 sec., 1 min., 2 min., 3 min.
et 5 min pour une puissance ultrasonore fixée à 64 W. L'évolution du DH en fonction
du temps est utilisé comme réponse, chaque essai étant répété à trois reprises pour
s'assurer de sa reproductibilité.
B RESULTATS
[0139] Les résultats sont présentés sur la Figure 6.
[0140] Les cinétiques obtenues lors de l'hydrolyse des lipides du colza
in situ avec différentes durées de sonication à 64W sont représentées sur la figure 6. Les
vitesses d'hydrolyse observées sont d'autant plus rapides que la durée de la période
de passage du milieu aux ultrasons est longue. Cependant, les courbes obtenues pour
3 et 5 minutes de traitement du milieu par les ultrasons sont superposables, aux erreurs
expérimentales près.D'après ces résultats, la durée de sonication du milieu joue donc
un rôle positif jusqu'à un certain point. Pour des temps de traitement supérieurs,
un plateau est atteint.
[0141] L'effet positif de la durée de sonication semble logique au vu des résultats obtenus
dans le cadre des essais sur l'impact de la puissance ultrasonore dissipée dans le
milieu. L'augmentation du temps de passage aux ultrasons favorise leur action. Il
s'ensuit une disruption plus complète des parois cellulaires, ce qui améliore l'accessibilité
de la lipase à son substrat lipidique. Autrement dit, l'augmentation de la durée de
sonication favorise les interactions entre l'huile de la graine et la lipase, ce qui
explique une augmentation de la réactivité. Le pallier se justifie quant à lui l'aboutissement
à un maximum du processus de lyse cellulaire pour lequel la puissance sonore introduite
dans le milieu devient limitante pour la poursuite de la dégradation des structures
biologiques de la graine. En conséquence, on atteint un maximum de réactivité pour
une puissance ultrasonore donnée.
[0142] Les résultats présentés dans l'exemple indiquent qu'une période de sonication de
3 minutes est suffisante pour mener l'hydrolyse dans des conditions optimales. Par
contre, pour toute durée inférieure de traitement, la réactivité sera moindre.
Conclusion
[0143] La durée de sonication du milieu est un paramètre important, qui joue un rôle positif
sur la réactivité. L'explication de ces observations est proche de celle avancée pour
justifier l'influence de la puissance ultrasonore appliquée au milieu. Un maximum
est observé pour une durée de traitement supérieure ou égale à 3 minutes, au delà
desquelles il n'y a plus d'amélioration des interactions entre la lipase et son substrat.
EXEMPLE 8: Conditions optimales de l'étape d'hydrolyse des lipides - Température de
la réaction d'hydrolyse.
A. MATERIEL ET METHODES
[0144] La puissance ultrasonore dissipée dans le milieu est de 82 W et la température est
fixée à 22, 27, 32, 37 ou 42°C. Les différentes cinétiques de DH obtenues sont comparées
entre elles. Chaque essai est répété 3 fois et un écart-type est calculé.
B. RESULTATS
[0145] Les résultats obtenus pour chaque température sont représentés sur la figure 7 pour
permettre une comparaison. On observe que les cinétiques obtenues pour les hydrolyses
réalisées à 42°C et 37°C sont totalement superposables et semblent très légèrement
supérieures à celles obtenues pour une température de 32°C ou 27°C. L'évolution du
DH pour les réactions menées à 27°C est quant à elle la plus faible, mais reste malgré
tout assez proche de celle observée pour les autres températures.
[0146] Ces résultats démontrent clairement qu'une réactivité correcte peut avoir lieu pour
des températures inférieures à 37°C. En fait, ce paramètre paraît avoir une faible
incidence sur la vitesse d'hydrolyse dans la plage de 20°C explorée. Selon toute vraisemblance,
il doit être possible de réaliser l'hydrolyse des triglycérides du colza sans que
celle des glucosinolates ne se produise. En effet, une température de réaction proche,
voire inférieure à 30°C paraît défavorable pour une activité optimale de la myrosinase
(enzyme responsable de l'hydrolyse des glucosinolates), puisque son optimum de fonctionnement
se situe entre 40 et 70°C (Maheshwari
et al., 1981
Maheshwari P.N., Stanley. D.W., Gray J.J., 1981, Detoxification of rapeseed products.
J. Food Protection, Vd. 44(6) : 459-470).
A contrario, la lipase montre une activité optimale ou sub-optimale pour des températures de l'ordre
de 30°C.
[0147] La capacité pour la lipase de travailler à des températures inférieures à celles
utilisées jusqu'à présent présente également un intérêt au niveau de la consommation
énergétique, qui peut de cette façon être diminuée. Enfin, ces essais montrent qu'une
régulation très précise de la température n'est pas nécessaire, puisque la lipase
assure l'hydrolyse optimale des triglycérides de la graine en acides gras sur une
plage d'environ 10°C et perd peu d'activité au delà.
Conclusion
[0148] Les essais de modification de température du milieu lors de l'hydrolyse
in situ de lipides de la graine de colza montrent que cette réaction est peu sensible à ce
paramètre. Ceci nous ouvre des perpectives en terme d'élimination de la réaction parasite
d'hydrolyse des glucosinolates hydrosolubles et inoffensifs pour la santé en des composés
soufrés gênants par leur toxicité tant sur le plan nutritionnel que pour le catalyseurs
industriels d'hydrogénation. Une réflexion plus approfondie est donc à poursuivre
sur ce point. La faible sensibilité de la réaction à la température permet également
une économie énergétique supplémentaire et l'absence de nécessité d'assurer une régulation
fine de ce paramètre.
EXEMPLE 9: Conditions optimales de l'étape d'hydrolyse des lipides - Rapport Unités
de lipase/Poids de graines de départ.
[0149] La quantité de lipase est un second facteur déterminant pour la réactivité. La détermination
de ce paramètre permet ainsi de déterminer l'influence du rapport enzyme / graines
sur la réactivité et sur l'efficacité de la lipase, notamment en ce qui concerne des
inhibitions de l'enzyme par des composés de la graine.
A. MATERIEL ET METHODES
Procédure
[0150] Le protocole suivi est identique aux exemples précédents, avec une puissance ultrasonore
fixée à 82 W, une température de 37°C. La quantité de lipase est quant à elle variable
selon les essais, les différents rapports lipase / graines testés étant de 27,7, 55,
111, 222 et 333 UL / g de graines. Tout comme lors des expérimentations précédentes,
chaque point a été réalisé 3 fois afin de déterminer la barre d'erreur expérimentale.
B.RESULTATS
[0151] Les cinétiques obtenues pour les différentes concentrations en lipase sont exposées
sur la figure 8. On observe que la croissance du DH en fonction du temps est d'autant
plus rapide que la quantité d'enzyme introduite est élevée. D'autre part aucun optimum
de réactivité en fonction de la quantité de lipase ajoutée ne semble atteint.
[0152] Ces résultats confirment le rôle positif du rapport enzyme /substrat sur la réactivité.
[0153] Afin de mieux appréhender la relation entre le rapport lipase /graine et la cinétique
réactionnelle, on a étudié les vitesses initiales moyennes d'hydrolyse mesurées entre
0 et 15 minutes. La différence de DH entre 0 et 15 minutes a par conséquent été calculée
à partir des résultats présentés sur cette figure.
[0154] Cette réponse est bien représentative de la vitesse moyenne d'hydrolyse pendant cette
période, puisque :

Où :
[AG] est la concentration molaire en AG,
[MG] est la concentration molaire en MG,
[DG] est la concentration molaire en DG,
[TG] est la concentration molaire en TG.
[0155] Dans la formule ci-dessus, le dénominateur représente concentration totale en radicaux
acides gras, qu'il soient sous forme libre ou liée au glycérol. Cette somme reste
par conséquent constante, quel que soit le DH. La différence de DH entre 0 et 15 minutes
est donc égale à la quantité d'acides gras produits durant cette période, normalisée
par la quantité de radicaux acide gras totaux.
[0156] Par ailleurs, on a également rapporté la vitesse initiale moyenne d'hydrolyse à la
masse de poudre enzymatique introduite dans le milieu. L'activité spécifique moyenne
(AS) ainsi calculée nous permettra ainsi de déceler un éventuel effet du rapport lipase
/graine sur les performances de cette enzyme. Les résultats des calculs, accompagnés
de leur barre d'erreur expérimentale sont présentés sur la figure 9.
[0157] La différence de DH entre 0 et 15 minutes semble varier linéairement avec le rapport
lipase /graines. Un ajustement linéaire a été réalisé pour confirmer cette tendance.
Le coefficient de détermination de cette droite est de 0,97, ce qui signifie une bonne
linéarité des résultats. Par ailleurs, la droite d'ajustement passe par toutes les
barres d'erreurs, ce qui suggère que les écarts observés entre la théorie et les valeurs
expérimentales sont explicables.
[0158] La proportionnalité entre la quantité d'enzyme et la vitesse initiale de réaction
nous indique que ce facteur est limitant de l'hydrolyse, pour des conditions de procédé
de mise en contact données. Par ailleurs, la droite de régression passe par zéro.
On ne trouve donc pas d'inhibition pour les faibles quantités de lipase.
[0159] Cette observation est par ailleurs confortée par les calculs d'activité spécifique
qui indiquent que l'enzyme conserve, aux erreurs expérimentales près, une efficacité
relativement constante quelle qu'en soit la concentration.
[0160] Cependant, ces données n'indiquent pas pour autant que l'efficacité de la lipase
à l'interface est optimale. En effet, les résultats obtenus dans les exemples précédents
montrent que les étapes de cassage des parois cellulaires jouent un rôle très important
sur celle-ci. L'exemple le plus illustratif est la puissance de sonication du milieu,
qui doit être optimale. Malgré la linéarité de la vitesse initiale de réaction en
fonction de la quantité de lipase ajoutée, une inhibition compétitive à l'interface
des lipides en émulsion reste présente.
Conclusion
[0161] Conformément à ce qui a déjà été évoqué dans la littérature ou dans les précédents
rapports d'avancement, la quantité de lipase introduite a un effet positif sur la
cinétique d'hydrolyse des lipides de la graine. Le calcul des vitesses initiales nous
permet de montrer que cette réponse varie linéairement avec la quantité d'enzyme ajoutée
au milieu, l'activité spécifique restant quant à elle relativement stable. Il en est
déduit que malgré une inhibition engendrée par une compétition pour la fixation à
l'interface, la quantité de lipase introduite dans le milieu est un facteur limitant
de l'hydrolyse.
EXEMPLE 10 : Caractéristiques de l'homogénat.
A. MATERIEL ET METHODES
Mode opératoire
[0162] Les milieux observés sont préparés selon le même protocole que lors de l'étude de
la réactivité présentée dans l'exemple précédent. Le rapport lipase/ graine est fixé
à 333 UL / g de graines. Le cassage cellulaire est pour sa part assuré par un broyage
humide 5 minutes suivi d'une période de 5 min. de sonication à 82 W. La proportion
de graine introduite est de 13,5 % en masses. Les milieux ainsi obtenus sont laissés
à réagir jusqu'à hydrolyse totale.
[0163] Une aliquote du milieu d'hydrolyse est ensuite dilué 10 fois avant d'être monté entre
lame et lamelle. L'observation se fait par transmission à l'aide d'un microscope optique
Nikon Eclipse E600 (Nikon, Japon), muni d'oculaires grossissant 10x et d'objectifs
plan fluor x10, x40 et x100 du même fournisseur. Les prises de vues sont réalisées
grâce à une caméra digitale DMX 1200 (Nikon, Japon), les images étant enregistrées
dans un ordinateur par le logiciel Lucia G (Nikon, Japon). Aucun retraitement de celles-ci
n'a été effectué ultérieurement
B. RESULTATS
[0164] Trois grossissements ont été utilisés pour la réalisation des clichés. Une vue d'ensemble
a tout d'abord été prise. La Figure 10 illustre les différents constituants du milieu
ainsi que son organisation après broyage et hydrolyse. C'est au sein de celle-ci que
la lipase évolue et réagit avec les lipides de la graine.
[0165] Sur la Figure 10, on peut déjà distinguer les différentes structures observées macroscopiquement
lors de la centrifugation du milieu. Les lipides situés au premier plan sont nets,
tandis que les plus grosses particules qui reposent sur la lamelle après décantation
sont plus floues. Sur la figure 10, les débris de coque très importants en taille
sont notamment présents. Leurs dimensions sont de l'ordre de 100 à 200µm. Etant donné
leur faible épaisseur, il n'est quasiment jamais possible de les voir autrement que
de face. Les restes des cellules lysées sont également visibles. Si certaines de celles-ci,
telles celles situées en haut de la figure 10, sont totalement vides, d'autres semblent
en revanche moins affectées par les différents traitements de cassage subis. C'est
le cas de l'amas cellulaire sombre localisé en bas de la figure 9. Les acides gras
en émulsion sont également visible au premier plan.
[0166] Sur la figure 10, les acides gras apparaissent sous la forme d'une granulation présente
sur toute la surface observée. On remarque que les gouttelettes lipidiques ne semblent
pas se disperser mais plutôt s'agréger en petits amas. Ce phénomène est important
pour l'efficacité de l'étape d'extraction car il indique que les tensioactifs de toutes
natures qui garnissent les globules gras ne créent pas de répulsion entre ces derniers.
En cas de difficultés pour la rupture de l'émulsion, seule la rigidité de l'interface
peut être mise en cause.
[0167] Une meilleure vision de l'émulsion est possible à plus fort grossissement. C'est
ce type de vue qui est montrée dans la figure 11. Cette photographe a été prise à
partir de la couche grasse séparée par centrifugation, à un grossissement total de
1 000x. Cette illustration permet d'observer plus précisément les gouttelettes lipidiques.
Une barre d'échelle fournit une référence pour la taille de ces gouttes grasses. Leurs
dimensions sont comprises entre 5 et 15 µm. Leur surface apparaît fine et lisse, ce
qui suggère que la stabilisation de l'interface est moléculaire, et ne fait pas intervenir
de particule solide. Ainsi, cette observation microscopique montre que l'hydrolyse
in situ se déroule au niveau d'un système émulsionné liquide /liquide.
[0168] Par ailleurs, la photo de la Figure 11 met en évidence que la centrifugation du milieu
permet une bonne séparation des lipides et des débris cellulaires issus du cassage
de la graine. Par ailleurs, la tendance déjà observée à plus faible grossissement
qu'ont les gouttelettes à s'associer pour former des agrégats est confirmée par cette
prise de vue plus fine.
[0169] Enfin, au vu de la taille des globules gras observés, comprise globalement entre
5 et 15 µm, il est vraisemblable qu'un début de coalescence ait déjà eu lieu. En effet,
d'après Wäsche
et al. (1993), (
Wäsche A., Luck T., Holley W., 1993. Influence of technological parameters and protein
properties on the aqueous extraction and demulsification of oil from rapeseed, In
Food proteins : Structure and functionality developed from the 4th Symposium on food,
Schwenke K.D. (c.f.) Weinheim 198-200), la taille des oléosomes de la graine de colza est comprise entre 0,5 et 1,5 µm,
soit 10 fois moindre que celle observée ici. Cette coalescence peut résulter soit
de la fusion de globules gras durant le traitement de cassage des structures cellulaires
natives, soit d'une instabilité naturelle de l'émulsion formée. La première hypothèse
semble cependant la plus vraisemblable, car aucune évolution visible de la taille
des globules gras ne semble avoir eu lieu durant la centrifugation.
[0170] La figure 12 est un cliché photographique pris à un grossissement intermédiaire de
400×, montre le détail d'un groupe de cellules ayant subi le procédé d'hydrolyse.
Sur cette photographie, il est possible de distinguer nettement des cellules entièrement
vidées de leur contenu, mais aussi des cellules renfermant encore une partie de leurs
constituants.
[0171] Sur la figure 12, on observe qu'une homogénéisation par sonication aboutit à la perforation
des parois cellulaires, sans casser complètemen t la cellule puisqu'un grand nombre
de cellules sont vidées sans pour autant que leurs parois n'apparaissent endommagées
à ce grossissement.
Conclusion
[0172] L'observation microscopique des milieux réactionnels est riche en enseignements.
Elle permet ainsi de visualiser le milieu dans lequel évolue la lipase lors de la
réaction. Les photomicrographies présentées dans les figures 10 à 12 nous permettent
notamment de localiser les lipides et de mieux appréhender les interactions qui ont
lieu à leur surface. Ainsi, on sait désormais que la stabilisation de l'interface
lipides / eau ne fait pas intervenir de particules solides, l'hydrolyse des glycérides
ayant par conséquent lieu au sein d'un système liquide /liquide. Par ailleurs, les
globules gras ne paraissent pas se repousser, ce qui facilite l'extraction des acides
gras. Au niveau cellulaire, les observations réalisées confirment que le broyage des
graines les casse relativement grossièrement, tandis que la sonication agit plus finement
en perforant les parois cellulaires sans en modifier la structure de masse.