[0001] L'invention concerne un procédé de traitement thermique d'une pièce thermomécanique
réalisée dans un alliage de titane TA6Zr4DE, et un procédé de fabrication comportant
un tel procédé de traitement thermique.
[0002] L'invention s'applique tout particulièrement, mais non limitativement aux pièces
tournantes de turbomachines, telles que les disques, tourillons et rouets, et en particulier
aux disques de compresseurs haute pression.
[0003] Actuellement, selon la technique utilisée par la demanderesse, les disques de compresseur
haute pression sont obtenus par matriçage dans le domaine bêta de l'alliage de titane.
En particulier, on utilise préférentiellement un alliage dénommé «6242» qui comporte
environ 6 % d'aluminium, 2 % d'étain, 4 % de zirconium et 2 % de molybdène. Il s'agit
plus précisément de l'alliage TA6Zr4DE selon la nomenclature métallurgique. Ce matriçage
est réalisé environ à 1030 °C.
[0004] Cette étape de matriçage est suivie d'un procédé de traitement thermique comprenant
une étape de mise en solution dans le domaine alpha/bêta de l'alliage à la température
de 970 °C, correspondant à la température de bêta transus -30°C, pendant une heure.
Cette étape de mise en solution est suivie d'une étape de trempe à l'huile ou dans
un mélange eau-polymère. Ensuite on réalise un traitement de revenu à 595 °C pendant
huit heures puis enfin on réalise un refroidissement à l'air.
[0005] Dans le cas de la mise en oeuvre de ce procédé de traitement thermique, on aboutit
à un alliage présentant une microstructure grossière qui n'est pas favorable à une
bonne tenue de l'alliage de titane, notamment selon un essai de fluage sous une contrainte
imposée maintenue pendant un certain temps de maintien, notamment pour une gamme de
température d'utilisation comprise entre -50 °C et +250 °C. Il s'agit du «dwell effect
», à savoir à un fluage à température peu élevée (inférieure à 200 °C) qui conduit
à un endommagement qui, couplé avec la fatigue oligocyclique, provoque une ruine prématurée
de la pièce.
[0006] En particulier, l'application dans le domaine aéronautique, et en particulier pour
un disque de compresseur haute pression est très propice à ce phénomène de «dwell
effect » du fait que pendant les phases de décollage et d'atterrissage, les moteurs
sont soumis à des conditions de fonctionnement dans le domaine de températures et
de contraintes correspondant à ce phénomène. Ce phénomène peut conduire à des amorçages
de criques de fatigue prématurées, voire à la rupture de la pièce.
[0007] Ce phénomène de «dwell effect » est très bien identifié par les constructeurs de
turbomachines et il fait l'objet de nombreuses études ; de plus, il concerne tous
les alliages de titane stabilisés en température : alliages de titane des classes
bêta, alpha/bêta, presque alpha et alpha.
[0009] La présente invention a pour objectif de fournir un procédé de traitement thermique
d'une pièce thermomécaniques réalisée dans un alliage de titane qui peut être mis
en oeuvre de façon industrielle et permettant de surmonter les inconvénients de l'art
antérieur et en particulier offrant la possibilité de limiter l'étendue du phénomène
de «dwell effect ».
[0010] On cherche donc à améliorer le traitement thermique pour obtenir des pièces dont
la durée de vie est augmentée, malgré les sollicitations cycliques subies à basse
température.
[0011] A cet effet, selon la présente invention, le procédé de traitement thermique est
caractérisé en ce qu'on réalise une étape de mise en solution à une température comprise
entre β transus - 20°C et β transus - 15°C pendant une durée de 4 à 8 heures; et en
ce qu'on réalise après l'étape de mise en solution, une étape de trempe de la pièce
à une vitesse de refroidissement supérieure à 200°C/min.
[0012] Cette condition de température correspond à une température maximale de 985 °C environ.
Cet écart par rapport à la température de β transus est une marge de sécurité, qui
est liée à l'écart possible entre la température mesurée et la température réelle
de l'alliage, permettant de garantir que l'on reste en dessous de la température de
transition bêta. Cette étape de mise en solution est réalisée pendant 4 à 8 heures
selon la taille de la pièce.
[0013] L'idée à la base de la présente invention correspond au fait qu'il a été constaté
qu'il existe au sein du matériau des zones ou colonies, propices au phénomène de «dwell
effect ». On constate que de telles colonies sont formées de grains allongés de phase
alpha, de type aiguilles, relativement gros et jointifs entre eux. Généralement, de
tels grains présentent une longueur de plusieurs millimètres sur une largeur de l'ordre
de 200 à 300 micromètres. De telles colonies constituent des emplacements au niveau
desquels, lorsque des contraintes sont accumulées, il se produit une concentration
importante de dislocations qui, lorsqu'elles s'activent, sans effet thermique particulier,
peuvent provoquer des glissements entre les grains, ce qui peut conduire à des ruptures.
[0014] La présente invention se propose de mettre en oeuvre un traitement thermique permettant
d'affiner la microstructure, en particulier la taille des aiguilles précitées, afin
de minimiser les effets du «dwell effect», et ceci en diminuant l'étendue de libre
circulation des dislocations, afin de minimiser leur accumulation et, de cette façon,
le risque de rupture de la pièce.
[0015] C'est pour cette raison que de façon caractéristique, selon la présente invention,
on réalise l'étape de mise en solution pendant une durée beaucoup plus longue que
celle habituellement pratiquée. En effet, cette façon, on permet à la pièce de se
rapprocher, voire d'atteindre, son équilibre microstructurale, ce qui permet de diminuer
la taille, en longueur et en épaisseur, des aiguilles des colonies susceptibles de
provoquer le «dwell effect ». Ce traitement permet d'obtenir une microstructure plus
fine que celle de l'art antérieur, et donc de minimiser les conséquences du «dwell
effect ».
[0016] De façon étonnante, cette augmentation de la durée de la mise en solution n'a pas
pour conséquence, contrairement aux préjugés en vigueur dans ce domaine de la métallurgie,
d'affecter les propriétés thermomécaniques du matériau. En effet, de façon tout à
fait surprenante, les inventeurs ont, dans le cadre de l'invention présentée ici,
mis en oeuvre un procédé de traitement thermique dont l'étape de mise en solution
a été réalisée pendant une durée beaucoup plus importante que celle pratiquée habituellement,
sans pour autant que le matériau résultant de l'ensemble du procédé de traitement
thermique ne présente des caractéristiques thermomécaniques, et en particulier des
propriétés de tenue en fatigue sous contrainte imposée, plus faibles que celles des
matériaux résultants du procédé de traitement thermique de l'art antérieur.
[0017] En outre, la présente invention se propose de réaliser cette étape de mise en solution
à une température relativement proche de la température de transition bêta, tout en
restant strictement inférieure à cette dernière, et ceci afin d'obtenir une microstructure
de la pièce finale dans les classes des alpha/bêta, presque alpha et alpha.
[0018] De cette manière, on comprend que par le simple allongement du temps de l'étape de
mise en solution, il est possible d'obtenir des pièces thermomécaniques, en particulier
des disques pour compresseur haute pression, ayant d'une part des durées de vie supérieure
à celle des pièces obtenues selon les techniques précédemment mises en oeuvre, mais
en outre présentant des caractéristiques thermomécaniques (traction, fluage, fatigue
sous contrainte imposée pendant un temps de maintien...) au moins aussi bonnes, tout
en minimisant les risques de rupture par fatigue. Ainsi, le procédé de traitement
thermique selon l'invention permet un gain d'un facteur de deux environ sur la tenue
au "dwell" (chargement cyclique avec temps de maintien en charge - fluage - à chaque
cycle) par rapport à un procédé de traitement, comme montré dans les essais décrits
ci-dessous.
[0019] En outre, on réalise, après l'étape de mise en solution, une étape de trempe de la
pièce à une vitesse de refroidissement supérieure à 200°C / min, et de préférence
comprise entre 300 et 450°C. De préférence, cette vitesse de refroidissement est la
plus importante possible et de préférence supérieure à ou de l'ordre de 400°C / min.
[0020] Ainsi, grâce à ce refroidissement rapide, on fige l'état de la microstructure dans
sa situation à la fin de l'étape longue de mise en solution et on évite une nouvelle
évolution de cette microstructure avec un grossissement des aiguilles des colonies
de phase alpha propices au phénomène de «dwell effect ».
[0021] Aussi, ce choix de vitesse de trempe élevée permet de favoriser la transformation
de type martensitique (qui aboutit à une microstructure plutôt fine) de la phase bêta
en phase alpha par rapport au phénomène de type germination/croissance (qui aboutit
à une microstructure plutôt grossière).
[0022] Egalement, de préférence, à la fin du procédé de traitement thermique conforme à
l'invention, le procédé comporte en outre les étapes suivantes :
- on réalise, après l'étape de trempe, une étape de revenu à une température de l'ordre
de 595°C pendant une durée de l'ordre de 8h, puis
- on réalise une étape de refroidissement à l'air.
[0023] Outre le procédé de traitement thermique qui vient d'être présenté, la présente invention
porte également sur un procédé de fabrication d'une pièce thermomécanique réalisée
dans un alliage de titane, par matriçage dans le domaine β, comprenant un tel procédé
de traitement thermique.
[0024] D'autres avantages et caractéristiques de l'invention ressortiront à la lecture de
la description suivante faite à titre d'exemple et en référence aux dessins annexés
dans lesquels :
- la figure 1 montre la microstructure obtenue selon le procédé de traitement thermique
classique de l'art antérieur ;
- la figure 2 montre la microstructure obtenue selon le procédé de traitement thermique
classique de l'art antérieur modifié par une vitesse de trempe plus rapide ;
- la figure 3 montre la microstructure obtenue selon le procédé de traitement thermique
selon la présente invention ;
- la figure 4 montre la microstructure obtenue selon le procédé de traitement thermique
selon la présente invention avec une vitesse de trempe plus rapide ; et,
- la figure 5 montre les résultats d'un test de fluage sous charge cyclique avec un
temps de maintien en charge, pour une pièce
[0025] résultant du procédé de l'art antérieur et pour une pièce obtenue par le procédé
conforme à l'invention.
[0026] On rappelle que la présente invention concerne tous les types d'alliage de titane
stabilisés en température : alliages de titane des classes bêta, alpha/bêta, presque
alpha et alpha (on parle ici de la structure de la pièce finie).
[0027] On rappelle en quoi consiste le traitement thermique classique de l'art antérieur
utilisé notamment par la demanderesse pour des disques de compresseur haute pression
réalisés dans un alliage dénommé «6242» cité en introduction.
[0028] Ces disques sont obtenus par forgeage par matriçage à chaud dans le domaine bêta
de l'alliage de titane.
[0029] Cette étape de matriçage est suivie d'un procédé de traitement thermique comprenant
une étape de mise en solution dans le domaine alpha/bêta de l'alliage à la température
de 970 °C, correspondant à la température de bêta transus -30 °C, pendant une heure.
Cette étape de mise en solution est suivie d'une étape de trempe à l'huile ou dans
un mélange eau-polymère (vitesse de refroidissement de l'ordre de 200°C/min et compris
entre 130 et 250°C/min). Ensuite on réalise un traitement de revenu à 595°C pendant
huit heures puis enfin on réalise un refroidissement à l'air.
[0030] On obtient un matériau présentant la microstructure visible sur la figure 1, présentant
des colonies constituées d'aiguilles de phase bêta parallèles entre elles. Ces aiguilles
présentent une section de forme allongée visible sur la figure s'étendant souvent
sur plusieurs centaines de micromètres.
[0031] Sur la figure 2, la microstructure visible correspond à celle d'un alliage de titane
identique à celui de la figure 1, ayant subi le traitement thermique précité aux deux
différences suivantes près :
- la température de mise en solution est de bêta transus -20°C (environ 980 °C), au
lieu de bêta transus -30 °C, et
- la vitesse de trempe utilisée lors du procédé de traitement thermique est nettement
plus rapide : 400°C /min au lieu de 200°C /min, en utilisant par exemple une trempe
à l'eau au lieu d'une trempe à l'huile, et en ayant pris soin d'éviter les surépaisseurs
de matières par un usinage éventuel préalable des zones les plus épaisses.
[0032] Dans ce cas, les colonies d'aiguilles parallèles comporte des aiguilles plus dissemblables
en tailles et en particulier il y a moins de grandes aiguilles. Néanmoins, même en
moins grand nombre, on peut s'attendre à ce que ces grandes aiguilles soient suffisantes
en nombre pour que le phénomène de « dwell effect » entraîne des accumulations de
dislocations susceptibles d'engendrer des risques de rupture.
[0033] Si on se rapporte maintenant à la figure 3 ou à la figure 4, il s'agit des microstructures
obtenues selon le procédé conforme à la présente invention.
[0034] Plus précisément, par rapport au procédé de traitement thermique classique exposé
précédemment en relation avec la figure 1, le traitement mis en oeuvre pour aboutir
à la microstructure de la figure 3, on réalise :
- une mise en solution à la température de bêta transus -20 °C (environ 980 °C), au
lieu de bêta transus -30 °C, et
- cette mise en solution est effectuée pendant 8 heures au lieu d'1 heure.
[0035] Dans ce cas, comme il ressort de la figure 3, les aiguilles sont toutes de taille
plus petite en section, leur longueur restant inférieure à 100 micromètres, et généralement
de l'ordre de 50 micromètres.
[0036] Ainsi, on comprend que la diminution de la taille des aiguilles s'accompagne d'une
diminution de leur volume et des surfaces jointives entre aiguilles, ce qui freine
l'aptitude au déplacement des défauts tels que les dislocations ou les lacunes, qui
parcourent ainsi des distances plus faibles et présentent moins de possibilités de
s'accumuler.
[0037] Dans le cas de la figure 4, par rapport au traitement thermique de l'alliage visible
à la figure 3, on a en outre réalisé une trempe à une vitesse plus importante, de
400°C /min au lieu de 200°C /min.
[0038] On recherchera donc à augmenter la vitesse de trempe au dessus de la valeur de 200°C
/min, en approchant si possible 400°C /min. Il faut cependant éviter une vitesse de
refroidissement trop importante, risquant l'apparition de tapures de trempe. Notamment,
au-delà de 450°C/min, on risque d'induire des contraintes rédhibitoires à tout usinage
ultérieur, voire on risque de casser la pièce.
[0039] En terme de microstructure, comme on le voit sur la figure 4, le résultat est similaire
à celui de la figure 3.
[0040] Ainsi, il apparaît que l'augmentation de la vitesse de trempe et/ou l'allongement
de la durée de l'étape de mise en solution permet de diminuer les endommagements du
matériau entraînés par une sollicitation cyclique, qui est un autre facteur de ruine
du matériau, venant classiquement s'ajouter à l'endommagement par fluage.
[0041] Plus précisément, par ces modifications de traitements, on fige davantage les microstructures
à une taille plus petite que celles qui génèrent les endommagements du matériau. Ainsi,
on évite l'accumulation d'aiguilles ou grains, sous la forme de paquets d'aiguilles
parallèles de taille importante qui, à la façon d'un grain unique, concentrent les
défauts, au bord de leur interface.
[0042] Ainsi, en diminuant à la fois la taille des colonies formées de paquets d'aiguilles
parallèles et la taille des aiguilles elles-mêmes, on créé pour les défauts, et en
particulier pour les lacunes, davantage d'obstacles dans leur progression avant leur
possible regroupement.
[0043] Des échantillons provenant, d'une part, de matériaux obtenus selon le procédé de
traitement thermique de l'art antérieur et conformes à la microstructure de la figure
1, et d'autre part, de matériaux obtenus selon le procédé de traitement thermique
de la présente invention et conformes à la microstructure de la figure 3, ont été
testés en fluage.
[0044] Plus précisément, on a réalisé un test sous chargement cyclique avec temps de maintien
en charge, de type cycle en forme de trapèze : montée en charge pendant 1s, palier
de maintien en charge de 120s à 868 MPa, puis descente à charge nulle pendant 1s.
[0045] Les résultats de ce test sont visibles sur la figure 5 qui est un graphique indiquant
le rapport déformation sur allongement sous chargement cyclique avec temps de maintien
en fonction du nombre de cycles, jusqu'à la rupture.
[0046] La courbe A représente le résultat de cet essai pour des matériaux obtenus selon
le procédé de traitement thermique de l'art antérieur et conformes à la microstructure
de la figure 1
[0047] La courbe B représente le résultat de cet essai pour des matériaux obtenus selon
le procédé de traitement thermique de la présente invention et conformes à la microstructure
de la figure 4.
[0048] Cet essai normalisé montre donc que le procédé de traitement thermique de la présente
invention permet de pratiquement doubler le nombre de cycles avant rupture puisqu'on
passe de 5500 cycles à 10000 cycles.
[0049] Ainsi, la présente invention permet, de façon surprenante, notamment grâce au rallongement
de la durée de l'étape de mise en solution, d'améliorer notablement la durée de vie
en test de tenue à la fatigue avec temps de maintien. Ceci est principalement dû au
fait que cet allongement permet d'affiner la microstructure et notamment de diminuer
la taille des aiguilles de phase alpha formant les colonies sensibles au phénomène
de « dwell effect ».
[0050] En pratique, pour des grosses pièces qui n'autorisent pas des vitesses de trempe
importantes, on choisit des temps de mise en solution plus long (par exemple 8 heures)
et pour des pièces plus fines pour lesquelles la vitesse de trempe de 400°C/min peut
être atteinte, des temps de mise en solution plus courts (par exemple 4 heures) peuvent
être appliqués.
[0051] D'autre part, on sait que l'augmentation de la température de mise en solution favorise
la mise en solution de la phase alpha primaire grossière pour la transformer en phase
bêta. Toutefois, puisqu'il est fondamental de ne pas dépasser la température transus
bêta de l'alliage, on choisira une température qui ne dépasse pas la température transus
bêta -15 °C. Cette limite haute de la température de mise en solution est choisie
suivant la précision de la connaissance la température de transus bêta et la classe
des fours de traitement. De plus, dans le cas d'un forgeage sub transus, c'est à dire
au-dessus de la température de transition bêta, on choisira bien entendu une température
de mise en solution supérieure à la température de forgeage.
[0052] D'autres essais (traction, fluage, fatigue avec temps de maintien sous contrainte
maximale...) mesurant la tenue mécanique des matériaux obtenus par le procédé conforme
à l'invention ont confirmés qu'ils ont globalement conservé leurs propriétés mécaniques
par rapport aux alliages de titane obtenus par le procédé classique, c'est-à-dire
que ces résultats restent dans la moyenne des statistiques des résultats obtenus pour
des pièces analogues pour lesquelles le traitement thermique n'a pas été modifié conformément
à la présente invention.