[0001] La présente invention est relative au domaine de l'horlogerie, et concerne un composant
d'une pièce d'horlogerie comportant une structure allégée et renforcée. En particulier,
ce composant horloger remplace avantageusement les composants traditionnels de l'organe
régulateur d'une montre, à savoir la roue d'échappement, l'ancre et le balancier.
[0002] La fabrication de composants de pièces d'horlogerie allégés et renforcés ont déjà
fait l'objet de recherches approfondies. La société
GFD Gesellschaft für Diamantprodukte GmbH (GFD) par exemple est une entreprise spécialisée en matière de micro-structuration
du diamant offrant toute une gamme de micro-composant notamment dans l'industrie horlogère.
Cette société fabrique en particulier des composants horlogers entièrement en diamant
et des pièces en silicium recouvertes d'une couche de diamant.
[0003] L'utilisation du diamant permet de fabriquer des composants horlogers légers qui
présentent, par rapport aux composants traditionnels, des propriétés mécaniques supérieures,
un coefficient de frottement bien meilleur et une usure moins élevée. Ce choix de
matériau permet ainsi d'améliorer de manière significative le rendement.
[0004] Les pièces réalisées par GFD sont obtenues par une méthode consistant à fabriquer
en premier lieu une plaque de diamant plus communément appelée "wafer" dans l'épaisseur
désirée au moyen de la technologie CVD (Chemical Vapour Deposition). Puis, les parties
inutiles du wafer sont retirées à l'aide des méthodes plasma et des gabarits de précision.
La pièce est donc façonnée dans la masse. Les pièces obtenues par cette technique
permettent d'atteindre une épaisseur de l'ordre de 0,15 mm.
[0005] W02004029733 divulgue explicitement divers composants horlogers dont au moins une partie, possédant
une surface de contact difficile à lubrifier, est en diamant naturel ou synthétique.
[0006] Néanmoins, la structure géométrique de ces pièces n'est pas homogène, celles-ci étant
par ailleurs essentiellement en silicium et diamant obtenus par un procédé CVD.
[0007] Le but de la présente invention est donc de proposer un composant d'une pièce d'horlogerie
présentant une structure mécanique allégée et renforcée, cette structure pouvant par
ailleurs être dans un matériau autre que le silicium tel que l'acier ou des matériaux
synthétiques tel que le rubis.
[0008] Conformément à l'invention, ce but est atteint grâce à un composant d'une pièce d'horlogerie
ou composant horloger selon la revendication 1. Ce composant est choisi parmi une
roue d'échappement, un balancier, une ancre, une roue d'un train de rouages, et une
masse oscillante. Le composant horloger comporte une structure ajourée d'une épaisseur
E. Cette structure, plus communément appelée structure squelettique, est pourvue de
plusieurs évidements repartis au travers de ladite structure de manière à ce que chaque
évidement soit séparé d'un évidement adjacent par une paroi dite rigidificateur. La
largeur de chaque rigidificateur de la structure squelettique est sensiblement identique
et le rapport entre l'épaisseur E de ladite structure et la largeur (
l) de chaque rigidificateur est compris entre ¼ et 1.
[0009] L'invention a également pour objet un échappement comportant avantageusement une
roue d'échappement, une ancre et/ ou un balancier comportant chacun une structure
squelettique. Un échappement comportant chacune de ces trois pièces permet un gain
de rendement supérieur à 10 % par rapport à un échappement traditionnel.
[0010] L'invention a en outre pour objet une méthode de fixation d'une roue d'horlogerie
sur un axe et plus particulièrement une roue d'échappement sur un pignon d'échappement.
[0011] Les caractéristiques de l'invention apparaîtront plus clairement à la lecture d'une
description de plusieurs variantes d'exécution données uniquement à titre d'exemples,
nullement limitatives en se référant aux figures schématiques, dans lesquelles:
- La Figure 1 représente une vue en perspective de dessus d'une roue d'échappement et
d'une ancre suisse selon l'invention,
- La Figure 2 représente une vue en plan de la roue d'échappement de la Figure 1,
- La Figure 3 représente une vue en perspective de dessous de la roue d'échappement
de la Figure 1 montée sur un pignon d'échappement,
- La Figure 4 représente une vue en plan d'une roue d'échappement avec un moyeu de forme
triangulaire,
- La Figure 5 représente une vue en plan d'une roue d'échappement avec un moyeu de forme
hexagonale,
- La Figure 6 représente une vue en perspective de dessous d'un système de fixation
d'une roue d'échappement en silicium au pignon d'échappement,
- La Figure 7 représente une méthode de fixation pour une roue d'échappement préférablement
en acier,
- La Figure 8 représente une vue en plan de l'ancre suisse de la Figure 1.
- La Figure 9 représente une vue en plan d'un balancier selon l'invention,
- La Figure 10 représente une vue en perspective de dessus d'un balancier selon une
variante d'exécution de l'invention,
- La Figure 11 représente une vue en perspective de dessus d'un balancier selon une
deuxième variante d'exécution de l'invention.
- La Figure 12 représente une vue en plan d'une masse oscillante selon une troisième
variante de l'invention.
[0012] Selon le mode d'exécution préférentiel de l'invention, la roue d'échappement 1 a
selon la Figure 1 et 2, comporte quatre bras courbés 4 équidistants de 90°les uns
par rapport aux autres, une serge 5 et une denture 5'. Les quatre bras 4, la serge
5 et la denture 5' de la roue d'échappement 1 a sont constitués d'une structure ajourée
dite squelettique. Cette structure squelettique comporte une multitude d'évidements
2 de forme triangulaire et repartis au travers de ladite structure de manière à ce
que chaque évidement 2 soit séparé d'un évidement adjacent 2' par une paroi 3 dite
rigidificateur. La largeur de chaque rigidificateur 3 de la structure squelettique
est sensiblement identique.
[0013] La forme, la position et l'orientation de chaque évidemment 2 les uns par rapport
aux autres ont été déterminés afin d'obtenir une structure présentant un ratio optimal
entre le poids de la pièce et sa résistance mécanique. A cet effet, l'armature telle
que représentée par la Figure 1 et 2 permet d'obtenir une résistance mécanique optimale
lorsque l'épaisseur de la roue d'échappement 1 a est environ trois fois la largeur
1 de chaque rigidificateur 3. Précisons que la plupart des angles des évidements triangulaires
2 sont arrondis afin de réduire au maximum les contraintes mécaniques sur la roue
d'échappement 1a. Par ailleurs, environ la moitié des évidements triangulaires 2 situés
sur la serge 5 ont un de leurs côtés adjacent et sensiblement parallèle à une partie
du pourtour interne de la serge 5 de manière à former un rigidificateur 3 de géométrie
sensiblement identique aux autres rigidificateurs 3 de la roue 1 a. En outre, chaque
évidement triangulaire 2 situé sur les bras 4 de la roue d'échappement 1 a a également
un de ses cotés adjacent et sensiblement parallèle à une partie de l'un des deux flancs
desdits bras 4 afin de former une rigidificateur 3 de géométrie sensiblement identique
aux autres rigidificateurs 3. Enfin chaque dent 5' de la roue d'échappement 1 a comporte
un évidement triangulaire 2.
[0014] La fabrication de cette roue d'échappement fait appelle à différentes techniques
qui dépendent du matériau utilisé. Cette roue d'échappement peut par exemple être
en acier ou en un matériau synthétique obtenu par un procédé de micro-usinage d'une
ébauche d'une roue d'échappement par découpage au laser.
[0015] La roue d'échappement peut aussi être en silicium comportant un revêtement en diamant.
Dans cette configuration, la roue d'échappement en silicium est obtenue par un procédé
de gravure du type DRIE (Deep reactive-ion etching). Une roue d'échappement 1a obtenue
par ces procédés de fabrication offre plusieurs avantages.
[0016] Le tableau ci-après expose des données comparatives d'une roue d'échappement 1a selon
l'invention par rapport à une roue d'échappement traditionnelle (non évidée) en fonction
du matériau utilisé et de l'épaisseur de la roue 1 a. Les données figurant dans la
première ligne de ce tableau correspondent à une roue d'échappement traditionnelle
non évidée (pièce étalon) tandis que les données figurant dans les lignes suivantes
sont relatives à des roues d'échappement 1 a évidées selon la forme d'exécution préférentielle
de la présente invention telle qu'illustrée à la Figure 1 et 2, d'épaisseurs différentes.
| Matériau |
Epaisseur |
Masse Volumique |
Masse |
Inertie |
Gain en poids |
| Acier |
0.12mm |
7,85 Kg/dm3 |
5,41 E-03 g |
8.03E-03 g•mm2 |
0% |
| Acier |
0.12mm |
7,85 Kg/dm3 |
4,37E-03 g |
6.30E-03 g•mm2 |
- 20% |
| Acier |
0.10 mm |
7,85 Kg/dm3 |
3,64E-03 g |
5.25E-03 g•mm2 |
- 33% |
| Acier |
0.08 mm |
7,85 Kg/dm3 |
2,92E-03 g |
4.20E-03 g•mm2 |
-47% |
| Acier |
0.07 mm |
7,85 Kg/dm3 |
2,55E-03 g |
3.68E-03 g•mm2 |
-53% |
| Silicium |
0.15 mm |
2,33 Kg/dm3 |
1,67E-03 g |
2.46E-03 g•mm2 |
-70% |
[0017] La structure squelettique en acier de la roue d'échappement 1 a permet d'obtenir
des épaisseurs aussi infimes que 0.07mm ce qui permet de réduire significativement
le moment d'inertie de la roue 1 a et son poids de plus de 50% par rapport à roue
d'échappement traditionnelle. Cette diminution d'inertie permet de diminuer l'énergie
nécessaire à la mise en mouvement de la roue d'échappement 1 a. Cette faible épaisseur
permet en outre de diminuer les frottements avec les palettes de l'ancre sans qu'il
soit nécessaire d'effectuer un biseau habituellement réalisé sur les roues d'échappements
plus épaisses afin de diminuer la hauteur de la surface de friction, en l'occurrence
sur le plan d'impulsion.
[0018] L'utilisation du silicium est également intéressante au vu de sa faible masse volumique.
Toutefois, la résistance mécanique du silicium n'est pas aussi élevée que celle de
l'acier. Une roue d'échappement d'une épaisseur de 0,15mm peut néanmoins être fabriquée
en silicium. Un revêtement d'une fine couche de diamant de quelques microns est ensuite
déposé sur la roue par un procédé CVD afin d'en améliorer sa résistance mécanique.
[0019] Une roue d'échappement en acier de 0,07mm d'épaisseur ou une roue en silicium de
0,15 mm d'épaisseur ne peuvent pas être montées sur un pignon d'échappement 9 par
les méthodes traditionnelles utilisées par l'homme du métier. En effet, le rivetage
de la roue en acier de 0,07 mm d'épaisseur sur le pignon d'échappement 9 n'est plus
possible étant donné que la déformation de la roue d'échappement 1 a serait trop importante
alors que le faible coefficient d'élasticité du silicium et du diamant ne se prête
pas non plus à ce type de fixation. Dès lors, différentes méthodes de fixation ont
été étudiées pour la fixation de la roue d'échappement 1a sur le pignon d'échappement
9.
[0020] La fixation d'une roue d'échappement 1 a en acier sur le pignon d'échappement 9 peut
être effectuée par différentes méthodes. L'une d'elles consiste à réaliser en lieu
et place du moyeu une ouverture 9a, 9 dont la forme est un triangle équidistant 9a
ou un hexagone 9b destinée à recevoir par chassage l'axe du pignon d'échappement 9
(Figures 4 et 5).La roue d'échappement 1 a en acier peut également être fixée au pignon
d'échappement 9 par soudage laser en trois points préférablement équidistant de 120°autour
du pignon 9 (Figure 7). Une autre méthode consiste à fixer la roue d'échappement 1
a sur l'axe du pignon d'échappement 9 par frettage.
[0021] Ces méthodes de fixation ne sont néanmoins pas applicables au silicium. Pour une
roue d'échappement 1 a en silicium, des moyens d'assemblage et de fixation tels qu'illustrés
par la Figure 6 sont avantageusement utilisés. La roue en silicium 1 a est ajustée
dans un premier temps autour de l'axe du pignon d'échappement 9 contre la butée axiale
de l'extrémité du pignon. Une rondelle 9c, préférablement en Délrin ®, est ensuite
chassée sur l'axe du pignon 9 et collée contre la partie centrale de la roue d'échappement
1a pour assurer une parfaite solidarité entre ladite roue 1 a et ledit pignon 9.
[0022] Selon les formes d'exécution particulières de la présente invention telles que définies
dans les sous-revendications, d'autres composants d'une pièce d'horlogerie comportent
une structure squelettique similaire à celle de la roue d'échappement 1 a.
[0023] Pour exemple, la figure 8 illustre une ancre 1c comportant une baguette 6, un bras
d'entrée 7 et un bras de sortie 8 entièrement constitués de la structure squelettique,
ladite structure comportant des évidements 2 de forme essentiellement triangulaire.
[0024] La figure 9, 10 et 11 quant-à-elles, illustrent plusieurs variantes d'un balancier
1b à structure squelettique. La figure 9 illustre un balancier 1b comportant deux
bras 4 intégralement constitués de la structure squelettique pourvue des évidements
2 de forme triangulaire. Ces deux bras sont diamétralement opposés et s'étendent à
partir de l'axe de pivotement du balancier 1b et dont les extrémités externes sont
connectées au volant 5 du balancier 1b. Avantageusement, le rapport entre l'épaisseur
des bras 4 et la largeur de chaque rigidificateur 3 correspond approximativement à
trois. La Figure 10 illustre une variante d'un balancier 1b dont les bras 4, qui sont
au nombre de quatre, sont similaires aux bras de la roue d'échappement 1 a selon la
Figure 1. La Figure 11 illustre une autre variante d'un balancier. Cette structure
allégée permet de concentrer l'inertie du balancier 1b sur le volant 5 tout en offrant
moins de résistance à l'air (amélioration du coefficient de trainée plus communément
appelé
Cx) ce qui permet d'améliorer la précision de l'organe régulateur. L'épaisseur du volant
5 est préférablement d'au moins trois fois l'épaisseur des bras 4 à structure squelettique.
[0025] Un échappement comportant la roue d'échappement 1a, l'ancre 1c et le balancier 1b
comportant la structure squelettique telle que définie par la présente invention permet
un gain de rendement supérieur à 10% qu'un échappement traditionnel.
[0026] Cette structure squelettique peut en outre être transposée à une masse oscillante
telle qu'illustrée par la Figure 12 afin de déplacer le centre de gravité de la masse
vers sa périphérie tout en gardant une grande rigidité de la pièce. Cette structure
squelettique comporte une partie de liaison permettant de relier le secteur de masse
10 à l'axe de pivotement.
[0027] Il va de soit que l'invention n'est pas limitée aux variantes d'exécution décrites
ci-dessus à titre d'exemples. Par exemple, la structure de ces composants horlogers
peut être transposée à tout type de rouage horloger.
1. Composant d'une pièce d'horlogerie choisi parmi une roue d'échappement (1a), un balancier
(1b), une ancre (1c), une roue d'un train de rouages, et une masse oscillante (1d),
caractérisé en ce qu'
il possède une structure ajourée squelettique d'une épaisseur E, ladite structure
étant pourvue de plusieurs évidements (2) repartis au travers de la structure de manière
à ce que chaque évidement (2) soit séparé d'un évidement adjacent (2') par une paroi
(3) dite rigidificateur, où la largeur (l) de chaque rigidificateur (3) de la structure squelettique est sensiblement identique,
et le rapport entre l'épaisseur E de la structure squelettique et la largeur (l) de chaque rigidificateur (3) est compris entre 1/5 et 1.
2. Composant d'une pièce d'horlogerie selon la revendication 1, caractérisé en ce qu'il comporte au moins deux bras (4) constitués de la structure squelettique.
3. Composant d'une pièce d'horlogerie selon la revendication 1 ou 2, caractérisé en ce que le rapport entre l'épaisseur E de ladite structure et la largeur (l) de chaque rigidificateur (3) est compris entre ¼ et ½ et notamment approximativement
de 1/3.
4. Composant d'une pièce d'horlogerie selon la revendication 1, 2 ou 3, caractérisé en ce que les évidements (2) ont une forme essentiellement triangulaire.
5. Composant d'une pièce d'horlogerie selon la revendication 4, caractérisé en ce que la plupart des angles des évidements triangulaires sont arrondis.
6. Roue d'échappement (1a) selon l'une quelconque des revendications 2 à 5, comportant
au moins deux bras (4) qui s'étendent à partir d'un axe de pivotement et dont les
extrémités externes sont connectés à une serge (5), caractérisée en ce que les bras (4) et la serge (5) sont constitués de ladite structure squelettique.
7. Balancier (1 b) selon l'une quelconque des revendications 2 à 5, comportant au moins
deux bras (4) et un volant d'inertie (5'), lesdits bras (4) étant constitués de ladite
structure squelettique, le balancier étant en outre caractérisé en ce que l'épaisseur E' du volant d'inertie (5') est d'au moins deux fois celle de ladite
structure squelettique.
8. Ancre (1c) selon l'une quelconque des revendications 2 à 5, comportant une baguette
(6), un bras d'entrée (7) et un bras de sortie (8), caractérisé en ce que ladite baguette (6), le bras d'entrée (7) et le bras de sortie (8) sont constitués
de la structure squelettique.
9. Composant d'une pièce d'horlogerie selon l'une quelconque des revendications 1 à 8,
caractérisé en ce que le composant est en acier ou en une matière synthétique tel que le rubis.
10. Composant d'une pièce d'horlogerie selon l'une quelconque des revendications 1 à 8,
caractérisé en ce que le composant est en silicium comportant un revêtement en une matière dure telle que
le diamant.
11. Procédé de fabrication d'un composant d'une pièce d'horlogerie selon la revendication
9 ou 10, consistant à réaliser les évidements (2) par découpage au laser.
12. Procédé d'assemblage du composant d'une pièce d'horlogerie selon la revendication
9 ou 10 autour d'un axe de rotation (9) par frettage.
13. Echappement d'une montre mécanique comportant un composant d'une pièce d'horlogerie
selon l'une quelconque des revendications 1 à 8, notamment une roue d'échappement
(1a); et une ancre (1 c); et/ ou un balancier (1 b).
14. Montre-bracelet comportant un composant d'une pièce d'horlogerie selon l'une quelconque
des revendications 1 à 10, ou un échappement selon la revendication 13.